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Ensemble de quatre routoirs et fontaine-lavoir dits "fontaine de saint Yves", anse de Traou Martin (Minihy-Tréguier)

Dossier IA22133399 inclus dans Manoir de Traou Martin (Minihy-Tréguier) réalisé en 2018

La fontaine dite de saint Yves (8,4 x 6,1 mètres) et son douët à rouir situés au bord du Jaudy en contrebas du manoir de Traou Martin sont précisément décrits en 1778. Sont décrits également, "une maison à buée en appentis sous couverture d’ardoises" et immédiatement au nord "un petit douët à laver garnie de grosse taille et cailloux". Au sud, "trois autres douëts à rouir s’entrejoignant, garnis du côté de la côte vers le levant d’une chaussée en talus". L’inventaire de la vente de 1821 identifie également la "maison à buée couverte en ardoises, [le] douët à laver, [la] fontaine et quatre routoirs, ayant pour leur usage plusieurs cailloux et pierres d’affaissement" [poids destinés à maintenir sous l’eau les plantes textiles : lin ou chanvre lors de l’opération de macération ou "rouissage"].

En 1823, une transaction devant notaire est conclue entre les nouveaux propriétaires de la métairie de Traou Martin et le propriétaire de la métairie de Kermartin, pour "mettre fin aux discussions et prétentions élevées depuis longtemps […] sur les droits de rouissage de lin". Les propriétaires de la métairie de Kermartin ou "leurs représentants" sont autorisés à faire rouir gratuitement et tous les ans dans l’un des quatre routoirs existants près de la fontaine. La quantité de lin à rouir étant limité jusqu’à la "concurrence de 146 ares deux cinquième en semence de lin".

Sur le cadastre de 1835, on peut identifier huit bassins à rouir ou à laver près de la fontaine dite de Saint-Yves :

- "goas an parc" (n° 700), "goas ar binen" (n° 701), "goas creis" (n° 702), "goas an ty coué" (n° 703) appartenant à Le Guen (ensemble composé de quatre routoirs).

- "traou martin, routoir » (n° 753), attaché au Convenant de "Kernabat bian" appartenant à Geffroy de Chateaubriant et exploité par Gilles Yaouanc de Minihy désigné comme "colon".

- "traou martin, routoir" (n° 754) appartenant à Hyacinthe Quelen de Paris propriétaire de la métairie de Kermartin notamment.

- "traou martin, routoir" (n° 755) appartenant à Alain Le Goaster de Tréguier.

- "traou martin, routoir" (n° 756), attaché au Convenant de "Kernabat bras" appartenant à Geffroy de Châteaubriant et exploité par Yves Le Borgne de Tréguier désigné comme "colon".

Dans l’anse de Traou Martin, il ne subsiste aujourd’hui plus que les quatre routoirs appartenant au dénommé Le Guen en 1835 (voire, cinq ; le bassin n° 756 n'est pas visible : il semble avoir été envahi par la végétation).

Dénominationsbassin, fontaine
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
AdresseCommune : Minihy-Tréguier
Lieu-dit : Traou Martin

La présence de routoirs à Minihy-Tréguier et dans le Trégor est liée à la culture et à la transformation de plantes textiles comme le lin ou chanvre. La commune de Minihy-Tréguier compte ainsi 30 routoirs selon les états de section du cadastre de 1835.

Deux à trois semaines par an (8 à 10 jours pour un bassin dit en eau courante), les tiges de lin ou de chanvre étaient immergées dans l’eau des bassins afin de séparer l'écorce de la tige afin d’en dégager les fibres. Cette opération de macération est appelée "rouissage". Des pierres ou lests "cailloux et pierres d’affaissement" (1821) permettaient de maintenir sous l’eau les plantes réunies en bottes.

