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L'architecture de l'enseignement à Rennes

Dossier IA35022537 réalisé en 1998

Fiche

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CORPUS

Dans le cadre du recensement hors du secteur sauvegardé, 96 établissements d´enseignement ont fait l´objet d´un dossier.

Enseignement supérieur : 7 établissements universitaires, 5 écoles supérieures, 2 écoles normales. Voir également cités universitaires : 8

Enseignement du Second Degré : 8 collèges et lycées, 14 pensionnats, 7 écoles techniques.

Enseignement du Premier Degré : 27 écoles primaires (13 publiques et 14 privées), 22 groupes scolaires.

HISTORIQUE

Selon Guillotin de Corson, la fondation de la première école de la ville est attestée en 1035, date à laquelle Guérin, évêque de Rennes, établit un maître d´école auquel il fait dont d´un hôtel, rue des Dames. La maison d´école, située rue de la Monnaie, est toujours mentionnée à cet emplacement en 1492. La communauté de ville fait reconstruire un nouvel édifice, en 1494, à quelques mètres de l´ancienne chapelle Saint-Martin (emplacement actuel de l´ancienne école d´artillerie) et passe un contrat, l´année suivante, avec deux prêtres, dits recteurs, qui dirigent l´établissement formé des grandes et des petites écoles.

La création du premier collège de Rennes, en 1536, est également le résultat d´une volonté municipale. Installé dans l´ancien hôpital Saint-Thomas, il sera placé sous l'autorité des Jésuites, à partir de 1604.

Au 17e siècle et au début du 18e siècle, plusieurs écoles sont ouvertes par des religieuses dans la ville et ses faubourgs : celle des Grandes Ursulines, rue du Pré-Botté, en 1615, celle des Petites Ursulines, rue d´Antrain, en 1677, celle des Filles de la Vierge ou Dames Budes, rue Toussaints, en 1678, enfin la maison du Bon-Pasteur, faubourg de Paris, en 1721 et celle des Filles de la Sagesse, faubourg de Brest, en 1724. Une école charitable est également attestée rue Haute, dans le faubourg de Saint-Malo, en 1714. G. Huet indique que les frères de l'Ecole Chrétienne, établis à Rennes en 1680, sont autorisés à enseigner par lettres patentes de 1742. Ceux-ci résident alors rue Haute (actuelle rue Saint-Malo), dans une maison acquise en 1747. L'auteur mentionne une école ouverte au Champ-Dolent, en 1755, dans la ville basse. On peut observer que ces écoles sont nombreuses dans la ville basse et dans les faubourgs, alors qu´une seule école est attestée dans la ville haute.

A ces établissements s´ajoutent le grand séminaire, fondé en 1662 rue Saint-Louis, le petit séminaire, dont l'installation dans le faubourg Saint-Hélier est autorisée en 1708, et deux maisons d´éducation, ouvertes pour accueillir les enfants de la noblesse, l´hôtel des Gentilshommes, dans la ville basse (rue Saint-Thomas), et l´hôtel des Demoiselles, faubourg d'Antrain, en 1746 et 1778. Si l'hôtel des Gentilshommes est un pensionnat dans lequel sont logés les garçons qui suivent un enseignement au collège voisin, l'hôtel des Demoiselles, comme les écoles alors destinées au filles, assure un logement ainsi qu'un enseignement scolaire et religieux. Ces deux établissements préfigurent les deux types d'institutions privées qui seront ouvertes à Rennes, durant le 19e siècle : les pensionnats et les édifices combinant les fonctions d'enseignement et d'hébergement.

Le grand séminaire constitue, comme le collège des Jésuites, un modèle pour l'architecture de l'enseignement, qui se distingue de l'établissement conventuel ; on remarquera l'absence de cloître. L'hôtel des Gentilshommes présente le prototype rennais du pensionnat, sur le modèle de l'hôtel entre cour et jardin.

