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Habitat rural et littoral, le Chef-de-l'Isle ; Grande Rue (Saint-Jacut-de-la-Mer)

Dossier IA22010576 réalisé en 2008

Fiche

Descriptif de l'habitat d'une famille de marin-pêcheur par Jean-Baptiste Lemoine

Sources orales : Jean-Baptiste Lemoine, 1994. Extrait du texte transcrit ce témoignage oral, publié dans la revue communale en 1994.

Jean-Baptiste Lemoine est né en 1901, rue de la Noé à Saint-Jacut. A l'âge de six ans, ses parents s'installent dans le quartier des "Ecluses", au lieu dit 'les Courtipeaux', dans une maison neuve construite par la famille Blanchet.

Cette maison, petite mais très confortable pour l'époque, était composée d'une grande pièce dans 'l'embas', d'un grand grenier au-dessus et d'une étable. Le reste de l'étable servait de débarras pour la remise des outils de jardin et de pêche. Les lapins étaient dans un coffre breton, appelé la 'mê' en gallo. Derrière l'étable se situait la cabane à 'boëtte' (appât). Dans la cour, les voisins utilisaient le même puits. La 'place' n'était pas en terre battue mais elle était revêtue d'un beau ciment lissé, rare à l'époque. Elle était joliment meublée de trois lits de coin en merisier, garnis de beaux rideaux blancs, frangés de dentelle, garnis d'une paillasse en balle de blé, d'une couette en plumes d'oie, d'un édredon en duvet. Une armoire en bois de cerisier, ainsi qu'une table de toilette, avec sa cuvette, son broc en dessous et sa glace en bambou des tropiques au-dessus, formaient un bel ensemble. Une grande table de milieu, à l'ancienne, cirée, avec son banc de chaque côté, complétait le tout. Elle était garnie de deux 'caissons' sur le devant, un pour le pain, l'autre pour les couverts. Le garde-manger était accroché au mur, derrière l'escalier pour l'hiver et derrière la maison, au frais, à l'abri du soleil, en été. Derrière l'armoire, il y avait deux seaux à eau : un pour la cuisine, l'autre pour la toilette, avec une louche dans l'un. Une petite table isolée, pour les besoins personnels de ma mère et de mes soeurs, était placée sous l'escalier, ainsi que le charnier à lard du cochon, à côté de celui à maquereaux et à raies. Au plafond était suspendu le panier à saucisses fumées, posées sur un lit de paille, et, dans un coin, une autre petite table servait à la vaisselle.

A la fenêtre pendaient le calendrier des marées du "Capitaine Pérette" de Saint-Briac, ainsi que celui des Postes. Au mur, le rouet pour les lignes en crin de cheval, noir ou blanc, pour la pêche au maquereau, au lieu et les lignes huilées à turlutte des Terre-neuvas. On montait au grenier par un bel escalier de chêne soigneusement ciré. Dans ce grenier, on y mettait les fagots et du gros bois de même essence, "dérompu" par mon père aux "journées d'anortie" ou par Pierre Dansi, journalier terreneuvas. La provision de pommes de terre était ramassée dans un "jour" de terre à 'Conin' et mise à l'abri dans un coin du grenier. Les lignes de pêche, dites "cordes" étaient pendues sur de gros clous dans la charpente, ainsi que les paniers neufs. Le linge sale, en attendant la "buée", était étendue à sécher sur le plancher et un trou dans le plancher avait été fait pour y pendre le cochon, au 'pantoué' (à une échelle). La maison comme toutes celles de Saint-Jacut, était tournée 'cap au Sud' en plein soleil. Mon père 'Petit Jean' était patron pêcheur.

Parties constituantes non étudiéesmaison, demeure
Dénominationsdemeure
Aire d'étude et cantonCommunes littorales des Côtes-d'Armor - Ploubalay
AdresseCommune : Saint-Jacut-de-la-Mer
Lieu-dit : le Chef-de-l'Isle la Grande Rue

