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Chapelle Saint-Jérôme de La Salle, route de Rospez (Lanmérin)

Dossier IA22132671 inclus dans Le manoir de La Salle (Lanmérin) réalisé en 2017

Fiche

Petit sanctuaire rural de la première moitié du 16e siècle, la chapelle Saint-Jérôme dite également chapelle de La Salle est classée au titre des Monuments Historiques depuis 1930. La richesse, l’originalité et la variété de son décor sculpté surprend sur un édifice de cette taille. Elle est liée à ses commanditaires, les Lagadec, seigneurs établis à proximité dans le manoir de La Salle. L'exceptionnel décor sculpté de sa charpente témoigne d'une réflexion sur la place de l'Homme dans le monde et dans l'Histoire, particulièrement représentative de la période de la Renaissance marquée par un renouvellement de la pensée. Des vestiges de peintures murales et un mobilier de qualité ajoutent à l’intérêt de cette chapelle.

Dénominations chapelle
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
Adresse Commune : Lanmérin
Cadastre : ?

La chapelle Saint-Jérôme est édifiée en 1536, date portée sur le contrefort sud-ouest - « LAN MVcXXXVI » - à l’initiative des Lagadec, seigneurs de La Salle dont le manoir est établi à 600 mètres environ au Sud-Ouest.

Le culte de la Vierge de Pitié qui apparait certainement dès le début du XVIe siècle éclipse alors le patronage initial de Saint-Jérôme. Malgré la statue de Saint-Jérôme qui surmonte le sommet du chevet les actes anciens la désignent toujours sous le nom de Notre Dame de Pitié.

Conformément aux usages, cette chapelle frairiale est construite à la demande du seigneur sur les terres duquel elle se trouve. Bien en évidence, le blason de la famille fondatrice orne le portail ouest, les crossettes de pignons et dans un quadrilobes à redans une pierre déposée à l’intérieur de la chapelle.

Tandis que le décor extérieur sculpté dans la pierre est hérité du gothique flamboyant, le décor intérieur sculpté sur les sablières et les entraits de la charpente porte l’empreinte de la Renaissance. Du décor peint sur l’ensemble des murs à la fin du 16e siècle ou au début du 17e siècle, ne subsistent principalement que les guirlandes de fruits sur le mur du chevet et le cartouche qui mentionne le nom du recteur à l’origine de ce décor. Le drapé pourpre avec motif à fleur de lys est certainement un ajout du 18e siècle recouvert de chaux durant la période révolutionnaire.

Le lambris de couvrement avec les monogrammes peints de La Vierge et du Christ date du 19e siècle.

Période(s) Principale : 2e quart 16e siècle , porte la date, daté par source
Dates 1536, porte la date, daté par source

La chapelle de La Salle est encore entourée d’un enclos planté de châtaigniers. La croix au sud de ce placître est toujours en place.

De plan allongé, l’édifice est construit en pierre de taille de granite et moellons de schiste, à vaisseau unique, chevet plat ajouré d’une baie axiale, contreforts d'angle et petit clocher à l’aplomb du pignon ouest. Sa taille modeste ne dépasse pas 11m50 sur 5m50. Le décor extérieur, particulièrement soigné, puise ses motifs dans le répertoire du gothique flamboyant : choux frisés sur les rampants des pignons découverts, crossettes ornées de lions ou d’archanges porteurs de blasons. Il se déploie également sur les baies sud et ouest : portes en accolade accostées de deux pinacles, surmontées d’une archivolte ornée de feuillage stylisé et d’un lourd fleuron. Aujourd’hui muet, le blason du portail ouest portait les armes peintes des seigneurs fondateurs. Au-dessus du portail sud, la niche abrite une statuette de la Vierge, piétinant un serpent, tardive. Sculptée sur le pourtour de l’édifice, la plinthe moulurée montre un soin particulier accordé aux détails.

L’intérieur se signale par la richesse exceptionnelle et l’originalité de son décor sculpté. Celui qui se déploie sur les entraits et les sablières est étonnant car il ne comporte que peu des scènes habituellement traitées à cette époque tels que les thèmes religieux (la Passion et les Douleurs, le Châtiment, etc.). Et, si certaines d'entre elles sont représentées, les artistes les interprètent d'une manière inhabituelle et originale.

