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Ancienne base de sous-marins de Lorient-Keroman (actuellement entrepôts)

Dossier IA56001938 réalisé en 2005

Fiche

Á rapprocher de

La plus grande des bases de sous-marins allemandes sur l´Atlantique se trouve à Lorient. La décision de faire de Lorient la base principale des Unterseeboote est prise en novembre 1940. Ici, au lieu de se contenter d´un seul grand "abri-cathédrale" comme à Brest ou Saint-Nazaire, l´occupant en construisit 3 plus un slipway, une rotonde, 2 Dombunkers, un bassin et une multitude de blockhaus (abri passifs ou actifs, ateliers, logistiques etc.). 800 000 mètres cubes de béton furent coulés à Lorient. Durant la seconde Guerre Mondiale, la ville de Lorient "investie" et sans cesse bombardée fonctionne autour et pour Keroman.

Keroman le port de pêche devient Keroman l´arsenal, tandis que les paisibles villas de la pointe de Kernevel à Larmor-Plage deviennent le quartier général des officiers de la Kriegsmarine ("Stützpunkt Kernevel" codé "Berlin" / point d´appui lourd). L´amiral Donitz y fait construire plusieurs abris. En février 1943, la ville est détruite mais la base semble indestructible. Pour tous, alors que la base a changé de nom à la Libération - elle est baptisée du nom du résistant Jacques Stosskopf, et que la reconversion du site est engagée, les abris s´appelleront toujours : "K I", "K II", "K III" abréviation de Keroman.

Les sous-marins allemands surnommés "les loups gris" - parce qu´ils se déplaçaient en meute - ont fait passer la guerre sous-marine dans l´ère moderne. Juste avant le feu nucléaire d´Hiroshima, le sous-marin représente une menace diffuse mais permanente sur toutes les mers du globe, les sous-marins sont partout où on ne les attend pas.

Sur les 168 sous-marins basés à Lorient, 135 sont coulés par les alliés soit 80 % de perte. Durant la bataille de l´Atlantique, les sous-marins allemands auront coulé plus de 2800 navires en majorité civils.

Aux yeux des sous-mariniers d'aujourd'hui pourtant, les équipages allemands ont fait passer le sous-marin dans sa phase d´excellence, la Kriegsmarine est toujours respectée. Longtemps, pour perpétuer la tradition, certains ordres se sont ainsi donnés en allemand. Les traces de la guerre sont encore visibles au détour d´une alvéole ou d´un escalier... Malgré les ordres pour les détruire (ou les recouvrir), des peintures murales ont traversé le temps rappelant le temps des pionniers... les murs parlent.

Comment enfin ne pas évoquer le travail gigantesque des ouvriers : 15 000 "volontaires" mais le plus souvent "requis" pour travailler au chantier ? Comment ne pas parler des entreprises collaborationnistes françaises, allemandes (Karl Brand, Machinenfabrik Augsburg Nuremberg, SIEMENS...) ou belges, ou du soutien de l´État Français aux travaux de l´organisation Todt ?

AppellationsFestung Lorient, forteresse
Destinationsensemble industriel, entrepôt commercial, dock, promenade
Dénominationsabri, blockhaus, dock, édifice logistique, centrale électrique, poste d'observation
Aire d'étude et cantonFrance
AdresseCommune : Lorient
Lieu-dit : Keroman
Adresse : la Presqu´île

L´Allemagne d´Hitler se dote de l´arme sous-marine dès 1935 avec le lancement de ses deux premiers sous-marins : Unterseeboot 1 et Unterseeboot 2 abrégés en "U1" et "U2". Donitz est nommé à la tête de la flotte sous-marine allemande ; en 1939, en dépit d´un programme de construction important, l´Allemagne ne dispose encore que de 46 sous-marins, 91 unités en 1941, 382 unités en 1942 pour culminer à 431 sous-marins en 1943.

