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Bateaux de travail : bateaux de pêche, bateaux goémoniers, bateaux sabliers

Dossier IM22005824 réalisé en 2008
Aire d'étude et cantonCommunes littorales des Côtes-d'Armor - Tréguier
LocalisationCommune : Plouguiel

Annexes

  • Extrait du 'Pilote' de Thomassin, 1875

    La rivière de Tréguier n´offre d´abri aux grands navires qu´à partir de quatre heures de flot. Il n´ y a que 5 mètres d´eau à l´entrée, dans le sud-est de Men Noblance, aux grandes marées, mais plus en dedans, la rivière est barrée par le banc de la Pie et par celui du Taureau qui affleure, et qui rendent impossible l´entrée de nuit, à marée basse. La rivière peut se remonter par presque tous les vents. En profitant des 3 noeuds de courant de flot, les bricks-goélettes louvoient presque jusqu´au port de Tréguier. Les sabliers viennent s´échouer à l´abri du Paluden.

  • Descriptif des sabliers de la rivière de Tréguier, à la fin du 19ème siècle, d'après photos et dessins de Louis-Marie Faudacq, peintre douanier

    A la fin du 19ème siècle, le quartier maritime et le syndicat de Tréguier regroupent 15 communes. Après avoir arpenté les quais de Paimpol et de Lézardrieux, de 1883 à 1900, le peintre douanier Louis Marie Faudacq est affecté au port de Tréguier. Il ne cesse de décrire à l'aide de croquis et de dessins aquarellés les activités maritimes de l'estuaire, les différents bateaux de pêche et de cabotage qui le fréquentent, à l'apogée de la voile de travail. Il dessine aussi les bâtiments de la douane et des Phares et balises, les avisos, les cotres garde-pêche et les premiers vapeurs. Il témoigne à l´occasion d´un événement, comme l´inauguration du tombeau de saint Yves à Tréguier ou d´un naufrage, comme celui du brick britannique 'L´Unity' en 1874. Ses croquis et ses photographies représentent un témoignage précieux et inédit de la vie maritime au tournant du 19ème et du 20ème siècle. Il a en particulier relevé les manoeuvres et le gréement des bateaux goémoniers et des bateaux sabliers de la rivière de Tréguier, dont les témoignages oraux sont rares sinon inexistants (Fig 1 et suivantes) . Les tirages photographiques (collection particulière) de L. M. Faudacq d'après plaques de verre, permettent de décrire ces bateaux de pêche spécifiques de la rivière de Tréguier, qui ont complètement disparu aujourd'hui.

    Cette figure de voilier de travail, 'sablier de la rivière de Tréguier', qui fréquentait régulièrement l´estuaire du Jaudy à la fin du 19ème siècle, représente un type ancien et caractéristique des chaloupes creuses à voile au tiers et cul pointu. Il s´agit d´embarcations de 6 à 7 tonneaux, non pontées, avec un tillac à l´avant et plusieurs bancs de nage, pour équipage nombreux. L´homme de barre semble confortablement accroupi sur le tollen arrière, tenant la barre du gouvernail extérieur ; l´écoute de l´unique et grande misaine est bordée dans l´axe du bateau, à portée de main du barreur. L´ensemble est remarquablement stable et équilibrée, l´étrave comme l´étambot rejoignant la quille par une ligne fuyante. On pense aux chaloupes de Plougastel, qui pratiquaient le bornage en rade de Brest à la même époque. Mais ce type de bateau, spécifique de la rivière de Tréguier, draguait surtout le sable de mer et le maërl, à l´aide d´une grande perche, dont l´extrémité fourchue ouvre la poche en toile d´une drague rustique. La technique de drague se pratique à marée basse, près d´un banc de sable, bateau affourchée sur ses ancres, la grande perche écarte la drague, qui plonge au fond, et se relève avec un orin, tourné sur un tourniquet de bord, pour être saisie ensuite sur un mâtereau. Son contenu est déversé à même le plancher de fond. Le faible tirant d´eau de ces chaloupes leur permet de s´approcher des petits fonds et d´échouer sur les bancs de sable coquiller, comme le banc de la Pie, près du phare de la Corne, qui vient d´être édifié en 1876, à l´embouchure de la rivière de Tréguier. Après avoir quitté leur mouillage de Palamos à la Roche-Jaune, ces chaloupes non pontées descendent la rivière de Tréguier, par vent de suroît, en direction des îles d´Er, pour draguer le sable et le maërl.

    Sur l'un des dessins de Faudacq, on peut remarquer la grand-voile arisée et amurée au pied de mât. Le point d´écoute est très reculé. La perche de drague est à poste, appuyée sur la fourche du mâtereau, sous le vent.

