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Bateau de pêche-plaisance, homardier goémonier dit "An Durhzunel"

Dossier IM22005798 réalisé en 2008
Dénominationsbateau de plaisance
Appellationsdit An Durhzunel
Aire d'étude et cantonBretagne - Paimpol
AdresseCommune : Ploubazlanec
Lieu-dit : Port de Loguivy-de-la-Mer
Commune : Cancale

Le lougre "An Durzhunel", encore appelé "chaloupe du Trégor", a été construit en 1984 par le charpentier de marine Yvon Clochet à la Roche Jaune, sur la commune de Plouguiel.

La reconstruction de ce bateau fut réalisée à l'initiative de l'association 'Communes', école de mer du Trégor, pour des navigations ethno-pédagogiques. Les anciens marins pêcheurs de Loguivy-de-la-Mer, dont Louis Le Bellec ont initié les moniteurs de cette école de voile aux manœuvres spécifiques de ce canot. L'apprentissage des technique de pêche à la voile permettaient de remettre en situation ce canot dans ses conditions d'exploitation d'origine, afin de mieux comprendre et d'évaluer ces qualités nautiques et le cahier des charges qui avait précédé sa conception (scénographies pédagogiques). Cependant, cette navigation s'effectuait en plaisance dans le cadre d'une école de voile agréée (la première école de voile sur bateaux traditionnels en Bretagne et aussi en France).

L'équipage de "An Durzhunel" a organisé pendant près de 15 ans des 'itinéraires culturels maritimes' avec pour objectif de faire découvrir les lieux témoins de l'histoire maritime du Trégor-Goëlo. La classe de CM1-CM2 de l'école publique de Loguivy-de-la-Mer a suivi la construction du lougre et réalisé un ouvrage sur le voyage d'un marin loguivien, retourné vivre à l'Île de Sein. Cet ouvrage a été publié avec l'aide de l'association pour l'environnement pédagogique (AEP) en 2005. Un documentaire de 52 mn 'Naissance d'un bateau' a été tourné pour transmettre le savoir technique de la charpente navale. Ce film qui a obtenu le soutien de la Mission du Patrimoine Ethnologique est aujourd'hui conservé et présenté au Musée de l'Homme à Paris. Une mallette pédagogique 'de l'arbre au bateau', conservée au CDDP 22, raconte la construction de ce bateau et les savoir-faire nautiques traditionnels.

En 1998, "An Durzhunel" était revendue à une autre association. Elle navigue aujourd'hui (avec un moteur hors-bord) dans le cadre du Centre nautique de Cancale.

Le bateau est une réplique authentique d'un homardier de Loguivy-de-la-Mer, tel qu'il en existait dans la seconde moitié du 19ème siècle. A l'époque, ces canots étaient construits dans les chantiers locaux comme celui de Olivier Derrien à Loguivy. Au début des années 1860, le quartier maritime de Paimpol comptait plus de 400 lougres armés en pêche, d'un tonnage compris entre un et cinq tonneaux, Loguivy armait 44 lougres et Pors Even 43.

Ce type d'embarcation de pêche, très polyvalent, pratiquait la récolte du goémon pendant l'hiver et la pêche des crustacés aux casiers pendant l'été. Ces bateaux ont initié l'épopée des Loguiviens au Conquet et à l'Île de Sein en 1849 et au début des années 1850. En effet, Le Conquet était le port d'hivernage des Loguiviens, où ils établirent des comptoirs et des viviers pour vendre leurs crustacés. Aujourd´hui encore, on trouve au Conquet certains de leurs descendants.

Ce type de bateau a disparu à la fin du 19ème siècle et a été remplacé par les sloops homardiers de Loguivy. Le gréement de lougre a été conservé sur des chaloupes du Trégor de Ploumanac'h à Locquirec et en baie de Lannion jusqu'en 1930. En avril 1985, "An Durzhunel" a refait le voyage de Jean-Marie Vidament, le premier Loguivien qui partit au mois de mai 1849 pour aller pêcher sur le plateau molènais et dans les environs du Conquet. L'équipage actuel a refait les escales des Loguiviens et a été reçu à la mairie du Conquet, afin de rappeler les échanges d'autrefois avec cette commune.

Période(s)Principale : 3e quart 20e siècle
Dates1984
Auteur(s)Auteur : Clochet Yvon charpentier de marine
Personnalité : Association Communes, école de mer du Trégor
Association Communes, école de mer du Trégor
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commanditaire

Le dessin de l'architecte naval Gabriel Révérend, publié en 1887, révèle les formes d'un canot creux de Loguivy, construit par le chantier naval de Paimpol, Laboureur.

Ce type de canot creux mesurait 5, 75 mètres de longueur de coque, pour une longueur de flottaison de 5, 10 mètres, une longueur de quille de 4, 80 mètres, un maître bau de 2, 25 mètres et un tirant d'eau arrière de 1 mètre. Ce plan dessiné par Gabriel Révérend montre une coque plus affinée que celle dessinée par le lieutenant de vaisseau Armand Pâris en 1866.

