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Château de Coëtquen (Saint-Hélen)

Dossier IA22132816 réalisé en 2018

Fiche

De Rennes à Dinan, il nous faut traverser la forêt domaniale de Coëtquen. Elle est à l’origine d’un nom de famille parmi les plus influentes de la noblesse bretonne. Ancienne bannière et ramage de la maison de Dinan, éteinte dans la famille de Combourg (Durfort-Duras), elle est surtout connue grâce à Raoul V de Coëtquen (1370-1440), gouverneur de Dinan, puis amiral et maréchal de Bretagne. Grand diplomate (délivrance de Richemont), il négocia plusieurs trêves avec les anglais sur les marches bretonnes (Pontorson, Fougères) pour le compte du duc. Mais aussi Jean II de Coëtquen, chambellan du duc et grand maître de Bretagne, ambassadeur extraordinaire en France, gouverneur de Dol et de Dinan en 1491, conseiller des rois Charles VIII et Louis XII.

De leur château fort du 15e siècle, en partie démantelé lors des guerres de la Ligue, subsistent toujours d’imposants vestiges et la base d’un grand donjon qui rend compte de l’importance de cette place forte au Moyen Âge.

Le logis seigneurial est reconstruit, suite aux troubles révolutionnaires, dans le style du 18e siècle sur les fondations médiévales. Une carte postale permet de se rendre compte, avant sa démolition, des deux façades sur cour du château. Une partie ancienne des 15e et 16e siècle dont l’entrée est fortifiée, protégée par une bretèche, s’élève sur un seul étage surmonté d’un étage de comble, tandis que se déploie, à côté, un grand logis de style 18e, scandé par huit travées d’ouvertures donnant sur un vaste perron.

En 1953, l’édifice est en péril et la décision de le démolir est prise malgré la qualité des décors maintenus en place, boiseries, cheminées en marbre, dallages …

Ce château a servi de cadre au roman Patira de Raoul de Navery qui nourrit toujours la légende, de la dame de Coëtquen. Dans le roman Blanche, choisie par son mari dans une famille de riches négociants nantais, prise en haine par ses beaux-frères, qui l’ont séquestrée est réduite à mourir de faim dans une des oubliettes du château, pendant que l’on simule aux Jacobins de Dinan son enterrement solennel. Cette légende a été réactivée par la découverte vers 18OO dans la chapelle des Jacobins d’un tombeau vide où l’on aurait lu l’épitaphe : « Ci-gît très-haute et très-puissante dame Marie L., épouse de très-haut et très-puissant seigneur N. marquis de Coëtquen, comte de Combourg, baron de Vauruffier, laquelle trépassa le 13ème jour de Décembre, l'an 16.. ». La famille de Coëtquen, d'une façon générale, a enflammé l'imagination des romanciers. Charles du Boishamon écrit en 1862 Marguerite de Coëtquen, et Bertrand Robidou fait paraître en 1875 La Dame de Coëtquen.

Parties constituantes non étudiées ferme
Dénominations château
Aire d'étude et canton Projet de Parc Vallée de la Rance-Côte d'Emeraude
Adresse Commune : Saint-Hélen
Lieu-dit : Coëtquen

« La forêt de Coëtquen, que le Moyen-Age désignait sous le nom de la forêt Blanche, parce qu’elle était en partie plantée de bouleaux, donne à ce coin de terre un aspect presque sauvage ».

Guide du voyageur dans la ville de Dinan et ses environs ; par J. Bazouge,... 4e édition. 1879.

Une motte féodale, en lisière de forêt

Le dictionnaire de la noblesse de Bretagne, mentionne en 1140 Raoul, seigneur de Coëtquen, premier du nom. De cette période subsiste une motte féodale, encore perceptible ainsi que des murs talus au nord-est de la forêt, proche du Pas Mainguy, à Saint-Pierre-de-Plesguen. Au XIIe siècle, les de Coëtquen se fondent dans une branche cadette de la famille de Dinan par le mariage d’Hervoïse avec Olivier de Dinan en 1180.

