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Église Saint-Pierre de Pleugriffet

Dossier IA56132152 réalisé en 2018

Fiche

Le contexte de la construction de la nouvelle église de Pleugriffet:

En lieu et place de l'actuelle église Saint-pierre, se trouvait une première église dédiée à ce même vocable. Les informations concernant l’ancienne église Saint-Pierre sont assez minces. Cet édifice a été au cours des siècles plusieurs fois remaniés. Sa nef et son porche sud semblaient dater du XIIe siècle. Le reste de l’édifice datait pour partie du XIVe siècle. Aujourd'hui, il ne subsiste qu'une partie du pavement de l'ancienne église, volontairement conservé lors de l'édification du nouveau lieu de culte.

Au début des années cinquante, le maire de Pleugriffet, Eugène Lorillé, souhaite offrir à ses concitoyens une nouvelle église. Selon le maire, l’ancienne église, trop vétuste, menace de s'effondrer. Il devient urgent d'assurer la sécurité et le confort des fidèles par l'édification d'une nouvelle église plus spacieuse et plus moderne.

Ce projet s’inscrit dans un contexte de renouveau de l’architecture religieuse, entamé au tournant du XXe siècle. Ce regain d'intérêt est stimulé par de nombreux débats esthétiques autour de la forme que devait prendre ou non l'art sacré. L'arrivée de nouvelles techniques de constructions et le développement de nouveaux styles architecturaux poussent les architectes et ingénieurs à la réflexion. Ces réflexions prennent notamment corps pendant l'entre-deux guerre et après la Seconde Guerre mondiale.

Les architectes qui pour certains se spécialisent désormais dans l'architecture sacré, tentent de réinterpréter les symboles chrétien qui jalonnent l'histoire. Dans un premiers temps, l'art du pastiche et des néo roman, néo byzantin ou néo-gothique, sont préférés par les architectes classiques formés au milieu du XIXe siècle. D’autres, dont la formation est plus récente, décident de faire entrer l'architecture religieuse dans le XXe siècle. Petit à petit, le béton, dont les capacités techniques et esthétiques ne cessent de s'améliorer, s’immisce dans l'architecture religieuse. L'entre-deux guerre marque un tournant esthétique, les styles faisant référence au passé glorieux de l'art chrétien, sont progressivement délaissés au profit d'architecture plus moderne. Toutefois, il est important de noter que jusque dans les années cinquante, les deux parties pris cohabitent et offrent parfois de magnifiques édifices oscillant entre tradition et modernité.

Dans un contexte d'ode à la modernité, le maire de Pleugriffet suggère toutefois à l'architecte vannetais Guy Caubert de Cléry de s'inspirer de l'église néo byzantine Saint-Pierre de Maure-de-Bretagne, construite par Arthur Regnault entre 1894 et 1898. C’est donc sur recommandation du maire de Pleugriffet, que l’architecte se rend sur place pour observer et analyser cet édifice de style éclectique : « J’ai eu l’occasion de voir l’église de Maure-de-Bretagne et j’ai pu constater que mes études pour une église à coupole se rapprochaient de ce que vous désiriez. En ce moment nous mettons au point un avant-projet avec voûtes paraboliques qui seront à mon avis plus élancées et plus légères d’aspect que la voûte de l’église de Maure, sur un large plan carré cette voûte fait en effet un peu écrasée et sans monter plus haut je voudrais arriver à faire à Pleugriffet quelque chose de plus aérien. L’extérieur est cependant ingrat à traiter mais je pense y arriver ». (Arch. dép. Morbihan, 49 J 2152.)

L'église de Pleugriffet considéré comme "l'ultime avatar du néo-byzantin" par Philippe Bonnet1, a été très largement critiqué par Paul E.Koch, architecte-conseil du ministère de la Reconstruction et du Logement en 1957. « Du point de vue composition, ce projet est mauvais du fait qu’il accumule un trop grand nombre d’éléments dont les rapports et proportions rendent indécis le parti architectural. (...) Mais nous n’insisterons pas sur ces fautes d’architecture qui pourraient être améliorées par l’étude pour reprocher surtout à ce projet d’être conçu dans un esprit que l’on condamne depuis plus de cinquante ans.La part faite aux traditions ne doit pas aller à l’encontre de l’évolution de l’architecture. Les formes constructives du Moyen Âge ne sont plus valables de nos jours pour des raisons techniques et économiques » (Arch. dép. Morbihan, 49 J 2152) Les critiques du ministère de la Reconstruction et du logement émissent dès 1956, ne viennent toutefois pas en-tâcher l'engouement des Pleugriffetois pour leur église, en témoigne le bulletin municipal de décembre 1956 " Pleugriffet, à juste titre est fier de son église et de ceux qui la lui ont léguée comme héritage à protéger et entretenir."

1: BONNET, Philippe. "Églises du 20e siècle en Bretagne de la loi de séparation à Vatican II (1905-1962)". Bibliothèque de l´École des chartes, t. 163, 2005, p. 79-116.

