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Ensemble de quatre routoirs et fontaine-lavoir dits "fontaine de saint Yves", anse de Traou Martin (Minihy-Tréguier)

Dossier IA22133399 inclus dans Manoir de Traou Martin (Minihy-Tréguier) réalisé en 2018

La fontaine dite de saint Yves (8,4 x 6,1 mètres) et son douët à rouir situés au bord du Jaudy en contrebas du manoir de Traou Martin sont précisément décrits en 1778. Sont décrits également, "une maison à buée en appentis sous couverture d’ardoises" et immédiatement au nord "un petit douët à laver garnie de grosse taille et cailloux". Au sud, "trois autres douëts à rouir s’entrejoignant, garnis du côté de la côte vers le levant d’une chaussée en talus". L’inventaire de la vente de 1821 identifie également la "maison à buée couverte en ardoises, [le] douët à laver, [la] fontaine et quatre routoirs, ayant pour leur usage plusieurs cailloux et pierres d’affaissement" [poids destinés à maintenir sous l’eau les plantes textiles : lin ou chanvre lors de l’opération de macération ou "rouissage"].

En 1823, une transaction devant notaire est conclue entre les nouveaux propriétaires de la métairie de Traou Martin et le propriétaire de la métairie de Kermartin, pour "mettre fin aux discussions et prétentions élevées depuis longtemps […] sur les droits de rouissage de lin". Les propriétaires de la métairie de Kermartin ou "leurs représentants" sont autorisés à faire rouir gratuitement et tous les ans dans l’un des quatre routoirs existants près de la fontaine. La quantité de lin à rouir étant limité jusqu’à la "concurrence de 146 ares deux cinquième en semence de lin".

Sur le cadastre de 1835, on peut identifier huit bassins à rouir ou à laver près de la fontaine dite de Saint-Yves :

- "goas an parc" (n° 700), "goas ar binen" (n° 701), "goas creis" (n° 702), "goas an ty coué" (n° 703) appartenant à Le Guen (ensemble composé de quatre routoirs).

- "traou martin, routoir » (n° 753), attaché au Convenant de "Kernabat bian" appartenant à Geffroy de Chateaubriant et exploité par Gilles Yaouanc de Minihy désigné comme "colon".

- "traou martin, routoir" (n° 754) appartenant à Hyacinthe Quelen de Paris propriétaire de la métairie de Kermartin notamment.

- "traou martin, routoir" (n° 755) appartenant à Alain Le Goaster de Tréguier.

- "traou martin, routoir" (n° 756), attaché au Convenant de "Kernabat bras" appartenant à Geffroy de Châteaubriant et exploité par Yves Le Borgne de Tréguier désigné comme "colon".

Dans l’anse de Traou Martin, il ne subsiste aujourd’hui plus que les quatre routoirs appartenant au dénommé Le Guen en 1835 (voire, cinq ; le bassin n° 756 n'est pas visible : il semble avoir été envahi par la végétation).

Dénominationsbassin, fontaine
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
AdresseCommune : Minihy-Tréguier
Lieu-dit : Traou Martin

La présence de routoirs à Minihy-Tréguier et dans le Trégor est liée à la culture et à la transformation de plantes textiles comme le lin ou chanvre. La commune de Minihy-Tréguier compte ainsi 30 routoirs selon les états de section du cadastre de 1835.

Deux à trois semaines par an (8 à 10 jours pour un bassin dit en eau courante), les tiges de lin ou de chanvre étaient immergées dans l’eau des bassins afin de séparer l'écorce de la tige afin d’en dégager les fibres. Cette opération de macération est appelée "rouissage". Des pierres ou lests "cailloux et pierres d’affaissement" (1821) permettaient de maintenir sous l’eau les plantes réunies en bottes.

Les quatre routoirs de Traou Martin dépendaient de la seigneurie homonyme exploité en métairie au 18e siècle. Si leur existence est attestée en 1778 par les archives, cet ensemble de "douët à rouir" pourrait être bien plus ancien (17e siècle ?). Les exploitants de la métairie de Traou Martin, "convenanciers" (du nom du type de bail) devaient à leur propriétaire chaque année à la Saint-Michel "12 livres de lin prêt à filer". Il s’agit ici de filasse de lin qu’il s’agit encore de filer, blanchir, puis tisser pour en faire des toiles. Au début du 20e siècle, le bail de la ferme précise qu’il est possible aux exploitants de sous-louer les routoirs "à leur risque et péril" alors même qu’un arrêté du préfet des Côtes-du-Nord interdit en 1896 la pratique du rouissage dans les ruisseaux et rivières du département afin de préserver la santé et la salubrité publique.

A partir de 1940, l’abandon des routoirs s’accélère : le rouissage ne se faisant plus par immersion dans l’eau, mais en exposant les plantes à l’humidité dans les prairies, après l’enlèvement des foins. L'état sanitaire des routoirs de Traou Martin est aujourd'hui préoccupant.

Période(s)Principale : Temps modernes, 18e siècle
Secondaire : Epoque contemporaine
Dates1778, daté par travaux historiques

Ensemble de quatre bassins rectangulaires à ciel ouvert aménagés en maçonnerie de moellon de granite et de schiste situé dans l’anse de Traou Martin. Ces bassins étaient alimentés en eau par la fontaine dite de Saint-Yves (dotée d'une niche à statue). Lors des grands coefficients de marée, leurs murs sont baignés par la mer. Les installations de Traou Martin permettait un rouissage quasi stagnant.

Mursgranite moellon
schiste moellon
maçonnerie
États conservationsétat moyen
Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Éléments remarquableslogis

Annexes

  • Les plantes textiles : le lin (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord, 1844)

    (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord. Publié d'après les ordres de M. le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, Imprimerie royale, 1844.)

