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Batteries d'artillerie de côte, 1840-1870

Dossier IA56132132 réalisé en 2017

Fiche

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Aires d'études Bretagne Sud
Dénominations batterie

Tranchant avec la tendance à l'éparpillement des 17e, 18e et début du 19e siècle, la "Commission mixte d'armement des côtes de la France, de la Corse et des îles" formée en février 1841 suite à la crise diplomatique de l'été et de l'automne 1840, diminue le nombre d'ouvrages de fortification littorale sur l'ensemble du territoire. Pour les deuxième (de la côte ouest du Cotentin à l'Odet) et troisième (de l'Odet à Pornic) arrondissements maritimes, la commission prévoit de conserver 208 forts, batteries et postes garde-côtes, et d'en abandonner 130. Mais beaucoup d'ouvrages dont la modernisation est prévue sont abandonnés lors de la réalisation du programme ou à l'occasion de sa révision en 1859. Certains secteurs comme la côte nord de la Bretagne entre Morlaix et Saint-Malo ont été presque totalement privés de fortifications. Pour des points prioritaires comme les îles de la façade sud de la Bretagne (Glénan, Groix, Quiberon, Belle-île, Houat et Hoedic, Dumet), on passe ainsi de 66 ouvrages encore existants en 1841, à 42 ouvrages prévus par la commission, mais à 31 ouvrages effectivement réalisés, dont 25 batteries de côte.

Cette tendance à la diminution du nombre d'ouvrages, qui s'accentue encore après 1870, est une réponse à la nouvelle situation crée dans la défense des côtes par les progrès techniques du début du 19e siècle : navigation à vapeur et projectiles explosifs. La concentration des ouvrages d'artillerie permanents sur les points essentiels (approches des ports militaires, mouillages et points de débarquements, chenaux de navigation, îles) s'accompagne de l'augmentation de leur puissance. La commission de 1841 ne conserve que trois bouches à feu pour armer les batteries, les plus puissantes en usage dans la marine française de l'époque : canon de 30 livres, obusier de 22 cm, mortier de 32 cm. Les batteries ne doivent plus être armées de moins de quatre pièces. Leurs parapets doivent pouvoir amortir l'effet des projectiles explosifs. Le casernement, désormais prévu pour la totalité des servants, et les magasins sont concentrés dans un seul bâtiment servant aussi de réduit défensif en cas de tentative de coup de main sur la batterie.

L'apparition concomitante de l'artillerie rayée et du navire cuirassé vers 1860 entraîne une remise en cause des ouvrages construits sur le littoral depuis la fin des années 1840. Les nouvelles batteries de côtes dotées de la nouvelle artillerie de côte sont mises en place à partir de la seconde moitié des années 1870.

Période(s) Principale : 19e siècle
Auteur(s) Auteur : Génie

Les batteries de côtes construites entre la fin des années 1840 et la fin des années 1860 ont des tracés qui varient en fonction de la topographie locale et du champ de tir de leurs pièces d'artillerie. Il est toutefois possible de lister des caractéristiques communes, définies d'ailleurs par les textes officiels de l'époque :

- à l'exception des grands forts maritimes (forts de Cherbourg, La Conchée, fort du Taureau, fort Boyard, etc.), il s'agit de batteries barbette en terre ;

- les épaulements ont six mètres d'épaisseur et sont délimités à l'intérieur par un mur de genouillère en maçonnerie ;

- les pièces artillerie sont installées sur le terre-plein en étant espacées de sept à huit mètres ; les canons et les obusiers sont sur affûts de côte à châssis pivotant, les mortiers reposent sur des plates-formes en madriers ;

- à partir de 1860, la généralisation des affûts en fonte fait mettre en place, y compris dans les batteries non armées en permanence (la majorité), les blocs en maçonnerie servant à fixer le pivot antérieur des affûts : ce travail à la charge du génie est réalisé au cours des années 1860 ; ces blocs sont encore très souvent en place dans les batteries ;

- les emplacements pour plate-formes de mortiers prennent la forme d'excavations destinées à recevoir les madriers et la couche de sable amortisseuse sur laquelle ils reposent ;

- les batteries sont complétées par un réduit construit le plus souvent selon les plans-types de corps de garde et de tours crénelés de 1846 (95 % de ces ouvrages sont associés à une batterie de côte).

Ces batteries se présentent donc sous la forme d'importants massifs terrassés, avec peu de parties en maçonnerie à l'exception des murs de genouillère, des blocs de scellement d'affûts et de rares abris à munitions sous traverses. Ouvrages simples, parfois érodés, souvent recouverts par la végétation actuellement, ils pâtissent d'un défaut de reconnaissance dû à l'attrait visuel qu'exercent leurs réduits en maçonnerie.

