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Ferme de Kermartin (Minihy-Tréguier)

Dossier IA22133387 inclus dans Bourg de Minihy-Tréguier réalisé en 2018

Cette seigneurie de Minihy-Tréguier possède un droit de basse et moyenne justice s’exerçant à l’auditoire des Régaires à Tréguier. Kermartin appartient à la famille homonyme depuis le 13e siècle : c’est en ces lieux que Yves Hélory a vu le jour le 17 octobre 1253. Il est le fils d'Hélory, seigneur de Kermartin et d'Azo du Quinquis (Plessis).

Yves Hélory de Kermartin (alias saint Yves)

Après de brillantes études qui le mènent à Paris et Orléans, Yves Hélory de Kermartin devient prêtre et "conseiller juridique". Il est nommé vicaire judiciaire (official) par l'évêque Alain de Bruc en 1284 : c’est-à-dire "juge ecclésiastique" du diocèse de Tréguier. Toute sa vie, il se consacra à la justice et aux pauvres (Yves Hélory prêche en latin et en breton). En 1293, Yves Hélory fait construire sur ses fonds personnels une chapelle à laquelle il confère le statut de chapellenie (domaine doté d’un patrimoine foncier indépendant). Les chapelains habitent dans une maison qui leur est dédiée : elle est surnommée la "maison des chapelains" ou "chapellenie de Saint-Yves". A la fin de sa vie, il se livrait à une forme de contemplation, il est décédé le 19 mai 1303 à Minihy.

Yves Hélory est canonisé le 19 mai 1347 par le pape Clément VI après un procès débuté en 1330 (enquête de canonisation du 28 juin au 4 août). Le 29 mai 1347 est réalisé la levée du corps du saint : sa tête – le chef - est placée dans un reliquaire et le reste des reliques mises à l’abri. Saint Yves est le saint patron des professions de justice et de droit, notamment celle d’avocat. Il est représenté avec une bourse dans une main et un parchemin dans l'autre, qui rappelle sa charge de juge ecclésiastique.

La dévolution

Les biens de Yves Hélory, célibataire et sans enfant, reviennent à son frère cadet en 1330. Jeanne Hélory de Kermartin, fille d’Olivier Hélory - arrière-arrière petit neveu de saint Yves - meurt sans descendance en 1457.

En 1535, la seigneurie de Kermartin appartient à Morice (Maurice) de Quélen, seigneur de Loguével à Locarn, marié à Françoise Bérard. Son fils, Yves de Quélen épouse Jeanne du Perrier avec qui il a trois enfants dont Vincente de Quélen qui s’unie par la suite à Jacques le Saint.

En 1610, Marie Le Saint, dite "dame de Kermartin" épouse Olivier Pavic, seigneur de Crec’h an Gouez (Crec’h an Goué), Kergaric et Kerallec. Olivier Pavic a racheté la seigneurie de Kermartin à sa belle-mère Vincente de Quélen.

Leur fille unique, Vincente Pavic s’unie en 1627 à Olivier de La Rivière, seigneur du Plessis-Hérupel, conseiller au parlement de Bretagne, chevalier de l’ordre du roi pour faits de guerre.

En 1735, Kermartin appartient à Charles-Yves Thibaud de La Rivière, comte de Mûr et de Ploeuc, marquis de Paulmy (en Touraine), seigneur du Plessis de Kermartin, maitre de camp de cavalerie, sous-lieutenant puis capitaine-lieutenant (1754) de la deuxième compagnie des mousquetaires noirs, gouverneur de Saint-Brieuc et de la Tour de Cesson, lieutenant-général.

Sa fille Marie-Louise-Julie de La Rivière épouse en 1754 Michel Louis Christophe Roch Gilbert du Motier de La Fayette, père de Marie Joseph Gilbert du Motier de La Fayette, dit "La Fayette", général et homme politique (1757-1834). C’est la femme de La Fayette, Marie-Adrienne de Noailles qui vend la seigneurie de Kermartin en 1792 à Louis de Quélen, comte Quélen, seigneur de la Ville-Chevalier et de Quistillic. Son fils, monseigneur Hyacinthe Louis de Quelen, archevêque de Paris est propriétaire de la ferme de Kermartin en 1837.

Selon les états de section du cadastre de 1835, Hyacinthe de Quelen est propriétaire de plusieurs fermes et notamment :

- l’ancien manoir de Crec’h Martin. Les parcelles sont désignées comme "chlos izelan, labour " (n° 724), "Crec’h Martin, maison, bâtiment et cour" (n° 728), "jardin" (n° 729), "pâture" (n° 728)12 ;

- "Convenant Colven" (parcelles n° 720, 721, 722 et 723), exploité par "Yves Le Goarin, veuve" désignée comme "colon" ;

- "Convenant Binen", exploité par Alain Mazeau désigné comme "colon" ;

- l’ancien manoir de Crec'h an Goué (non reconstruit à l'époque).