    "La culture du lin est très répandue dans l'arrondissement de Lannion, dans les cantons de Guingamp, Pontrieux, Bégard, Plouagat et Belle-Ile, appartenant à l'arrondissement de Guingamp, et sur le littoral de Paimpol à Saint-Brieuc. Elle l'est beaucoup moins sur le littoral dinanais, et n'existe, pour ainsi dire pas dans l'arrondissement de Loudéac.

    Le lin se plaît dans les terres un peu fortes, plus argileuses que sablonneuses, exposées au sud et au sud-est, et, autant que possible, plates et découvertes. L'ombre des pommiers, des hêtres et des chênes lui nuit.

    Dans les assolements, on le place après froment ou avoine, et on ne le fait revenir sur le même sol que tous les 6 ou 8 ans. Quand il suit un froment fumé, on ne lui donne pas d'engrais ; après l'avoine, on le fume.

    L'engrais par excellence pour le lin est le goémon pur. A défaut d'une quantité suffisante pour une fumure entière, on emploie le goémon en compost avec du fumier et du sable de mer. Le fumier fait avec la paille de sarrasin, la cendre, convient aussi au lin mais sur le fumier ordinaire, la filasse, dit-on, est de moins belle qualité.

    Le point important pour cette culture, c'est, d'une part, que la terre ne soit pas trop grasse, et, d'autre part, que l'engrais soit intimement mélangé avec le sol. La préparation du terrain est généralement très soignée. A Lannion, on donne en février un labour qu'on dresse à la tranche, et, en mars, un second labour, suivi de tranchage et de hersage. On sème et l'on recouvre la graine à la herse et au râteau.

    A La Roche, un premier labour se fait en février : en mars, on tranche et l'on herse, on donne un second labour hersé et nettoyé au râteau, puis un troisième labour, dressé à la tranche, sur lequel on sème. Sur la semence, on herse et l'on râtelle.

    A Lézardrieux et à Paimpol, le premier labour est hersé ; le second labour est fait en croix, tranché et hersé, et la herse et le râteau suivent l'ensemencement. Dans l'arrondissement de Guingamp, on donne deux et quatre labours avec autant de hersages. On répète les hersages sur la semaille.

    On emploie pour semences des graines indigènes ou des graines étrangères, mais, préférablement, ces dernières. En graines indigènes, on se sert de graines d'un an, deux ans, trois ans au plus ; vieilles, elles donnent de mauvaises récoltes ; nouvelles, elles dégénèrent ou deviennent infécondes, si l'on n'a soin de les renouveler au bout de 5 ou 6 ans.

    En graines étrangères, on emploie :

    1. La graine de Liébau, la meilleure pour le rendement en graines et la rusticité ;

    2. La graine de Zélande, qui fournit le lin le plus long ;

    3. La graine de Flandre, qui possède des qualités identiques à celle de Zélande.

    La graine de Liébau est expédiée en barils de 100 kilogrammes ; celle de Zélande et de Flandre, en sacs du même poids. Les 100 kilogrammes, à Liébau et en Flandre, se vendent 50 à 60 francs, et en Zélande, 70 475 francs.

    La bonne graine doit être longue, luisante, pleine, d'une franche couleur vert olive, et avoir la pointe un peu cambrée. On la prépare, en la vannant avec soin sur des vans de parchemin. La quantité employée par hectare varie de 180 à 200 kilogrammes ; en graines de pays ou en vieilles graines, on augmente les proportions d'un quart en sus.

    L'époque de la semaille est du 15 mars au 5 avril, quand on ne craint plus les gelées.

    Le lin lève au bout de 6 à 10 jours. Il est sujet à la rouille après les brusques changements de température, surtout lorsqu'il a été trop fumé. Les pucerons l'attaquent aussi quelquefois ; on s'en débarrasse en répandant 4 hectolitres de cendres par hectare. Pendant la croissance du lin, on lui donne généralement deux sarclages ; le premier exige de 32 à 40 personnes, et revient à 24 ou 30 francs ; le second ne demande que 20 à 26 personnes, et coûte de 15 à 19 francs.

    On commence ordinairement la récolte à la fin de juin, aussitôt que le lin jaunit et que ses feuilles tombent ; on n'attend pas une parfaite maturité ; on préfère sacrifier la graine, qui, n'étant pas assez mûre pour semence, est propre à être vendue aux huileries, et obtenir une filasse ayant plus de douceur, de blancheur et de finesse.

    Le lin s'arrache par poignées, dont chacune est liée avec un brin et posée sur le champ. On ne laisse pas javeler, on enlève et on égrène, aussitôt que possible, sur l'aire ou dans la grange. En mauvais temps, on cesse l'arrachage, coûte que coûte, plutôt que d'enlever du lin mouillé. A Lézardrieux, on égrène sur le champ même. L'égrènement se fait habituellement avec des peignes de fer qui détachent les gousses de la tige. On laisse les gousses se sécher au soleil pendant une quinzaine de jours ; puis on les bat, soit en les pilant avec les pieds, soit en les dépiquant avec des chevaux, soit en les battant au fléau.

    Pour l'arrachage d'un hectare de lin, on calcule qu'il faut 20 personnes, payées 60 centimes par jour et nourries. Un bon travailleur doit dans sa journée tirer et lier 350 poignées (la poignée équivaut à la quantité de brins qui tient dans les deux mains) ; il peut en peigner 1 000.

