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L'estuaire du Trieux

Dossier IA22133419 réalisé en 2018

Louis Marie Faudacq : une aide graphique et ethnographique précieuse pour notre inventaire

Le Trieux prend sa source dans l’étang de l’ancienne abbaye de Coëtmalouen. Et se jette dans la Manche au Nord de l’Île de Bréhat. Son cours est de 72 kms, et nous vous invitons à le descendre au jusant, guidé par le souvenir de Marie-Joseph Le Guen, dernier pilote du Trieux, de Béchec, dernier passeur de Pleudaniel et de Louis-Marie Faudacq, peintre douanier à Lézardrieux en 1868. Son cours est de 72 km et il est navigable jusqu’à Pontrieux.

Louis-Marie Faudacq (1840-1916) prend son poste de receveur des douanes à Lézardrieux en mai 1868, où il restera jusqu’en 1883 avant son affectation à Tréguier. Véritable chroniqueur de la vie rurale et maritime du Trégor-Goëlo entre ces deux estuaires, son travail d’illustrateur auprès des revues "Le Yacht", créé en 1878, "l’Illustration", ou encore "La revue des Deux mondes" en font un témoin précieux des usages maritimes et agricoles de cette époque. Il représente une forme de passeur de cette culture littorale, où se transmettent des valeurs d’usages, l’appropriation des ressources de l’estran par une population paysanne, de la pêche des huîtres à la collecte du sable et du goémon, et des pratiques saisonnières de pêche à pied. Son attention précise du commerce maritime, du bornage et du cabotage, entre ces estuaires et les ports de la côte, offre un inventaire caractérisé des productions locales et des différents types de bateau, aujourd’hui disparus. Le dessin des gabarres à l’échouage témoigne des formes de ces "écraseurs de crabes", de l’architecture navale en pleine évolution du passage de la voile au vapeur.

Dans les anses naissent des ports et se développe une économie littorale

Dans les moindres criques naissent des ports aujourd’hui déchus ou reconvertis comme port d’échouage à la plaisance, de Camarel ou Goasvillinic dans le Trieux à Palamos ou Pouldouran en rivière de Tréguier. Ces multiples carnets de couleur, ses aquarelles et ses huiles traduisent à la fois les paysages ruraux, champêtres, le travail des hommes et des femmes dans la grève ou aux labours, les goémoniers au Sillon de Talbert et les coureurs de grève ou pêcheurs à pied. L’architecture vernaculaire n’est pas négligée : manoirs et fermes trégorroises, calvaires, moulins, fontaines et chapelles rappellent la richesse du pays et apportent des repères sur la transformation de ce patrimoine bâti.

Son œuvre riche et multiple à la confluence de deux siècles fournit un matériau original et exceptionnel tant pour la connaissance de l’histoire que pour l’ethnographie, sur l’évolution de la société littorale locale.

Le cours du Trieux et des peintres

Le Trieux prend sa source dans l'étang de l'ancienne abbaye de Coëtmalouen où les couleurs de la terre, et les yeux rouges des feuilles mortes se mêlent aux couleurs "glaz" des eaux douces de la rivière, avant la limite de salure des eaux entre Pontrieux, port de fond d'estuaire et Frynaudour1 ("le nez entre deux eaux"), en confluence du Leff, pour rejoindre la porte océane de Bréhat et du sillon de Talbert. La vallée descend doucement vers le bleu de la mer avec ses falaises de grès rouille, qui verdissent sous le poids des pins et des jeunes chênes. La rade nonchalante du Lédano s'engorge en amont de l'ancien Pont-de-Bois de 1840, fait rugir ses eaux au point nommé "le Trou à Feu", où passaient autrefois le bac, connu sous le nom de "Confiteor", car un pieux usage commandait de se mettre en règle avec Dieu avant de l'emprunter. Les deux chapelles dédiées à Saint-Julien l'Hospitalier en Kergrist, rive droite et à Saint-Christophe, rive gauche, veillent avec les balises au flux et reflux de la navigation, entre ses côtes escarpées. La légende raconte que Yves Eloury (Saint-Yves), avait l'habitude de traverser le fleuve, entre la chapelle de Goz-Ilis en Camarel et la plage du Lédano, pour passer du Trégor en Goëlo et se rendre à l'abbaye de Beauport, en empruntant le drap posé par une lavandière de Crec'h-Tiaïe2. Cependant, Ernest Renan, familier du Trieux, issu d'une grande famille d'armateurs, nous donne envie du grand large et des îles.