Les nervures de la voûte reçoivent un décor sculpté évoquant les douze mois de l’année (jardins potagers, cycle astrologique du temps), grande préoccupation de la Renaissance. A ce décor initial s'ajoute celui du lambris de couvrement à fond bleu étoilé ponctué de séraphins, des monogrammes de la Vierge (AMR « Ave Maria Regina ») et du Christ (IHS «Iesus Hominum Salvator»).

Sur le mur du chevet, les guirlandes de fruits peintes d’inspiration Renaissance sont encore visibles ainsi que le cartouche avec le nom du recteur qui a commandité cette peinture murale.

Murs granite pierre de taille
schiste pierre de taille
Toit ardoise
Plans plan allongé
Étages 1 vaisseau
Couvrements lambris de couvrement
Couvertures toit à longs pans pignon découvert
États conservations bon état
Techniques sculpture
peinture
vitrail
Représentations IHS
Précision dimensions

Sa taille est modeste puisque le bâtiment mesure 11m50 sur 5m50.

Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH, 1930/11/24

Annexes

  • Les statues de la chapelle Saint-Jérôme de la Salle (Lanmérin)

    La statue de Saint-Jérôme

    Inscrite au titre des Monuments historiques

    73 cm de haut, 18 cm de large, 18 cm de profondeur

    Bois polychromé

    Saint-Jérôme se trouve debout sur un socle et est vêtu d'un habit de moine comportant un froc noir, ainsi qu'un capuchon et une aube de la même couleur. Il est coiffé de la barrette (le bonnet que porte les ecclésiastiques). Il tient dans ses mains un long phylactère qui se déroule jusqu'à ses pieds. Il porte un livre dans un sac dont la bandoulière entoure son poignet droit.

    La statue de la Vierge de Pitié

    Inscrite au titre des Monuments historiques le 3 mai 1999

    118cm de haut, 54 cm de large, 41 cm de profondeur

    Bois (noyer) polychromé

    Datée du XVIIIe siècle

    La vierge en position assise tient son fils mort sur ses genoux. Elle l'enlace de manière à retenir son corps sans vie. Elle a la tête rejetée en arrière et la bouche entrouverte en signe de désespoir.

    La statue de Saint-Yves

    Inscrite au titre des Monuments historiques le 3 mai 1999

    139 cm de haut, 58 cm de large, 46 cm de profondeur

    Bois (noyer) polychromé

    Datée du XVIIIe siècle

    Statue représentant Saint-Yves en pied en train de tenir un sac de procès de sa main gauche. Il est vêtu de la tenue d'officiant religieux et est coiffé de la barrette tout comme Saint-Jérôme. Son avant-bras droit est replié contre sa poitrine. Le poids de son corps repose sur sa jambe droite et sa jambe gauche est légèrement pliée.

    La statue du Christ en croix

    Inscrite au titre des MH le 3 mai 1999

    227 cm de haut, 90 cm de large, 26 de profondeur

    Bois (noyer) polychromé

    Datée du XVIIIe siècle

    L'oeuvre se compose en deux parties : le Christ et sa croix.

    Le Christ présente un déhanchement prononcé vers la droite. Sa tête tend, elle aussi, vers ce côté et sa bouche est entrouverte. Ses bras ainsi que les clous sont des pièces rapportées. La croix est composée d'un montant, d'une traverse et d'un suppedaneum.

  • Quelques citations sur la chapelle de La Salle (Lanmérin) (extraits des archives de l'association Lan'Art'Hist ; boîte "patrimoine chapelle, découvreurs du temps")

    « La chapelle Saint-Jérôme, près du village d'Ennès et au bord de la voie antique de Coz-Yaudet, est une des plus intéressantes du pays ». Henri Frotier de La Messelière, 1923.

    « Cet édifice possède une charpente et des sablières très intéressantes. Celles-ci sont décorées près du chœur d'angelots tenant les instruments de la Passion ; et, plus loin, de monstres affrontés ». René Couffon, 1938.

    « C'est une période où le style gothique brille de tous ses feux en Bretagne, tout en s'alliant aux innovations sculpturales du style Renaissance. Ici, le gothique flamboyant orne les deux portes tandis que le clocheton s'encadre de petits motifs Renaissance ». Alain Sonneck, 21e siècle.