  • Extrait du témoignage oral de Arthur Rémond, dernier marin pêcheur traditionnel de Beg Mélen

    Extrait du témoignage oral de Arthur Rémond, dernier marin pêcheur traditionnel de Beg Mélen (né en 1926), synthèse

    Les pêches pratiquées par les petits pêcheurs de la rivière de Tréguier dans la 1ère moitié du 20ème siècle jusqu'en 1980, sont les sennes, les casiers, les lignes à mains, les filets droits et les filets de barrage. La collecte du goémon d'échouage et du goémon de coupe autour des îles d'Er pendant l'hiver offrait un complément de revenus en sus. Les goémoniers du Finistère venaient rejoindre cette flottille au bas de l'eau : les frères Chevert de Plouguerneau. Les bateaux goémoniers mesuraient à cette époque entre 12 et 15 pieds de quille chez Urbain de Buguéles. Le 'Vénus' était le plus grand bateau goémonier de la rivière de Tréguier, construit par le chantier Bernard de Plougrescant en 1931 pour un goémonier de Pouldouran (Marcel Fortune), avec une rablure ronde. On pouvait remarquer l'absence de passavant pour charger le goémon épave à l'aide d'un croc, le tillac fermé à l'avant, le vaigrage jusqu'au fond du canot et le treuil à main, situé devant le mât, où était amurée la misaine. Ce treuil servait à serrer le guindant de la voile. D'autres marins choisissaient le chantier Urbain de Buguéles (Port-Blanc), qui proposait une charpente avec une rablure droite (plus solide) ou les chantiers de Paimpol (Huon, Reynaud). Pendant la guerre, il y avait 35 goémoniers dans la rivière, avant que le nombre ne décline. Les derniers goémoniers traditionnels de la rivière de Tréguier étaient : Louis Ranou et ses fils, Arthur Rémond, Arhant, Yves Montfort et son frère. Avant la première guerre mondiale, 7 à 8 bateaux étaient armés au goémon et au sable pendant l'hiver. Les hommes faisaient la grande pêche à Islande pendant le reste de la saison.

    Les bateaux goémoniers déchargeaient à Port Béni, à Pouldouran et jusqu'à La Roche-Derrien, selon la demande des cultivateurs. Au près, par vent de suroît, il fallait 3 heures de flot pour aller de de la tourelle du taureau jusqu'à Pont Rod, an aval de la Roche-Derrien. Arthur se souvient des noms des bateaux de la Roche-Jaune : 'Léonie', 'Loustic', la 'Reine des flots' de Paul Le Guen.

    La drague des huîtres plates a aussi représenté une activité lucrative avant la 'maladie' en 1967 et ce jusqu'en 1976.

    Les canots creux utilisés par les marins pêcheurs étaient gréés avec une misaine très apiquée avec une forte quête de mât sur l'arrière, haubané avec de grosses ferrures (pour empêcher de 'piquer du nez' au vent arrière). On utilisait une voile spéciale pendant l'hiver en gros coton (à 3 fils) et une voile d'été à corne (à 2 fils). Les voiles étaient tannées à l'ocre rouge ou à l'écorce de chêne. Le bateau goémonier disposait d'une pompe spécifique (banc de pompe) et d'un seau emmanché pour avoir accès au trou.

    Avant 1970, le pilotage de la rivière était le fait des pilotes Guillou, Louis Ranou de Plougrescant et de Louis Le Rouzic de Beg Mélen, marins-pêcheurs.

    Arthur a pratiqué pendant 30 ans la petite pêche côtière. Juste après la seconde guerre, il a fait le goémon avec Paul Le Guen. Il a commencé la pêche en 1960 sur un bocq de 7 mètres : le maquereau pendant l'été et la senne à l'aviron dans la 'rivière' pendant l'hiver. Il a continué plus tard avec son épouse Madeleine à bord de son misainier de 5 mètres 'Taupie 2', construit à Carantec, motorisé avec un moteur Saab monocylindre. Son territoire de pêche habituel s'étendait au Sud et au Nord-Est de l'Île d'Er entre les 'Renauds' et le plateau des 'Duonos'. C'était sa femme qui naviguait à la barre. Elle connaissait les 'sentes' entre les rochers, pour pêcher les lieus. La pêche était vendue de porte à porte dans les fermes des alentours et au marché de Tréguier. Lorsqu'il y avait un 'coup de bars avec les filets de pose, c'était le mareyeur Oulhen qui venait charger à Beg Vilin'. Le poison était conservé dans une manne avec l'ortie et la fougère, en particulier le saumon, vendu aux commanditaires Laurent et Lefebvre de Camlez. La pêche au saumon se pratiquait au ciseau (avec la cisaille et la perche à grandes mailles) en travers du courant, en amont de l'estuaire.

    Une famille de marins pêcheurs était très réputé à la Roche-Jaune : les frères Le Guen, Armand, Paul, le 'Vieux Le Guen', le patriarche, qui habitait le moulin Aréré au fond de la baie de l'Enfer. Les Le Guen faisaient le goémon pendant l'hiver, la saison de maquereaux pendant l'été et le sable. Le 'Vieux Le Guen était reconnu pour avoir construit un bateau sablier de 10-12 mètres et restauré d'autres bateaux. Il avait aussi conçu une machine à battre adaptée aux petites parcelles et un bateau amphibie, appelé 'le Canard'. Paul Le Guen faisait le sable avec le 'Jean-Jaurès', le 'Liberté' (Pl 968) et le 'Saint-Louis'.

  • Témoignage oral - Pêche à la senne
  • Témoignage oral - Traditions goëmonières

Références documentaires

Bibliographie
  • PRIGENT, Guy, LEVASSEUR, Olivier. Faudacq, marines. Rennes : Apogée, 2003.

  • THOMASSIN, Anastase. Le Pilote. Paris : 1875.

    p. 310-315
Documents audio
  • MONTFORT Yves. Témoignage oral sur la pêche aux huîtres, la pêche côtière et les sabiers. Trédarzec : 2008.

    Témoignage oral
  • REMOND, Arthur. Témoignage sur la pêche des huîtres en rivière de Tréguier. Plouguiel : 2 août 2008.

    Témoignage oral.