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Demeure dite La Psallette, 11 rue Saint-Yves (Tréguier)

Dossier IA22133285 inclus dans Rue Saint-Yves (Tréguier) réalisé en 2017

Fiche

La Psalette, du latin psallere « chanter des psaumes », désigne l’école de chant attachée à la cathédrale, à savoir le bâtiment où était enseignée la musique sacrée. A Tréguier, il prend la forme d’un petit manoir à tour d’escalier postérieure implanté en cœur d’îlot entre la rue Saint Yves et la rue de la Chantrerie, sur une des plus grandes parcelles du centre-ville. Située à proximité de la cathédrale, la Psalette est également voisine de la maison du trésorier et du chantre, grands dignitaires du chapitre. Le procès-verbal établi en 1791 à l’occasion de sa vente comme bien national décrit la Psalette par le menu (cf. annexe) avant sa tentative de transformation en demeure urbaine dans le style dit « à la française ».

AppellationsLa Psalette
Parties constituantes non étudiéescour, jardin, écurie, remise
Dénominationsdemeure
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor
AdresseCommune : Tréguier
Adresse : 11 rue Saint-Yves

Centre de formation musicale pour enfants, la psalette est fondée en 1443 par l'évêque Jean de Ploeuc pour former le corps de musique cathédral placé sous la direction du chapitre. Dans cette institution ecclésiastique, un maître de musique initiait six enfants à la connaissance et à la pratique de la musique sacrée pour le choeur de la cathédrale, premier élément structurant d'une maîtrise. Dans la demeure qui porte le nom la psalette, vivaient le maître et ses élèves. C'est aussi dans ses murs que tous les samedis après-midi venait répéter le corps de musique cathédral au complet qui comprenait, outre les enfants de choeur et leur maître, les musiciens et les chantres choristes.

Selon l'historiographie, la psalette est élevée sur le terrain d'une chapelle dédiée à saint Ruélin, disciple préféré de saint Tugdual et son successeur à l'épiscopat de Tréguier. L'édifice actuel pourrait remonter à la fin du 15e siècle ou au début du 16e siècle comme l'attestent : la tour d'escalier en vis et ses portes palières, la cheminée de la cuisine primitive (actuelle salle à manger) et celle du cabinet à l'étage. Un logis secondaire est adjoint au logis principal, construit en retour d'équerre à l'Est.

Après la vente de la Psalette en 1791 comme bien national à Marc-Victor Boissin, la demeure fait l'objet d'une campagne de travaux qui vise à donner une symétrie à la composition de la façade principale sur cour. Pour disposer de nouvelles baies en travées régulières, la façade Ouest semble remontée en sous-oeuvre en conservant la charpente. Ouvert dans le haut mur de clôture sur rue, le portail initial voûté en pierre de taille (cf. procès-verbal de 1791) est remplacé par une grille sur mur bahut. L'élévation Est sur jardin est percée de nouvelles baies mais conserve sa tour d'escalier. Les travaux touchent également la distribution et le décor intérieur : la cuisine d'origine (à gauche du vestibule) est transformée en salle à manger, parée de lambris de hauteur de style Louis XV aujourd'hui déposés dans les combles. La cuisine est alors transférée dans le logis secondaire avant de prendre place dans une extension moderne contre le pignon Nord. La salle et les chambres sont couvertes d'un lambris bas et les cheminées anciennes boisées.

La Psalette est revendue successivement en 1803, en 1819 puis en 1838 à Yves le Gac (notaire) et Jeanne Le Goaster dont les descendants actuels sont toujours propriétaires. Dans les années 1810-1820, l'acquisition de deux nouvelles parcelles (627, 628) au Sud-Est permet d'agrandir le jardin dans lequel une remise-écurie est construite quelques dizaines d'années plus tard. Un local à pan de bois et brique, probablement à usage d'étude notariale, est édifié dans la cour.