    Aussitôt que le lin est égrené, on le porte au routoir. Les routoirs à l'eau courante et en rivières passent pour les meilleurs : on y couche le lin sans le tasser, on le couvre de pierres, et on le laisse rouir pendant 8 à 10 jours. Quand on le tire, on l'étend sur l'herbe et on le laisse sécher 4 ou 5 jours ; puis on le ramasse en fagots de 10 kilogrammes, et on le monte au grenier.

    Dans les routoirs alimentés par les eaux de sources ou par des réservoirs, le rouissage dure 15 jours ou 3 semaines.

    La bonne disposition des routoirs est fort importante : si leur fond n'est pas de sable pur, on le pave en grosses pierres. On aime que l'eau se renouvelle par le haut ; si elle vient par le bas, le rouissage s'opère mal. La majorité des cultivateurs, en préférant les routoirs de rivières, prétend que le lin y devient plus beau et plus blanc ; les linatiers désapprouvent cette méthode, et disent que le lin, roui à l'eau courante, perd un poids, dont la valeur n'est pas compensée par l'augmentation de blancheur, et que son brin est moins fort et moins souple que celui du lin roui à l'eau stagnante. On paye souvent pour le rouissage aux routoirs : le prix s'acquitte en nature : il est de 1, 2, 3 %, et varie suivant les dépenses qu'a entraînées l'établissement du routoir.

    Quand le lin est séché et en fagots, on le nomme lin en bois. Le rapport d'un hectare en lin, ainsi séché et prêt à être vendu, diffère considérablement d'une commune à une autre. La qualité du sol influe extrêmement sur le produit.

    A Guingamp et à Plouagat, il est de 1 000 à 1 500 kilogrammes ; à Paimpol, de 1 600 à 2 000 ; à Pontrieux, Bégard, Lézardrieux, Belle-Ile, Lannion, de 2 500 à 3 000 kilogrammes ; à la Roche-Derrien, de 3 000 en moyenne.

    Le rapport d'un hectare en graines ne varie pas moins ; c'est d'ailleurs un produit très chanceux. Il est, à Guingamp et à Plouagat, de 200 kilogrammes ; à Paimpol, de 300 à 360 kilogrammes ; à Lézardrieux et à Lannion, de 400 à 600 ; à la Roche, de 720 à 800. L'hectolitre pèse communément 75 kilogrammes.

    La hauteur des lins ordinaires est de 64 a 70 centimètres ; celle des très beaux va de 70 à 85.

    Le cultivateur estime beaucoup son lin, quand il est fin. Les linatiers prétendent qu'à cet égard il tombe dans l'excès, et qu'a force de semer dru, il finit par produire une infinité de brindilles sans consistance pour la fabrication. Il vaudrait mieux, disent-ils, semer moins épais et obtenir des brins plus gros et plus égaux en épaisseur. Les brins trop menus ont, en outre, l'inconvénient de verser à la première pluie.

    Le lin en bois se vend à domicile, au marché et dans des entrepôts. Les linatiers des pays de fabrication des toiles, Quintin, Uzel, Loudéac, viennent presque toujours acheter à domicile.

    Chaque maison se réserve un tiers ou un quart de son lin pour le convertir en filasse et le filer pour l'usage habituel.

    50 kilogrammes de lin en bois produisent, suivant la bonté du brin, depuis 6 jusqu'à 15 kilogrammes de filasse, dont le prix varie de 1 franc à 3 francs le kilogramme, et depuis 2 kilogrammes 50 grammes jusqu'à 7 kilogrammes d'étoupes, dont le prix diffère de 10 à 50 centimes le kilogramme.

    Le prix moyen du lin en bois est de 20 centimes le kilogramme ; il monte quelquefois à 25 et 3o centimes, mais ce prix devient rare.

    Les 25 kilogrammes de graines se vendent 8, 9 et 10 francs.

    L'hectare de terre propre à la culture du lin, vaut depuis 60 jusqu'à 150 francs de location".

  • Les plantes textiles : le chanvre (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord, 1844)

    (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord. Publié d'après les ordres de M. le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, Imprimerie royale, 1844.)

    "Le chanvre est l'objet d'une culture beaucoup moins étendue que le lin. Il n'entre pas, ordinairement, dans la rotation des assolements. C'est plutôt une culture de courtil qu'une culture en grand.

    Les variétés de cette plante sont :

    1. Le chanvre commun, qui est en majeure proportion ;

    2. Le chanvre de Riga et de Zélande.

    On commence à introduire le chanvre de Piémont.

    Le chanvre se sème souvent tous les ans dans la même terre. Quelquefois, entre deux récoltes, on prend une récolte dérobée de seigle que l'on fauche en vert au printemps. On le sème aussi, comme le lin, après l'avoine et avant le froment ou le seigle.

    Quand on fait chanvre sur chanvre, sans intercalation d'autre plante, on fume la terre en février, à raison de 32 mètres de fumier par hectare. On donne un labour en mars, on brise les mottes à la boue en avril, on herse, on donne une seconde fumure égale à la première ; puis, au commencement de mai, on laboure le sol à plat, on l'égalise à la houe, on herse, on sème et on recouvre la semence à la herse. La fumure n'est pas toujours divisée, ni aussi forte que nous venons de le dire. En règle générale, on fume autant qu'on peut. Quelquefois aussi, surtout dans les petites chenevières, le premier labour se fait à la bêche.

    Sur le littoral, on emploie le goëmon comme pour le lin, et les chanvres, faits sur ces engrais, sont plus beaux que ceux venus sur fumier. Dans quelques localités de l'intérieur, on estime beaucoup le fumier de porcs pour cette culture.

    On répand environ par hectare 80 kilogrammes de semence et 1 mètre de cendre.

