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Cathédrale Saint-Tugdual (Tréguier)

Dossier IA22017539 réalisé en 2006

La Cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier

Fondé au 6e siècle par le moine gallois Tugdual, le monastère de Landreguer ou Lan Tréguer, bénéficie d´une aura précoce. Devenue le siège d´un évêché, son église, saccagée par les normands, fut rebâtie vers 970 puis de nouveau au 12e siècle. La tour dite de Hasting, située à l´extrémité du bras nord du transept, conserve le souvenir de l´important édifice roman rebâti alors, sans doute majeur dans le contexte breton. La volonté de conserver cette partie de l´église, sacralisée par le tombeau de saint Yves, situé dès la mort de ce dernier dans le bras nord et objet d´un pèlerinage précoce, explique sans doute la survivance de ces vestiges.

Le chantier de la cathédrale gothique fut entrepris par la façade occidentale bien avant le 14e siècle. Les parties basses de cette façade ainsi que celles des travées occidentales des collatéraux, en schiste, pourraient correspondre à cette première campagne gothique, situable dans le dernier quart du 13e siècle. Les travaux semblent avoir repris pour la partie orientale des collatéraux, le reste de la nef et surtout l'ensemble de ses parties hautes à partir de 1339, sous l´évêque Richard Du Perrier. A cette campagne se rattache également le porche sud dit du peuple. Le chantier à peine redémarré fut interrompu vers 1345 lors de la guerre de Succession de Bretagne et reprit durant la seconde moitié du 14e siècle. Le transept et le chœur furent essentiellement réalisés dans le dernier quart du 14e siècle et autour de 1400 : la clef de voûte de la 2e travée du chœur porte les armes de l´évêque Pierre Morel (1385-1401) originaire de Guingamp. La tour des cloches, édifiée vers 1430 à l´extrémité du bras sud et percée elle-même de son propre porche, renforce l´accent sur la façade méridionale. A la même époque se construit au nord, à la rencontre du collatéral nord et du transept, la chapelle funéraire du duc Jean V. Enfin, vers 1450-1460, la construction d´un cloître au nord du chœur, sous l´épiscopat de Jean de Ploeuc, marque la fin des campagnes de construction de la période gothique. La flèche de la tour des cloches, à l´extrémité du bras sud, non réalisée à l´époque gothique est une création de 1785 qui s´inspire librement du modèle trégorrois. Le mobilier de la cathédrale fut saccagé sous la Révolution, les tombeaux de saint Yves et du duc Jean V détruits. La restauration de l´ancienne cathédrale commencée en 1841 se poursuivit jusqu´à la fin du 19e siècle : elle a concerné essentiellement tout le couronnement de la nef et du chœur, garde-corps et pinacles, laissés inachevés depuis la fin du Moyen Age. Enfin le lambris de couvrement du cloître fut restitué lors des travaux de 1910.

Parti de plan et élévations intérieures

La nef de Tréguier dont l´aspect "bizarre et irrégulier" a dérouté les auteurs du 19e siècle, est le résultat d´influences diverses, d´innovations et de reprises : normande par la frise de calcaire qui court sous le triforium et le maintien du mur épais avec passage devant les fenêtres hautes, elle présente dans les détails des bases et des chapiteaux, dans celui des ses rouleaux d´arc à simples chanfreins, ainsi que le traitement de certains fenestrages, de nombreux accents anglais.

La nef : un chantier fractionné et complexe

Les forte piles cylindriques de la première travée de nef, dont on retrouve trace à la base des deuxièmes piles, postérieurement reprises en piles composées à quatre colonnes, semblent avoir présidé dans un premier temps à l´ordonnance de la nouvelle nef. Les collatéraux dont les voûtes retombent sur d'épaisses colonnettes arrêtées à mi hauteur du mur par des culots sculptés, rappelant l'architecture de plusieurs églises de basse Normandie, que l'on trouve par exemple appliquée dans la salle capitulaire de Beauport, correspondent à ce premier projet de reconstruction. Toutefois leurs fenêtres à larges ébrasements que surmonte un arc non ébrasé, d'un modèle identique à celui qu'elles présentent à l'extérieur, ne permet guère de situer cette première campagne gothique avant les dernières années du 13e siècle voire le début du 14e siècle. On trouve dans les parties basses de la nef de Brelévenez près de Lannion, la mise en œuvre systématique de ce premier projet de reconstruction de Tréguier.