Signac, admirateur de Faudacq

Alors que Paul Signac, grand marin, propriétaire de nombreux voiliers dessine ses rives et sa carte personnelle de la rivière avec ses amers et ses alignements de Loguivy de la Mer au port de Lézardrieux. Il fait ainsi hiverner l'un de ses bateaux "Olympia" et "Le Hareng saur épileptique" au parc des Phares et Balises, sous Roc'h Briadis. Signac aimait particulièrement la compagnie des gens de mer et embarquait régulièrement à bord du baliseur "Léonor Fresnel" pour effectuer la relève des phares. En 1930, il a souhaité réaliser à Paris une exposition rétrospective de l’Paris une exposition rétrospective de l’œuvre de Faudacq qu’il admirait et dont il de 1905); cepection (dont un carnet daté de 1905)Alors que Paul Signac, grand marin, propriétaire de nombreux voiliers dessine ses rives et sa carte personnelle de la rivière avec ses amers et ses alignements de Loguivy de la Mer au port de Lézardrieux. Il fait ainsi hiverner l'un de ses bateaux "Olympia" et "Le Hareng saur épileptique" au parc des Phares et Balises, sous Roc'h Briadis. Signac aimait particulièrement la compagnie des gens de mer et embarquait régulièrement à bord du baliseur "Léonor Fresnel" pour effectuer la relève des phares. En 1930, il a souhaité réaliser à Paris une exposition rétrospective de l’œuvre de Faudacq qu’il admirait et dont il faisait collection (dont un carnet daté de 1905) ; cependant, la crise de 1929 fera échoué ce projet.

Le choix des lieux

Quand ce sont les marées qui délimitent le territoire de l'estran, dans la solitude de celui qui crée, qui arpente les chemins douaniers des deux rives, il n'y a de cadre et d'ordre que la couleur du temps. Similitude des lieux, des perspectives et des cadrages, vision panoramique du 19e et du début du 20ème siècle : le Rocher aux oiseaux (Roc'h Evned en breton), ancien éperon barré, point culminant de la rive droite de l'estuaire (Loguiy de la mer), offre au regard toutes les variations d'un relief souvent exacerbé ou déformé par ces peintres. Les criques et les anses prennent des rondeurs au pied de falaises escarpées et boisées : vue plongeante du "bois du Marquis", sur les rades de Mélus, de Coëtmen, points de vue sur Roc'h ac'h Onn3, l'île des douaniers, sur le village de Kermouster (ancienne dépendance des moines de Beauport), en aval du phare de Bodic, sur les marges insulaires de l'Ile à bois ; parfois les perches en bois et les cairns coniques des tourelles en pierre barrent l'horizon...

Le Trieux est un jardin. Chaque couleur s'étend à son aise dans le fleuve et s'installe au milieu des autres couleurs, les franges littorales et agricoles évoquent le travail des hommes, mi-marins, mi-paysans, le cabotage tend à remplacer la grande pêche et la pêche côtière côtoie la plaisance naissante. Au fil du Trieux, la marée fait danser les ports, dans chaque anse, des remembrements de marées fertiles. Le peintre épie chaque reflet, chaque point lumineux, étudie sa fréquence, observe son rythme, son intensité, ses consonances. Comme pour une partition de musique, il accorde les tons et/ou cherche la tonalité majeure. La couleur de l'eau s'accorde ou rompt avec la course des nuages, alors il fait des remaillets dans le ciel. Les souffles du vent carguent la ligne d'horizon, éblouie d'infini.