    Le chanvre ne redoute que les gelées ; il réussit, ordinairement, quand on a soin de le placer en terre argileuse, et abondamment fumée.

    On réserve pour porte-graines les plus belles tiges de chanvre femelle.

    Quand la graine est bien mûre, on arrache les tiges, on les lie en fortes poignées. On égrène par le battage au fléau sur l'aire.

    A Tréguier, on fait tomber la graine en peignant les gerbées. On estime le produit moyen d'un hectare à 2 000 kilogrammes en bois.

    Le rouissage est le même que pour le lin : on opère le séchage en mettant la plante debout.

    Le teillage se fait à la main, et assez négligemment pour déprécier la valeur des chanvres du pays, comparativement à ceux des autres départements, qui sont mieux préparés.

    Pour convertir le chanvre en filasse, on le fait chauffer au four à une chaleur modérée : on le pile, on le broie et on le spatule ; on le vend ensuite sans être peigné.

    Le chanvre teillé se vend communément 70 à 80 centimes le kilogramme. Le prix moyen de la filasse est de 90 centimes le kilogramme.

    La plus grande partie de cette filasse est réservée pour faire des toiles dans les ménages. Avec un mélange de fil de chanvre et de laine, on fabrique aussi une étoffe commune nommée berlinge".

  • L'industrie linière (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord, 1844)

    (Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord. Publié d'après les ordres de M. le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, Imprimerie royale, 1844.)

    "Cette industrie, depuis longtemps établie dans les Côtes-du-Nord, notamment dans toute la contrée qui s'étend depuis Quintin jusqu'à Loudéac, est aujourd’hui dans une décadence complète. Quelques faits permettront d'apprécier la situation. En 1775, d'après des documents cités par M. Baron-Dutaya, la fabrique de Quintin fournissait annuellement à l'Amérique 11, a 61 balles de toile, représentant une valeur de 9 880 000 francs. En 1835, le montant de cette exportation ne s'élevait pas au delà de 1 500 o00 francs.

    Aucun débouché n'est venu remplacer le débouché perdu ; le marché français est resté le même, et la fabrique, encouragée par sa prospérité primitive, s'est agrandie au lieu de décroître.

    Le résultat de cette position est facile à comprendre : les métiers sont, en partie, arrêtés et la misère sévit sur la population. La filature occupait autrefois toutes les femmes, qui gagnaient 4o à 5o centimes par jour ; maintenant, dit-on, les fileuses ne peuvent gagner au delà de 20 centimes dans leur journée ; souvent même, quand le lin est cher, ou de mauvaise qualité, elles perdent sur leur travail. Or, le prix du lin ne semble pas devoir baisser, car cette plante étant moins demandée, on la cultive moins, et la rareté augmente sa valeur. D'autre part, le fabricant est obligé d'opérer une diminution dans les prix de son fil, pour pouvoir supporter la dépréciation de sa toile. Ce malheureux état de choses n'est donc pas près d'avoir un terme.

    L'arrondissement de Loudéac est celui qui a le plus souffert de cette détresse industrielle. Sur 9623 métiers qui existaient dans le département, il en possédait à lui seul 4ooo. On prétend qu'en cinq ans, de 1836 à 1841, sa population a diminué de 2 978 habitants, qui ont émigré dans d'autres localités.

    Les causes qui ont amené la ruine de l'industrie linière dans les Côtes-du-Nord, où toute la fabrication se fait à la main, sont, à n'en pas douter, les progrès de la filature et du tissage mécaniques du lin, et l'envahissement des marchés indigène et étranger par les tissus de coton. Cette industrie peut-elle aujourd'hui se relever ? C'est ce qu'il ne nous appartient pas de discuter. Nous dirons seulement que le conseil général du département a déjà fait à cet égard plusieurs tentatives qui sont restées sans succès. Il a proposé une prime très élevée pour la première filature mécanique qui s'établirait dans le département sur le pied de 8 000 broches ; il a ensuite abaissé cette condition de rigueur à 4000 broches, et nulle fondation n'a répondu à son appel. On a pensé que, si la culture du lin pouvait avoir lieu dans le pays de fabrication, le prix du lin, amoindri des frais de transport, permettrait à la fabrique de se maintenir : en conséquence, des fonds ont été alloués à l'arrondissement de Loudéac, pour être distribués en primes à la culture de cette plante. Le lin est-il bienvenu ? Les uns disent oui, les autres disent non. Le fait positif, c'est qu'on ne cultive pas à Loudéac plus de lin qu'auparavant. Les fermiers, prétend-on, n'ont pas le moyen de faire les avances qu'exige cette culture, ceci est un mal sans remède.

    Enfin, aujourd'hui, tout le monde semble admettre que les progrès de l'agriculture pourraient seuls soulager la misère de ces populations ; nous le croyons aussi, mais nous souhaitons qu'on ne se dissimule pas les difficultés du progrès agricole dans une contrée où le fermier manque totalement de capitaux,et où le propriétaire est généralement peu disposé à en avancer. Les mesures que l'on prendra dans le but de stimuler la marche de l'agriculture du pays et améliorer le sort de ses habitants, devront donc, si on veut qu elles soient efficaces, avoir tout d'abord une importance assez grande et un caractère assez pratique pour déterminer très promptement un revirement dans les habitudes culturales".