Au niveau de la dernière travée du collatéral nord, juste avant le bras sud, une porte murée donnait initialement dans l'ancienne salle capitulaire qui occupait contre le mur sud du collatéral les deux travées existant entre le porche du peuple et le bras sud, selon une disposition semblable à celle qui est toujours visible à la cathédrale de Dol.

A partir de la quatrième travée de la nef les piles de plan octogonal qui présentent surtout du coté sud une alternance de temps forts et de temps faibles appartiennent indéniablement à une deuxième campagne qui pourrait correspondre à la reprise du chantier sous l'évêque Richard du Perrier en 1340. Du côté nord, les grandes arcades comportent deux voussoirs épannelés à simple chanfrein, forme caractéristique employée en Bretagne ainsi qu´en Angleterre dans de nombreux édifices du 14e siècle. Au niveau de la troisième pile, de sensibles différences dans la retombée des arcs entre les côtés nord et sud, sont révélatrices d´hésitations stylistiques tout autant que d´innovations. Au nord le voussoir externe de l´arcade retombe sur un congé sculpté : cette formule employée en Angleterre dès le milieu du 13e siècle par exemple dans le transept de l´abbaye de Netley, ne sera guère développée par la suite en Bretagne. Sur le côté sud en revanche, au niveau de la troisième et de la cinquième pile, la fusion des voussoirs dans la masse de la pile, est une formule innovante promise à un grand succès dans l´architecture gothique bretonne des 14e et 15e siècles. Un emploi systématique de cette formule se retrouve par exemple dans la nef de l'église Sainte-Catherine de La Roche-Derrien.

Au lieu d´adopter comme dans la nef de Dol ou le chœur de Saint-Malo, le modèle français à arcatures géminées, le triforium est ici traité comme une suite d´arcatures trilobées, réduite à la largeur des fenêtres hautes. L´étude récente de Philippe Bonnet sur la cathédrale de Quimper a montré l´origine anglaise, les chantiers de Chester et d´Exeter, de cette conception qui traite le triforium comme une claire-voie continue relativement basse. Toutefois, si l´on retrouve ici, semblable à celle de Quimper, la frise de calcaire sculptée d´origine normande, qui court au dessus de grandes arcades, ainsi que la forme des arcatures trilobées, la réduction en largeur du triforium à l´alignement des fenêtres hautes, à la différence du grand modèle cornouaillais réintroduit la muralité, ainsi que l´avait fait remarquer André Mussat, et le passage devant les fenêtres hautes qui ne comporte aucun garde-corps reprend une tradition normande bien antérieure adopté dès le 13e siècle dans les parties hautes de la nef de Dol. Dans les deux travées qui touchent la croisée, la claire-voie du triforium, en calcaire, présente l´étrange association de faisceaux de colonnettes et chapiteaux à feuillages et d´arcs en plein cintre à simple chanfrein, qui est visiblement le fruit d´un remontage tardif. Le tracé dissymétrique et maladroit de l´arcade de la dernière travée, s´explique par le remontage du carré de transept dont les piles sont beaucoup plus importantes que celle de l´époque romane, alors que l´élévation de la nef était déjà établie. Le débordement du nouveau transept par rapport à la tour nord, bien visible à l´extérieur, confirme cette hypothèse.

Le transept et la croisée

Le transept lui-même, greffé sur la tour nord dite de Hasting, a conservé, de part et d´autre de l´entrée du déambulatoire du chœur une disposition à deux chapelle accolées, sans doute héritée de l´édifice roman, comme le montre l´arcature encore en place qui surmonte dans le bras nord l´accès au cloître. A l´opposé, l´extrémité du bras sud ouvre largement sur une tour précédée d´un porche. Elle fut édifiée à la charnière du 14e et du 15e siècle, en même temps que le chœur, comme le montre clairement la différence entre les bases des piles est, semblables à celles du déambulatoire et celles des piles ouest dont la forme en flacon appartient déjà pleinement au 15e siècle. A la différence de la nef, un garde-corps ajouré est prévu au devant de la coursière des fenêtres hautes ainsi que sur la galerie du triforium et cette dernière, devenue continue, n´est plus arrêtée à l´aplomb des fenêtres. Dans le mur ouest du bras nord, la fenêtre de la travée médiane a été en partie murée postérieurement lors de la construction contre le collatéral nord de la chapelle funéraire de Jean V.

