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Bourg de Minihy-Tréguier

Dossier IA22133391 réalisé en 2018

Fiche

Trois résidences seigneuriales : Kermartin, Crech Martin et Traou Martin (alias Tromartin ou Traon Martin) étaient implantées non loin l’une de l’autre : elles se trouvent dans le périmètre immédiat du bourg actuel de Minihy-Tréguier. Le patronyme "Martin" semble faire référence au nom d’un prélat qui a occupé le siège épiscopal de Tréguier à la fin du 9e siècle.

C’est à Kermartin qu’est né Yves Hélory (alias Héloury), seigneur de Kermartin le 17 octobre 1253. Naturellement, c’est sur deux pièces de terre de la seigneurie de Kermartin, dans le "Minihy du Bienheureux confesseur Tugdual", qu’il a fondé en 1293 sous couvert de l’évêque Alain de Bruc une chapelle construite et entretenue grâce à des biens et des revenus fonciers. A l’origine sous le vocable de "Notre Seigneur Jésus-Christ", "de la Bienheureuse Vierge, sa mère" et du "Bienheureux confesseur Tugdual", la chapelle se double de la construction d’une demeure ecclésiastique pour le chapelain (la Chapellenie). On y trouve en 1412 "un bel appentis étant auprès et adjacent de ladite chapelle pour l’hôpital et le retrait des pauvres et misérables personnes, afin d’eux reposer [comprendre, qu’ils puissent se reposer] quand ils viennent par dévotion à ladite chapelle"1.

Dès la canonisation de Saint-Yves en 1347 et alors que le culte de saint Yves ne cesse de prendre de l’ampleur, la chapelle prend son vocable. Dans l’enclos du cimetière se trouve le petit oratoire-chapelle funéraire de la famille de Kermartin. De cet édifice détruit en 1823 subsiste le tombeau – cénotaphe de saint Yves (le gisant a disparu, probablement pendant la Révolution) qui est intégré au pardon de saint Yves (les pèlerins passent à genoux sous la voûte afin de recevoir les bienfaits de la sainteté).

La chapelle Saint-Yves est reconstruite quasi-entièrement vers le milieu du 15e siècle tout comme la Chapellenie2. Le porche de la chapelle a été établi au nord, en direction du chemin menant à la cathédrale de Tréguier et rappelle le lien originel de la chapelle avec le siège de l’évêché3. A partir du 16e siècle, dans la chapelle Saint-Yves sont organisés quotidiennement des offices par un prêtre salarié faisant fonction de chapelain et habitant dans la Chapellenie4. Le chapelain en titre se réservant le prestige et les revenus afférents à ce bénéfice5.

Les anciennes résidences seigneuriales - Kermartin (remplacé par une ferme en 1834) et Crech Martin - ne sauraient être antérieures au 15e siècle. Si deux colombiers marquent la présence seigneuriale ou ecclésiale dans le paysage immédiat du bourg, c’est également le cas des hauts talus-murs délimitant certaines parcelles.

Minihy-Tréguier devient une commune en 1790. La chapelle Saint-Yves devient le siège d’une nouvelle paroisse à la fin de la période révolutionnaire (An XII ?). Jusqu’à cette date – à quelques exceptions près - l’office est célébré par le recteur de "Minihy-Ploulantreguier" en l’église-cathédrale de Tréguier.

Le cadastre de 1835 figure une minuscule agglomération au bâti très lâche qui semble avoir été structurée selon un axe principal nord-sud correspondant au chemin de Traou Martin à Minihy. Plusieurs chemins semblent converger vers l’anse de Traou Martin. Dans cette anse, le long de la côte, se trouve la fontaine dite de Saint-Yves à laquelle on accédait directement depuis le bourg par une série de marches en schiste6. En effet, cette anse accueillait, outre la fontaine, une maison à buée, un douët à laver le linge ainsi que huit routoirs. Plusieurs témoignages attestent que c’est dans cette même fontaine que les habitants du bourg et des métairies proches venaient faire s’abreuver le bétail. Selon Geneviève Le Louarn-Plessix dans son article sur la Chapellenie (2018), le chemin qui borde la Chapellenie et qui dévale vers le Jaudy, est désigné en 1794 comme "le chemin conduisant au bateau dit saint Yves"7.