En 1984, l'architecte naval François Vivier a dessiné à son tour un plan de formes inspiré de ces dessins d'archive et des souvenirs de Jean Kerleau (ancien charpentier de marine de Lanmodez). Il a toutefois corrigé certaines erreurs du plan de Pâris et modifié la longueur de la coque, pour les besoins du commanditaire. Un premier tracé des couples perpendiculaires à la flottaison a permis un calcul de carène et un contrôle des valeurs du déplacement (4, 2 t), du coefficient prismatique (0, 60) et de la position longitudinale du centre de carène (48, 5%). Un second tracé des couples de construction, cette fois ci, perpendiculaires à la quille, conformément au mode de construction traditionnel, a permis d'apporter certains ajustements par comparaison avec d'autres bateaux. Les caractéristiques de l'échantillonnage très fort ont toutefois été peu modifiées afin de conserver la robustesse d'un bateau à échouage fréquent (5 cm pour les membrures avec des mailles de 30 cm et 2, 5 cm pour le bordé ordinaire). La coque mesure 6, 60 mètres de longueur de coque, pour 5, 90 mètres à la flottaison et 2, 60 m de largeur, avec tirant d'eau de 1, 10 mètre. Un long bout-dehors de 4 mètres porte la longueur hors-tout à 11, 50 m, le gui dépassant largement du tableau (4, 65 mètres de long). Le plan de voilure très étiré est celui d'un lougre, avec foc, misaine à amure reculée et taillevent bômé avec une amure fixe, capelée sur le banc. Ces voiles facilitent les évolutions nécessaires à la manœuvre des casiers dans des zones de pêche soumises à de forts courants.

La voilure de 50 mètres carrés en toile meunière (coton et synthétique), ralinguée chanvre, a été confectionnée par le voilier Eugène Le Rose de Concarneau. La misaine mesure 18 mètres carrés, le taillevent, 22 mètres carrés et le foc, 10 mètres carrés. La construction est entièrement réalisée en chêne de Mayenne. Les espars sont pin. Les voiles seront tannées par la suite à l'ocre rouge et la coque peinte en noir. Deux grands avirons de nage (karrennou) et un aviron de godille complètent l'équipement de manœuvre, avec une ancre de jet et une ancre dite de 'miséricorde'. L'aménagement intérieur comprend un coffre mobile et une auge en pierre, pour faire du feu à bord. Les voiles permettent de cabaner comme une tente gréée avec les espars entre le mât de misaine et le mât de taillevent. Il est aujourd’hui en état de naviguer.

Catégoriescharpente, patrimoine maritime
Structuresnon ponté
Matériauxbois
Précision dimensions

l = 660 ; la = 225. Tirant d'eau : 110 cm.

États conservationsbonnes conditions de conservation
Statut de la propriétépropriété d'une association
Intérêt de l'œuvreÀ signaler

Annexes

  • L'épopée des Loguiviens

    En 1690, le port de pêche de Loguivy de la mer, avec ses 30 canots (caseyeurs, ligneurs et goémoniers), figurait parmi les biens du Duc de Coislin, seigneur de Ploubazlanec. Deux cents ans plus tard, on signalait 52 bateaux, armés par 132 marins, et en 1887, 80 bateaux, gréés en bocq ou en flambart de 3 à 20 tonneaux, avec 200 marins, surveillés par une brigade de douanes de 8 hommes.

    L'épopée des Loguiviens du Conquet à l'archipel de Molène, puis à l'île de Sein, avait commencé 30 ans plus tôt en 1851. Le 1er mai 1851, Jean-Marie Le Guen en fut le précurseur. Il prit un rôle d'inscription maritime pour la saison de pêche au Conquet, à bord d'un canot, gréé en lougre de 1, 70 tonneaux, moins de 5 m de coque. Il fut suivi l'année suivante par Yves Vidament. En 1855, ce dernier armait le caboteur 'La Sophie' pour livrer des homards jusqu'en Normandie. Cette épopée dura 70 ans, nombre de familles s'installèrent au Conquet et firent souche : Goaster, Corfdir, Menguy, Kervarec. En 1898, parmi les derniers navires qui allaient régulièrement à Sein, on reconnaissait le 'Saint-Pierre' et le 'Notre-Dame-des-Victoires'. En 1898, le bateau à vivier 'Cosmopolite' découvrait le plateau de Rochebonne et en 1903 les Roches-Douvres, puis les îles Scilly. Les marins loguiviens allaient commercer avec leurs bateaux viviers jusqu'en Espagne et au Portugal. Ils allaient aussi pêcher jusqu'aux îles Sorlingues, situées à 2 marées de leur port d'attache.

    Entre 1900 et 1920, Loguivy armait encore 30 langoustiers-homardiers, dont "le Tourmentin" de Yvonnig Riou et le "Saint-Guillaume" de Hégarrat, parmi les derniers "seigneurs des mers". Les navires de l'ex-école de mer du Trégor 'An Durzhunel' et 'Enez Koalen', par leurs navigations ethno-pédagogiques racontent aujourd'hui cette épopée.

  • 20082207446NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 Num 1/25.

Références documentaires

Bibliographie
  • CLOCHON, Jean-Pierre. Des Paimpolais en Iroise. An Durzhunel, la renaissance d'un canot loguivien. Douarnenez : Le Chasse-Marée n° 20, novembre 1985.

    p. 52-63
Documents audio
  • VARIOT, Frédéric. Naissance d'un bateau. Paris : International Film Production, Télé Europe, documentaire 55 mn, couleur, 1984.