La Psalette est construite sur une grande parcelle traversante entre la rue Saint-Yves et la rue de la Chantrerie, entre cour et jardin. L'édifice en moellon de granite et de schiste, orienté Est-Ouest, possède une façade principale orientée Ouest à cinq travées symétriques. Le plan d'origine à deux pièces au rez-de-chaussée possède une cuisine (transformée en salle à manger) et une salle séparées par un vestibule d'entrée. Un mur de refend sépare le vestibule de la cuisine tandis qu'une simple cloison sépare le vestibule de la salle. Sur la face arrière, la tour d'escalier en vis était autrefois surmontée d'une "pigeonnière". Elle dessert les deux chambres de l'étage et le cabinet situé au-dessus du vestibule d'entrée. Toutes ces pièces disposent d'une cheminée. Les deux couloirs de distribution à l'arrière de la cuisine et de la chambre nord, couverts par un prolongement du versant postérieur du toit, abritaient autrefois les latrines du rez-de-chaussée et de l'étage. Les combles sont éclairées par cinq petites lucarnes au droit des travées : la partie sud sert de grenier, la partie nord conserve les cloisons de charpente des mansardes destinées aux domestiques. La charpente comprend des fermes à entrait retroussé et poinçon court avec des liens placés entre les poinçons et la panne faitière pour affermir les angles entre les pièces. Le sol des combles couvert de carreaux de terre cuite témoigne d'une occupation domestique. L'ensemble de l'édifice est construit sur un sous-sol à trois caves auxquelles on accède au bas de la tour d'escalier.

Un bâtiment secondaire à étage est construit en retour d'équerre, en partie contre le mur arrière du logis principal. Une extension moderne à usage de cuisine est édifiée contre le pignon nord.

Mursgranite moellon
schiste moellon
Toitardoise
Étages1 étage carré
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturestoit à longs pans pignon découvert
toit conique noue

Escaliersescalier hors-oeuvre : escalier en vis, escalier en vis sans jour en maçonnerie
Statut de la propriétépropriété privée

Annexes

  • Estimation de biens nationaux. Extrait de la série 1 Q1/33

    La Maison de La Psalette 18 juin 1791

    … une maison en la ville de Tréguier, rue neuve, dite de la Psalette dépendante ci devant du chapitre de Tréguier, estimée suivant procès-verbal des 12, 13, 14, 15, 16 et 17 janvier dernier au rapport de Bernard Nayrod expert à la somme de seize cent vingt une livres douze sols deux deniers.

    … avons déclaré le sieur Marc Victor Boissin demeurant en la ville de Tréguier, dernier enchérisseur adjudicataire définitif de la dite maison circonstances et dépendances pour et moyennant le prix et somme de quatre mille quatre cent soixante-quinze livres…

    12 janvier 1791 Estimation de partie de biens nationaux

    La maison que l’on nomme la Psalette située en la rue neuve et ou demeure le sieur Boullay.

    Pour entrer dans l’avant cour côté de la rue une grande ouverture voutée en taille garnie de ventaux avec deux assises de maçonne dans la partie intérieure accolée d’un mur vers ladite rue qui a de long trente et neuf puis sur quatorze de hauteur et dans son contrefort ou massif huit pieds de longueur sur quatorze pieds de hauteur. Le sol de la cour contenant de plat y compris une … de pavais de différentes pierres six cordes dans la même cour, un puits ayant de profondeur trente-deux pieds y compris son pourtour, à côté une auge de grosses pierres, ladite cour cernée exceptée vers la rue de murs mitoyens. Savoir dans la partie du nord a la longueur de soixante-six pieds sur la hauteur de sept et demi et vers le sud a la longueur de vingt-huit pieds sur la hauteur compensée de quatorze pieds, dans ladite cour deux grands arbres noyers.

    Au levant de ladite cour, la maison principale construite de deux longères de maçonnerie en moellon chiqué de chaud ayant de longueur chacune cinquante-cinq pieds, … à trois pignons aiguillonnés dix-sept pieds sur la hauteur compensée de vingt-six pieds et demi. Pour entrer dans la dite maison en la longère au couchant une huisserie voutée en taille ornée d’une mauvaise porte, à l’entrée du vestibule une mauvaise armoire sans battants, pour éclairer le même vestibule une fenêtre en œil de bœuf garnie de vitrages mortes en plomb, pour entrer du vestibule dans la cuisine une ouverture voutée en taille ornée de sa porte, au pignon du nord une cheminée en taille a manteau de bois, l’âtre du foyer en grosses pierres, une fenêtre en taille défendue par un grillage de fer, garnie de carrés de bois et de vitrages morts en plomb.

    Dans la cottière au couchant une fenêtre carrée en taille, ornée d’un carré de bois et de vitrage en plomb, volets et treillis de bois en dehors, autre ouverture de porte en voute de taille close et interdite garnie en son haut de vitrage en petit bois et d’un volet, un potager à différents services, au double une poutre et une poutrelle, vingt-six solives de sciage, l’âtre de la dite cuisine en mauvaise terrasses sur barasseaux, ayant de creux dix-huit pieds, sur la longueur de dix-neuf, dans la côtière au levant une porte carrée en taille pour la fréquentation d’une salle dont mention sera ci-après faite, la dite ouverture ornée de son ventau (vantail).

