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Corps de garde crénelé, batterie de La Ferrière (Locmaria)

Dossier IA56132121 inclus dans Ensemble fortifié (retranchements, redoutes, batteries, corps de garde crénelé, blockhaus), Les Grands Sables (Locmaria) réalisé en 1974

Belle-Île-en-Mer, du fait de la topographie souvent accidentée de son littoral, fournit plusieurs exemples, assez variés qui plus est, d'adaptation des plans-types de corps de garde de 1846. Le souci principal des ingénieurs militaires est d'obtenir le défilement de la terrasse défensive lorsqu'elle est dominée par le terrain alentour.

Le corps de garde de la batterie de La Ferrière présente une solution originale à ce problème, sous la forme d'une traverse terrassée aujourd'hui disparue. Il est à comparer aux corps de garde des batteries d'Arzic, du Bugul, de Ramonette, et des postes garde-côtes de Port Maria, Port Larron et Port Fouquet, qui présentent des dispositions dont le but est similaire mais à des degrés divers d'adaptation des plans-types.

C'est aussi le seul réduit de batterie ou de poste garde-côtes de Belle-Île à présenter des vestiges de son aménagement intérieur originel.

Précision dénominationcorps de garde crénelé servant de réduit à une batterie d'artillerie de côte
corps de garde défensif
AppellationsBatterie de La Ferrière
Parties constituantes non étudiéescaserne, citerne, cuisine, poudrière, mur défensif
Dénominationscorps de garde, réduit
Aire d'étude et cantonBretagne Sud - Belle-Ile-en-Mer
AdresseCommune : Locmaria
Lieu-dit : les Grands Sables
Cadastre : ZI 17

Le réduit attribué par la Commission de 1841 à la batterie de La Ferrière est une tour crénelée devant porter deux obusiers de montagne. Mais dès 1846, l'Inspecteur général du génie en tournée à Belle-Île, le général Berthois, suggère de remplacer cette tour par un corps de garde crénelé pour 30 hommes renforcé. Une telle substitution est courante, les tours crénelées du type de 1846, complexes, coûteuses et difficiles à défiler du large du fait de leur hauteur, sont en effet souvent remplacées au stade des études par des corps de garde de contenance équivalente, éventuellement renforcés pour pouvoir porter l'artillerie légère attribuée pour la défense rapprochée de la position.

Au cours de l'étude des projets, à la fin des années 1840 puis de nouveau à partir de 1857, les ingénieurs militaires ont à résoudre la question du défilement de la terrasse du corps de garde. Celle-ci est très dominée par le plateau en arrière de la plage des Grands Sables, ce qui la rendrait intenable en cas d'attaque. La solution, originale et unique dans le programme des corps de garde crénelés du type de 1846, est trouvée par le capitaine Bourgeois, chef du génie de Belle-Île, en 1857 : il propose de rehausser le mur sud du parapet de la terrasse et d'y adosser une grande traverse terrassée destinée à protéger des coups venant du large ce mur dépassant alors au-dessus du parapet de la batterie. La desserte des créneaux de tir et des bretèches de la face sud de la terrasse se fait au moyen d'une galerie voûtée aménagée sous la traverse.

Le bâtiment est construit sous cette forme en 1858-1859. En 1860, il est envisagé d'améliorer le défilement de la terrasse en construisant des murs-traverses en maçonnerie sur le reste de la terrasse, sans suite. L'ancien magasin d'artillerie de la batterie est partiellement démoli en 1861 pour dégager le champ de tir de l'embrasure de la face est de la terrasse.

A la fin du 19e siècle, le corps de garde subit l'arasement de sa terrasse afin de la soustraire aux tirs du large. Son enterrement partiel et la fermeture de ses baies par des murs crénelés ont probablement lieu au même moment. Cela correspondrait à la conservation de la batterie de La Ferrière comme point d'appui de la défense mobile dans les années 1870 et 1880.

Le corps de garde de la batterie de La Ferrière est actuellement propriété privée et à l'abandon.