L'actuel lycée Emile-Zola, reconstruit au 19e siècle, occupe l'emplacement du collège des Jésuites dont seule subsiste la chapelle devenue église paroissiale Toussaints. L´institution de l´Adoration, rue d'Antrain (ancien hôtel des Demoiselles), est aujourd'hui le seul établissement qui témoigne de l´architecture de l´enseignement antérieure à la Révolution ; l´ancien grand séminaire, l'ancienne clinique de la Sagesse, quai d'Ille-et-Rance, et la clinique aménagée dans l'ancien couvent des Dames Budes, rue Saint-Hélier, bien que conservés, ont changé de destination, tous trois convertis en établissements hospitaliers. C'est également le cas du couvent d'Hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, établi à Saint-Laurent au milieu du 19e siècle.

Après la Révolution, la loi Guizot (1833) oblige les communes à entretenir des écoles publiques, suivant les circulaires ministérielles de 1858 et 1870 qui précisent les conditions à remplir pour leur construction ou leur aménagement (annexe). Dès 1809 cependant, selon G. Huet, la municipalité décide d'ouvrir plusieurs écoles publiques dans lesquelles elle confie l'enseignement aux Frères de l´Ecole Chrétienne. L'école de la rue d´Echange, où logent les religieux, est ouverte en 1818, dans l'ancien presbytère de Saint-Etienne. Dans la ville basse, une école est construite en 1827, sur les terrains de l'ancien couvent de Carmes, à l'emplacement de l'actuel groupe scolaire Liberté. Une école est également ouverte rue Saint-Melaine, en 1839. Ces établissements sont encore localisés dans la ville basse et dans les faubourgs.

Parallèlement à ces initiatives publiques, les communautés religieuses qui réapparaissent autour de 1820 ouvrent plusieurs écoles dans la ville. De nombreux pensionnats ouvrent leurs portes, au milieu du 19e siècle (la pension Brécha (futur collège Saint-Vincent et actuel lycée Jean-Macé), faubourg de Fougères, la pension David (future institution Notre-Dame du Thabor et actuel collège et lycée Anne-de-Bretagne), rue Martenot, le pensionnat de la Providence, rue de Paris, celui de Saint-Martin, rue d´Antrain, celui du Vieux-Cours, boulevard de la Liberté, Sainte-Geneviève, rue de Nantes, enfin celui de La-Tour-d'Auvergne, sur le boulevard du même nom. Tous ces établissements, qui sont d'abord des pensionnats avant de devenir des établissements d'enseignement, sont créés dans la périphérie de la ville où ils sont parfois entourés de vastes jardins. La pension Brécha (actuel lycée Jean-Macé), construite à l´initiative de l´évêque, se présente initialement comme une vaste demeure de villégiature, alors que la pension David, construite sur une parcelle profonde mais plus petite reprend le modèle du petit hôtel, avant sa reconstruction vers 1880. Les pensionnats présentent le plus souvent comme le grand séminaire, un plan allongé et plusieurs étages carrés destinés à loger les écoliers. S'ils constituent parfois des extensions des couvents implantés dans les faubourgs (la Providence), ces établissements s´agrandissent ensuite pour devenir des lieux d´enseignement. On peut observer le recours au style néogothique, pour la chapelle comme pour le décor généralement sobre du pensionnat, dans les années 1870, soit un peu après son emploi dans les couvents. On signalera tout particulièrement la chapelle de l'institution Saint-Martin (1872), dessinée par le chanoine Brune.

En 1881, la municipalité Le Bastard expulse les religieux des écoles dans lesquelles ils assurent un enseignement et s'engage, dès 1875, dans la construction de nouveaux locaux, sur des plans types établis par l'architecte communal Jean-Baptiste Martenot. Ces écoles primaires de filles et de garçons regroupent une maison d'école, abritant les salles de classe sur trois niveaux et un bâtiment destiné au logement des chefs d'établissement et des enseignants. Les écoles du boulevard de la Duchesse-Anne et du contour Saint-Aubin témoignent du prototype réalisé boulevard La-Tour-d'Auvergne, en 1875, et aujourd'hui remplacé par un nouvel établissement. L'école de la rue Papu préfigure les groupes scolaires en abritant dans des locaux mitoyens mais séparés écoles primaires de filles et de garçons. Contrairement au lycée, emblème d´une ville d´enseignement, les écoles primaires sont d´abord réalisées sur un plan type quel que soit leur emplacement.