Annexes

  • Armement et normes de construction des batteries de côtes, 1845.

    Les marines de guerre n'emploient plus que les plus forts calibres, et la marine à vapeur portera ces redoutables moyens de destruction sur beaucoup de points où la marine à voiles ne pouvait se montrer. Il convient que la défense des côtes puisse opposer des calibres d'une puissance qui ne soit pas inférieure à celle de l'attaque. Toutes les batteries stables tirant à la mer seront donc armées en obusiers de 22c, en canons de 30 ou de 36 et en mortiers de 32c, et il n'y aura pour chaque calibre sur les côtes qu'un seul modèle de bouche à feu.

    [...]

    L'armement minimum des batteries de côte est fixé, en général, à quatre pièces ; la limite maximum, quoique indéterminée, dépassera rarement douze pièces. Des batteries de moins de quatre pièces en rendraient pas des services proportionnés à leur dépense d'établissement. Cependant, par exception, de petits mouillages, utiles au cabotage qui y trouve un refuge contre les insultes des corsaires ou contre les poursuites des bâtiments légers de l'ennemi, peuvent n'être défendus que par trois bouches à feu.

    On associera dans la même batterie et en nombre égal, autant que possible, les canons de 30 et les obusiers de 22c. Une exception pourra être faite pour une batterie placée en 2e ou en 3e ligne, et chargée de défendre l'intérieur d'une rade importante, l'entrée d'un port militaire où l'étendue du champ de tir n'excéderait pas 2000 mètres. On ne la composerait que d'obusiers de 22c.

    Les mortiers de 32c étant un armement particulier et accidentel, la proportion est indéterminée. Cette bouche à feu, peu maniable, est très-tourmentée dans le tir, et la plate-forme peut être mise hors de service après un petit nombre de coups. La chambre sphérique doit être nettoyée avec précaution.

    Le rôle de ces trois pièces dans une batterie de côte peut être, en général, réglé ainsi qu'il suit :

    Tirer : 1° le canon de 30 à boulet, aux grandes distances ; 2° aux distances moyennes, l'obus de 22c, puis l'obus de 30 : 3e aux petites distances, la mitraille de l'un et de l'autre ; 4e enfin la bombe de 32 c principalement aux grandes distances, contre les vaisseaux stationnant dans un mouillage.

    [...]

    Quant au tracé et au mode de construction d'une batterie de côte, voici les conditions principales auxquelles elle doit satisfaire :

    Établir, si l'on peut, le terre-plein sur le sol naturel ; c'est la disposition la plus favorable à la solidité, à la durée et à l'économie.

    [...]

    Construire des batteries à barbettes, excepté dans les cas bien rares où le champ de l'embrasure embrasserait toute la zone d'activité des pièces. On doit cherche à compenser le désavantage de leur immobilité de position par la mobilité et l'étendue de leur tir. Dans certains cas, comme dans les rades dont le littoral est bas, protéger les canonniers par des demi-casemates ;

    Espacer, autant que possible, les pièces de 7 mètres d'axe en axe, pour pouvoir tirer plus obliquement à l'épaulement, pour diviser davantage les feux de l'ennemi et pour la facilité de la manœuvre d'un matériel lourd. Laisser 3,50 m à chaque demi-merlon des extrémités. Si un épaulement en retour est nécessaire, en déterminer le tracé et le relief par la condition de défiler le terre-plein des points dangereux, et notamment des feux d'écharpe par lesquels les vaisseaux ennemis préludent d'ordinaire ; pour cela, maintenir la crête supérieure en retour, comme celle de toute traverse, dans le plan de défilement.

    Faire l'extérieur de l'épaulement, jusqu'à 1 mètre au moins de profondeur, en terres franches et tenaces, passées à la claie, en réservant les mélanges de gravier, s'il y en a, pour le milieu du coffre.

    [...]

    A moins d'urgence, comme il arrive souvent sur les môles, digues, musoirs, forts à la mer, tours élevées, etc., proscrire les batteries dont les parapets seraient entièrement en maçonnerie ou sur des rochers. Un seul boulet qui frappe un parapet en pierre ou le roc, peut faire autant de mal aux défenseurs que plusieurs projectiles lancés à la fois.

    Recouvrir d'une couche suffisante de sable les quartiers de roches, les galets qui seraient trop à proximité des canonniers.

    Élever la crête intérieure de 2,50 m ; faire le coffre épais de 6 mètres au moins de crête en crête, le terre-plein large de 8 mètres. Incliner la plongée de telle façon qu'on découvre bien les objets à battre. Le revêtement intérieur en maçonnerie = 1,30 m de hauteur, 0,50 m d'épaisseur au sommet, ainsi que le revêtement des profils des côtés. Inclinaison de ces revêtements = 1/10.