Période(s)Principale : 3e quart 19e siècle
Secondaire : 4e quart 19e siècle , (?)
Dates1858, porte la date, daté par source, daté par travaux historiques
1859, daté par source
Auteur(s)Auteur : Génie

Le corps de garde crénelé de La Ferrière, placé en retrait du parapet de la batterie, est construit d'après la variante courante pour 30 hommes du plan-type n° 2 de la circulaire du ministère de la Guerre du 31 juillet 1846. Comme il s'agit aussi d'un corps de garde renforcé, ses voûtes, leurs piédroits et les murs des façades nord (60 cm) et sud (80 cm) sont épaissis.

La présence de la grande traverse sur la terrasse à conduit à inverser la position de l'escalier, situé ici à gauche en entrant, ainsi que celle du dalot de recueil des eaux pluviales. Toutefois, cette inversion n'a pas entraîné celle de l'emplacement de la cuisine et du magasin aux vivres, situés à droite en entrant comme sur le plan-type. Le reste de la distribution intérieure est conforme au plan-type.

La modification intervenue à la fin du 19e siècle a entraîné la destruction du parapet et de la traverse de la terrasse. L'aspect initial de cette terrasse est connu par un plan du génie de 1860 et une photographie non datée. Les consoles des bretèches ont été conservées.

Toutes les baies semi-circulaires sont bouchées, celles de la façade nord enterrée par des murs en petit appareil de moellons, les autres par les murs pierre de taille dans lesquels sont ménagés un ou deux créneaux de tir. Il s'agit d'aménagements datables de la fin du 19e siècle.

Les matériaux employés sont le schiste local pour les moellons et le granite importé du continent pour les pierres de taille. Contrairement à d'autres sites de l'île, le calcaire charentais n'est pas mis en œuvre pour garnir les créneaux de tir.

La face ouest, façade de gorge, porte l'inscription "Batterie de La Ferrière" et la date "1858" au dessus de la porte.

Les pièces du bâtiment ont conservé de nombreuses traces de leur aspect des années 1860 : enduit peint blanc avec plinthe ocre, crochets pour hamacs, assises en pierre des poteaux soutenant les barres des hamacs, pitons des étagères à bagages, emplacement de la pompe de la citerne, sols en bitume ou dallé en pierre (cuisine). Il s'agit du dernier réduit de batterie ou de poste garde-côte du programme des plans-type de 1846 sur Belle-île a avoir conservé ces témoignages archéologiques.

Mursschiste moellon
granite pierre de taille
Plansplan rectangulaire régulier
Couvrementsvoûte en berceau plein-cintre
voûte en berceau segmentaire
Couverturesterrasse
Typologiescorps de garde crénelé type 1846 n° 2 modifié pour 30 hommes, renforcé.
États conservationsmauvais état
Mesuresl : 20.0 m
la : 10.7 m
Statut de la propriétépropriété d'une société privée
Éléments remarquablescorps de garde
Protectionsinscrit MH, 2001/03/02

Annexes

  • Propositions de la commission de 1841 pour la batterie de La Ferrière.

    Armement proposé par la commission de 1841.

    Belle-Ile.

    [...]

    Batterie de La Ferrière.

    La batterie de La Ferrière sera appropriée.

    [...]

    La batterie sera armée de 8 bouches à feu :

    - 2 obusiers de montagne affectés au réduit

    - 3 pièces de 30 livres, 2 obusiers de 22 cm tirant sur les approches des grands sables

    Elle aura pour réduit une tour n° 2.

    Elle sera classée de 1re importance.