Dénominationséglise paroissiale
Aire d'étude et cantonPontivy Communauté - Grand-Champ
AdresseCommune : Pleugriffet

L'actuel édifice a été construit entre 1954 et 1956.

Période(s)Principale : 20e siècle
Dates1954, daté par source
Auteur(s)Auteur : Caubert de Cléry Guy
Guy Caubert de Cléry

Fils de Joseph Caubert de Cléry, Guy Caubert de Cléry est nommé architecte départemental le 15 décembre 1940 et le reste jusqu'en 1974.


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L'église de Pleugriffet est construite Place de l'église, au croisement des différents axes reliant le bourg aux hameaux. Cette place qui est sur le point le plus haut du bourg, est enfermée par les bâtiments la constituant. La physionomie du terrain impacte le projet de la nouvelle église et empêche la construction d'un grand édifice. Guy Caubert de Cléry parvient tout de même à réaliser un édifice respectant les attentes du maire de la commune.

L'architecture:

La nouvelle église qui reste dédié à St-Pierre, est construite entre 1954 et 1956. Sa structure est en béton armé et son remplissage est fait de moellons hourdés à la chaux et recouverts d’un enduit de mortier de ciment peint. Les encadrements de baie, les soubassements et la flèche du clocher sont en pierre de taille granitique.

L'église est édifiée selon un plan en croix latine et est orienté au nord contrairement à l'église primitive qui était orienté à l'est. L’espace étant restreint, ce plan est ramassé et compact. La nef, le transept et le chœur possèdent des dimensions qui privilégient la largeur à la longueur. Ces proportions donnent visuellement une impression de plan massé rappelant les édifices construits selon le modèle de la croix grecque. Cette sensation est accentuée par la présence d'une coupole sur pendentif qui forme la croisée du transept et offre un magnifique espace central. En observant le plan de plus près, les impressions de plan massé se confirment. A l'intérieur du plan en croix latine, Guy Caubert de Cléry insère un plan en croix grecque. La superposition des plans lui permet de créer une coupole, exigé par le commanditaire. L'architecte n'en ai pas à son coup d'essai puisqu'il avait auparavant réalisé un immense espace centrale sous coupole pour l'église Saint-Charles-de-Blois d'Auray (1929 - 1941).

Cette coupole est une coupole sur pendentifs. Les pendentifs sont nécessaires pour passer d’un plan carré à un plan circulaire. Ils consistent en un triangle incurvé dont la pointe part de l’angle du carré et s’évase pour assurer la forme parfaitement circulaire de la coupole. Ne voulant pas reproduire les erreurs d'Arthur Regnault, M. Caubert de Cléry imagine une voûte parabolique pour sa coupole. Ce procédé permet d'alléger visuellement la massivité de la coupole.

En s'inspirant de l'église de Maure-de-Bretagne, Eugène Lorillé et Guy Caubert de Cléry font le choix d'une esthétique néo-byzantine. Ce style est propre à l'architecture de la deuxième moitié du XIXe siècle et du début du XXe siècle. L'architecture néo-byzantine intègre des éléments de l'architecture byzantine associés à des éléments empruntés à l'architecture chrétienne médiévale de l'Europe de l'Est. Les architectes puisent leur inspiration dans des édifices construits à Constantinople et, plus généralement, dans l'Empire byzantin entre les Ve et XIe siècles. Ce style se caractérise par l'emploi de coupoles, de dômes, de plan massé, ... Du point de vue des matériaux, la brique ainsi que la mosaïque sont privilégiées.

Les coupoles sont dans l'art byzantin l'emplacement idéal pour développer des programmes ornementaux. L'église de Pleugriffet ne fait pas exception à la règle. L'architecte installe au centre de sa coupole, une verrière conçue par l'atelier E. Rault. Cette verrière accueille la représentation des tétramorphe. Les tétramorphe sont l'image des quatre évangiles. Le lion symbolise Saint-Marc, le taureau correspond à Saint-Luc, l'ange pour Saint-Mathieu et l'Aigle pour Saint-Jean. Le centre de la composition donne à voir le Saint-Esprit. Les symboles de l'oméga et de l'alpha sont également présents. La tradition chrétienne assimile la première lettre et la dernière lettre de l'alphabet grec classique à Jésus-Christ pour symboliser l'éternité du Christ.

Les fresques:

Cette église possède peu de représentation biblique dans son ornementation. La sobriété des symboles religieux est significative. Les deux seuls programmes figuratifs sont la verrière et le chemin de croix réalisé par l'artiste André Mériel-Bussy. Cet artiste né à Fougère en 1902 et mort en 1984 à Ploudalmézeau, a reçu la médaille d'or de la Société des artistes français lors du Salon de 1939. Sa carrière la conduit à réaliser les fresques de Notre-Dame-en-Saint-Melaine de Rennes en 1942, le chemin de croix de l'église Sainte-Marthe des Quatre-Chemins de Pantin, les fresques de Ploudalmézeau, le chœur de l'église de Théhillac, ...