    Pour la fréquentation de la salle au midi de la dite maison, une ouverture dans une mauvaise cloison de différentes planches garnie de son vantail, pour éclairer la dite salle deux fenêtres carrées de tailles garnies de leurs carrés volets de bois en vitrage de plomb, au pignon du midi une cheminée à la tablette en taille et cornichet (corniche) de même, au double de la dite salle et du vestibule trois poutres, treize cours de solives de sciage, l’âtre de même en mauvaise terrasse sur barrasseaux, ayant de creux vingt-huit et demi sur dix-huit pieds de large.

    Pour le hentissement de l’escalier une ouverture de porte voutée en taille garnie de son ventau, donnant sur une cage en tourelle saillante en dehors ayant de circonférence en son extérieur vingt pieds, de diamètre interne neuf pieds, sur la hauteur de trente-quatre pieds et demi, pour descendre dans la cave treize marches de taille … sur un massif de maçonnerie. Ledit escalier éclairé par une ouverture carrée en taille défendue par un grillage en fer. Pour entrer dans la cave au-dessous de la cuisine une ouverture en taille garnie de son ventau, pour éclairer ladite cave deux jours dans la cottière au couchant, l’un défendu par une mauvaise croix en fer, au double une poutre et vingt-trois solives, pour entrer dans la cave au-dessous du vestibule une ouverture carrée en taille garnie de son ventau, pour éclairer cette cave un jour dans la même cottière, au double une poutre et vingt-deux solives.

    Pour fréquenter la troisième cave au-dessous de la salle une ouverture en maçonnerie garnie de son ventau, pour éclairer la même cave deux fenêtres dont celle du levant défendue par quatre barres de fer et celle du couchant par une croix de même, entre ces deux caves en refente un mur ayant de long de massonnerie dix-huit pieds sur la hauteur de six, au double de la dite cave deux poutres et vingt-quatre solives.

    Pour la fréquentation des chambres autre volée d’escalier aussi en taille composé de dix- neuf marches le palier compris éclairé par une fenêtre de taille et imposte garnie de son volet.

    Pour le hentissement d’un cabinet au-dessus du vestibule et de la chambre au-dessus de la salle une ouverture aussi carrée de taille garnie de sa porte, avant d’y entrer autre petit vestibule éclairé d’une fenêtre ayant son carré en bois chassis garni de vitrages en plomb, pour henter le dit cabinet, une ouverture de porte à carrée de bois formée dans une cloison en argile orné de sou venteau, dans le dit cabinet une cheminée à jambages et manteau de taille, le cabinet éclairé par une fenêtre carrée de même ornée de volets et de vitres en plomb, au double une poutre, une poutrelle et dix solives, l’âtre du même sous tuiles.

    Pour entrer dans la chambre au-dessus de la salle une ouverture dans la cloison qui en sépare le dit cabinet … et porte, ladite cloison en poture ayant de long vingt-huit pieds et de hauteur onze pieds, au pignon du midi une cheminée en taille, ladite chambre éclairée de deux fenêtres à imposte garnies en vitrage de plomb, de volets et abavents, au double deux poutres et trente et neuf solives, l’âtre de la chambre sous tuiles ayant de long dix-sept pieds sur dix-huit pieds et demi.

    Pour le hentissement de la chambre au-dessus de la cuisine une ouverture en taille chargée de massonne, à côté une ouverture … donnant sur le vestibule dont mention sera faite ci-après. Dans la longère du levant autre ouverture de taille garnie de sa porte pour entrer dans la dite, en la même chambre une cheminée à jambages, manteau et corniches de taille, pour éclairer ladite chambre une fenêtre carrée de taille garnie de carrés, volets de bois et vitrages en plomb.

    Au pignon du nord autre fenêtre à carrés de bois et vitres mortes en plomb, et au double deux poutres et une poutrelle, trente-neuf solives, l’âtre de la chambre sous un plancher de châtaignier, ayant dix-neuf pieds en carré.

    Pour la fréquentation des greniers autres volées d’escaliers composées de seize marches palier compris, pour éclairer le même escalier pareilles fenêtres que les précédentes.

    Pour le hentissement du grenier à gauche une ouverture en taille, ornée de son venteau, le dit grenier garni en tuiles dans son sol ayant de long vingt-huit pieds et demi sur dix-huit de largeur, au comble trois fermes entrais et poinçons, une et deux cours de pannes et chevronnés de sciage sous mauvaise couverture d’ardoises.

    Autre ouverture pareille à la précédente pour le hentissement des mansardes et grenier. Joints les-dites mansardes sont séparées par cloisons de charpentes ardillées, chacune éclairée par un petit jour orné de vitrages en plomb, l’âtre carlé en tuiles ayant en creux dix- neuf pieds sur seize.