Un château fortifié au 15e siècle

Le nom de Coëtquen est évocateur d’une illustre et importante famille, au service du roi et de la cour : Raoul V (1365-1451) et Jean II ( ?-1491) sont les plus connus pour avoir été gouverneurs de Dinan au 15e siècle. C’est à leur époque que le château est fortifié. Mathurin Eugène Monier, dans son article sur Coëtquen, retranscrit des archives privées, qui rendent compte de luttes de pouvoir entre les seigneurs de Châteauneuf et les de Coëtquen. Le duc Jean V (1389-1442), à la demande du seigneur de Chateauneuf, Michel de Rieux (1394-1473), interdit par un mandement du 16 août 1440, peu de temps après avoir donné son accord, la poursuite des fortifications menées par Raoul V de Coëtquen. Cependant, après la mort du duc, le nouveau logis avec ses nouvelles défenses sont achevés.

Celles-ci s’inscrivent dans un parallélogramme irrégulier de forme losangique. La plus grosse tour, le donjon, est isolée au sud, tandis que le logis, à l’ouest, s’appuie contre une muraille protégée par deux tours en fer à cheval qui surplombent la route. Au sud et à l’est étaient situées des douves alimentées par les ruisseaux du Pont aux Chats et de l’étang de la Chesnaye.

En juin 1575, les terres du domaine sont érigées en marquisat par lettres patentes en faveur de Jean IV de Coëtquen (1525-1604), lieutenant du roi en Bretagne puis gouverneur de Saint-Malo. Cependant, le château assiégé pendant les guerres de la ligue, est mentionné deux décennies plus tard, dans un aveu de 1599 « tout tombé en ruines ».

Un grand logis reconstruit dans le style des ingénieurs

La date de reconstruction du château n’est pas précisément connue. Jean Robin, dans son histoire sur Saint-Hélen, indique d’après des archives disparues, en partie publiées sur Coëtquen, que la démolition du château fut mise en adjudication sur ordre de la Convention et qu’il fut reconstruit dans le style du 18e siècle après la Révolution. Les quelques photos anciennes et dessins représentant la nouvelle façade indiquent une composition de 7 ou 8 travées régulières dans le style sobre des ingénieurs militaires : ordonnancement, symétrie, lucarnes avec moulure incurvée dite en chapeau de gendarme, souches de cheminées épaulées, vaste perron extérieur…

Un démantèlement progressif

L’appareil de défense subit un premier démantèlement après les guerres de la ligue, puis les lois des 6 août 1793 et du 13 pluviose an II (1 février 1794), à l’origine de la la destruction de la plupart des châteaux forts, ajoutent une nouvelle phase de démolition. L’ingénieur Beaugrand, fut chargé d’étudier la destruction des tours et forteresse de Coëtquen. Celle-ci se fit partiellement. Le grand logis de style 18e subit également, plus tard, une triste fin. Suite aux dommages de guerre, le château est classé en péril et dynamité en 1953. Quelques pans de murs résistent toujours et on fait l’objet d’une consolidation et restauration.

Période(s) Principale : 12e siècle, 15e siècle, 18e siècle
Secondaire : 16e siècle, 17e siècle, 19e siècle
Dates 1440, daté par source

En lisière de forêt, la motte féodale est toujours visible, elle est cadastrée sur le plan de 1844, section B, feuille 4, n°778

Le nouveau château est déplacé plus au nord entre deux grands étangs convertis en prairies au 19e siècle. Les cadastres de 1811 et 1844 indiquent la mention d’une ile artificielle, en avant-poste, vraisemblablement un jardin d’eau, mais aussi en parcelle 61 un lieu destiné au jeu de paume. Les parcelles 31 et 32 sont indiquées comme des salines, en raison du salpêtre lié à l'existence des ruines. Ce dernier pouvait être utilisé dans l'alimentation mais aussi employé pour la poudre à canon.

Les fortifications sont défendues par de puissantes murailles et tours sur la route, tandis que de sur l’arrière, les murailles sont protégées par trois petites tours, dont subsiste encore celle à côté de l’entrée actuelle. D’après Frotier de la Messelière, elle serait de la période romane ?, en raison d’une partie de son appareillage « en feuilles de fougères ».

Dans la cour du château, dans le prolongement des anciens logis, mais également contre l’enceinte se sont construits entre le 17e siècle et le 19e siècle des bâtiments, logis et dépendances à usage de ferme.