  • La culture des plantes économiques dans l'arrondissement de Morlaix (1849-1850)

    (ELEGOUET, J.-M.. Statistique agricole générale de l'arrondissement de Morlaix. Brest, 1849-1850)

    "La culture du lin (Linum) était autrefois plus répandue dans l'arrondissement de Morlaix qu'elle ne l'est aujourd'hui. Le commerce considérable de fils et de toiles qui s'y faisait portait le cultivateur à se livrer en grand à la culture d'une plante qui formait la principale richesse du pays et qui occupait une grande partie de sa population. Au littoral surtout, appartenait la préparation et le filage du lin ; à l'intérieur, le blanchiment et le tissage. Les ancêtres de nos riches cultivateurs des cantons de Sizun et de Saint-Thégonnec étaient plutôt fabricants qu'agriculteurs.

    Le bas prix des tissus de coton joint à la législation qui devint de moins en moins protectrice pour l'industrie linière firent perdre de son importance à cette culture cependant, elle n'est pas entièrement abandonnée. Le tableau suivant en est une preuve et, aujourd'hui, l'on peut espérer qu'elle reprendra une partie de son ancienne splendeur, si les efforts que tentent la Société linière et les Sociétés d'agriculture de notre département pour améliorer le produit et le rendre propre à la filature mécanique sont couronnés de succès. Notre pays fournit des lins aussi beaux que ceux récoltés dans le département du Nord. II ne s'agit que de les bien rouir et d'en extraire la filasse d'une manière convenable ce qui est chose facile si le premier point est obtenu.

    Notre sol produit autant que partout ailleurs et même peut-être plus ; car, si nous consultons les documents de M. Charles Homon l'un des gérants de la Société linière du Finistère nous voyons que là où le rouissage s'est modifié, ainsi que le brisage et le teillage, le littoral a donné en moyenne, par hectare :

    Lin en bois : 3 200 kilogrammes.

    Lin en filasse : 640 kilogrammes.

    En belles graines : de 18 à 20 hectolitres.

    L'intérieur a aussi donné :

    Lin en bois : 2 600 kilogrammes.

    Lin en filasse : 520 kilogrammes.

    En belles graines : de 14 à 15 hectolitres.

    On ne cultive dans tout l'arrondissement de Morlaix qu'une seule espèce de lin qui est le lin commun (Linum usitatissimnm). Parmi ses nombreuses variétés, nous indiquerons, comme étant préféré par les cultivateurs bas bretons, le lin de Liban. Le lin, comme l'on sait, étant d'une délicatesse exquise, sa culture demande une terre franche, divisible profondément ameublie et richement fumée par les cultures précédentes. Aussi le voit-on figurer dans les assolements suivis dans les communes des trois séries, après trèfle ou après racines sarclées.

    La réussite de la culture du lin dépend non seulement de la nature du sol dans lequel on le sème mais aussi de l'état de l'atmosphère. Il réussit parfaitement dans les terres un peu fortes, grasses, humides, dans les années de sécheresse. Il réussit aussi dans les terres légères, lorsque les pluies printanières viennent activer sa végétation ; mais il ne réussit pas dans les deux cas diamétralement opposés.

    Les lins dégénèrent promptement dans les terres de l'arrondissement de Morlaix aussi les cultivateurs se voient-ils dans la nécessité de renouveler la graine au bout de deux ans. On reconnaît deux espèces de lin, eu égard aux époques auxquelles on les sème :

    1. Le lin d'hiver ;

    2. Le lin d'été ;

    Le lin d'hiver est plus rustique et moins difficile sur le choix du terrain ; mais comme les rigueurs de l'hiver rendent sa culture très incertaine, on ne le cultive pas ici.

    On ne cultive que le lin d'été dont la réussite est plus assurée. La préparation du sol varie en raison de sa nature et des circonstances dans lesquelles on se trouve. Cependant, il est constant que la terre qui doit recevoir la semence du lin doit être rendue aussi meuble que possible soit par les récoltes précédentes soit par des labours répétés soit enfin par ces deux moyens à la fois.

    Dans tous les cas, deux ou trois labours sont indispensables. Le premier, ou le labour préparatoire, se fait dans le courant de septembre ou d'octobre, 15 jours au moins après que la terre a été débarrassée de sa récolte. Dans le courant d'octobre, on étend le fumier sur le sol et on l'enterre soit par un second labour à la charrue, soit par un plombage. La terre reste ainsi pendant l'hiver. Vers les mois de février et mars, on profite des premières journées favorables pour donner les dernières façons au moyen de la pelle, de la houe ou de la grande mare.

    Le fumier frais provenant de la litière des animaux, employé dans une terre à lin ne peut être, quoi que l'on fasse assez également répandu et il en résulte une inégalité de végétation très préjudiciable pour les produits de cette plante.

    On fume, et c'est ce qu'il y a de mieux, dans quelques fermes avec du fumier entièrement fait, et, dans le plus grand nombre, avec de la charrée ou cendre de lessive.

    Dans d'autres, on se sert de plantes marines vertes ou sèches.

    On n'est pas dans l'usage de se servir, pour la terre à lin d'aucun engrais liquide. Quelques riches propriétaires seulement, et un très petit nombre de fermiers ont essayé l'emploi du guano délayé dans de l'eau ou jeté en poudre sur la terre par un temps humide mais ce moyen n'est pas généralement adopté.

    Le bon choix de la semence est indispensable pour obtenir une bonne récolte en lin. II faut donc que les graines aient été récoltées à l'époque de leur maturité complète. qu'elles soient grosses, lourdes et très luisantes.

    Le mode ordinaire de semer le lin est à la volée et à la main puis on recouvre la semence par un léger hersage. La quantité de semence employée par hectare varie suivant la nature du sol. Mais il résulte des renseignements pris à de bonnes sources que la quantité moyenne est d'un peu plus d'un hectolitre par hectare.

    Les soins d'entretien d'une terre ensemencée en lin consistent en des sarclages dont le nombre varie en raison de la propreté ou de la malpropreté de la terre.