Les fresques qu'ils réalisent, sont d’un dessin dépouillé, d’inspiration cubique. Sa palette chromatique privilégie les pastels et la déclinaison des nuances d'ocre, de rose, de bleu et de vert. Le chemin de croix qu'il a représenté à l'église de Pleugriffet se situe en-dessous des grandes baies latérales. Les différents épisodes du chemin de croix sont présentés de manière linéaire sous la forme de petits tableaux aux formes biscornus. Ces scénettes sont peintes à même le béton, sur une surface légèrement plus épaisse que l'enduit blanc recouvrant le mur. Le relief et le contraste entre le mur blanc et le béton brut qui sert de support au chemin de croix, font ressortir les fresques. Cette réalisation est à rapprocher d'un autre chemin de croix de l'artiste créé pour l'église Notre-Dame du Bouguen de Brest en 1949. Ce chemin de croix ressemble trait pour trait à celui exécuté en l'église Saint-Pierre de Pleugriffet. Seul le support varie, celui de Brest est peint sur bois tandis que celui de Pleugriffet sur du béton.

Les vitraux:

Les vitraux de l'église de Pleugriffet sont réalisés par l'atelier rennais E. Rault, créé en 1898 par Emmanuel Rault. A sa mort en 1939, se sont ses deux fils qui reprennent l’atelier. Paul (1909-1962) et André (1912-1997) ont étudié à l’école des Beaux-Arts de Rennes et sont nommés meilleur maître-verrier, en 1932 et 1937. En 1947, les frères construisent un atelier situé place Hoche à Rennes qui comptait 98 employées.

Les frères Rault vont se passionner pour une nouvelle technique de vitraux : la dalle de verre. Cette technique est mise au point à la fin des années 20 par le verrier Jean Gaudin qu’il nomme « mosaïque lumineuse ». Cette nouvelle technique va prendre un véritable essor après la Seconde Guerre mondiale et va acquérir ses lettres de noblesse à partir des années 50. La dalle de verre permet de réaliser de grande surface plus solide et résistante. Ces dalles de verres sont réalisées à l’aide d’un gaz naturel qui permet une température plus haute des fours que le charbon traditionnel. Cette température plus élevée permet de confectionner des plaques de verres de deux à trois centimètres quand le charbon ne permettait pas d’aller au-delà d’un centimètre d’épaisseur. La dalle de verre est une plaque de verre coulée, translucides et colorés dans la masse. Cette plaque carré ou rectangulaire fait environ 20cm d’arête. Ces pièces de verre sont ensuite taillées et disposées comme de la mosaïque puis selon le procédé de Jean Gaudin, assemblés par du béton.

Ce procédé ne convainc pas entièrement les frères Rault. Ils estiment que l'assemblage par le béton assombrie la composition. Pour y remédier, ils décident d'assembler les dalles de verres au plomb suivant la technique traditionnelle du vitrail. Au préalable, les maîtres-verriers établissent une maquette au 1/10, puis un carton qui sert de repère. Il s'en suit un relevé du tracé réalisé avec un calque puis un calibrage des pièces sur papier fort. La coupe des plaques d’une forte épaisseur est ébauchée à la scie ou au diamant, puis achevée avec une marteline (il s'agit du même outil utilisé pour tailler la mosaïque). Cette coupe peut être laissée volontairement brute et comme déchiquetée, pour obtenir des jeux de lumière. Ensuite tous ces morceaux sont assemblés par du plomb. En opérant ainsi, les frères Rault jouent habillement avec la lumière. L'atelier n'a pas de style défini, il s'adapte aux commanditaires. Ils réalisent du figuratif, du semi-abstrait ainsi que du non figuratif, tout en réinterprétant les symboles du christianisme.

L'église de Pleugriffet allie modernité et tradition. Le béton paré de brique, de granit, de mosaïque et d'enduit permet à l'architecte Guy Caubert de Cléry de réaliser un édifice pouvant être considéré comme "le dernier avatar du néo-byzantin". L'église Saint-Pierre est un témoin intéressant de l'architecture des années 1950 sur le territoire. Édifice jugé trop passéiste au moment de sa construction, il étonne dans les campagnes du Centre-Bretagne. L'église de Pleugriffet est l'unique édifice religieux datant du milieu du XXe siècle sur le territoire. Elle marque la transition entre deux époques.

Mursbéton enduit
granite grand appareil parement
granite moellon sans chaîne en pierre de taille enduit
brique revêtement
Toitardoise
Couvrementscoupole en pendentifs, en béton armé
Couvertures
États conservationsbon état
Intérêt de l'œuvreà signaler

Références documentaires

Documents figurés
  • ANTAK, atelier Leconte J.P., "église Saint-Pierre de Pleugriffet : état de l'existant & estimatif de travaux", 2010

Périodiques
  • BONNET, Philippe. "Églises du 20e siècle en Bretagne de la loi de séparation à Vatican II (1905-1962)". Bibliothèque de l´École des chartes, t. 163, 2005, p. 79-116.

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