L’ancien manoir de Kermartin a été détruit pour "cause de vétusté" suite à un incendie pour laisser la place à un logis de la ferme construit en 1834. Un dessin de L. Joniaux représente cependant le manoir de Kermartin (ce dessin serait donc antérieur à 1834) : si la partie orientale du logis présente deux travées et une souche de cheminée octogonale, la partie occidentale apparait ruiné (lire en annexe la description du manoir de Kermartin par le Chevalier de Fréminville dans "Antiquités de la Bretagne : Côtes-du-Nord", 1837). Au premier plan, le puits. De l’ancien logis aurait été conservé, comme une relique et une preuve, un lit clos attribué à saint Yves.

La ferme de Kermartin aurait ensuite été vendue à Jules Guillerm, maire de Tréguier puis à Sylvain Le Moniès de Sagazan.

Achetée par la famille Salaün, la ferme est actuellement exploitée par Erwan Salaün, fils de Hervé (2019).

Plusieurs cartes postales représentent la maison natale [sic] de saint Yves avec, toujours au premier plan, le puits. L’une d’entre elles montre la façade principale du logis recouverte de treillage (formé de lattes en bois) destinées à maintenir des arbres fruitiers. Une carte postale montre l’intérieur du logis accueillant "un repas de moissonneur" au coin de la cheminée (série "Mœurs et coutumes bretonnes"). La dépendance orientale, à usage de logis pour un ouvrier agricole, a été transformée en musée dédié à saint Yves.

1Les parcelles n° 730 et n° 731 correspondent à une maison et à une cour appartenant à Yves Le Guen habitant Tréguier.2Selon les états de section du cadastre de 1835, les parcelles n° 725 ("jardin izelan, jardin [sic]"), n° 726 ("jardin") et n° 727 ("maison et bâtiment") situées dans le bourg appartiennent à "Lucas, la veuve" habitant Tréguier.
Destinationsmaison
Parties constituantes non étudiéeslogis, étable, remise agricole, hangar agricole, logis
Dénominationsferme
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
AdresseCommune : Minihy-Tréguier
Lieu-dit : Kermartin

Logis de ferme daté par millésime de 1834 reconstruit sur le site manorial ayant vu la naissance de Yves Hélory de Kermartin alias saint Yves. Sur la plaque située au-dessus de la porte, on peut lire : "Ici est né le 17 octobre 1253, et est mort le 19 mai 1303, / saint Yves, / Official de Tréguier, curé de Tredretz [Trédrez] et de Lohannec [Louannec], / Sa maison, qui a subsisté jusqu’en l’année 1834 / ayant été alors démolie pour cause de vétusté / Mgr Hyacinthe Louis de Quelen, Archevêque de Paris / et propriétaire du domaine de Kermartin / a fait placer cette inscription afin qu’un lieu sanctifié / par la présence d’un si grand serviteur de dieu / ne demeurât pas inconnu / 1837. "

En avril 1907, la ferme de Kermartin a subi un incendie qui se serait déclaré après que la servante eut caché sa pipe sous l'édredon du luit de saint Yves.

Du manoir primitif de Kermartin ne subsiste plus que le colombier et le puits, vraisemblablement datables de la seconde moitié du 15e siècle ou du début du 16e siècle. L’entrée monumentale de la cour, composée à l'origine d’une porte piétonne et d’une porte charretière a disparu à une date inconnue.

Les dépendances de la ferme sont datables du 19e siècle. Dans la dépendance orientale a été aménagé par Louis Troadec, Bernard et Louis Prigent un "petit musée" et sanctuaire dédié à saint Yves. On peut y voir notamment un lit qui aurait appartenu à Yves Hélory de Kermartin.

Période(s)Principale : 2e quart 19e siècle , porte la date
Secondaire : 3e quart 19e siècle, 4e quart 19e siècle
Dates1834, porte la date
1837, porte la date
Auteur(s)Personnalité : Hélory de Kermartin Yves , dit(e)
Yves Hélory de Kermartin , dit(e) (17 octobre 1253 - 19 mai 1303
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personnage célèbre, commanditaire attribution par source, attribution par tradition orale

Selon les états de section du cadastre de 1835, les parcelles environnantes de la ferme de Kermartin sont désignées comme "parc dreg ar grang, labour" (n° 487), "Loguel ar Leur, labour" (n° 488), "l’aire et bâtiment" (n° 489), "maison, bâtiment et cour" (n° 490), "jardin" (n° 491), "parc dreg an ty, labour" (n° 492), "loguel an houldry, labour" (n° 493), "le colombier, bâtiment" (n° 494), "loguel an houldry, jardin [barré] labour"(n° 495), "parc ar hoat nevez, labour" (n° 496), "parc an pavé, labour" (n° 497), "an drezer, labour" (n° 498). Face à Kermartin, "ar Stanco" comprend les parcelles suivantes : "labour" (n° 659 et 660), "taillis" (n° 661).