    Comme dans l'arrondissement de Morlaix les cultivateurs n'ont pas précisément en vue de recueillir les graines, ils ont la précaution de procéder à l'arrachage du lin avant que les premières aient atteint leur maturité complète. Ils choisissent donc le moment où les tiges prennent une teinte jaune doré pour les arracher. Cette opération se fait à la main, et à mesure de l'arrachage des tiges on en forme de petites bottes qu'on étale sur le sol. D'autres personnes procèdent à l'égrenage. On se sert, pour cela, d'un peigne dont les dents en fer à un ou deux rangs ont 33 centimètres de long et qu'on implante perpendiculairement à l'extrémité d'un chevalet.

    On étend un drap bien blanc sous le chevalet pour recevoir la graine. Le tout étant bien disposé l'ouvrier prend par les racines une des petites bottes de lin. Il fait pénétrer les extrémités des tiges entre les dents du peigne, et les retire vers lui par un mouvement brusque. La même opération se renouvelle jusqu'à ce que toutes les graines soient tombées. L'opération étant terminée, on renferme la graine dans le drap et on la transporte à la ferme.

    Pour obtenir la dessication de la graine, on l'étend pendant quelques jours, en une couche très mince, sur l'aire à battre, exposée aux rayons solaires. Le soir, et pour passer la nuit, on la relève en petits tas allongés, et le lendemain on l'étend de nouveau comme le premier jour. Lorsque la graine est suffisamment sèche, on la bat au fléau, on la vanne et on la crible comme les céréales, puis on la renferme dans de petits barils pour être livrée au commerce ou pour être conservée pour semence.

    Le lin, pour être transformé en filasse propre à faire des fils, exige plusieurs opérations que nous allons indiquer.

    La première qu'on lui fait subir est le rouissage.

    Le rorage ou screinage n'est pas usité dans l'arrondissement de Morlaix ; on n'y pratique que le rouissage à l'eau.

    Voici de quelle manière on s'y prend : dès que les tiges ont été privées de leurs graines et réunies en petites bottes, on les place sur la charrette à récolte et on les transporte au routoir. Celui-ci est tantôt rond et tantôt carré. Sa capacité varie en raison de la quantité de lin à rouir. Sa profondeur est de 90 centimètres à un mètre. Le routoir est constamment alimenté par de l'eau claire, provenant d'une source ou d'une rivière ; dans ce dernier cas, on la détourne et on la fait arriver au moyen d'une rigole.

    Le routoir, ayant été préalablement curé et nettoyé à grandes eaux, on y place horizontalement, et par couches superposées, les bottes de lin. Quand il contient un peu plus que la moitié de sa capacité, on place sur les bottes de grandes pierres qui les empêchent de surnager, puis on fait arriver l'eau, qui ne tarde pas à couvrir les couches de lin et à remplir le routoir.

    Dans tous les pays où l'on s'entend à bien rouir le lin, on a la précaution de munir les routoirs de petites vannes pour l'introduction de l'eau elles se placent au fond de la fosse d'autres vannes se placent, pour l'évacuation de l'eau, à l'opposé et à la surface du routoir. Cette disposition à donner aux vannes n'est pas à dédaigner car en agissant ainsi on obtient un rouissage à eau courante qui est plus long, il est vrai, que celui à eau stagnante, mais qui offre plusieurs avantages sur ce dernier.

    Ces avantages sont de rendre la filasse moins colorée et plus facile à blanchir, de la rendre plus facile à diriger et d'offrir moins de dangers pour les personnes qui sont exposées aux émanations délétères que laissent dégager les routoirs à lin.

    Dans l'arrondissement de Morlaix, la disposition des vannes est tout autre que celles dont nous venons de parler. La vanne d'introduction de l'eau et celle de son évacuation sont placées à l'opposé l'une de l'autre, mais toutes deux à la surface du routoir. L'eau coule donc au-dessus des couches de lin, et comme elle est plus légère que celle de macération qui se trouve au fond du routoir, il se fait qu'elle ne pénètre pas plus avant et qu'elle s'écoule immédiatement par la vanne de trop plein.

    Le rouissage du lin, en Bretagne, dure de 7 à 8 jours. Lorsqu'on le croit suffisamment roui, ce dont on s'assure par certains indices connus, et qui s'observent dans tous les pays, on retire le lin du routoir, on le lave à grandes eaux pour le débarrasser des corps étrangers qui y adhèrent et le rendre aussi net que possible, puis on le fait sécher sur un pré ou sur une prairie nouvellement fauchée, en ayant soin de l'étendre bien clair.

    Le lin reste ainsi exposé pendant un temps qui varie suivant que l'état de l'atmosphère est plus ou moins favorable à sa dessication et à son blanchiment. Ce temps peut durer de 3 à 14 jours et même quelquefois plus.

    M. Pitot Duhellès, ancien député du Finistère et président élu de la Société d'agriculture de Morlaix, a fait connaitre à la société qu'il préside un nouveau procédé de rouissage du lin, duquel il dit avoir obtenu les plus beaux résultats.

    Ce procédé consiste :

    1. à écraser les tiges encore vertes, immédiatement après leur arrachage, au moyen de maillets en bois,

    2. à réunir les tiges en bottes et à les disposer dans le routoir comme nous l'avons dit plus haut,

    et 3. à renouveler l'eau du routoir toutes les 48 heures.

