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Demeure dite hôtel de Trogoff, 1 rue de Minihy (Tréguier)

Dossier IA22133182 réalisé en 2016

Fiche

Différents aspects de cette demeure témoignent d'une occupation ancienne et continue du site, en entrée de ville, sur un axe sud autrefois important, celui du chemin de saint Yves qui rejoint Minihy-Tréguier. La très longue façade, le toit en croupe, la curieuse intégration du pan de bois à l'étage isole cette maison noble du reste des maisons à pan de bois de Tréguier. L'élévation sur rue ne laisse pas présager l'ordonnance symétrique de la façade sud sur cour. L'intérêt de cette maison réside également dans la conservation de matériaux anciens et de dispositions intérieures comme la distribution en enfilade avec boiseries et huisseries en place, précieux témoin d'un art de vivre à la française à la fin du 17e siècle.

Parties constituantes non étudiées remise, écurie, bûcher, jardin, enclos, portail, cour
Dénominations demeure
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
Adresse Commune : Tréguier
Adresse : 1 rue Minihy (de)

La demeure actuelle est reconstruite au début du 17e siècle sur l'emprise d'un précédent édifice du 15e siècle, comme en témoignent quelques vestiges : le portail en arc brisé surmonté d'une archivolte et d'un blason muet ; le pignon Ouest avec blason martelé inclus dans la maçonnerie ; une partie du mur nord. Il s'agit d'une demeure des Trogoff, famille implantée dans le secteur de Tréguier dès le 13e siècle, branche cadette des vicomtes de Rohan et des Lanvaux d'Hennebont. Cette demeure imposante est probablement celle de Pierre de Trogoff, sieur de Kerharan, sénéchal des Régaires de Tréguier mentionné en 1668 dans les registres de Réformation de la noblesse du duché de Bretagne, inhumé dans la chapelle du couvent des Augustines. Nicolas Le Braz, père d'Anatole Le Braz, a également habité ce lieu au 19e siècle.

A la fin du 17e siècle, la maison est agrandie vers l'Est comme l'atteste la reprise sur le mur Nord en limite du pan de bois. Les différents systèmes de charpente indiquent également deux périodes de construction : la partie Ouest la plus ancienne possède une charpente sans sous-faitière, renforcée par des jambettes ; la partie Est plus récente comprend une charpente à sous-faitière contreventée par des croix de Saint-André. La façade sur cour a vraisemblablement toujours été en pierre, cependant lors de l'agrandissement de la maison, elle est en partie remontée en sous oeuvre pour réordonnancer les ouvertures en travées. A ce titre, le mur montre une saignée très nette à gauche de la porte d'entrée avec remontage en petit appareil. Des pierres sont remployées, ce qui expliquerait, notamment, les différences de gabarit dans les linteaux.

Il semblerait que la Chantrerie voisine ait été construite sur les terres de cette maison noble comme semble l'indiquer la forme du parcellaire sur le cadastre ancien. L'appui filant sur le pignon Est en pan de bois, induit qu'une fenêtre à l'étage permettait d'avoir une vue sur le Jaudy. Celle-ci a dû être condamnée lorsque la construction de l'aile Ouest de la Chantrerie a bouché la vue sur la rivière.

Le remontage de la façade sud a des répercussions sur le plan, remodelé à cette occasion : avec ses trois pièces en enfilade au rez-de-chaussée et à l'étage, la distribution intérieure est conforme au goût de l'époque avec des boiseries intérieures très sobres (lambris d'appui, cheminées, portes à double battant). Au début du 19e siècle, l'escalier est refait tandis qu'un corridor est aménagé le long de la façade nord pour desservir les chambres sans avoir à passer de l'une à l'autre.

Un logis-porche, probablement en pan de bois, était aménagé au-dessus du portail, perpendiculairement à la demeure (figuré sur le cadastre ancien). Il communiquait avec la chambre Ouest par une porte haute aujourd'hui bouchée dont on observe le renfoncement dans la chambre et les contours sur la façade sud. Ce logis-porche devait donner à l'édifice une allure de manoir qui convenait à une maison noble.