Les quatre routoirs de Traou Martin dépendaient de la seigneurie homonyme exploité en métairie au 18e siècle. Si leur existence est attestée en 1778 par les archives, cet ensemble de "douët à rouir" pourrait être bien plus ancien (17e siècle ?). Les exploitants de la métairie de Traou Martin, "convenanciers" (du nom du type de bail) devaient à leur propriétaire chaque année à la Saint-Michel "12 livres de lin prêt à filer". Il s’agit ici de filasse de lin qu’il s’agit encore de filer, blanchir, puis tisser pour en faire des toiles. Au début du 20e siècle, le bail de la ferme précise qu’il est possible aux exploitants de sous-louer les routoirs "à leur risque et péril" alors même qu’un arrêté du préfet des Côtes-du-Nord interdit en 1896 la pratique du rouissage dans les ruisseaux et rivières du département afin de préserver la santé et la salubrité publique.

A partir de 1940, l’abandon des routoirs s’accélère : le rouissage ne se faisant plus par immersion dans l’eau, mais en exposant les plantes à l’humidité dans les prairies, après l’enlèvement des foins.

L'état sanitaire des routoirs de Traou Martin est préoccupant. A l'initiative de Marie-Yvonne Gallais, conseillère municipale de Minihy-Tréguier, et avec l'accord des propriétaires, les routoirs ont fait l'objet en mars 2019 d'un chantier d’insertion confié à une équipe du CASCI de Paimpol (Centre d’Action Sociale Culturelle et d’Insertion).

Période(s)Principale : Temps modernes, 18e siècle
Secondaire : Epoque contemporaine
Dates1778, daté par travaux historiques

Ensemble de quatre bassins rectangulaires à ciel ouvert aménagés en maçonnerie de moellon de granite et de schiste situé dans l’anse de Traou Martin. Ces bassins étaient alimentés en eau par la fontaine dite de Saint-Yves (dotée d'une niche à statue). Lors des grands coefficients de marée, leurs murs sont baignés par la mer. Les installations de Traou Martin permettait un rouissage quasi stagnant.

Mursgranite moellon
schiste moellon
maçonnerie
États conservationsétat moyen
Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Éléments remarquableslogis

Annexes

  • Liste des routoirs, moulins, buanderies et tanneries de Minihy-Tréguier à partir des états de section du cadastre de 1835

    Section A dite de Saint-Yves (l’hectare vaut 2 journaux 4 cordes et ½ mesure locale)

    12 routoirs (parcelles n° 197, 565, 592, 700, 701, 702, 703, 753, 754, 755, 756, 807)

    2 moulins (parcelles n° 47 et 578)

    1 buanderie (parcelle n° 704)

    1 tannerie (parcelle n° 789)

    Section B dite de Saint-Renault [sic]

    14 routoirs (parcelles n° 48, 113, 147, 247, 676, 690, 691, 692, 693, 698, 699, 700, 718, 719)

    8 moulins (parcelles n° 3, 11, 24, 139, 233, 255, 715, 775)

    Section C dite de K[er] Moal

    4 routoirs (parcelles n° 671, 770, 790, 809)

  • Les plantes textiles : le lin (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord, 1844)

    (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord. Publié d'après les ordres de M. le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, Imprimerie royale, 1844.)

    "La culture du lin est très répandue dans l'arrondissement de Lannion, dans les cantons de Guingamp, Pontrieux, Bégard, Plouagat et Belle-Ile, appartenant à l'arrondissement de Guingamp, et sur le littoral de Paimpol à Saint-Brieuc. Elle l'est beaucoup moins sur le littoral dinanais, et n'existe, pour ainsi dire pas dans l'arrondissement de Loudéac.

    Le lin se plaît dans les terres un peu fortes, plus argileuses que sablonneuses, exposées au sud et au sud-est, et, autant que possible, plates et découvertes. L'ombre des pommiers, des hêtres et des chênes lui nuit.

    Dans les assolements, on le place après froment ou avoine, et on ne le fait revenir sur le même sol que tous les 6 ou 8 ans. Quand il suit un froment fumé, on ne lui donne pas d'engrais ; après l'avoine, on le fume.