    Ce procédé de rouir le lin offre un avantage sur celui mis en pratique par nos cultivateurs. C'est que les tiges ayant été écrasées encore vertes et avant de les placer dans le routoir, l'eau attaque et dissout d'une manière plus prompte et plus directe le principe gommo-résineux qu'elles contiennent, et la fermentation ne tarde pas à s'opérer. Mais aussi, n'offre-t-il pas un désavantage, en ce que, par le renouvellement de l'eau toutes les 48 heures, on retarde et suspend même l'effet de cette macération ? C'est une observation que nous faisons en passant.

    Lorsque le lin a été suffisamment séché sur le pré, on le rentre au grenier où il est placé dans un endroit très sec, exposé à un courant d'air vif. Cette mesure est de toute nécessité ; car quelque sec que paraisse le lin quand on le rentre, il contient toujours une certaine quantité d'humidité. On s'aperçoit que sa dessication est complète, quand la chenevotte ou le bois se rompt d'une manière nette et que la couche extérieure ou fibreuse s'en détache entièrement et avec la plus grande facilité.

    Les autres opérations qu'on fait subir au lin sont :

    1. Le hâlage

    On hâle le lin en exposant les bottes pendant 3 ou 4 jours à l'air libre. Après ce laps de temps on défait les javelles et on adosse les tiges debout contre un mur en les plaçant au soleil. Tous les soirs on rentre le lin pour qu'il ne soit pas mouillé par la rosée, et le lendemain et les jours suivants on renouvelle la même opération qui se continue jusqu'à ce qu'il soit suffisamment hâlé.

    2. Le maillage

    Le lin étant très sec on le soumet au maillage. Cette opération se fait en Bretagne de trois manières. Dans quelques communes du canton de Lanmeur, on se sert d'un maillet en bois très dur, avec lequel on frappe les tiges après les avoir préalablement étalées soit sur une pierre plane soit sur un billot en bois également plane. Le but de cette opération est d'aplatir les tiges, de casser la chenevotte et de la détacher de l'enveloppe fibreuse.

    Dans d'autres cantons, et particulièrement dans ceux de Plouigneau de Morlaix et de Taulé, on étend les tiges sur une grande route ou sur tout autre chemin très fréquenté, et on les écrase en faisant passer dessus, à plusieurs reprises, des charrettes vides attelées de deux ou trois chevaux.

    Dans d'autres communes, et spécialement dans celles du canton de Plouzévédé on dispose les tiges sur le sol en y formant un cercle d'un grand diamètre, puis on les fait piétiner par les pieds des chevaux qu'on fait passer dessus au trot et en guise de manège. L'opération n'est terminée que quand les plantes ont été suffisamment écrasées.

    Par ces deux derniers procédés on n'opère jamais que d'une manière imparfaite. Il nous est souvent arrivé d'examiner des lins ainsi préparés,et nous avons pu nous convaincre que beaucoup de tiges restaient intactes après l'opération l'action des roues et des pieds des chevaux n'ayant nullement agi sur elles. L'opération du maillage n'est autre chose qu'une opération préparatoire qu'on fait subir au lin avant de le soumettre au broyage.

    3. Le broyage

    Pour broyer celui-ci, on se sert d'une braie ordinaire.

    L'ouvrier prend de la main gauche une poignée de lin, tandis que de la droite, il soulève le manche de la mâchoire supérieure de la braie. II engage la moitié de cette poignée entre les deux mâchoires puis il abaisse par des mouvements vifs et souvent répétés la mâchoire supérieure tandis qu'il tire à lui par petites saccades, la poignée de lin et, par cette manoeuvre, brise la chenevotte et l'oblige à quitter la filasse. Quand cette première moitié est suffisamment broyée, il change de bout à la poignée de lin et il agit de même sur l'autre moitié. Quand une certaine quantité de lin a été broyée, on en forme des paquets, qu'on tord légèrement en deux et qu'on noue par les petits bouts. C'est ce qui constitue la filasse brute.

    4. L'espadage

    Le lin, quelque bien broyé qu'il ait été, contient encore une certaine quantité de chenevotte. Pour l'en débarrasser entièrement on le soumet à l'espadage. L'espadage du lin se fait contre une planche de hêtre, longue de 82 centimètres, large de 22 et épaisse de 2 centimètres. Cette planche, qui fait l'office d'un couteau à tranchant mousse, est taillée en biseau à un de ses bouts qui est reçu dans une ouverture étroite et allongée que présente une des extrémités d'un chevalet et y est maintenue fixe et dans une position verticale au moyen d'une cheville en bois.

    Le chevalet a 1 mètre 20 centimètres de long sur 16 centimètres de large à ses extrémités, et 12 seulement vers son milieu ; sa hauteur est de 25 centimètres. L'ouvrier se place sur le chevalet en face et en arrière de l'espade. Il déploie une poignée de lin qu'il tient avec les deux mains par les deux bouts et la place entre le bord de l'espade qui lui est opposé, c'est-à-dire contre la partie tranchante puis par un frottement précipité qu'il exécute de droite à gauche et de gauche à droite, il nettoie ainsi le lin des brins de chenevotte et des parties non brisées par la braie. Cette méthode a un inconvénient, celui de ne pas nettoyer entièrement le lin des brins de chenevotte qu'il contient. Quelque longue et quelque bien faite que soit cette opération, il en reste toujours qui adhèrent à la filasse ce qui rend la soie d'une qualité inférieure.

    5. Le peignage ou serançage

    Lorsque le lin a été suffisamment espadé, avant d'être soumis au filage, il a besoin d'être privéé des dernières traces de la gomme résine qui adhère encore à ses fils démêlé, refendu et affiné. Cette opération se nomme peignage ou sérançage. Les peignes ou sérans employés dans l'arrondissement de Morlaix ont les formes suivantes : les dents sont rondes dans toute leur étendue et pointues à leur extrémité supérieure ; elles sont sur 4 rangs et en nombre indéterminé ; plus elles sont fines et plus le nombre en est grand ; elles sont implantées dans un morceau de bois dur, aplati et d'une forme carrée, que l'on fixe solidement au moyen de platefiches sur un fortbillot en bois.