En juin 1940, Donitz, devenu commandant en chef des sous-marins et contre-amiral décide d´installer à Lorient-Keroman la 2e flottille de U-boote (basée aussi à Whilhelmshaven). En janvier 1942, la 10e flottille s´installe à Lorient. la En août 1942, la base de Keroman accueille des sous-marins japonais. La 2e flottille est transférée en Norvège en août 1944.

En février 1941, c´est le début de la construction des deux Dombunkers : abri de plan rectangulaire (86 mètres de longueur sur 16 mètres de largeur et 25 mètres de hauteur) à la toiture en ogive, pour dévier les bombes en cas de bombardements aériens. La capacité d´accueil est de deux sous-marins de type II.

C´est le site de la presqu’ile de Keroman qui avait finalement été choisi pour construire les 3 gigantesques abris : "K I", "K II" et "K III". Keroman III est le seul abri à être à flot.

- "Keroman I" est achevé en septembre 1941 soit 7 mois après le début des travaux. Il permet d´abriter 7 sous-marins et le chariot de translation.

- La petite base du Scorff implantée dans le port de guerre (près du pont Gueydon) est inaugurée le 1er octobre 1941 : dotée de deux alvéoles doubles, elle permet d´accueillir 4 sous-marins. Son implantation en retrait et dans un site de vase bloquera son agrandissement.

- Le slipway et le pont-tranbordeur sont des innovations allemandes : ils permettent de sortir un sous-marin de l´eau en un temps record.

- "Keroman II" est achevé en décembre 1941. Sa capacité est de 5 sous-marins, plus le grand slipway qui permet de haler les sous-marins jusqu´à l´abri "K I".

- Commencé en octobre 1941, l´abri "Keroman III" doté de 13 places ne sera achevé qu´en janvier 1943. Entre deux périodes de mer, les équipages des bases de Brest et Lorient prenaient du repos hors des zones de combat, notamment dans les châteaux de Quillien, Rosmorduc et Trévarez (Finistère) ou dans des centres de repos.

Période(s)Principale : 2e quart 20e siècle
Secondaire : 3e quart 20e siècle
Secondaire : 4e quart 20e siècle
Dates1941, daté par travaux historiques
1942, daté par travaux historiques
1943, daté par travaux historiques
1944, daté par travaux historiques
Auteur(s)Auteur : Organisation Todt ingénieur militaire attribution par travaux historiques

Les bases de sous-marins ont été réalisées selon des plans-types par l´organisation Todt. En fonction du nombre de sous-marins qu´elle est censée accueillir, l´architecture de la base est déclinée en "alvéoles". A chaque base correspond son nombre d´alvéoles : Brest en compte 15, Lorient : 21, Saint-Nazaire : 14, La Pallice (La Rochelle) : 10, tandis que Bordeaux : 11.

L´alvéole est le seul lien entre le blockhaus et la mer ; un bateau-porte en l´isolant peut la transformer en cale sèche. La base est reliée à la terre par la voie ferrée qui la traverse. Véritable colonne vertébrale, la voie ferrée doit approvisionner la base qui est conçue comme une "ville-arsenal". De chaque côté de cette ligne de communication avec le monde extérieur, on trouve : - côté mer : les alvéoles et les sous-marins. - côté terre : les ateliers, logements et espaces de vie (dans les étages). A Saint-Nazaire, La Pallice et Bordeaux, les bases implantées dans un bassin et accessibles par une écluse ne sont pas sujettes aux marées. Les écluses, point faible du système, se verront fortifiées tardivement en 1943-1944 (elles sont ordonnées dès avril 1942). A Brest et Lorient, les alvéoles sont disponibles en fonction de la hauteur d´eau. Les sous-marins doivent attendre le bon créneau horaire pour entrer dans la rade-abri où ils constituent des proies faciles pour l´aviation alliée. Lorient est la plus aboutie des bases de sous-marins : ils disposaient là en effet d´un véritable slipway. Les villes de Dunkerque, Le Havre et Cherbourg disposaient de bases plus réduites pour les vedettes rapides. Les dimensions des bases françaises dépendent du nombre d´alvéoles. Elles varient de 10 à 21 alvéoles. La hauteur moyenne des bases est de 18 mètres. La base, selon les souhaits de ces concepteurs, devait être modulable et facilement agrandie. Afin d´économiser l´acier et le béton, des alvéoles doubles sont conçues.