C'est en effet l'architecte communal Jean-Baptiste Martenot qui dessine les plans du lycée de la ville (actuel lycée Emile-Zola), construit entre 1859 et 1889. On remarquera ici l'influence de l'architecture conventuelle et la présence de la chapelle, de style néo-renaissance.

A partir de 1896, à la suite de Jean-Baptiste Martenot, l'architecte communal Emmanuel Le Ray produira les plans des écoles construites jusqu'en 1932, pour desservir les nouveaux quartiers de la ville (groupe scolaire de la rue Quineleu, groupe scolaire Carle-Bahon rue de Vern, école primaire de la rue Ginguené). Ceux-ci se distinguent au contraire par leur diversité, chacune étant adaptée à un parcellaire et à un paysage urbain différent. Conçues suivant une esthétique proche de l´habitation, dont J.-M. Laloy propose un modèle pour le département d´Ille-et-Vilaine, elles associent les volumes juxtaposés des logements des enseignants et des salles de classe. Le groupe scolaire du boulevard de la Liberté, au centre de la ville, se signale par une conception rationaliste cependant emprunte de monumentalité alors que celui de la rue de Vern atteste de la capacité de l'architecte à concevoir des formes intégrées au paysage urbain.

Dans ses mémoires, le maire Jean Janvier indique qu´à la veille de la guerre de 1914-1918, il existe à Rennes deux lycées, huit écoles primaires et quatre écoles maternelles. Celle de la rue Papu servira de modèles aux rénovations effectuées rue de Saint-Malo, de Saint-Hélier et boulevard La-Tour-d´Auvergne. En effet, après 1904, l´acquisition par la municipalité des deux établissements privés les plus prestigieux (Saint-Vincent et Notre-Dame du Thabor) marque le début d´une politique active de rénovation et de construction, sur les plans de l´architecte communal Emmanuel Le Ray. Sous l´impulsion du maire Jean Janvier, ces établissements sont dotés de stades et de terrains de jeux.

Prenant la suite d´Emmanuel Le Ray avec lequel il travaille en collaboration depuis quelques années, Yves Lemoine dessine les plans des écoles municipales, celle de la rue Pierre-Legrand (détruite), ouverte en 1938, et celle du boulevard Oscar-Leroux, ouverte en 1954, symbole d'une politique militante exprimée par le maire de la ville dans son discours inaugural (annexe). Toutes deux se signalent par des qualités architecturales manifestes suivant une esthétique très dépouillée qui souscrit à une démarche rationaliste.

Après la séparation des Eglises et de l'Etat, la construction d'établissements privés est importante. Le nouveau collège Saint-Vincent est le seul à rivaliser avec les constructions monumentales publiques, jusqu'à la guerre de 1914-1918. Entre les deux guerres, la construction des établissements privés est plus importante. Ecoles et pensionnats s´élèvent dans les nouveaux quartiers de la ville, dont ils forment bientôt les points de repère, par leur fonction comme par leur dimension monumentale. Jeanne-d'Arc, Sainte-Thérèse et l'Assomption constituent des édifices majeurs de l'enseignement ; ces vastes établissements modernes sont construits par des architectes parisiens, malouin et rennais.

Durant cette période, on citera la construction de deux cités universitaires, sur les plans de l'architecte Gallacier.

Après la Seconde Guerre mondiale, comme l'indique le bilan dressé par l'inspecteur général des services administratifs G. Jaffray, en 1963, la reconstruction des édifices détruits s'accompagne de la création de nouvelles écoles qui répond à une croissance exceptionnelle des effectifs. L'ampleur des besoins implique une économie des coûts de construction, qui se traduit par la définition de plans types à partir d'une trame élémentaire de 1,75 m, autorisant la préfabrication. En France, 75000 classes nouvelles sont construites entre 1953 et 1961, en application des deux premiers plans scolaires. Entre 1960 et 1970, la stabilisation des effectifs permet de ralentir le rythme des constructions nouvelles pour privilégier la rénovation des écoles vétustes, en particulier celles qui subsistent en milieu rural. L'auteur souligne également l'augmentation des effectifs des écoles maternelles due à la croissance du travail féminin.