Le chœur : une conception unitaire et maîtrisée

Le chœur comprend quatre travées droites que borde une ligne de chapelles orientées et seulement trois chapelles rayonnantes au niveau de l´abside.

Ce chœur est reconstruit dans le dernier quart du 14e siècle, en grande partie sous l´épiscopat de Pierre Morel (1385-1405) qui appose ses armes sur la clef de voûte de la deuxième travée. Cette partie de l´église, la plus réussie, profite des expériences de la nef, en systématise la recherche esthétique et plus que partout ailleurs, frappe par ses multiples accents anglais. Les piles composées de faisceaux de colonnettes rapprochées, les bases prismatiques à ressauts, caractéristiques des environs de 1400, les chapiteaux à bourrelets, ainsi que la retombée des colonnettes recevant les voûtes sur des protomes humains sont autant d´éléments employés de façon systématique par exemple dans la nef de la cathédrale d´Exeter, édifiée entre 1320 et 1350. Les décors de perles de certains chapiteaux, les cannelures qui apparaissent sur certaines bases, reprennent probablement aussi des modèles normands du 13e siècle, sans doute passés en Angleterre. Enfin, les traverses qui interrompent la plupart des lancettes des fenêtres hautes ainsi que les arcs non ébrasés qui les surmontent, formant au sommet des joues intérieures un raccord prismatique, appartiennent également à cette mouvance anglaise dont on retrouve encore l'écho, quelques décennies plus tard dans le chœur de Saint-Pol-de-Léon.

Dans les travées droites du triforium, de part et d'autre des piles qui reçoivent les voûtes, des arcatures réduites détachées par une petite gorge témoignent d´une recherche plastique subtile équivalente à celle que montre à l´extérieur le traitement du chevet. De façon beaucoup plus systématique que dans la nef, et comme dans les chœurs de Notre Dame de Lamballe et de la cathédrale de Saint-Brieuc, qui adoptent au 15e siècle un parti semblable, la retombée des voûtes à peine plus saillante que les cordons horizontaux sert ici l´effet recherché, celui d´un quadrillage de la paroi. Dans l´étage supérieur, une frise de trilobes forme garde-corps devant les fenêtres dont elle escamote visuellement l´allège, tandis que dans les trumeaux latéraux de petites baies arrêtées à hauteur d´appui éclairent le passage d´une travée à l´autre. Dans l´abside, la faible largeur des travées a entraîné une variante d´élévation avec un garde-corps à arcatures trilobées à la base des fenêtres hautes. Les voûtes ont conservé leur décor peint originel figurant des anges tenant des phylactères portant des fragments du Gloria in excelsis Deo.

La chapelle funéraire de Jean V

Avec le cloître, c´est l´une des rares parties de la cathédrale dont la date de construction soit très exactement connue. Le duc Jean V qui avait une résidence à Tréguier, comprenant le rôle déterminant du culte de saint Yves dans l´ancrage politique de la dynastie de Montfort, décide d´y fonder, au plus près du tombeau du saint, sa propre chapelle funéraire en 1420. Celle-ci ne fut commencée que vers 1442, et son corps finalement enseveli en 1451. Cette chapelle de trois travées, est greffée à la rencontre du bras de transept contre le collatéral nord de la nef avec laquelle elle communique par trois arcatures. Son architecture est caractéristique du style qui s´impose vers le milieu du 15e siècle : faisceaux de colonnettes à bases en flacons, celles du centre étant rehaussées d'un listel, ébrasements de fenêtres ornées à l´intérieur comme à l´extérieur de deux colonnettes encadrant un large cavet. On retrouve les mêmes éléments de style dans la chapelle de Kermartin à Minihy-Tréguier, reconstruite vers 1460, avec les gratifications ducales, sur l´emplacement d'une première chapelle fondée par saint Yves.