    L'engrais par excellence pour le lin est le goémon pur. A défaut d'une quantité suffisante pour une fumure entière, on emploie le goémon en compost avec du fumier et du sable de mer. Le fumier fait avec la paille de sarrasin, la cendre, convient aussi au lin mais sur le fumier ordinaire, la filasse, dit-on, est de moins belle qualité.

    Le point important pour cette culture, c'est, d'une part, que la terre ne soit pas trop grasse, et, d'autre part, que l'engrais soit intimement mélangé avec le sol. La préparation du terrain est généralement très soignée. A Lannion, on donne en février un labour qu'on dresse à la tranche, et, en mars, un second labour, suivi de tranchage et de hersage. On sème et l'on recouvre la graine à la herse et au râteau.

    A La Roche, un premier labour se fait en février : en mars, on tranche et l'on herse, on donne un second labour hersé et nettoyé au râteau, puis un troisième labour, dressé à la tranche, sur lequel on sème. Sur la semence, on herse et l'on râtelle.

    A Lézardrieux et à Paimpol, le premier labour est hersé ; le second labour est fait en croix, tranché et hersé, et la herse et le râteau suivent l'ensemencement. Dans l'arrondissement de Guingamp, on donne deux et quatre labours avec autant de hersages. On répète les hersages sur la semaille.

    On emploie pour semences des graines indigènes ou des graines étrangères, mais, préférablement, ces dernières. En graines indigènes, on se sert de graines d'un an, deux ans, trois ans au plus ; vieilles, elles donnent de mauvaises récoltes ; nouvelles, elles dégénèrent ou deviennent infécondes, si l'on n'a soin de les renouveler au bout de 5 ou 6 ans.

    En graines étrangères, on emploie :

    1. La graine de Liébau, la meilleure pour le rendement en graines et la rusticité ;

    2. La graine de Zélande, qui fournit le lin le plus long ;

    3. La graine de Flandre, qui possède des qualités identiques à celle de Zélande.

    La graine de Liébau est expédiée en barils de 100 kilogrammes ; celle de Zélande et de Flandre, en sacs du même poids. Les 100 kilogrammes, à Liébau et en Flandre, se vendent 50 à 60 francs, et en Zélande, 70 475 francs.

    La bonne graine doit être longue, luisante, pleine, d'une franche couleur vert olive, et avoir la pointe un peu cambrée. On la prépare, en la vannant avec soin sur des vans de parchemin. La quantité employée par hectare varie de 180 à 200 kilogrammes ; en graines de pays ou en vieilles graines, on augmente les proportions d'un quart en sus.

    L'époque de la semaille est du 15 mars au 5 avril, quand on ne craint plus les gelées.

    Le lin lève au bout de 6 à 10 jours. Il est sujet à la rouille après les brusques changements de température, surtout lorsqu'il a été trop fumé. Les pucerons l'attaquent aussi quelquefois ; on s'en débarrasse en répandant 4 hectolitres de cendres par hectare. Pendant la croissance du lin, on lui donne généralement deux sarclages ; le premier exige de 32 à 40 personnes, et revient à 24 ou 30 francs ; le second ne demande que 20 à 26 personnes, et coûte de 15 à 19 francs.

    On commence ordinairement la récolte à la fin de juin, aussitôt que le lin jaunit et que ses feuilles tombent ; on n'attend pas une parfaite maturité ; on préfère sacrifier la graine, qui, n'étant pas assez mûre pour semence, est propre à être vendue aux huileries, et obtenir une filasse ayant plus de douceur, de blancheur et de finesse.