Cette politique active est particulièrement suivie à Rennes comme le montre l'allocution du maire de 1954 (annexe). De nouveaux groupes scolaires seront construits sur un modèle type dessiné par l´architecte communal Yves Le Moine, pour équiper les quartiers de la périphérie, à l'exemple de celui de la route de Lorient, mais surtout des ZUP de la périphérie où chaque îlot ou « quartier » est équipé d´une école maternelle et d´une école primaire. Ces établissements se caractérisent alors par des bâtiments éclatés en coeur de parcelle, en rez-de-chaussée pour les classes maternelles, à un étage pour les primaires, contrairement aux écoles de l´entre-deux-guerres dessinées par E. Le Ray, qui étaient systématiquement construites à l´aplomb de la voie et dont les façades contribuaient à stabiliser la rue.

Le constat de l'inspecteur général de l'organisation scolaire Jean Binon, publié en 1963, indique qu'on ne dispose pas de bilan sur l'état des bâtiments scolaires du second degré à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Sur 900 établissements recensés à l'échelle nationale, 20% à peine ont été construits à cet usage. Ces collèges et lycées sont le plus souvent aménagés dans d'anciennes casernes, habitations, locaux administratifs, couvents. Aucun lycée n'a été construit entre 1910 et 1936, en dehors de la région parisienne. C'est le cas à Rennes qui dispose de deux lycées, l'ancien lycée impérial et le lycée de jeunes filles aménagé dans l'ancienne institution du Thabor.

En 1945, les orientations sont toujours fixées par la loi de 1902 mais des tentatives de renouvellement de la pédagogie apparaissent durant les années cinquante, aboutissant aux décrets de 1959 et aux mesures de 1962 qui obligent à concevoir de nouveaux espaces. Entre 1950 et 1955, la construction de nouveaux établissements scolaires se heurte à de nombreuses difficultés. On assiste à l'extension d'établissements existants et à la création d'établissements polyvalents, dits cités scolaires qui constituent des ensembles démesurés, à l'exemple du lycée Bréquigny. On cherche alors à développer des unités spécialisées géographiquement dispersées mais organiquement articulées. La mise au point de programmes types répondant à des besoins présumés se traduit par la construction de bâtiments stéréotypés ; l'utilisation systématique d'ossature en béton armé produit une forme elle-même récurrente, la barre. Cassant les formes du lycée traditionnel fermé sur lui-même, les architectes conçoivent des corps de bâtiment isolés de 3 à 5 niveaux, qui posent un problème d'adéquation avec l'esprit de la réforme basé sur les notions d'observation, d'orientation et de contact avec des petits groupes d'élèves.

Dans ses mémoires, H. Fréville indique que l'architecture scolaire est soumise aux impératifs de la préfabrication. En 1953, la ville compte 30 classes en matériau dur, dont 8 remplacent des classes temporaires vétustes, 5 classes de type Isotherm et 16 classes mobiles de type Bruneau.

Au contraire des établissements publics qui se spécialisent après la guerre, les institutions privées s'agrandissent ou s'associent pour offrir tous les degrés de l'enseignement depuis la maternelle jusqu'au second degré (Saint-Vincent, Adoration, Sainte-Thérèse, Vieux-Cours).

Les écoles techniques

La construction d'établissements destinés à l'enseignement technique débute avec la construction de l'école d'agriculture (1893) qui succède aux fermes-écoles du 19e siècle (notamment la ferme école des Troix-Croix, route de Saint-Malo). L'édifice conçu par l'architecte Jean-Marie Laloy est une des réalisations architecturales les plus abouties dans ce domaine, avec l'école pratique d´industrie (1898), construite sur les plans de l'architecte communal Emmanuel Le Ray. L'une et l'autre sont remarquablement intégrées à leur environnement par leur typologie et leur style. A la blancheur et à la légèreté de l'école-château, qui se dresse au bord d'une route de campagne, s'oppose l'esthétique plus contrastée de l'école-usine, qui s'élève dans un quartier ouvrier de la ville.