    6. Le filage

    Le mode usité dans l'arrondissement de Morlaix pour le peignage et le filage du lin, étant en quelque sorte celui adopté dans les autres pays, nous ne le décrirons pas. Nous dirons seulement que le filage du lin se fait chez nous de deux manières différentes : 1. au fuseau et 2. au rouet.

    Le filage au fuseau n'est pas aussi expéditif que celui exécuté au rouet ; mais il fournit un fil plus délié, plus tordu plus estimé et plus recherché. Celui filé au rouet est commun et n'atteint que très rarement une grande finesse. Cependant nous avons vu des fileuses dans les communes qui avoisinent le département des Côtes-du-Nord, filer au rouet des fils aussi fins et aussi beaux que ceux filés au fuseau ; mais les fileuses qui atteignent ce degré de perfection sont extrêmement rares.

    7. Le tissage

    Le lin récolté et préparé en Bretagne d'après la méthode que nous avons indiquée ne peut se filer à la mécanique. Il est donc essentiel que l'agriculture du pays accepte les modifications provoquées par la société linière du Finistère, qui peut déjà lui offrir un emploi de 8 à 900 000 kilogrammes de filasse dans la filature dont elle a doté le pays, et, à l'avance, nous prédisons que notre pays deviendra l'un des premiers marchés de lin de France dès qu'il s'en fera de propres à la filature mécanique.

    Le dévidage, l'ourdissage, l'encollage et le tissage des fils de lin, ne différant pas essentiellement des méthodes adoptées et suivies partout ailleurs, pour ne pas surcharger notre travail par des descriptions inutiles, nous renvoyons nos lecteurs aux ouvrages spéciaux qui traitent de ces matières.

    Chaque hectare ensemencé en lin fournit, année moyenne, dans l'arrondissement de Morlaix 7 hectolitres de graines et 600 kilogrammes de filasse brute. Le prix moyen de l'hectolitre de graines de lin est de 18 francs et celui du kilogramme de filasse de 90 centimes.

    L'étendue de la culture générale sous lin et chanvre, occupe, dans cet arrondissement, 5 % de la terre arable cadastrée dans les communes de la première série ; 2 % dans celles de la deuxième, et 1 % dans celles de la troisième.

    La culture du lin seulement occupe les onze douzièmes de cette étendue générale dans les communes de la première série ; les cinq sixièmes dans celles de la deuxième, et le sixième seulement dans celles de la troisième.

    Il y a donc, année moyenne, sous culture de lin dans l'arrondissement de Morlaix, 1 517 hectares 22 ares, qui produisent 9 190 hectolitres 43 litres de graines, et 824 738 kilogrammes de filasse brute.

    La valeur totale de la récolte est pour les 9 190 hectolitres 43 litres de graines, de 165 409 francs 74 centimes, et, pour les 824 738 kilogrammes de filasse brute de 742 264 francs et 20 centimes. Le total général des produits est donc, annuellement et en moyenne, de 907 673 francs 94 centimes".

  • Liste des routoirs, moulins, buanderies et tanneries de Minihy-Tréguier à partir des états de section du cadastre de 1835

    Section A dite de Saint-Yves (l’hectare vaut 2 journaux 4 cordes et ½ mesure locale)

    12 routoirs (parcelles n° 197, 565, 592, 700, 701, 702, 703, 753, 754, 755, 756, 807)

    2 moulins (parcelles n° 47 et 578)

    1 buanderie (parcelle n° 704)

    1 tannerie (parcelle n° 789)

    Section B dite de Saint-Renault [sic]

    14 routoirs (parcelles n° 48, 113, 147, 247, 676, 690, 691, 692, 693, 698, 699, 700, 718, 719)

    8 moulins (parcelles n° 3, 11, 24, 139, 233, 255, 715, 775)

    Section C dite de K[er] Moal

    4 routoirs (parcelles n° 671, 770, 790, 809)

Références documentaires

Documents d'archives
  • 3 avril 1778, bail à titre de convenant et domaine congéable du manoir de Tromartin à Minihy-Tréguier en faveur de Rolland René de Kermoisan de Traoumartin (son frère puiné) par Louis Jean-Baptiste de Kermoisan – seigneur et propriétaire du fonds - demeurant à Kerozer, paroisse de Saint-Avé de Vannes représenté par Pierre-Marie Cozic demeurant en la ville de Guingamp. Collection particulière de madame Caroff à Minihy-Tréguier.

    Collection particulière
  • 2 juin 1821 : contrat de vente de la métairie de Tromartin à Pierre Caro, veuf, donataire de Elisabeth Le Lay et Jeanne-Marie Caro, sa fille. Collection particulière de madame Caroff à Minihy-Tréguier.

    Collection particulière
  • 14 novembre 1823, transaction concernant le droit de rouissage dans les douets de Tromartin à Minihy-Tréguier. Collection particulière de madame Caroff à Minihy-Tréguier.

    Collection particulière
  • 15 septembre 1910 : bail à ferme aux époux Alain Le Glas et Françoise Le Yéodet, cultivateurs à Minihy-Tréguier. Collection particulière de madame Caroff à Minihy-Tréguier.

    Collection particulière
  • Agriculture française, par MM. les inspecteurs de l'agriculture. Département des Côtes-du-Nord. Publié d'après les ordres de M. le ministre de l'agriculture et du commerce. Paris, Imprimerie royale, 1844.

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