    « L'ensemble des sculptures écrit, avec les mots du Moyen-Age, la recherche spirituelle des humanistes de la Renaissance ». Jacques Neubauer, 20e siècle.

  • La cloche de la chapelle Saint-Jérôme de La Salle (Lanmérin)

    La cloche de la chapelle est installée en 1883, année du 25e anniversaire des apparitions de Lourdes en 1858.

    Les inscriptions et décors qui figurent sur la cloche sont les suivantes :

    Sur le haut de sa robe se retrouve un motif floral qui rappelle les roses de Lourdes

    Sur sa robe face Ouest :

    N .D. DE PIETE

    PARRAIN

    M.L. BRIAND

    MARRAINE

    M.P. TUDORET NEE Y.LE BITOUS

    Sur sa robe face Est :

    A.HABARD – A.VILLEDIEU

    E.LEJAMTEL GUINGAMP

    M. LE CAER Recteur de Lanmérin

    1883

    La robe face Est se termine par le motif d'une femme ; surement l'allégorie de la République.

    Source : NEUBAUER Jacques., La chapelle Saint-Jérôme en Lanmérin (Côtes-d'Armor) au cœur de l'Europe et de la Renaissance (1536)., thèse sous la direction de DENIS Crouzet. Paris : Université Paris-IV Sorbonne. Institut de Recherches sur les civilisations de l'Occident Moderne, 2000, 144 p., p. 11.

  • La vie de Saint-Jérôme

    Saint-Jérôme, patron des théologiens et des érudits, est un docteur de l'Église (comme Augustin, Ambroise et Grégoire le Grand) né à Stridon en Dalmatie (v 347-420). Il étudie le grec et le latin à Rome et vers 373 il part mener une vie d'anachorète en Syrie, dans le désert, où il y apprend l'hébreu et se fait ordonner prêtre. Trois ans plus tard, il retourne à Rome et répond à la demande du pape Damase qui le charge de traduire la Bible, d'après une version grecque et des manuscrits hébreux, en latin. Il consacre sa vie à cette tâche jusqu'à sa mort en Palestine en 420. Sa traduction de la Bible prendra le nom de Vulgate au XIIIe siècle et sera, au même moment, déclarée canonique (elle devient la version officielle de l'Église catholique) par le Concile de Trente (1545-1563).

    En 1514 Erasme, le philosophe, contribue à l'édition des œuvres complètes de Saint-Jérôme. Celles-ci sont parues l'année suivante.

    Source : Archives de Lan'Art'Hist. Boîte « Document chapelle Neubauer ». Article « La chapelle Saint-Jérôme de la Salle en Lanmérin. Au coeur de l'Europe et de la Renaissance ».

  • Détails des décors sculptés de la charpente de la chapelle Saint-Jérôme de La Salle

    La première travée en partant de la porte ouest

    Sur la face Ouest de l'entrait, l'accent est mit sur les motifs végétaux rappelant la fécondité de la Nature. On retrouve notamment de la vigne qui est un thème majeur dans la symbolique médiévale. Au centre de l'entrait se trouvent deux lions, à l'aspect peu effrayant, qui portent le blason du maître des lieux. Ils sont encadrés par deux satyres qui dévorent la vigne. Cette vigne prend naissance dans la bouche d'un masque de fou présent sur la sablière Nord et finit sa course dans l'oreille d'un homme vêtu d'une cape et d'un chapeau, un notable, qui se trouve sur la sablière sud (l'un parle, l'autre écoute).

    La seconde travée

    La face Est de l'entrait montre une sarabande d'animaux associés deux par deux. L'engoulant côté Sud présente une tête de cochon et celui côté Nord à une tête de singe. En partant du côté Sud se déploie sur l'entrait : un lévrier qui joue avec la queue d'un marcassin puis un chien qui mord la jambe d'une chèvre et enfin, un basset qui suit une brebis. D'autres animaux se cachent au milieu de cette scène : un chat, une chouette aux ailes ouvertes, un poisson et un cochon.

    Les deux sablières semblent personnaliser les différentes catégories qui constituent la société.