Les écoles supérieures et les établissements universitaires

La tradition universitaire de la ville de Rennes remonte au 18e siècle mais le 19e siècle est celui de la création de nombreuses facultés : l´école de médecine (1803), la faculté de Droit (1806), de Lettres (1839) et de Sciences (1840), qui se traduit par la construction du palais universitaire (1847), sur les plans de l'architecte Vincent Boullée. L'édifice abrite également à l'origine l´école des Beaux-Arts et le musée de la ville. En 1888, un édifice destiné à la faculté des Sciences est construit sur les plans de l´architecte communal Jean-Baptiste Martenot. Les deux établissements constituent alors un pôle universitaire situé en marge du centre de la ville mais dans la perspective des quais.

L'école de médecine fait l'objet de plusieurs projets dans les années 1820, avant la construction d'un amphithéâtre (1870) dans les prairies Saint-Georges, remplacé par la nouvelle école de médecine et de pharmacie, construite entre 1900 et 1921 sur les plans de l'architecte communal Emmanuel Le Ray. Elle se signale encore une fois par l´ingéniosité de son plan et de sa volumétrie qui entretiennent des relations différentes avec le paysage urbain : la façade sur la rue Dupont-des-Loges en retrait d´une cour et celle alignée sur le boulevard René-Laënnec.

On signalera encore les deux écoles normales qui s'élèvent ici aussi à la périphérie de la ville sur un modèle périurbain, en retrait de la voie, plus important route de Saint-Malo (Béziers-La Fosse) que boulevard de la Duchesse-Anne (J.-M. Laloy, 1882).

Après 1904, les facultés sont installées dans des locaux acquis par la ville. En 1910, les facultés de Droit et de Lettres occupent l´ancien séminaire (Labrouste, 1855) et l´école des Beaux-Arts, logée dans les combles du palais du commerce, est transférée dans l´ancien couvent de la Visitation, rue Hoche, qui abrite également le conservatoire de musique.

La construction de nouveaux établissements universitaires ne reprend qu'à la veille de la Seconde Guerre mondiale avec l´institut de géologie (Y. Le Moine, 1939), sur un terrain exigu prélevé sur les jardins de l'ancien évêché, rue du Thabor. Exemple unique durant cette période, il s'inscrit parmi les exemples les plus remarquables des édifices d´enseignement conçus par l´architecte.

Après la Seconde Guerre mondiale, la construction de nouveaux locaux s'inscrit dans la rénovation du patrimoine universitaire qui débute en 1957. Comme l'indique le texte publié en 1963 par G. Rabaté, le IVe plan prévoit, en 1961, un programme de constructions destiné à accueillir les 500 000 étudiants prévus en 1970, soit le double de l'effectif de 1960. Les chantiers sont ouverts dans les villes universitaires, comme c'est le cas de Rennes, et dans les sièges d´académie, afin de favoriser la promotion sociale. En 1962 et 1963, 70 opérations sont programmées (39 nouvelles et 31 extensions), dont les 3/4 pour l'enseignement scientifique et 1/4 seulement pour les facultés de Lettres et de Droit. La question des emprises nécessaires à la construction des universités est déterminante pour leur emplacement dans les villes. Selon le programme de 1961, les facultés de Lettres, de Droit et de Médecine peuvent être construites sur une superficie d'une dizaine d'hectares mais pour l'enseignement scientifique regroupant plusieurs écoles, bibliothèques, restaurants universitaires, cités universitaires et installations sportives établis dans des campus, elles peuvent atteindre 100 hectares. A Rennes, l'emprise de la faculté de Droit, construite près du centre de la ville, est de 6000 m2 ; le campus universitaire de Villejean, regroupant l'université de Sciences Humaines, la faculté de Médecine et l'école nationale de la Santé Publique se voit attribuer une superficie de 42 hectares prélevée sur la ZUP aménagée à la périphérie de la ville. A l'est de la ville, le campus universitaire de Beaulieu (1963) est beaucoup plus étendu que celui de Villejean. Ces deux campus universitaires restent à étudier.