Construit en moellon de schiste, le logis présente une élévation ordonnancée de type ternaire avec porte axiale. Il est flanqué à l’ouest d’une grange-remise à porte charretière. Les fenêtres sont en pierre de taille de granite à linteau droit. La porte, dont le linteau est millésimé, est surmontée d’une plaque en marbre blanc portant une inscription et d’une niche (abritant une petite statue de Saint-Yves).

A l’est du logis, grande dépendance (datable du milieu du 19e siècle) à usage de grange-remise (à deux poteaux en bois) se prolongeant par un logis et un espace de stockage. Dans le logis qui dispose d’une grande cheminée, a été aménagé un musée et sanctuaire dédié à saint Yves.

A l’ouest du logis, ouvrant sur la cour, longue dépendance (datable des années 1850-1870) à usage d’étable surmontée d’un grenier à fourrage accessible par une unique lucarne centrale. La maçonnerie de ce bâtiment était vraisemblablement enduite à l’origine comme le montre les pierres en saillie en entourage des ouvertures.

Au centre de la cour, puits à margelle en pierre de taille de granite surmonté de ferronnerie tenant la poulie. Les assises situées de part et d’autre de la pierre à puiser semblent être d’anciens piédroits de cheminée.

Mursgranite moellon
maçonnerie
Toitardoise
Étages1 étage carré, étage de comble
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturestoit à longs pans pignon couvert
États conservationsbon état
Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Éléments remarquableslogis

Annexes

  • Description du manoir de Kermartin par le Chevalier de Fréminville dans "Antiquités de la Bretagne : Côtes-du-Nord", 1837

    "Le manoir de Kermartin est donc bien certainement un bâtiment du treizième siècle. Il ne consiste qu’en un seul corps- de-logis dans lequel on entre par une porte en ogive, à droite de l’entrée est la chambre qu’habitait Saint Yves. On y voit encore le lit dans lequel il mourut.

    Ce lit est une couchette close, en bois de chêne et ornée de sculptures dans le style gothique. On voit d’après cet exemple que l’usage de ces lits clos si généralement répandus encore aujourd’hui dans les maisons de campagne de Bretagne, remonte à une assez haute ancienneté, et nous connaissons plusieurs autres exemples qui prouvent que dans des temps même peu éloignés de nous, la pauvre noblesse n’avait que des lits de cette sorte.

    Le lit de Saint Yves, outre les dégradations qui sont l’œuvre du temps, en éprouve journellement d’autres de la part des personnes pieuses, qui de tous les points de la Bretagne viennent comme en pèlerinage pour le visiter, et ne manquent pas d’en couper et d’en emporter un petit morceau, considéré comme une relique précieuse.

    Les fenêtres qui éclairent la chambre sont garnies extérieurement de fortes grilles en ter. Au-dessus est une autre chambre éclairée par deux grandes fenêtres à croisées de pierre. A gauche de l’entrée est la grande salle ou salle d’honneur, son toit et son plafond sont depuis longtemps écroulés, cette salle a aussi deux grandes fenêtres à croisées en pierre".

  • Kermartin dans l'armorial breton de Guy Le Borgne (1667)

    "Kermartin près Lantréguier dont estoit issu ce grand Saint Yves parfait miroir et illustre modelle des ecclésiastiques, père et avocat des pauvres vesves et orphelins, patron universel de cette province et principalement de l’évesché de Tréguier, qui pour sa grande sainteté de vie et de zèle extraordinaire envers Dieu, a mérité d’estre inscript au catalogue des saints par le pape Clément IX le 19 de may 1347. Cette maison portoit en armes d’or à la croix engreslée de sable, cantonnée de quatre alérions de mesme, et pour devise à tout dix, qui estant fort énigmatique et désireux de la rendre la plus conforme qu’il m’est possible à l’inclination naturelle des seigneurs de cette maison, que l’on tient communément de père en fils avoir esté en la haute piété et dévotion, se doit à mon sens expliquer, que pour parvenir à la gloire des bien-heureux dans le Ciel, il convient à tout fidèlle chrestien de garder et observer les dix commandemens de Dieu."

Références documentaires

Documents d'archives
  • Seigneurie de Kermartin - titres : actes de vente, aveux, impunissements. Paroisse du Minihy-Tréguier, famille de Quelen.

    Séquentiel : 229.

    Cote : 2 G 247.

    Dates : 1548-1735.

    Nombre éléments : 9 pièces.

    Métrage conservé : 0,04.

    Ancienne cote 1 : G art. 227.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 2 G 247

Liens web