L´extérieur

La silhouette particulière de la cathédrale de Tréguier, son absence de tours en façade occidentale, ses trois porches hors œuvre, l´un à l´ouest et les deux autres au sud, de même que son principal clocher, implanté à l´extrémité du bras sud du transept, font l´originalité de l´édifice, probablement la plus atypique des cathédrales de Bretagne.

La façade occidentale

La façade occidentale échappe complètement au modèle habituel des grands édifices de l´époque gothique. Au lieu des tours qui habituellement occupent les premières travées des collatéraux et portent des chambres de cloches on ne trouve à droite qu'une simple vis contenue dans un massif carré qui mène aux comble du collatéral sud, puis par une autre vis escamotée dans un des contreforts d'angle du vaisseau central, au comble de la nef. La partie supérieure de ces minces tourelles qui passe brutalement du plan carré à l´octogone, résulte probablement d´une reprise du 15e siècle. Ce parti architectural qui rappelle plutôt celui de nombreuses églises paroissiales ou conventuelles du 13e siècle est particulièrement répandu en Normandie : c'est celui par exemple de la façade de l'église Notre-Dame de Vire, mais aussi des abbayes, de la Lucerne et d'Ardenne, voire des transepts de l'ancienne cathédrale Saint-Pierre de Lisieux. L'église abbatiale de Beauport, dont la filiation avec ces références normandes n'est plus à démontrer, a certainement du constituer un modèle possible.

Les trois quart de la tourelle d'angle sud-ouest, y compris les premières assises de son amortissement en double bâtière (détail que l'on retrouve entre autres sur le bras sud de Saint-Pierre de Lisieux) que supportent des petits culots coudés parfaitement normands, le côté sud du porche ouest ainsi que de la portion de façade qui les joint, puis au sud les trois premières travées du collatéral, sont édifiés en petit appareil de schiste et appartiennent clairement à un même programme originel dans lequel la place de l'ornementation est faible.

Le porche ouest ouvre par une grande baie en plein cintre que recoupe deux arcatures à redents : leur découpe anguleuse semblable à celle des deux portes d´accès dans la nef, fait écho aux réseaux des fenêtres hautes de la nef, et permet de les situer vers le milieu du 14e siècle. Toutefois, les colonnettes à bases en flacon et chapiteaux renflés qui ornent ses parois internes, de même que celles qui soulignent ses arêtes d'angle, ne peuvent guère remonter avant le 15e siècle. Cette ordonnance intérieure à faisceaux de colonnettes destinés à porter des statues que devaient isoler d'autres minces colonnettes disposées en quinconce sur des culots coudés se réduit jusqu'à n'être qu'allusive.

L'élévation sud de la nef

Les fenêtres des trois premières travées du collatéral sud ont de larges ébrasements unis que surmonte un arc chanfreiné non ébrasé. Cette forme caractéristique, pratiquement inconnue en Bretagne avant la fin du 13e siècle, se retrouve en revanche sur plusieurs édifices bretons du 14e siècle et, à l'identique sur les collatéraux de l'église de Brélévenez prés de Lannion. Les baies suivantes du collatéral sud ainsi que les fenêtres hautes reprennent le modèle traditionnel avec piédroits à colonnettes et voussures à corps de moulures complexes. Leur réseau, essentiellement à base de trilobes et de quadrilobes, présente pour certaines d´entre elles un tracé anguleux fortement accentué qui rappelle là encore les formes anglaises. Les culées des arcs-boutants, ornées de consoles et de dais qui évoquent de façon allusive des niches sont surmontés de gâbles dont le décor anguleux reprend le réseau des fenêtres hautes qui présente toutes un style identique.

Le porche sud dit porche du peuple

Comme le fait justement remarquer Yves Gallet dans une communication faite à l'occasion du colloque sur saint Yves en 2007, les culées d'arcs boutants, qui relient les parties hautes de la cinquième travée de la nef et le porche sud, traversées par la coursière et exemptes de niches à dais sur leur face antérieure, attestent que toute cette partie de l'édifice est construite en même temps. Plaqué au devant de la cinquième travée du collatéral sud, le porche sud, appelé « porche du peuple », fut très probablement construit en même temps que l'on édifiait les fenêtres hautes.