L'ancien séminaire, construit sur les plans de l'architecte Labrouste, accueille actuellement la faculté de Sciences économiques et sociales. La faculté de Droit, inaugurée en 1963, est l'un des premiers établissements universitaires construits au lendemain de la guerre, sur un modèle en sol libre inspiré de la Cité Radieuse de Le Corbusier. Son implantation dans la ville s'inscrit dans une dynamique urbaine qui sera remise en cause par la création des campus universitaires des années soixante.

Comme le montre l'article d'Alain Bourdin, le campus universitaire se veut un modèle social, un modèle de gestion, enfin un modèle urbanistique et architectural qui fondent la communauté universitaire. S'y observent l'importance du pouvoir central (administration et bibliothèque), la présence de commerces et de services, l'importance du rapport à la nature, dont témoigne le campus universitaire de Beaulieu. En France, l'université se distingue des grandes écoles qui accueillent les élites, le campus universitaire est un modèle appauvri (absence de composition du paysage, espace absorbé par les extensions, absence de qualité architecturale) généralement rejeté à la périphérie des villes en raison des emprises nécessaires et des espaces disponibles, à l´exemple de l´université de Villejean.

Conclusion

Forte d'une tradition qui s'est d'abord manifestée par une culture universitaire, l'architecture de l'enseignement constitue une dimension importante du patrimoine architectural de la ville de Rennes. Sa contribution au corpus "monumental" de la ville s'est cependant limitée à l'enseignement supérieur après la Seconde Guerre mondiale.

Aires d'études Rennes ville
Dénominations école, campus universitaire, cité universitaire
Adresse Commune : Rennes
Période(s) Principale : 2e quart 16e siècle , (détruit)
Principale : 17e siècle , (détruit)
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle
Décompte des œuvres repérées 103
étudiées 0

Annexes

  • Extrait de l'ouvrage Jean Janvier, p. 72

    "L'école moderne doit être étudiée tout d'abord pour correspondre exactement aux besoins de l'enseignement, mais elle doit être aussi plus hygiénique, gaie, accueillante, confortable sans luxe, pourvue de tout ce qui peut la rendre pratique, saine, agréable aux écoliers et aux écolières qui la fréquentent. Au groupe scolaire du boulevard de la Liberté, divisé en deux parties bien distinctes - garçons et filles - les nombreuses classes sont vastes, hautes, bien ventilées. De larges fenêtres laissent pénétrer la lumière en abondance. Toutes les mesures d'hygiène ont été prises, tous les angles sont arrondis, chaque classe a deux portes sur le couloir. Le chauffage est partout assuré par distribution de la vapeur à basse pression à des radiateurs judicieusement placés. Les fenêtres sont pourvues de stores à lames, interceptant la lumière sans cependant gêner la ventilation. Chaque classe dispose d'une arrivée d'air frais et d'une évacuation d'air vicié. Les escaliers à volées droites sont vastes, bien éclairés ; des balustres très hautes empêchent les enfants de se pencher dans le vide. De larges couloirs assurent une circulation facile.

    En cas d´incendie au premier étage, il suffit d´ouvrir une porte pour passer de l´école de garçons dans l´école de filles et réciproquement. Il est possible de réunir plusieurs classes entre elles pour former une grande salle de réunions. Le mobilier scolaire a fait l´objet de recherches particulières. Sur l´avis de l´architecte, la commission municipale a adopté le type rationnel, breveté, de la table Brudenne, qui semble remédier aux nombreux inconvénients des vieilles tables généralement employées. Les enfants peuvent se rendre à couvert, par des galeries vitrées, aux WC, largement pourvus de chasses d´eau. Pour le cas de sinistre, des prises d´eau sont installées dans la cour. Chaque école est pourvue de parloirs, lavabos, vestiaires, cabinets pour les maîtres, cantine, cuisine, préaux couverts, cours très spacieuses, conciergerie, logement du directeur, etc. En créant ce beau groupe scolaire, le conseil municipal a non seulement fait oeuvre utile, mais il a doté la ville de Rennes d´un nouvel édifice qui, avec tant d´autres, contribue à son embellissement.".

  • Extrait du discours d'inauguration de l'école de la rue de Châtillon, 1954. In FREVILLE, Henri. Un acte de foi. Trente ans au service de la Cité, Rennes : éditions Sepes, 1977, tome 2, p. 415-416.