Selon les états de section du cadastre, Kermartin, Crec’h Martin, Convenant Colven (et non loin du bourg, Convenant Binen) appartiennent en 1835 à monseigneur Hyacinthe-Louis de Quélen de Paris. Traou Martin appartient à Le Guen de Tréguier tandis que la Chapellenie est la propriété de la "veuve Cabanac" alias Angélique Yvonne Jacquette Dumont habitant à Tréguier8.

La maison située au sud de Crech Martin appartient à "Lucas, la veuve" habitant Tréguier (parcelles n° 725, n° 726 et n° 727). En face, la maison dite "maison calvari" appartient à "Yves Goarin, veuve". Une maison – figurant déjà sur le cadastre - est associée au toponyme "Ty nod", littéralement la maison sur la côte.

L’espace sacré du cimetière est marqué par une croix. Une autre croix dite "croix neuve de Traou Michel" ("neuve" selon le cadastre de 1835) a été érigée à l’extrémité du chemin de Saint-Michel, là où commence le chemin de Saint-Yves. Cette rue est appelée "rue de la croix de mission". A signaler qu’un puits jouxte cette croix (parcelle n° 733 du cadastre ancien aujourd’hui parcelle n° 1158).

Le presbytère a été construit en 1838 comme le montre le millésime situé sur le linteau de la porte d’entrée. Il s’agit d’une élégante bâtisse de type ternaire à cinq travées soulignées par des lucarnes. Les niveaux – premier étage et étage de comble – sont soulignés par un bandeau en granite qui rompt avec l’enduit.

Il faut attendre le 2e quart du 19e siècle et les décennies suivantes pour voir le développement (très léger) du bourg de Minihy-Tréguier avec la construction de nouveaux logis dédiés aux activités commerciales (ce phénomène se poursuit jusqu’à la veille de la Première guerre mondiale). C’est le cas du logis à cinq travées qui accueille l’actuelle mairie, qui selon toute vraisemblance a abrité un commerce. A noter que la population maximum est obtenue en 1846 avec 1607 habitants9. C’est à la même période - 1819 et 1824 - que l’église paroissiale est agrandie d’une travée et que la façade ouest et le clocher sont reconstruits. En 1853, elle est dotée d’une nouvelle sacristie.

Le Fichant, maire de Minihy-Tréguier juge en 1870 qu’il serait "infructueux" de créer une école "aux portes même de Tréguier" et propose de placer les deux tiers des "élèves indigents" à l’école des Frères de la doctrine chrétienne à Tréguier (Frères de Lamennais) et l’autre tiers à celle de Langoat avec l’instituteur. En octobre 1880, il n’y a toujours pas d’école pour les filles à Minihy-Tréguier en dépit de la loi du 10 avril 186710 rappelée par l’inspecteur d’académie au maire. L’argument avancé par le conseil municipal réuni sous la présidence de monsieur de Roquefeuil, maire, est : "que la commune de Minihy est formée de plusieurs villages éloignés du centre communal dont les enfants fréquentent les écoles de Langoat et de Tréguier et ne se rendraient pas, à cause de la distance, à l’école qui serait établie au bourg ; que le bourg est très peu important comme agglomération et qu’il est impossible d’y trouver une maison présentant les conditions requises pour l’installation d’une école". De son côté, le sous–préfet "serait d’avis de créer, au lieu d’une école municipale, plusieurs écoles de hameau dans les villages les plus peuplés qui composent la commune". Si une école primaire est installée au lieu-dit Langazou, il faut attendre 1906 pour voir la construction d'un groupe scolaire au lieu-dit Kerguyomard.

L’analyse comparative des vues aériennes de 1952 et de 2011 du bourg de Minihy-Tréguier montre :

- un regroupement des parcelles et une baisse importante de la surface agricole utile ;

- une urbanisation importante avec la création de lotissements à l’est du bourg, autour de Traou Miquel, au sud de Keroudot (zone d’habitat qui s’étend le long de l’ancienne ligne de chemin de fer vers Saint-Catherine), de logements collectifs et d’un supermarché ;

- une artificialisation des terres : voiries et parking ;

- la disparition des vergers de Kermartin, Crech Martin et Traou Martin ;

- le boisement de certaines parcelles le long du Jaudy ou la Chapellenie.

Le bourg de Minihy-Tréguier conserve encore une rare cabine téléphonique11.