Si l´on fait exception de son plan trapézoïdal, adaptation devant une travée relativement étroite, d´une ouverture plus large, sa galerie de couronnement continue à claire-voie et son pignon en retrait, reprennent la forme du porche ouest. Les piédroits qui encadrent au fond la porte double, leurs colonnettes à hautes bases prismatiques, semblables à celles des piles du chœur, leurs chapiteaux à feuillages tournants dont le style rappelle ceux du réfectoire de Beauport, appartiennent sans conteste à la deuxième moitié du 14e siècle. Le raccord maladroit des nervures de la voûte avec les chapiteaux, de même que les reprises visibles dans l'appareillage pourraient correspondre à un premier projet de portail à ébrasements complexes calé entre deux contreforts, complété dans un deuxième temps par l´adjonction d´un porche hors œuvre. Les statues des apôtres, en pierre de kersantite ajoutées au 19e siècle, rendent plus lisible l´originale disposition du collège apostolique réparti en quinconce sur deux niveaux. Ce type de porche, couronné d´un garde-corps à claire-voie et surmonté ou non d´une pièce haute fut repris jusqu´au milieu du 15e siècle dans de nombreux édifices du Trégor, comme la chapelle de Kermaria an Isquit à Plouha, ou, dans sa forme ancienne, l´église sainte Catherine de La Roche-Derrien. La reprise de l´angle sud-est du porche, en particulier celle du pinacle en forme de clocheton visiblement du 19e siècle est sans doute à rapprocher de l´existence jusque dans la première moitié du 19e siècle à cet endroit d´un petit bâtiment à deux étages, représenté sur un dessin des années 1830, bâtiment aux fonctions à ce jour inconnues qui aurait pu abriter les réunions du premier corps de ville.

La tour de croisée

D´un aspect massif et pourvue d´un unique étage, la tour de croisée dite aussi du « sanctus », est quelque peu éclipsée par ses deux voisines. Elle est couverte d´une modeste flèche de charpente. Toutefois, l´examen de son garde-corps, authentique et interrompu au milieu de chacune de ses faces par la moitié inférieure d´une baie libre à croisée de pierre prouve à l´évidence qu´une flèche de pierre y fut à l´origine prévue, sur le modèle de celle de la tour de croisée de Guingamp, également repris à La Roche-Derrien. La construction à partir de 1420 d´une nouvelle tour de cloches à l´extrémité du bras sud, a probablement entraîné à Tréguier l´abandon de l´édification d´une flèche centrale.

La tour et le porche des cloches

Cette combinaison originale d´une grande baie éclairant un bras de transept et d´un clocher porche, formule inédite en Bretagne au début du 15e siècle, et qui réoriente l´édifice vers le sud, est le résultat de deux étapes successives. Les assises de la tour des cloches liaisonnées avec celles du bras sud indiquent qu´elle fut conçue en même temps que ce dernier. Si l´on en croit les comptes du chapitre elle était terminée en 1432. Avec celui de la baie des son mur ouest, le réseau de la grande fenêtre qui ouvre sur toute la hauteur du bras de transept, refait à l'identique dans la deuxième moitié du 19e siècle, un des rares de la cathédrale où apparaisse un décor résolument flamboyant est sans doute postérieur. Au-dessus, dans une fausse arcature, un écu posé à l´oblique et coiffé d´un heaume dont le cimier est un lion signale la commande du duc Jean V, donc antérieure à la mort de ce dernier en 1442. Les importants contreforts d´angle à glacis, sont, dans leur partie supérieure ornés d´arcatures redentées en trilobes, formule que l´on retrouve à la même époque, sur la chapelle Notre-Dame de la Cour à Lantic, autre chantier ducal de premier plan. Au fond du porche, à la base de la tour, les portes géminées dont l'arc en tiers point trilobé se retourne pour rentrer dans les piédroits, de même que les baies flanquées de fausses arcatures de l'étage des cloches réinterprètent ici des modèles employés vers la fin du 13e siècle à la collégiale de Guingamp. La flèche qui n´avait pas été réalisée, est une création de 1785.

Le porche de la tour des cloches, ajouté vers 1430 fut achevé en 1438, comme l´indiquent les armes de l´évêque Pierre Pedru (Piédru) qui marquent le sommet de son arc. Son intrados sculpté en bas relief doublé de bandeaux de quadrilobes ajourés traités à la manière d'orbevoies est particulièrement original. Après un sinistre, il fut reconstruit en 1470 : ceci explique probablement l'absence de coïncidence parfaite entre les deux réseaux. Nonobstant la conception décorative générale d'un grand raffinement, à l'image de la production artistique du règne de Jean V, rappelle les chefs d’œuvre d’orfèvrerie contemporains en abondance dans le dernier siècle de la Bretagne ducale.