    "Nous avons pensé, en principe, qu'il ne nous était plus possible de concevoir en 1954, et au cours des années suivantes, l'Enseignement comme pouvant être donné dans les conditions matérielles où il se trouvait dispensé il y a 50 ans. Il nous est apparu nécessaire, en particulier, après les visites que nous avons faites récemment à l'étranger et où nous avons beaucoup appris, que les salles de classe devaient être, pour les enfants, des lieux attrayants, sains, inondés de lumière ; que des méthodes nouvelles et actives devaient pourvoir, en conséquence, y trouver un cadre parfaitement adapté aux besoins et qu'il importe au plus haut point que soient prévus aux environs immédiats des écoles, les terrains de sport et d'exercice physique où la jeunesse de notre pays pourra prendre ses ébats.

    [...]

    Tel est l'esprit qui nous anime : donner aux jeunes ce dont ils ont besoin et ce qu'ils ont le droit de nous réclamer, donner de l'air, de l'espace, de la joie aux enfants, faire en sorte que, bien constitués, sains de corps, ils soient naturellement amenés à n'avoir que des réactions également saines et un comportement raisonnable.".

  • Extrait de l'allocution de M. H. Fréville relative au démarrage du plan quinquennal scolaire, mai 1954. In FREVILLE, Henri. Un acte de foi. Trente ans au service de la Cité, Rennes : éditions Sepes, 1977, tome 2, p. 434-436.

    "La réunion de ce soir a, du point de vue scolaire, une importance de premier plan. Elle marque la fon d'une période qui fut caractérisée par le lancement de constructions scolaires particulières, isolées, fragmentaires. Désormais, nous entreprendrons plusieurs groupes scolaires à la fois de façon à répondre massivement aux besoins de locaux spacieux et convenables lesquels sont insuffisants parce que la plupart des écoles à Rennes - à part quelques exceptions - étaient mal conçues et mal agencées depuis très longtemps, et aussi parce que l'augmentation de la population rennaise se fait à un des rythmes les plus accélérés de France.

    M. Le Moine et ses confrères ont élaboré des plans et fait des études de matériaux et de prix qui seront valables pour les trois tranches suivantes.

    Les marchés que nous signons aujourd'hui [...] s'élèvent à plus de 300 millions pour les travaux essentiels et sont relatifs aux groupes scolaires de Cleunay, route de Lorient, quartier de Vern et rue de Trégain.

    [...]

    Les constructions scolaires, comme les constructions de logements, iront leur train sans désemparer parce qu'il y va de la santé des enfants comme de la prospérité et de la vie de la Cité.".

Références documentaires

Documents d'archives
  • ANDRIEUX Jean-Yves, LAURENT Catherine (éd.). Quelques souvenirs, Jean Janvier, Maire de Rennes. Rennes : P.U.R., 2000.

    p. 72
Documents figurés
  • [1820 ca]. Projet d'un amphithéâtre de médecine et de chirurgie à élever sur le bord oriental de la Vilaine, entre la route de Redon et l'hospice des Incurables. Coupe en travers sur la cour, coupe en longueur sur le bâtiment, coupe sur la largeur du vestibule, dessin (A. C. Rennes : 2 Fi 55).

Bibliographie
  • LESACHER, Alain-François, Les écoles rennaises. Joué-les-Tours : Alan Sutton éditions, 1997.

  • HUET, G. La paroisse de Toussaints de Rennes. Rennes : imprimerie Les Nouvelles, 1960.

  • FREVILLE, Henri. Un acte de foi. Trente ans au service de la Cité. Rennes : éditions Sepes, 1977.

    tome 2, p. 415-418 ; 434-436
Périodiques
  • Hygiène et confort des collectivités : constructions scolaires et universitaires, n° spécial, 1963.

  • FILATRE, Daniel. Villes moyennes et universités. Les enjeux des antennes universitaires. Espace et Société, n° 59, 1991.

    p. 119-128
  • BOURDIN, Alain. La fin des campus ? . Espace et Société, n° 59, 1991.

    p. 129-142