    Le lin s'arrache par poignées, dont chacune est liée avec un brin et posée sur le champ. On ne laisse pas javeler, on enlève et on égrène, aussitôt que possible, sur l'aire ou dans la grange. En mauvais temps, on cesse l'arrachage, coûte que coûte, plutôt que d'enlever du lin mouillé. A Lézardrieux, on égrène sur le champ même. L'égrènement se fait habituellement avec des peignes de fer qui détachent les gousses de la tige. On laisse les gousses se sécher au soleil pendant une quinzaine de jours ; puis on les bat, soit en les pilant avec les pieds, soit en les dépiquant avec des chevaux, soit en les battant au fléau.

    Pour l'arrachage d'un hectare de lin, on calcule qu'il faut 20 personnes, payées 60 centimes par jour et nourries. Un bon travailleur doit dans sa journée tirer et lier 350 poignées (la poignée équivaut à la quantité de brins qui tient dans les deux mains) ; il peut en peigner 1 000.

    Aussitôt que le lin est égrené, on le porte au routoir. Les routoirs à l'eau courante et en rivières passent pour les meilleurs : on y couche le lin sans le tasser, on le couvre de pierres, et on le laisse rouir pendant 8 à 10 jours. Quand on le tire, on l'étend sur l'herbe et on le laisse sécher 4 ou 5 jours ; puis on le ramasse en fagots de 10 kilogrammes, et on le monte au grenier.

    Dans les routoirs alimentés par les eaux de sources ou par des réservoirs, le rouissage dure 15 jours ou 3 semaines.

    La bonne disposition des routoirs est fort importante : si leur fond n'est pas de sable pur, on le pave en grosses pierres. On aime que l'eau se renouvelle par le haut ; si elle vient par le bas, le rouissage s'opère mal. La majorité des cultivateurs, en préférant les routoirs de rivières, prétend que le lin y devient plus beau et plus blanc ; les linatiers désapprouvent cette méthode, et disent que le lin, roui à l'eau courante, perd un poids, dont la valeur n'est pas compensée par l'augmentation de blancheur, et que son brin est moins fort et moins souple que celui du lin roui à l'eau stagnante. On paye souvent pour le rouissage aux routoirs : le prix s'acquitte en nature : il est de 1, 2, 3 %, et varie suivant les dépenses qu'a entraînées l'établissement du routoir.

    Quand le lin est séché et en fagots, on le nomme lin en bois. Le rapport d'un hectare en lin, ainsi séché et prêt à être vendu, diffère considérablement d'une commune à une autre. La qualité du sol influe extrêmement sur le produit.

    A Guingamp et à Plouagat, il est de 1 000 à 1 500 kilogrammes ; à Paimpol, de 1 600 à 2 000 ; à Pontrieux, Bégard, Lézardrieux, Belle-Ile, Lannion, de 2 500 à 3 000 kilogrammes ; à la Roche-Derrien, de 3 000 en moyenne.

    Le rapport d'un hectare en graines ne varie pas moins ; c'est d'ailleurs un produit très chanceux. Il est, à Guingamp et à Plouagat, de 200 kilogrammes ; à Paimpol, de 300 à 360 kilogrammes ; à Lézardrieux et à Lannion, de 400 à 600 ; à la Roche, de 720 à 800. L'hectolitre pèse communément 75 kilogrammes.

    La hauteur des lins ordinaires est de 64 a 70 centimètres ; celle des très beaux va de 70 à 85.

    Le cultivateur estime beaucoup son lin, quand il est fin. Les linatiers prétendent qu'à cet égard il tombe dans l'excès, et qu'a force de semer dru, il finit par produire une infinité de brindilles sans consistance pour la fabrication. Il vaudrait mieux, disent-ils, semer moins épais et obtenir des brins plus gros et plus égaux en épaisseur. Les brins trop menus ont, en outre, l'inconvénient de verser à la première pluie.

    Le lin en bois se vend à domicile, au marché et dans des entrepôts. Les linatiers des pays de fabrication des toiles, Quintin, Uzel, Loudéac, viennent presque toujours acheter à domicile.