Le chevet

Le chevet et ses chapelles étaient probablement achevés vers 1425-1430 si l´on sait que la tour des cloches, dont la maçonnerie vient buter à l´extérieur contre les assises du chœur, était presque terminée en 1432. La suite continue des chapelles du déambulatoire que ne recoupe aucun contrefort crée jusqu´aux chapelles rayonnantes une masse architecturale dont l´effet général rappelle celle des chevets de Dol et de Quimper. Cette apparente simplicité, cache une réelle recherche esthétique qui repose sur un subtil jeu formel de saillies et de retraits. Tandis qu´au niveau des travées droites les culées extérieures des arcs boutants descendent en retrait des fenêtres des chapelles, à l´inverse, les contreforts des chapelles rayonnantes, en fort relief, sont ornés à mis hauteur de petits gâbles aigus et de têtes humaines. L´ensemble de cette architecture est très soigné, y compris le détail des passages traversant les culées qui permettent la circulation à la base des toitures du déambulatoire, ainsi que les ailes ajourées de quadrilobes des arcs boutants. La densité du réseau des fenêtres essentiellement à base de trilobes et de quadrilobes ne laisse que peu de place au décor flamboyant qui apparaît timidement. A l´image des culots figurés qui, à l´intérieur de l´édifice, reçoivent la retombée des voûtes, des protomes humains ponctuent les extrémités des glacis de fenêtres ou, au même niveau, les faces des contreforts des chapelles rayonnantes, enrichis au dessus de petits gâbles, semblables à ceux qui coiffent le sommet des culées externes des arcs-boutants. Les culées intermédiaires, cantonnées de fines colonnettes sont coiffées de pinacles originaux, pour la plupart restitués à la fin du 19e siècle d´après les quelques vestiges restés en place. Leur composition originale, à créneaux et tourelles, avec statuettes de saints, rappelle les décors à la mode, à la fin du 14e et au début du 15e siècle sur les cheminées des riches demeures. Le garde-corps du vaisseau central restitué au début du 20e siècle ne prend pas en compte l´idée du constructeur médiéval, celle de pinacles prolongeant les dosserets des arcs-boutants qui devait parachever l´orchestration de tous ces accents verticaux.

Le cloître

Par le bras nord on accède au cloître, chef-d´œuvre du flamboyant breton. Il fut construit par le chapitre qui tirait profit de sa location comme marché couvert. Cet usage explique sans doute son envergure en forme de parallélogramme irrégulier, bien au delà du chevet de la cathédrale où se trouve dès sa conception l´accès des marchands et des acheteurs pour les jours de foire. C'est l'une des rares parties de la cathédrale dont l'historique soit bien connu par les comptes du chapitre. Le chantier entrepris vers 1450 sous l´évêque Jean de Ploeuc, dont les armoiries ornent le vitrage de la salle du chapitre, fut achevé sous l´épiscopat de Christophe du Chastel, évêque de 1466 à 1479, dont les armes se voient, au dessus de la porte Saint Jean, qui met en communication le bras nord avec le cloître. Il est l’œuvre de Pierre Le Tirant et Rolland Le Besque, maîtres d´œuvre de la cathédrale. Ses arcatures quadrillées, leurs remplages à peine flamboyants qui reprennent l´association de quadrilobes et de deux trilobes omniprésente dans toutes les baies de l´édifice, ses colonnettes à chapiteaux unis ainsi que les culées détachées à pinacles aigus qui scandent les groupes de travées, témoignent d´une volonté d´accompagner l´élévation du chevet, antérieure de près d´un demi-siècle. Cette recherche d'archaïsme est contrebalancée par la finesse de la modénature dans laquelle apparaissent, dans les angles des moulures croisées. La grande lucarne à claire-voie qui éclaire en second jour du côté ouest l´ancienne salle du chapitre, de même que les deux portes dont l'imposte est ajourée appartiennent également à l´esthétique nouvelle.

