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Forts et enceintes, 1815-1870

Dossier IA56132130 réalisé en 2017
Aires d'études Bretagne
Dénominations fort, enceinte, fortification d'agglomération, ceinture de forts
Période(s) Principale : 19e siècle
Auteur(s) Auteur : Génie

En Bretagne, les ouvrages construits entre les années 1830 et la fin des années 1860 - ouvrages de côtes exclus - sont peu nombreux, mais constituent un échantillon assez représentatif (auquel il ne manque que les forts de montagne) :

- enceintes ou portions d'enceinte : Brest, Lanester, Le Palais ;

- places anciennes voire châteaux conservés et améliorés ; Saint-Malo, Concarneau, citadelle de Belle-Île ;

- forts servant de réduits insulaires ou faisant partie d'une ligne fortifiée : fort du Guelmeur à Brest, fort de Quélern à Roscanvel, fort Surville à Groix, fort de Penthièvre à Saint-Pierre-Quiberon, forts de Houat et d'Hoedic.

Les fortifications terrestres construites en France pendant le Premier 19e siècle sont marquées par les idées nouvelles introduites dans l'architecture militaire depuis la fin du 18e siècle, sans sortir toutefois du paradigme de la fortification classique bastionnée dont le Comité des fortifications est le garant. Derrière un conservatisme apparent des formes, se dessine une architecture de transition influencée par l’œuvre de penseurs et de praticiens du tournant des 18e et 19e siècles - Montalembert, Le Michaud d'Arçon, Carnot, Marescot, Bousmard, Choumara, Chasseloup-Laubat, Haxo, Noizet, etc. -, qui annonce l'adoption définitive du tracé polygonal après la guerre de 1870.

Bien que chaque ouvrage tire sa forme de son adaptation à la topologie locale, il est toutefois possible de mettre en évidence des caractéristiques communes.

Le tracé reste bastionné, mais simplifié : plus de dehors, sauf quelques tenailles terrassées et places d'armes de gorge. Les escarpes sont revêtues en maçonnerie, tandis que les contrescarpes sont bien souvent laissées en roc apparent. Ce qui est caractéristique est la dissociation entre les parties dévouées à l'action lointaine et celles liées au flanquement immédiat de l'ouvrage. Ainsi, les crêtes d'artillerie ne suivent plus forcément le tracé des escarpes (Choumara). L'artillerie est placée sur d'imposants massifs terrassés, formant parfois des cavaliers dans l'intérieur des ouvrages, dont les crêtes sont orientées en fonction de la direction à battre et selon des schémas pouvant être assez complexes. De fait, ce sont d'authentiques ouvrages polygonaux qui sont imbriqués dans des enceintes bastionnées.

Le défilement est le maître-mot. L'invention du plan à courbes de niveau à la fin du 18e siècle donne la possibilité aux ingénieurs militaires de le régler avec une précision inédite. Les projets d'ouvrages sont accompagnés d'échelles de défilement qui déterminent le tracé à donner aux parapets et à d'éventuelles traverses. A une certaine distance d'un ouvrage ses parties maçonnées sont ainsi soustraites aux vues - et donc aux coups - de l'artillerie ennemie. Les parties exposées sont constituées d'épais terrassements. Les crêtes principales sont organisées à la fois pour l'infanterie et l'artillerie au moyen de banquettes facilement transformables en plates-formes.

Le flanquement repose sur l'artillerie légère, complétée par des feux d'infanterie, dont l'efficacité a bénéficié des progrès intervenus dans le domaine des armes individuelles depuis la fin du 18e siècle. Les murs crénelés, les parapets d'infanterie à bahut, les mâchicoulis (créneaux de pied) se multiplient dans les ouvrages, à ciel ouvert ou sous casemates. Lorsqu'ils sont dépossédés des crêtes d'action lointaine, les bastions deviennent des organes dédiés au flanquement seul. Les bastionnets des petits ouvrages, parfois casematés, tendent à devenir des proto-caponnières annonçant la systématisation du flanquement en fond de fossé après 1870. Dans les places anciennes conservées sans volonté de résistance durable face à l'artillerie - surtout sur les frontières maritimes et en montagne où le déploiement de l'artillerie lourde est moins à craindre - , seuls les organes d'infanterie en maçonnerie sont mis en œuvre, d'où parfois confusion avec des formes plus anciennes de la fortification (Concarneau).

Forts et enceintes sont dotés de casernements à l'épreuve de la bombe. L'extrapolation du modèle de la lunette à réduit de gorge de Le Michaud d'Arçon aboutit au type caractéristique du petit fort trapézoïdal à caserne-réduit de gorge : fort du Guelmeur et forts de la rive gauche de la Penfeld à Brest (projets), fort de Caudan (projets), Groix, Houat, Hoedic.

Les conceptions originales individuelles des officiers des directions et des chefferies locales du génie sont tempérées par l'importance action normalisatrice du Comité des fortifications, en amont des projets par la mise au point de plans-types (casernes type 1843-1845, magasins à poudre type 1848), et en aval à l'occasion de ses avis.

Références documentaires

Bibliographie
  • DELAIR (P. E.), Histoire de la Fortification jusqu'en 1870, Thionville, éditeur Gérard Klopp, 2003, 188 p.

  • DELMAS, Jean, L'organisation défensive du territoire, In Histoire militaire de la France, t. 2, de 1715 à 1871, Paris, Presses universitaires de France, 1992, pages 471-481.

  • ROCOLLE (P.), 2000 ans de fortification française, Paris, Charles Lavauzelle, 1973, 2 vol., 365 p. et 262 p.

  • TRUTTMANN, Philippe (Colonel), Les derniers châteaux forts, les prolongements de la fortification médiévale en France 1634-1914 , Thionville, Klopp, 1993, 253 p. ISBN 2-906535-75-3.

  • TRUTTMANN, Philippe (Colonel), La barrière de fer, Thionville, Klopp, 2001, 500 p.

  • PROST (P.), Les forteresses de l´Empire Fortifications, villes de guerre et arsenaux napoléoniens, Paris, édition du Moniteur, 1991.

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