Le château de Kodéan (ou Codéan) est construit ex-nihilo au centre d'un parc en partie boisé situé en sommet de colline (site classé), dominant le bourg de Dompierre-du-Chemin, et à environ 300 m d'un ancien manoir situé en contrebas (Les Hairies ou Haris). Son plan massé et sa composition générale sont issus de l'architecture des villas néoclassiques tandis que les quatre tourelles d'angle, l'ornementation des façades et la modénature de la travée centrale peuvent être rattachées au vocabulaire des châteaux du 17e siècle. L'analyse stylistique de ce bâtiment, dont l'architecte est inconnu, permet de proposer une datation autour des années 1860 ou 1870. Le château aurait été bâti par le chevalier de Camprond et il appartient, en 1882, à un certain M. Le Poullen.
C'est un petit édifice composé d'un corps de logis carré cantonné de tourelles octogonales, et couvert d'un toit en pavillon à terrasse faîtière. Il s'élève sur cinq niveaux, obéissant à une stricte répartition fonctionnelle, habituelle des châteaux de cette époque : le niveau de soubassement est réservé à la cuisine, aux pièces de service et aux caves, et s'ouvre de plain pied sur deux cours situées à l'est et à l'ouest ; le rez-de-chaussée, dévolu aux pièces de réception, voit, du fait de l'adossement du château à une terrasse, son entrée nord accessible en rez-de-cour, alors que l'entrée sud, s'ouvrant sur le parc situé en contrebas, est positionnée très en hauteur par rapport au sol et précédée d'un perron à deux volées convergentes ; l'étage carré et le premier étage de comble sont réservés aux chambres ; enfin, le dernier niveau est occupé par un grenier, d'où l'on peut accéder, par un petit escalier, à la terrasse du toit. Les élévations sont animées de trois travées régulières, la travée centrale des façades antérieure et postérieure bénéficiant d'un traitement décoratif plus marqué. La maçonnerie est enduite (le faux appareil losangé, visible sur une carte postale ancienne, existait encore partiellement dans les années 1970), le soubassement, le bandeau du premier étage, la corniche, les encadrements de baies et les chaînes d'angle sont en pierre de taille de granite, les frontons des lucarnes sont en calcaire. L'enduit extérieur et la couverture sont en très mauvais état. Deux bâtiments de dépendances côtoient le château, dont un construit entièrement en bois. Ces bâtiments sont également en mauvais état. Quant au parc, il conserve quelques beaux arbres et le tracé de ses allées.
L'intérieur du château allie fonctionnalité et sobriété, le grand salon étant la seule pièce bénéficiant d'un décor élaboré (cheminée, lambris, papier peint, parquet, etc.), relativement bien préservé. La distribution d'origine est entièrement conservée. Les pièces du rez-de-chaussée s'organisent de part et d'autre d'un axe médian nord-sud, formé par un petit hall et un couloir reliant les deux entrées. Les deux étages supérieurs obéissent à la même organisation alors que le sous-sol adopte une circulation entre les deux cours latérales est et ouest.
Le château de Kodéan s'apparente, par ses dimensions relativement modestes, à une grosse villa de style éclectique. Il est en cela représentatif d'une catégorie de petits châteaux que l'on trouve assez fréquemment dans la seconde moitié du 19e siècle. En dépit d'un décor intérieur très sobre, il se démarque de la production "courante" par la qualité de sa mise en œuvre, son homogénéité encore bien préservée, et par son inscription remarquable dans le paysage, se signalant de très loin par un positionnement en sommet de colline, qui le fait apparaître plus monumental qu'il ne l'est en réalité. L'intérêt du site, qui englobe le château et son parc, est d'ailleurs reconnu par un classement depuis 1976.
CRMH