    La cage du dit escalier couronnée et couverte par une petite pigeonnière chevronnée de sciage et couverte d’ardoise.

    Autre édifice au levant des précédents construite de deux longères de massonnerie en moellon chiqué de chaud, en dehors ayant de long en chacune vingt et un pieds, l’aise à deux pignons dont celui du levant aiguillonnée entièrement et celui du couchant a demi aiguillon seize pieds, hauteur compensée vingt-quatre pieds et demi. Pour la fréquentation d’une salle aurais de chaussée un vestibule conduisant au cabinet d’aisance, se trouvant entre l’édifice et la tourelle, le dit cabinet éclairé d’un jour en grosse taille, ayant un siège à deux services.

    La façade dudit vestibule et dale (?)construit en montant de charpente chargée et barrassée d’argile ayant compris le vestibule au-dessus vingt et un pieds de hauteur sur l'aire de sept pieds, la partie inférieure en massonnerie, la partie adjacente au corps principal de la maison au rais de chaussé ayant de long seize pieds sur seize, pour y entrer dans le pignon au couchant une ouverture en maçonnerie garnie d’une carrée en bois et d’un venteau de même, au pignon du levant une cheminée à jambage et corbelets de taille et manteau de bois, une fenêtre carrée de taille, garnie de son chassis et de vitrages en plomb, au midi autre fenêtre de taille pareille à la précédente.

    Autre vestibule dont on a fait mention ci-devant pareil au précédent conduisant à un cabinet d’aisance, éclairé d’une fenêtre carrée en taille avec un siège à trois places. Pour entrer au dit vestibule dans la chambre au premier étage une ouverture de porte en massonnerie, ornée d’un chassis de bois et venteau de même, au pignon du levant une cheminée à jambage et corbelets de taille et manteau de bois, deux ouvertures de fenêtres carrée en taille à impostes garnis de deux chassis et vitrages en plomb, l’âtre de la dite chambre en simple terrasse sur barrasseaux, ladite chambre ayant seize pieds …, au double une poutre, une poutrelle et dix cours de solives, au-dessus dudit édifice un grenier ayant de long vingt et quatre pieds sur la largeur de seize pieds et demi, au comble deux fermes entrais et poinçons, un …, deux cours de pannes, le tout chevronnés de sciage sous couverture d’ardoise, l’âtre dudit grenier en simple terrasse sur barasseaux.

    Pour hentisse de la basse-cour au levant de la maison principale une ouverture voutée en taille, ornée de quatre marches et d’un mauvais venteau, la cour en partie pavée de cailloux et contenante de plat une corde et un seizième de corde.

    Au midi de ladite cour, une écurie et une maison à four en ruines, en appentis sous une mauvaise couverture d’ardoise.

    Pour la hentisse du jardin aussi au levant de la dite cour, une ouverture de porte en grosse taille, ornée d’un mauvais venteau, et pour descendre deux marches de grosses pierres, le dit jardin contenant de plat vingt et trois cordes, au midi du même jardin un verger et maintenant sous jardinage contenant de plat onze cordes et quart, pour son hentissement deux marches de grosses pierres, au couchant du même jardin une levée en terrasse contenant de plat une corde et demi, lesdits jardins verger et terrasse cernés de murs comme suit. Savoir…

    Dans ledit jardin (du levant) un canal servant d’évacuation aux eaux sortantes des cours d’une auberge située en la même rue neuve nommé le Lion d’or, pour la jouissance duquel canal le sieur Boullay … a déclaré que le sieur Prigent et ceux qui avant lui avaient habités ladite auberge payaient annuellement à la fabrique de la cathédrale de Tréguier une somme de vingt et un livres.

    La dite Psalette et dépendances estimées en l’état la somme de seize cents vingt et une livres douze sols deux deniers.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Série 1 Q 1/33. Biens nationaux de première origine. Arrondissement de Lannion

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 1 Q 1/33
Documents figurés
  • Tableau d'assemblage et plans parcellaires de la commune de Tréguier, 1834.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3P 362/1-4
Bibliographie
  • GUILLOU, Adolphe (préface d'Anatole Le Braz). Essai historique sur Tréguier par un Trécorrois. F. Guyon, Saint-Brieuc, 1913

  • LE GOFF (H.), "... arte cantus et musice ac divinis officiis". Les maîtres de musique de la cathédrale de Tréguier (XVe-XVIIIe siècles). Actes du congrès de Tréguier. Mémoires de la société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne. Tome XCVI, 2018.

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne - Tanguy-Schröer Judith
Judith Tanguy-Schröer , né(e) Tanguy
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