    Chaque maison se réserve un tiers ou un quart de son lin pour le convertir en filasse et le filer pour l'usage habituel.

    50 kilogrammes de lin en bois produisent, suivant la bonté du brin, depuis 6 jusqu'à 15 kilogrammes de filasse, dont le prix varie de 1 franc à 3 francs le kilogramme, et depuis 2 kilogrammes 50 grammes jusqu'à 7 kilogrammes d'étoupes, dont le prix diffère de 10 à 50 centimes le kilogramme.

    Le prix moyen du lin en bois est de 20 centimes le kilogramme ; il monte quelquefois à 25 et 3o centimes, mais ce prix devient rare.

    Les 25 kilogrammes de graines se vendent 8, 9 et 10 francs.

    L'hectare de terre propre à la culture du lin, vaut depuis 60 jusqu'à 150 francs de location".

  • Les plantes textiles : le chanvre (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord, 1844)

    (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord. Publié d'après les ordres de M. le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, Imprimerie royale, 1844.)

    "Le chanvre est l'objet d'une culture beaucoup moins étendue que le lin. Il n'entre pas, ordinairement, dans la rotation des assolements. C'est plutôt une culture de courtil qu'une culture en grand.

    Les variétés de cette plante sont :

    1. Le chanvre commun, qui est en majeure proportion ;

    2. Le chanvre de Riga et de Zélande.

    On commence à introduire le chanvre de Piémont.

    Le chanvre se sème souvent tous les ans dans la même terre. Quelquefois, entre deux récoltes, on prend une récolte dérobée de seigle que l'on fauche en vert au printemps. On le sème aussi, comme le lin, après l'avoine et avant le froment ou le seigle.

    Quand on fait chanvre sur chanvre, sans intercalation d'autre plante, on fume la terre en février, à raison de 32 mètres de fumier par hectare. On donne un labour en mars, on brise les mottes à la boue en avril, on herse, on donne une seconde fumure égale à la première ; puis, au commencement de mai, on laboure le sol à plat, on l'égalise à la houe, on herse, on sème et on recouvre la semence à la herse. La fumure n'est pas toujours divisée, ni aussi forte que nous venons de le dire. En règle générale, on fume autant qu'on peut. Quelquefois aussi, surtout dans les petites chenevières, le premier labour se fait à la bêche.

    Sur le littoral, on emploie le goëmon comme pour le lin, et les chanvres, faits sur ces engrais, sont plus beaux que ceux venus sur fumier. Dans quelques localités de l'intérieur, on estime beaucoup le fumier de porcs pour cette culture.

    On répand environ par hectare 80 kilogrammes de semence et 1 mètre de cendre.

    Le chanvre ne redoute que les gelées ; il réussit, ordinairement, quand on a soin de le placer en terre argileuse, et abondamment fumée.

    On réserve pour porte-graines les plus belles tiges de chanvre femelle.

    Quand la graine est bien mûre, on arrache les tiges, on les lie en fortes poignées. On égrène par le battage au fléau sur l'aire.

    A Tréguier, on fait tomber la graine en peignant les gerbées. On estime le produit moyen d'un hectare à 2 000 kilogrammes en bois.

    Le rouissage est le même que pour le lin : on opère le séchage en mettant la plante debout.

    Le teillage se fait à la main, et assez négligemment pour déprécier la valeur des chanvres du pays, comparativement à ceux des autres départements, qui sont mieux préparés.

    Pour convertir le chanvre en filasse, on le fait chauffer au four à une chaleur modérée : on le pile, on le broie et on le spatule ; on le vend ensuite sans être peigné.

    Le chanvre teillé se vend communément 70 à 80 centimes le kilogramme. Le prix moyen de la filasse est de 90 centimes le kilogramme.

    La plus grande partie de cette filasse est réservée pour faire des toiles dans les ménages. Avec un mélange de fil de chanvre et de laine, on fabrique aussi une étoffe commune nommée berlinge".