    Sur la corniche Nord, se déploient en partant de l'Ouest : un renard à côté du buste d'un marchand richement vêtu puis une lionne, un chevalier qui tient le bâton de commandement et qui porte l'olifant à sa bouche et enfin une licorne.

    Au-dessus du porche Sud, la sablière se compose de deux lions à la crinière riche et en position couché. Ils semblent regarder l'intérieur de la chapelle et se font caresser ou repousser par deux personnages dont l'un semble être identifié comme l'homme du peuple (tête découverte et ébouriffée) et l'autre l'homme de loi (il porte une toque évasée vers le haut).

    La face Ouest du second entrait rappel les 7 péchés capitaux. Le traitement de ce thème n'est pas habituel. Il ne s'agit pas d'une caricature des excès mais seulement d'un constat.

    En partant du côté Sud défile d'abord : l'homme de loi avec la bouche ouverte, le crapaud, un homme avec un bec de lièvre, deux serpents victorieux qui surgissent d'un crâne encadré par deux ensemble d'os entrecroisés, un crustacé à double tête et une lapine.

    La troisième travée

    Elle aborde la dimension spirituelle du destin humain. Des archanges portes des parchemins (fonction de messager).

    La face Est de l'entrait et la sablière côté Nord exposent les outils de la passion : la colonne de la flagellation, le fouet à deux lanières, les clous, la lance, etc.

    La sablière côté Sud représentent peut être 3 catégories sociales, le roi (ses traits sont associés à ceux de François 1er), le prêtre et l'Artisan (ce serait peut être le visage du commanditaire).

    Informations extraites de : NEUBAUER Jacques., La chapelle Saint-Jérôme en Lanmérin (Côtes-d'Armor) au cœur de l'Europe et de la Renaissance (1536)., thèse sous la direction de DENIS Crouzet. Paris : Université Paris-IV Sorbonne. Institut de Recherches sur les civilisations de l'Occident Moderne, 2000, 144 p.

Références documentaires

Documents d'archives
  • LE ROLLAND Marie-Noëlle., NICOLAS Anne., Un p'tit tour dans Lanmérin, 1985, 33 pages.

    Archives municipales de Lanmérin
Documents figurés
  • Série 3 P. Fonds du cadastre ancien. Tableau d'assemblage et plans parcellaires de la commune de Lanmérin, 1834.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3 P 110
Bibliographie
  • BERGER Claude., WORTHINGTON Patrick., Trésors du Trégor – Les Chapelles., Perros-Guirec, éditions anagrammes, 2002, 196 p.

    pp. 82-83
  • NEUBAUER Jacques., La chapelle Saint-Jérôme en Lanmérin (Côtes-d'Armor) au cœur de l'Europe et de la Renaissance (1536)., thèse sous la direction de DENIS Crouzet. Paris : Université Paris-IV Sorbonne. Institut de Recherches sur les civilisations de l'Occident Moderne, 2000, 144 p.

  • LE SAULNIER DE SAINT-JOUAN, Régis, Dictionnaire des communes du département des Côtes-d'Armor : éléments d'histoire et d'archéologie. Saint-Brieuc : Conseil Général des Côtes-d´Armor, 1990. 840 p.

  • Le patrimoine des Communes des Côtes d'Armor. Paris : Flohic éditions, 1998.

  • COUFFON, René. Répertoire des Eglises et Chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1939-1947, 779 p.

  • POL POTIER DE COURCY. Nobiliaire et armorial de Bretagne. Joseph Floch Editeur, Mayenne, 1970.

Périodiques
  • NEUBAUER Jacques., La chapelle Saint-Jérôme de La Salle. Le langage nouveau de la Renaissance., in Ar Men, n°101, mars 1999.

    pp. 46-53
  • MARJOU Jean-Yves., Histoire de Lanmérin., in Association pour la Recherche et la Sauvegarde des Sites Archéologiques du Trégor - ARSSAT. Lannion, Impressions Lannion, 2015, pp. 157-175.

    pp. 168-170
  • MORIN Thérèse., Les sablières sculptées de la chapelle Saint-Jérôme de La Salle à Lanmérin (Côtes d'Armor)., in Association pour la Recherche et la Sauvegarde des Sites Archéologiques du Trégor - ARSSAT. Lannion, Impressions Lannion, 2015, pp. 176-185.

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