Les armes des Coëtquen sont : bandé de six pièces d’argent et de gueules

Murs granite moellon
granite pierre de taille
États conservations vestiges
Statut de la propriété propriété d'une personne privée
Protections inscrit MH, 1927/03/09

Annexes

  • Coêtquen, extrait des états de section B du cadastre de 1844

    Appartient à Marc Antoine de BOISHUE, au château de la Guerche

    Parcelles : 25 : la rivière marette, pré ; 26 : petite pépinière de l’étang, semis, 27 : le bas jardin, 28 : le haut jardin, 29 : cour de Coëtquen, 30 : château de Coëtquen, la Saline : futaie, 31, et 32 : la saline, futaie, 33 : pré du bas du jardin, 34 : le vieil étang, 35 : l’Isle, 36 : l’Isle, 37 : les bas vergers, semis, 38 : les bas vergers : semis, 39 : dans les petites baudronnais, labour, 41 : les petites baudronnais, labour, 42 : cerclière des ifs, 43 : le grand bois, 44 : gatée du grand bois, lande, 45 : bout du vieil étang, pré, 46 et 47 : l’enclos de déliac, lande et taillis, 48 Déliac, côté est, taillis, 49 : déliac, côté ouest, taillis, 50 : venelle du Clos de la Lande, pature, 51 et 52 : clos de la Lande, labour, 53 : les patures, lande, 54 : les pâtures, lande, 55, 56, 57 : les patures des hauts, taillis et landes, 58 : semis des hauts, taillis, 59 : les hauts, labour, 60 pré des hauts, pré, 61 : le jeu de paume, labour, 62 et 63 : prés, 64 et 65 : la bourbe du bas-côté midi, pré, pâture, 66 : la bourbe du bas-côté nord, pré, 67 : le canal, pâture,68 : le vieux réservoir, pâture, 69 : la suretière, futaie.

  • Extraits de l'article de Frotier de la Messelière : les portraits des sires de Coëtquen

    · « De l’antique forteresse de Coëtquen, rebâtie de

    1439 à 1449, et si pittoresquement décrite par Raoul de Navery dans ce Pätira,

    il ne reste que des ruines, au milieu desquelles, au XVIIe siècle, on a construit une grande maison sans style, mais imposante par sa masse et son cadre féodal (…) les grands étangs qui l’entouraient sont presque tous convertis en prairies, mais ce qui reste de Coëtquen, avec son château, ses ruines, sa vieille place entourée de maisons anciennes, son cadre de bois, de prairies et de vergers, en fait encore un des plus jolis sites des environs de Dinan ».

    « De 1439 à 1449 Raoul V reconstruisit et fortifia son château de Coëtquen, avec l’autorisation des ducs Jean V et François Ier, et malgré les violentes récriminations du sire de Chaâteauneuf, son voisin et suzerain immédiat. L’arrestation de l’infortuné Gilles de Bretagne, son ancien chef d’ambassade, décida peut-être Raoul de Coëtquen à chercher un asile en France, en 1446, car on le trouve peu après au service du roi Charles VII dont il devient le chambellan dès 1450. »

    « Le vitrail de Saint-Hélen, par les personnages qu’il représente, a du être placé dans cette église entre 1486 et 1502, c’est-à-dire longtemps après la mort de Raoul IV et de Raoul V, après le mariage d’Hardouine de Surgères avec Jean IV de Coëtquen et avant la mort de ce dernier »

    « la partie inférieure est divisée en la partie inférieure, divisée en quatre panneaux, les seigneurs de Coetquen. Du côté de l’évangile, sont placés Jean III, sire de Coetquen et Jacquemine Tournemine, son épouse et du côté de l’Epître Jean IV, leur fils et leur belle-fille Hardouine de Surgères. Tous les quatre sont représentés à genoux sur un prie-Dieu. Ces personnages importants sont les témoins d’une « page la plus importante de Bretagne, celle de la réunion de cette province à la France : Jean III de Coetquen, fils d’un breton passé au service du Roi Charles VII, marie son fils Jean IV à une française et travaille de tout son pouvoir à la réunion des deux patries après avoir rendu à la dynastie de ces ducs les plus éminents services.

    Société Emulation des Côtes-d’Armor, 1991, Frotier de la Messelière

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3P299
Bibliographie
  • MONIER M.E. Châteaux, manoirs et paysages ou quinze promenades autour de Dinan. Mayenne : Joseph Floch, 1975 (nouvelle édition revue et augmentée). P450-456.

  • H. Frotier de la Messelière. Les portraits des sires de Coëtquen. Société d'Emulation des Côtes-d’Armor, 1991.

  • Mémoires de Charles Gouyon, baron de la Moussaye (1553-1587), publiés, d’après le manuscrit original par G. Vallée et P. Parfouru. Partis : ¨Perrin et Cie, libraires éditeurs, 1901

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