L'habitat littoral de Saint-Jacut est regroupé autour de la rue principale, appelée 'Grande Rue'. Celle-ci représente l'artère centrale, longue de 3 km, qui rejoint l'abbaye et traverse le bourg de Saint-Jacut, du Biord (de la Croix du Sillon) au Chef de l'Isle (Chemin de grande communication n° 26). Les premières maisons jaguines ont été construites aux abords de l'abbaye, pour loger les gens au service des moines. Elles ont favorisé le développement urbain de Saint-Jacut autour de la 'Grande Rue', dans le prolongement de l'abbaye. En effet, les plus anciennes maisons de St-Jacut sont antérieures à la Révolution. Leur architecture a peu évolué jusqu'au 19ème siècle, où elles ont gagné un étage avec gerbières. La couverture de "glé" (paille de seigle servant à couvrir les toits) a été remplacée par une toiture en ardoise. L'ancien cadastre napoléonien montre bien ces rangées serrées les unes aux autres, en parallèleFig. 1 et 2). Aux alentours des années 1930, selon les sources orales, il n'y avait pratiquement pas de constructions ailleurs que de part et d'autre de la "Grande Rue". Le bourg de Saint-Jacut était composé d'une succession de 'rangées' de maisons, comportant un seul étage carré, sous combles ou étage en surcroît. Ces maisons étaient adossées au Nord, par où arrivent les vents dominants. Les ouvertures des façades étaient orientées au Sud. Ces rangées se terminaient à l'Ouest par des impasses pour arrêter le vent. L'habitat ne comportait pas de mur de séparation dans une même rangée, mais disposaient d'un réseau de ruelles entourées de murs, pour passer d'une rangée à l'autre. Elles se partageaient le puits ou la fontaine, situés dans la cour commune .Les murets en pierres sèches (granite, grès ou schiste) étaient d'une hauteur de 150 cm. Des jardins enclos séparaient parfois les rangées. On peut encore aujourd'hui constater cette disposition traditionnelle de l'habitat jaguen. Pendant la saison de pêche, les pêcheurs mettaient les raies à sécher aux façades de leur maison, en les accrochant avec des chevilles en bois ou mieux avec des os. La plupart des maisons comportaient une étable et une soue à porcs en pignon. Le Chef de l'Isle avec la pointe du Chevet représentaient la partie extrême de la presqu'île de Saint-Jacut. Les deux maisons jumelles construites en 1933, furent détruites pendant la guerre et leur emplacement classé en zone inconstructible. Limité à l'Ouest par la vallée de l'Arguenon, le village s'est étendu à l'Est vers le Châtelet et la baie de Beaussais. Une des premières villas de ce secteur fut la celle appelée "les Freiches", habitée par l'auteur dramatique Jean Richepin, élu à l'Académie française en 1908. L'ancienne maison traditionnelle de Pierre Aubin, dernier marin pêcheur de Saint-Jacut (qui en était le locataire), dite "maison Botrel", rue des Sciaux, fut achetée en 1999 par la commune de Saint-Jacut pour en faire un écomusée. Cette modeste maison ne dispose pas de cour et est constituée d'une pièce unique au rez-de-chaussée, avec un seul étage carré sous combles. Autrefois, les lançons et les anguilles étaient suspendus dans la cheminée pour être fumés. Les apparaux de pêche étaient mis à l'abri au grenier. On pouvait constater au niveau des ouvertures, une petite fenêtre et une porte d'entrée, laquelle pouvait être divisée entre deux battants. Les murs étaient recouverts de mortier, passés ensuite à la chaux. Jadis, on allait puiser l'eau à la fontaine voisine. Le sol en terre battue, fut recouvert plus tard d'une dalle cimentée. La rue des Sciaux représentait au 19ème siècle l'ancien chemin de passage et l'unique voie de communication entre la baie de Lancieux et la baie de l'Arguenon, en passant par la grève. L'étymologie de cette rue a pour origine le mot 'sceau', 'sceau de justice', associé à la Pointe de la Justice, tertre situé à proximité de cette rue, où était rendue autrefois, sous l'ancien régime, la justice. A la fin du 19ème siècle, les seule voie empierrées étaient la rue des Sciaux et la Grande Rue.

Période(s)Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Principale : 20e siècle
Techniquesmaçonnerie

L'habitat groupé autour de la Grande Rue est original. Il mérite une attention particulière, éventuellement d'être préservé par une mesure du type ZPPAUP.

Statut de la propriétépropriété privée
propriété de la commune
Intérêt de l'œuvreà étudier

Annexes

  • 20082206761NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 num 1/16, Numplan 1.

    20082206760NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 num 1/16, Numplan 1.

    20082206496NUCB : Collection particulière

    20082206686NUCB : Collection particulière

    20082206495NUCB : Collection particulière

    20082206497NUCB : Collection particulière

    20082206498NUCB : Collection particulière

    20082206494NUCB : Collection particulière

    20082206065NUCB : Collection particulière

    20082206518NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Bibliographie
  • DEPAGNE, Pierre. Inventaire d'une maison en 1786, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, décembre 1999, n°36.

    p. 10