La remise et le bûcher construits dans la cour datent de la seconde moitié du 19e siècle, la buanderie située à l'Est de la demeure, derrière le mur du jardin date du début du 20e siècle.

Période(s) Secondaire : 1er quart 17e siècle, 4e quart 17e siècle, 15e siècle

La maison est construite sur un site en pente, dans l'angle de la rue de la Chantrerie et de Minihy. Sa mise en oeuvre originale associe pan de bois et maçonnerie en moellon de granite et de schiste. A l'Est, le pignon est entièrement construit en colombage avec un léger encorbellement. Les deux tiers de l'étage du mur nord sont également à pan de bois, à poteaux forts et potelets verticaux sans contreventements. Les bandeaux filants à modillons correspondent à l'appui des fenêtres et à la division de la croisée des baies. Il est fort possible que les anneaux fixés à intervalles réguliers sur les têtes de solives servaient à tendre des draps (ornés de feuillages et de fleurs) lors des processions religieuses.

Le plan simple en profondeur présente une distribution avec pièces et portes d'enfilade placées sur le même axe. Au sud, huit travées scandent la façade sur cour et éclairent l'office, la cuisine, la salle à manger et la salle de compagnie situés au rez-de-chaussée. A l'étage, chambres et cabinet sont desservis par un corridor placé au nord, côté rue. A l'exception de l'office contigu à la cuisine, et du cabinet situé au-dessus, toutes les pièces bénéficient d'une cheminée. L'énorme souche de cheminée du pignon Ouest contient les conduits de trois cheminées ; celle du salon, de la chambre occidentale et de la chambre de domestique située dans les combles, toujours en place. L'escalier est éclairé par la petite fenêtre en décalée et les deux oeilletons percés dans le colombage du mur nord. Le sous-sol est éclairé par deux soupiraux ménagés dans le mur nord, côté rue.

Murs schiste moellon
granite moellon
pan de bois
Toit ardoise
Étages sous-sol, 1 étage carré
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Escaliers escalier intérieur : escalier tournant, en charpente
Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • Origines et généalogie de la Maison de Trogoff, Vicomte Louis Urvoy de Portzamparc, 1900, p. 350-353.

    Extrait des registres de la chambre établie par le Roi pour la réformation de la noblesse du pays et duché de Bretagne par lettres patentes de Sa Majesté du mois de janvier 1668, vériffiées en Parlement.

    Entre le Procureur général du Roy

    "Demandeur, d'une part ; et Guillaume de La Boexière, écuyer, sieur de Restolles, et y demeurant, paroisse de Plouagat-Chatelaudren, evesché de Tréguier et ressort de Rennes, curateur cy-devant de Pierre de Trogoff, fils mineur de deffunt noble homme, François de Trogoff, vivant sieur de Boisguesenec, et Pierre de Trogoff, écuyer, sieur de Kerharan, sénéchal des reguaires de Tréguier, et Guillaume de Trogoff, écuyer, sieur de Kerbiguet, frères juveigneurs, demeurants en la ville de Tréguier, evesché du dit lieu et ressort de Lannion..."

Références documentaires

Documents figurés
  • Tableau d'assemblage et plans parcellaires de la commune de Tréguier, 1834.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3P 362/1-4
Bibliographie
  • GUILLOU, Adolphe (préface d'Anatole Le Braz). Essai historique sur Tréguier par un Trécorrois. F. Guyon, Saint-Brieuc, 1913 (réédition collection Monographies des villes et villages de France. Paris, 1993, 204 p.)

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel) : 7382
  • POL POTIER DE COURCY. Nobiliaire et armorial de Bretagne. Joseph Floch Editeur, Mayenne, 1970.

Liens web

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne - Tanguy-Schröer Judith
Judith Tanguy-Schröer , né(e) Tanguy
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