    Les traverses occupent un espace précieux, divisent le commandement et la surveillance du chef. Les employer avec réserve. Elles ne sont possibles qu'à la condition de ne point masquer les feux du réduit.

    [...]

    Faire les communications commodes, à rampes douces, larges pour le passage au moins de deux hommes de front, et, si l'on peur, d'une voiture d'artillerie. Les couvrir, s'il est possible, contre les vues de l'ennemi.

    Si la position est très-importante à occuper, consolider le terrain contre la mer par une bonne jetée, et contre les vents par un semis qu'on laisse pousser à l'état de taillis, ou par une estacade dont les claires-voies sont garnies de roseaux, de joncs ou de bruyères et autres plantes que les localités fournissent.

    [...]

    On évalue à 500 francs par bouche à feu le prix de construction de l'épaulement d'un batterie de côte.

    Toute batterie de côte doit posséder un réduit comme un complément indispensable de son organisation.

    (Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 12, Avis du Comité : 1 VK 40, Mémoires généraux sur les frontières maritimes, 1802-1852. Ministère de la Guerre, Instruction sur l'armement et la défense des côtes, 30 décembre 1845, p. 14-20)

Références documentaires

Documents d'archives
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 12, Avis du Comité : 1 VK 40, Mémoires généraux sur les frontières maritimes, 1802-1852. Ministère de la Guerre, Instruction sur l'armement et la défense des côtes, 30 décembre 1845.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 1 VK 40
  • Service historique de la Défense, Département Marine, Lorient. Archives de la Place et du Génie de Belle-Île-en-Mer ; Sous-série 4 S2, archives du Génie de Belle-Île-en-Mer : 4 S2 8, Ministère de la Guerre, Inspection générale de la défense des côtes, Instruction sur les batteries de côte, 15 février 1850.

    Service Historique de la Défense de Lorient : 4 S2 8
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives de l'Artillerie ; Sous-série 3 W, Opérations militaires : 3 W 31, Documents concernant le 2e arrondissement maritime (Brest). Projet d'armement des côtes de la France, de la Corse et des îles. Titre II : Projet d'armement des côtes du 2e arrondissement maritime (Brest), 1841-1843.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 3 W 31
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives de l'Artillerie ; Sous-série 3 W, Opérations militaires : 3 W 32, Documents concernant le 3e arrondissement maritime (Lorient). Projet d'armement des côtes de la France, de la Corse et des îles. Titre III : Projet d'armement des côtes du 3e arrondissement maritime (Lorient), 1841-1843.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 3 W 32
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 12, Avis du Comité : 1 VK 42, Travail de la commission d'armement des côtes sur les frontières maritimes, 1844. Avis du Comité des fortifications du 7 novembre 1844.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 1 VK 42
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 12, Avis du Comité : 1 VK 41, Mémoires généraux sur les frontières maritimes, 1853-1885. Tableau annexé à l'avis du Comité des Fortifications en date du 3 juin 1857, Tableau A des batteries et autres ouvrages défensifs des côtes exécutés depuis 1845 (jusqu'au 31 décembre 1856).

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 1 VK 41
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 12, Avis du Comité : 1 VK 577. Commission de défense des côtes : tableau faisant connaître le nombre, l'armement et le classement des batteries de côtes des 1er (Cherbourg), 2e (Brest), 3e (Lorient), 4e (Rochefort) et 5e (Toulon) arrondissements maritimes, de la Corse, de l'Algérie et des colonies, 1860-1862.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 1 VK 577
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 12, Avis du Comité : 1 VK 41, Mémoires généraux sur les frontières maritimes, 1853-1885. Rapport sur la situation des travaux de défense des côtes à la fin de l'exercice 1861.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 1 VK 41
Bibliographie
  • Ministère de la Guerre, Mémoire sur la défense des frontières maritimes de la France présenté le 5 avril 1843 par la commission mixte d'armement des côtes, de la Corse et des îles, Paris, Imprimerie nationale, 1848, 226 pages.

  • LE POURHIET-SALAT, Nicole, La défense des îles bretonnes de l´Atlantique, des origines à 1860, Vincennes, Service Historique de la Marine, 1983, 2 vol. : XLV-375 p. XXV pl.

  • JADÉ, Patrick, Les tours et corps de garde de défense côtière de la monarchie de Juillet au Second Empire : un état des lieux, In Battre le littoral. Histoire, reconversion et nouvelles perspectives de mise en valeur du petit patrimoine militaire maritime, journées d'études internationales, Université Bordeaux 3 (Bordeaux, 15-16 novembre 2012) : Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2014, coll. Architectures, p. 33-47.

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