En l´absence de pièces d´archives antérieures au 15e siècle, les multiples accents anglo-normands de la cathédrale de Tréguier ont engendré une tradition vivace qui attribue sa construction à un maître anglais. Les premières phase de reconstruction de la nef, à la charnière des 13e et 14e siècles indiquent plutôt une influence normande, relativement logique si l'on restitue le chantier de Tréguier dans le contexte de celui tout proche de Beauport. Cette assertion dénuée de réel fondement n´en est pas moins révélatrice de la perception ancienne de l´originalité et de « l´étrangeté » de l´édifice. Les parentés stylistiques avérées avec, entre autre exemples, la cathédrale d´Exeter confirment dans ce cas précis l´inspiration outre Manche des maîtres d´œuvre bretons. Sa construction, dans laquelle la dynastie de Montfort eut un rôle déterminant ne peut être abstraite des autres chantiers ducaux majeurs, parmi lesquels figure au premier plan celui de la cathédrale de Quimper. Lieu du brassage d´influences et d´inspirations diverses, la cathédrale de Tréguier montre à la fois la vitalité de l´art breton au 14e siècle dans lequel, par delà l´emprunt d´accents étrangers, émerge progressivement et par tâtonnement les formes propres du gothique flamboyant breton.

Jean-Jacques Rioult. Février 2018

Dénominations cathédrale
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
Adresse Commune : Tréguier

La tour dite de Hasting, à l’extrémité du bras nord est un vestige de l'édifice roman datable du milieu du 12e siècle. La cathédrale actuelle est construite à partir de la façade occidentale et les trois premières travées de la nef entre le troisième et le dernier quart du 13e siècle. Les parties hautes de la nef et le porche sud dit du peuple sont attribuables aux travaux commandés par l’évêque Richard du Perrier. Le chevet et les chapelles rayonnantes édifiés entre le troisième et le dernier quart du 14e siècle. Le transept est reconstruit dans le premier quart du 15e siècle ainsi que la tour des cloches et son porche. Le cloitre réalisé dans le troisième quart du 15e siècle, commencé sous l'épiscopat de Jean de Ploeuc et terminé sous celui de Christophe du Chastel.

Période(s) Principale : 12e siècle , daté par travaux historiques
Principale : 13e siècle , daté par travaux historiques
Principale : 14e siècle , daté par travaux historiques
Principale : 15e siècle , daté par source
Principale : 16e siècle

18 04 1914 (J.O.).

Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH, 1840
Précisions sur la protection

Cathédrale (ancienne) et cloître : classement par liste de 1840.

Références documentaires

Bibliographie
  • BILLAUD, Sophie. "Iconographie et culture folklorique en Bretagne à la fin du Moyen Âge : l'exemple des stalles de la cathédrale de Tréguier". Mémoire de maîtrise : Histoire de l'art. Rennes : université Rennes 2, 1990.

  • CHAURIS, Louis. "Un écrin pour un tombeau ou la pierre dans la cathédrale de Tréguier" in Saint Yves et les Bretons : Culte, images, mémoire (1303-2003) [en ligne]. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2004 (généré le 13 décembre 2017).

  • BONNET, Philippe, RIOULT, Jean-Jacques. Bretagne gothique. Édition Picard. 2010.

  • GALLET, Yves. "Tréguier, cathédrale Saint Tugdual" in Monuments des Côtes-d’Armor, Le "Beau Moyen Age", congrès archéologique de France n°173, 2017.

Périodiques
  • CHARDIN, Paul. "Recueil de peintures et sculptures héraldiques. Cathédrale de Tréguier" in Bulletin monumental publié sous les auspices de la Société française pour la conservation et la description des monuments historiques, 1886, p. 287-313.

  • COUFFON, René. "Chapelles, autels, enfeus et sculptures héraldiques de la cathédrale de Tréguier". Saint-Brieuc, Les Presses bretonnes, extrait des Mémoires de la société d’émulation des Côtes-du-Nord. 1932, p. 162-247 p.

  • MINOIS, Georges. "Origine et transport des matériaux pour le cloître et le clocher de la cathédrale de Tréguier au 15e siècle", in Artistes, artisans et production artistique en Bretagne au Moyen Âge. Rennes, 1983, 402 p.

Liens web