  • L'industrie linière (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord, 1844)

    (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord. Publié d'après les ordres de M. le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, Imprimerie royale, 1844.)

    "Cette industrie, depuis longtemps établie dans les Côtes-du-Nord, notamment dans toute la contrée qui s'étend depuis Quintin jusqu'à Loudéac, est aujourd’hui dans une décadence complète. Quelques faits permettront d'apprécier la situation. En 1775, d'après des documents cités par M. Baron-Dutaya, la fabrique de Quintin fournissait annuellement à l'Amérique 11, a 61 balles de toile, représentant une valeur de 9 880 000 francs. En 1835, le montant de cette exportation ne s'élevait pas au delà de 1 500 o00 francs.

    Aucun débouché n'est venu remplacer le débouché perdu ; le marché français est resté le même, et la fabrique, encouragée par sa prospérité primitive, s'est agrandie au lieu de décroître.

    Le résultat de cette position est facile à comprendre : les métiers sont, en partie, arrêtés et la misère sévit sur la population. La filature occupait autrefois toutes les femmes, qui gagnaient 4o à 5o centimes par jour ; maintenant, dit-on, les fileuses ne peuvent gagner au delà de 20 centimes dans leur journée ; souvent même, quand le lin est cher, ou de mauvaise qualité, elles perdent sur leur travail. Or, le prix du lin ne semble pas devoir baisser, car cette plante étant moins demandée, on la cultive moins, et la rareté augmente sa valeur. D'autre part, le fabricant est obligé d'opérer une diminution dans les prix de son fil, pour pouvoir supporter la dépréciation de sa toile. Ce malheureux état de choses n'est donc pas près d'avoir un terme.

    L'arrondissement de Loudéac est celui qui a le plus souffert de cette détresse industrielle. Sur 9623 métiers qui existaient dans le département, il en possédait à lui seul 4ooo. On prétend qu'en cinq ans, de 1836 à 1841, sa population a diminué de 2 978 habitants, qui ont émigré dans d'autres localités.

    Les causes qui ont amené la ruine de l'industrie linière dans les Côtes-du-Nord, où toute la fabrication se fait à la main, sont, à n'en pas douter, les progrès de la filature et du tissage mécaniques du lin, et l'envahissement des marchés indigène et étranger par les tissus de coton. Cette industrie peut-elle aujourd'hui se relever ? C'est ce qu'il ne nous appartient pas de discuter. Nous dirons seulement que le conseil général du département a déjà fait à cet égard plusieurs tentatives qui sont restées sans succès. Il a proposé une prime très élevée pour la première filature mécanique qui s'établirait dans le département sur le pied de 8 000 broches ; il a ensuite abaissé cette condition de rigueur à 4000 broches, et nulle fondation n'a répondu à son appel. On a pensé que, si la culture du lin pouvait avoir lieu dans le pays de fabrication, le prix du lin, amoindri des frais de transport, permettrait à la fabrique de se maintenir : en conséquence, des fonds ont été alloués à l'arrondissement de Loudéac, pour être distribués en primes à la culture de cette plante. Le lin est-il bienvenu ? Les uns disent oui, les autres disent non. Le fait positif, c'est qu'on ne cultive pas à Loudéac plus de lin qu'auparavant. Les fermiers, prétend-on, n'ont pas le moyen de faire les avances qu'exige cette culture, ceci est un mal sans remède.

    Enfin, aujourd'hui, tout le monde semble admettre que les progrès de l'agriculture pourraient seuls soulager la misère de ces populations ; nous le croyons aussi, mais nous souhaitons qu'on ne se dissimule pas les difficultés du progrès agricole dans une contrée où le fermier manque totalement de capitaux,et où le propriétaire est généralement peu disposé à en avancer. Les mesures que l'on prendra dans le but de stimuler la marche de l'agriculture du pays et améliorer le sort de ses habitants, devront donc, si on veut qu elles soient efficaces, avoir tout d'abord une importance assez grande et un caractère assez pratique pour déterminer très promptement un revirement dans les habitudes culturales".