    Les Grands Sables s'étendent sur une plage de 1500 mètres de longueur ; c'est, comme on l'a déjà dit, la partie de la côte la plus accessible aux débarquements : aussi y a t'on accumulé les moyens de défense. Outre les batteries, placées sur les saillants de la baie, on a élevé sur toute la plage un retranchement continu, revêtu en maçonnerie, et flanqué par des bastions en forme de redoutes. Les redoutes de gauche ont reçu la dénomination de batteries du bas et du haut Laurent, celles de droite, le nom de batteries du haut et du bas Kerdavic ; au centre est la batterie La Ferrière. Tous ces ouvrages étaient destinés à recevoir de l'artillerie de campagne. Quelques uns sont même aujourd'hui effacés par le temps, comme les redoutes du haut Laurent et du haut Kerdavic, qui figurent encore sur les états d'armements, mais qui ont été abandonnées depuis longtemps, parce qu'elles se trouvent dans une position trop élevée pour avoir une action bien efficace sur les plages. La Commission propose de supprimer les deux batteries du bas Laurent et du bas Kerdavic.

    Il est toutefois nécessaire d'avoir sur cette sorte de courtine, en arrière des saillants du Bugull et de La Biche, quelques pièces battant directement les approches de la plage et la plage elle-même, que n'atteignent pas les feux trop dominant de La Biche et du Bugull, mais au lieu de disperser ces pièces dans les différens bastions du retranchement, la commission propose de les concentrer dans la redoute du centre dite de La ferrière.

    Cette redoute serait agrandie et élevée de manière à avoir un commandement sur le reste du retranchement ; elle serait fortement liée à une tour n° 2, qu'on placerait en arrière, et qu'on défilerait au moyen du massif de la batterie : elle constituerait une défense centrale capable de se maintenir longtemps contre les efforts de l'ennemi débarqué.

    Les deux redoutes du bas Kerdavic et du bas Laurent seraient supprimées comme batteries de côte, et considérées seulement comme des retranchements élevés pour la défense mobile et propres à recevoir de l'artillerie de campagne.

    (Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives de l'Artillerie ; Sous-série 3 W, Opérations militaires : 3 W 32, Documents concernant le 3e arrondissement maritime (Lorient). Projet d'armement des côtes de la France, de la Corse et des îles. Titre III : Projet d'armement du 3e arrondissement maritime (Lorient), 1841-1843, p. 129-131)

  • Propositions du chef du génie pour le défilement de la terrasse du corps de garde de la batterie de La Ferrière, 1857.

    Le corps de garde ainsi établi, il resterait à s'occuper du défilement de la terrasse. Le Comité dans son avis du 11 juillet parait abandonner la question de ce défilement, il prescrit cependant pour atténuer les coups plongeants auxquels la terrasse se trouve en prise d'élever le mur crénelé de 0,50 m à 0,60 m de plus sur le long côté sud, que sur le long côté opposé.

    L'étude du projet a donné lieu aux observations suivantes : l'élévation de 0,50 m donnée au mur sud n'atténuerait en rien l'inconvénient de la position dominée de cette terrasse, ainsi qu'on peut le voir sur le dessin, les coups plongeants passent à 2,50 m au-dessus de la partie supérieure de ce mur ; des tirailleurs débarqués, pourraient en profitant des plis du terrain, tels que les deux petits chemins représentés sur le dessin, anéantir les feux de cette terrasse, laquelle cependant est établie pour recevoir deux obusiers.

    Ces considérations ont déterminés le chef du Génie à proposer un mode de défilement qui sans être complet permettrait du moins de parfaitement abriter les faces nord-ouest, sud-est et une partie de la longue face nord.

    Il propose d'élever au-dessus de cette terrasse sur toute la longueur du mur sud une traverse en terre : cette traverse ayant pour but de mettre à l'abri des coups de fusils n'aurait qu'un mètre d'épaisseur au sommet, et pour ne pas envahir une trop grande portion de la terrasse, le talus de cette traverse faisant face à la mer ne descendrait pas jusqu'à son pied, mais il serait soutenu par un mur de 1,50 m de hauteur. Afin de ne pas se priver des feux de la face sud, on propose d'établir sous cette traverse une galerie crénelée, dans laquelle on communiquerait par les deux extrémités, les murs dans lesquels se trouveraient les deux têtes de voûtes n'auraient leur partie supérieur qu'à 0,50 m au-dessus de la cote du couronnement de la terrasse. Il ne resterait réellement en prise aux coups de la mer que les deux murs de profil au-dessus des pignons du corps de garde, mais il est à remarquer, que les coups dirigés contre ces murs seraient très obliques.