- Lorient (21 alvéoles) : 60 623 mètres carrés (surface répartie sur 3 ouvrages), KEROMAN I (5 alvéoles) : 120 mètres (longueur), 85 mètres (largeur). KEROMAN II (7 alvéoles) : 120 mètres (longueur), 138 mètres (largeur). KEROMAN III (7 alvéoles) : 138 mètres (longueur) par 170 mètres (largeur). SLIP WAY : 2 Dombunkers. SCORFF : 2 alvéoles de mouillage. - Brest (15 alvéoles) : 52 000 mètres carré (surface), 333 mètres (longueur), 192 mètres (largeur).

- Saint-Nazaire (14 alvéoles) : 39 000 mètres carré (surface), 300 mètres (longueur), 130 mètres (largeur). - Bordeaux (11 alvéoles) : 43 000 mètres carré (surface), 245 mètres (longueur), 165 mètres (largeur). - La Pallice / La Rochelle (10 alvéoles) : 35 000 mètres carré (surface), 195 mètres (longueur), 165 mètres (largeur). La dalle de couverture des abris est renforcée et complétée en 1943 par une structure de type "Fangrost" destinée à faire exploser les bombes avant qu´elles n´atteignent la dalle de couverture proprement dite ; seul l´abri "KIII" bénéficiera de ce procédé. Pour résister aux bombardements, les terrasses en béton armé de l´abri KEROMAN I (5 alvéoles), KEROMAN II (7 alvéoles) sont recouverts de blocs de granite. Un tunnel souterrain permettait la communication des personnels entre les trois abris.

Mursbéton armé
Toitbéton en couverture
Plansplan rectangulaire régulier
Étagesrez-de-chaussée, 2 étages carrés
Couverturesterrasse
Énergiesénergie électrique
produite à distance
produite sur place
générateur
moteur thermique
moteur électrique
Typologiesbase de sous-marins
États conservationsbon état, restauré, remanié
Techniquesdécor rupestre
peinture rupestre

Reconversion industrielle du site de Keroman (site en activité partielle : entrepôts). Plusieurs entreprises se sont installées dans les anciennes alvéoles : chantiers navals spécialisés dans les matériaux composites, magasins de produits nautiques etc. Site internet : http : //perso.wanadoo.fr/sous.marins/index.htm (non officiel).

Statut de la propriétépropriété publique (?)

propriété privée (?)
Intérêt de l'œuvrevestiges de guerre, site archéologique, à signaler
Éléments remarquablesensemble fortifié

Annexes

  • Les bases de sous-marins en Europe

    On comptait d´autres bases de sous-marins en Europe :

    - Trondheim en Norvège (Dora I : 5 alvéoles / base devenu aujourd´hui un site industrielle : stockage. Dora II : 4 alvéoles / base aujourd´hui ruinée).

    - Bergen en Norvège (Bruno : 6 alvéoles / base aujourd´hui ruinée).

    - Héligoland (mer du nord) en Allemagne (Nordsee III : 3 alvéoles / base aujourd´hui ruinée).

    A visiter à Lorient : les blockhaus de l´ancien hôpital maritime qui ont été transformés en abri de décontamination pendant la guerre froide (ils ont gardé leurs portes blindées, systèmes de ventilation et groupe électrogène d´origine) et divers abris passifs dans le cœur de la ville.