  • "Des routoirs à marée en cours de restauration sur le Jaudy" extrait du Journal municipal de Minihy-Tréguier, mai 2019, n° 50, p. 12

    "Le chantier de la mise à jour des routoirs de Traou Martin a fait l’objet d’un chantier d’insertion et confié à une équipe du CASCI de Paimpol (Centre d’Action Sociale Culturelle et d’Insertion). Ces routoirs situés sur le domaine maritime au bord du Jaudy, se sont envasés au fil du temps. En 1886, le préfet des Côtes-du-Nord interdit les routoirs par décret pour raison de pollution. En effet, la fermentation due au rouissage produisait des gaz toxiques dont l’hydrogène sulfuré qui polluaient rivières, lavoirs, abreuvoirs et parfois les puits environnants. Comme expliqué précédemment, cette technique fut remplacée par le "rouissage au sol".

    Les 3 grands routoirs de Traou Martin sont les seuls vestiges visibles, et encore en assez bon état, d’une série de mêmes constructions disséminées entre Tréguier et Minihy sur les bords du Jaudy. D’autres routoirs visibles sur le cadastre sont aujourd’hui ensevelis sous des remblais ou pour les autres détruits par les effets du temps et le manque d’entretien.

    Avec l’aimable accord des propriétaires, l’objectif de ce début de chantier de restauration était de redonner vie à ces routoirs en les dégageant de la végétation qui les encombrait. Plusieurs autres phases de travaux seront nécessaires pour les désenvaser et consolider les murets encore bien en place.

    Ces routoirs ont un intérêt très particulier du fait de leur emplacement sur le domaine maritime. Ils sont donc à la fois desservis par une source d’eau douce mais régulièrement recouverts par l’eau salée remontant dans le Jaudy suivant les coefficients de marée.

    Ce chantier a également permis une mise en valeur de ce coin de rivière verdoyant et paisible au bas du bourg de Minihy. Ce magnifique lieu de promenade pour les bipèdes est également un lieu d’observation privilégiée pour les oiseaux marins.

    Soyons respectueux de ce cadre de vie exceptionnel et sachons le garder intact de toute trace de notre passage !!!".

Références documentaires

Documents d'archives
  • 3 avril 1778, bail à titre de convenant et domaine congéable du manoir de Tromartin à Minihy-Tréguier en faveur de Rolland René de Kermoisan de Traoumartin (son frère puiné) par Louis Jean-Baptiste de Kermoisan – seigneur et propriétaire du fonds - demeurant à Kerozer, paroisse de Saint-Avé de Vannes représenté par Pierre-Marie Cozic demeurant en la ville de Guingamp. Collection particulière de madame Caroff à Minihy-Tréguier.

    Collection particulière
  • 2 juin 1821 : contrat de vente de la métairie de Tromartin à Pierre Caro, veuf, donataire de Elisabeth Le Lay et Jeanne-Marie Caro, sa fille. Collection particulière de madame Caroff à Minihy-Tréguier.

    Collection particulière
  • 14 novembre 1823, transaction concernant le droit de rouissage dans les douets de Tromartin à Minihy-Tréguier. Collection particulière de madame Caroff à Minihy-Tréguier.

    Collection particulière
  • 15 septembre 1910 : bail à ferme aux époux Alain Le Glas et Françoise Le Yéodet, cultivateurs à Minihy-Tréguier. Collection particulière de madame Caroff à Minihy-Tréguier.

    Collection particulière
  • Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord. Publié d'après les ordres de M. le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, Imprimerie royale, 1844.

Périodiques
  • GALLAIS, Marie-Yvonne (à vérifier). "Des routoirs à marée en cours de restauration sur le Jaudy". Journal municipal de Minihy-Tréguier, mai 2019, n° 50, p. 12.

Liens web