    (Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 8, Places françaises et d'Algérie : 1 VH 294, Place de Belle-Île-en-Mer, projets et dépenses annuels, 1854-1857. Direction du Génie de Brest, Place de Belle-Ile, mémoire du chef du Génie sur les projets extraordinaires pour 1857-1858, 19 février 1857.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives de l'Artillerie ; Sous-série 3 W, Opérations militaires : 3 W 32, Documents concernant le 3e arrondissement maritime (Lorient). Projet d'armement des côtes de la France, de la Corse et des îles. Titre III : Projet d'armement des côtes du 3e arrondissement maritime (Lorient), 1841-1843.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 3 W 32
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 12, Avis du Comité : 1 VK 42, Travail de la commission d'armement des côtes sur les frontières maritimes, 1844. Avis du Comité des fortifications du 7 novembre 1844.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 1 VK 42
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 8, Places françaises et d'Algérie : 1 VH 292, Place de Belle-Île-en-Mer, projets et dépenses annuels, 1847. Direction du Génie de Nantes, Place de Belle-Ile, Inspection générale de 1846, extrait des ordres laissés par M l'Inspecteur général en tournée, 14 janvier 1847.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 1 VH 292
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 8, Places françaises et d'Algérie : 1 VH 294, Place de Belle-Île-en-Mer, projets et dépenses annuels, 1854-1857. Direction du Génie de Brest, Place de Belle-Ile, Mémoire du chef du Génie sur les projets extraordinaires pour 1857-1858, 19 février 1857.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 1 VH 294
  • Service historique de la Défense, Département Marine, Lorient. Archives de la Place et du Génie de Belle-Île-en-Mer ; Sous-série 4 S2, archives du Génie de Belle-Île-en-Mer : 4 S2 52, Direction du Génie de Brest, Place de Belle-Île, Règlement général et définitif des dépenses faites pour les fortifications de la place de Belle-Île (défense des côtes) pendant l'exercice 1859, 30 mai 1860.

    Service Historique de la Défense de Lorient : 4 S2 52
  • Service historique de la Défense, Département Marine, Lorient. Archives de la Place et du Génie de Belle-Île-en-Mer ; Sous-série 4 S2, archives du Génie de Belle-Île-en-Mer : 4 S2 52, Direction du Génie de Brest, Place de Belle-Île, Règlement général et définitif des dépenses faites pour les fortifications de la place de Belle-Île (défense des côtes) pendant l'exercice 1861, 19 juillet 1862.

    Service Historique de la Défense de Lorient : 4 S2 52
  • Service historique de la Défense, département Armée de Terre, Vincennes. Archives du Génie ; Article 12, Avis du Comité : 1 VK 41, Mémoires généraux sur les frontières maritimes, 1853-1885. Rapport sur la situation des travaux de défense des côtes à la fin de l'exercice 1861.

    Service Historique de la Défense du Château de Vincennes : 1 VK 41
Bibliographie
  • LE POURHIET-SALAT, Nicole, La défense des îles bretonnes de l´Atlantique, des origines à 1860, Vincennes, Service Historique de la Marine, 1983, 2 vol. : XLV-375 p. XXV pl.

  • FAUCHERRE, Nicolas, PROST, Philippe, CHAZETTE, Alain (sous la dir. de), Les Fortifications du littoral, La Bretagne Sud, Chauray-Niort, 1998, 279 p., collection : les fortifications du littoral. ISBN 2-910137-24-4.

  • TRUTTMANN, Philippe (Colonel), Les derniers châteaux forts, les prolongements de la fortification médiévale en France 1634-1914 , Thionville, Klopp, 1993, 253 p. ISBN 2-906535-75-3.

Périodiques
  • CHAURIS, Louis, Nature et provenance des pierres mises en œuvre dans les ouvrages défensifs à Belle-Île (Morbihan), Bulletin de l'association bretonne, 2011, CXX, p. 285-302.

Liens web