    1999 ; CONCOURS INTERNATIONAL D'IDEES POUR LA RECONVERSION DE LA BASE DE SOUS MARINS DE LORIENT KEROMAN (France) :

    http://www.uia-architectes.org/texte/sommaire/p1b1.html

    http://www.architecturama.com/bsm/fra/atlas_accueil.htm

    http://www.latzundpartner.de/L3/frz/f-4-lorient.htm.

  • Sources

    20055603483NUCA : Service Historique de la Défense, Château de Vincennes. Fonds de la Marine

    20055603484NUCA : Service Historique de la Défense, Château de Vincennes. Fonds de la Marine

    20055603485NUCA : Service Historique de la Défense, Château de Vincennes. Fonds de la Marine

    20042903572NUCA : Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), Paris, Fonds photographique.

Références documentaires

Documents d'archives
  • "Signal". Journal de propagande nazie. (1940-1944)

Documents figurés
  • "Rapport Pinczon du Sel", vers 1946-1947, Service Historique de la Marine, Vincennes. Plans.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes
  • "Rapport Pinczon du Sel", vers 1946-1947, Service Historique de la Marine, Vincennes. Photographies.

    Service Historique de la Défense, Château de Vincennes
  • Fonds Keystone. Photographie.

Bibliographie
  • CHAZETTE (A.) - DESTOUCHES (A.) - PAICH (B.). Album Mémorial Atlantikwall, Le Mur de l'Atlantique en France 1940-1944, Bayeux, Edition Heimdal, 1995, 480 p. ISBN 2-84048088-3.

  • CHAZETTE (A.), Atlantikwall-Südwall, Sur les traces du temps, Paris, éditions Histoire et Fortifications, 2002, 367 p.

  • FAUCHERRE, Nicolas, PROST, Philippe, CHAZETTE, Alain (sous la dir. de), Les Fortifications du littoral, La Bretagne Sud, Chauray-Niort, 1998, 279 p., collection : les fortifications du littoral. ISBN 2-910137-24-4.

  • GAMELIN (P.), Les bases sous-marines de l´Atlantique et leurs défenses, édition des Paludiers-la Baule, 1981, p. 22-29, 68-98, 99 p.

  • GAMELIN (P.), Le Mur de l´Atlantique, Les blockhaus de l´illusoire, éd. Daniel et Cie, 1974, 88 p, collection : "Archives de Guerre".

  • Pierres de mer, "Le patrimoine immobilier de la Marine nationale". Collectif sous la dir. de la Commission du patrimoine de la Marine et du Service des Travaux immobiliers maritimes avec le concours du Service historique de la Marine, Paris, Association pour le Développement et la Diffusion de l'Information Militaire, 1996, collection : les Armes et les Hommes.

  • SANTANGELO (A), "Le Mur de l´Atlantique en représentation : du projet d´avant-guerre à nos jours", DEA Histoire de l´architecture moderne et contemporaine sous la direc. de Mme Dominique Rouillard, Panthéon Sorbonne Université Paris 1, 2003-2005. Présentation du 27 janvier 2005.

Périodiques
  • ALLAMAN (M.), "Saint-Nazaire retrouve son port et sa mémoire", Diagonal, n° 136, mars-avril 1999, édition Direction de l´architecture et de l´urbanisme, Paris-La-Défense, p. 20-23.

  • PALLUD (J.-P.), "U. Boote ! Les sous-marins allemands", 39-45 Magazine, hors série n° 9, février mars 1989, édition Heimdal, n. p.

  • PALLUD (J.-P.), "U Boote Les sous-marins allemands. 2 - Les bases : Brest - Lorient - Saint-Nazaire - La Pallice - Bordeaux" in 39-45 Magazine, Heimdal, hors série, s. d., 192 p.

(c) Inventaire général (c) Inventaire général ; (c) Association Pour l'Inventaire de Bretagne ; (c) Groupe de Recherche sur l'Architecture et les Infrastructures - Lécuillier Guillaume