1Voir, "Histoire de la chapellenie saint Yves et de ses chapelains (1293-1814)" par Thierry Hamon.2En 1442 et 1433 selon Thierry Hamon ce qui est confimé par l'étude historique et dendrochronologique attestant d’une reconstruction, voir "Minihy-Tréguier, la Chapellenie" par Geneviève Le Louarn-Plessix.3Pour Jean-Jacques Rioult, les niches des parois latérales du porche étaient destinées à recevoir et à bloquer un coffret : cette disposition originale permet d’envisager que le porche de la chapelle de Minihy-Tréguier fut conçu pour servir lors du pardon et des grandes fêtes, à exposer des reliques du saint dans les niches de ses parois.4Le bâtiment est décrit en très mauvais état au 18e siècle.5La Chapellenie Saint-Yves est réunie au collège de Tréguier en 1770. 6Ces marches sont doublées par une rampe dallée permettant d’utiliser une brouette.7En référence - peut-être - à un bateau appartenant au seigneur de Kermartin et mouillé dans l’anse de Traou Martin ou bien, à l’existence d’un bac pour franchir le Jaudy. Les pierres de taille en granite du secteur de l’île Grande qui composent notamment l’église ont probablement été débarquées dans l’anse de Traou Martin. 8Son époux, Louis-Marie Cabanac – mort en 1832 - est un personnage important pendant la révolution à Tréguier. Après avoir acheté la Chapellenie le 3 octobre 1795, il acquiert le couvent des Ursulines le 3 février 1799 pour en revendre les matériaux… Précisons, qu’il louait aussi l’ancien manoir de Kermartin et ses terres. Cette famille réside rue de la Poissonnerie, actuellement au 8 rue Lamennais connue sous le nom de "maison Guillerm".9Source : "Des villages Cassini aux communes d'aujourd'hui".10Loi sur l'enseignement primaire dite "Loi Duruy" visant notamment à favoriser l'enseignement féminin. 11Le numéro de téléphone de la cabine téléphonique de Minihy-Tréguier était le 02 96 92 23 68 : son combiné téléphonique a été retiré. Il s’agit d'un publiphone type TE 80 datable des années 1980. Le développement des téléphones portables dans les années 2000 a entrainé le déclin puis le retrait des cabines téléphoniques gérées par France Télécom (renommé Orange en 1994). Depuis le 1er janvier 2018, il n'y a officiellement plus de cabines téléphoniques en France.
Dénominationsbourg
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
AdresseCommune : Minihy-Tréguier
Lieu-dit : Le bourg
Période(s)Principale : Moyen Age, Temps modernes
Secondaire : Epoque contemporaine, 1er quart 21e siècle

Références documentaires

Documents d'archives
  • Canton de Tréguier (22). Pré-inventaire de la commune de Minihy-Trégier par Nicole Chouteau et Viviane Maillen assistées de Didier Richard pour les photographies, 1973.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel) : 152
Périodiques
  • RIOULT, Jean-Jacques. "L'église Saint-Yves de Minihy-Tréguier" in Tréguier et son Pays, La justice en Bretagne, Actes du Congrès des 7-8-9 septembre 2017 de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne. Mémoire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, tome XCVI, 2018, p. 659-678.

    Collection particulière
  • LE LOUARN-PLESSIX, Geneviève. "Minihy-Tréguier, la Chapellenie" in Tréguier et son Pays, La justice en Bretagne, Actes du Congrès des 7-8-9 septembre 2017 de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne. Mémoire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, tome XCVI, 2018, p. 711-726.

    Collection particulière
  • HAMON, Thierry. "Le testament de saint Yves" in Tréguier et son Pays, La justice en Bretagne, Actes du Congrès des 7-8-9 septembre 2017 de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne. Mémoire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, tome XCVI, 2018, p. 695-709.

    Collection particulière
  • HAMON, Thierry. "Histoire de la chapellenie saint Yves et de ses chapelains (1293-1814)" in Tréguier et son Pays, La justice en Bretagne, Actes du Congrès des 7-8-9 septembre 2017 de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne. Mémoire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, tome XCVI, 2018, p. 727-749.

    Collection particulière
  • CHAURIS, Louis. "Éclairage lithologique sur l'église de Minihy-Tréguier et ses abords" in Tréguier et son Pays, La justice en Bretagne, Actes du Congrès des 7-8-9 septembre 2017 de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne. Mémoire de la Société d’Histoire et d’Archéologie de Bretagne, tome XCVI, 2018, p. 679-693.

    Collection particulière

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