Les doigts aux pinceaux agiles réchauffent la braise des galets, soulèvent la cendre de l'écume, sépare les lignes courbes du fleuve qui vont se croiser au port. Il écoute encore les spasmes de l'air : un paysage d'attente. Parfois la lumière éclatante de l'été atrophie les couleurs…

Le balisage monumental de l’estuaire

L'estime du peintre aligne les couleurs pour ajuster le point du navigateur. Le balisage singulier et monumental de l'estuaire, aux couleurs inversées par rapport à aujourd'hui (système de signalisation en vigueur avant 1924), traduit tout l'intérêt de cet aber de Bretagne nord pour des stratégies militaires avortées (projet de port militaire), dont les formes plastiques et colorées ont su séduire le romantisme de ces artistes marins.

L'inauguration du nouveau pont de Lézardrieux, en 1925, donna l'occasion à Signac de signer plusieurs épreuves du fameux pont suspendu, de béton et d'acier, œuvre de l'ingénieur des Ponts-et-Chaussées Harel de la Noë, dont il saura mettre en avant l'élégante modernité. Alors que Faudacq à travers de grands lavis restituera l’ancien pont de pierre, avec des gabarres échouées sous son arche.

Sous la plume ou le crayon de Faudacq, on peut énumérer et transcrire les balises et les perches du Trieux sous leur appellation bretonne : Ar C'hern, les Cornes pour désigner les Héaux de Bréhat, Rodello, les tourbillons, An Teuskieir, les Tusques, c'est-à-dire, les lutins, près de l'île Maudez, Ar Rompas, le Compas dans le Farless ou chenal vers l'est, Roc'h Lostek, la Roche qui a une Queue, dans un méandre du chenal du Kerpont, Grwac'h Bodic, la Vieille de Bodic, près du banc de sable et an Holeneier, les salinières, à tribord de Lostmor, dont le nom est une frontière.

Le paysagiste et le "Bdiste"

Du port de Lézardrieux à l'embouchure du Trieux, devant le poste de douane de l'île aux douaniers, édifié en 1914, dans les différentes rades de Coëtmen à l'anse des Perdrix, le peintre saisit en franchise colorée, sur le motif, en aplats de couleurs, en courbes naisssantes et presque en chromophotographie les virements des bateaux autour des tourelles-balises bi-colores, avec les voiles de coton jaune-oranger. Il esquisse au crayon une vie maritime intense, une scène de pêche à la senne proche du rivage, un bateau de travail en manœuvre, au mouillage, voiles à sécher dans les haubans, gabiers dans les enfléchures, avec des touches colorées, fragmentées, transparentes de lumière agitée. Gestes, postures, attitudes des gens de mer et des gens de terre donnent l’occasion au dessinateur de confondre son style à ce qu’on appellerait aujourd’hui de la BD, avec toujours une pointe d’humour et d’empathie.

Le dit des couleurs et le récit des images

La structure géométrique du paysage est l'occasion de montrer les lignes de force des gréements, qui contredisent sur la surface de l'eau les élancements gauches des arbres, qui essaient d'échapper au minéral, à l'enfoncement de la vallée, en touchant le ciel de leurs doigts noueux.

Toujours le ciel d'ocre et de nacre tend son miroir sur la mer, de Bréhat au phare de la Croix qui aligne son feu fixe avec la tour de Bodic et le fanal des Perdrix. Il annonce l'embouchure de la ria. L’alliage du feu et de l’eau faisant son miel de ce chemin de lumière.

Les goémons veinent les rochers de leurs couleurs dorées de vieux cuir, qui s'accordent aux filons noirs de dolérite, entre le grès rose et le granite. Les algues délivrent leurs odeurs d'iode dans un ciel d'estive débarquées dans la moindre crique, entre l’Ile à bois, le Prostern, Camarel ? La Roche-Jagu, Goasvillinic et Pontrieux. Cépage vert tendre des pins maritimes, qui se vident de leur résine avant d'être équarris pour devenir orgueilleuse mâture, perches de bois, aux couleurs des sentinelles de la mer, entre le rouge et le vert, entre le noir et le jaune, surmontées de cônes ; chêne de talus aux branches courbes pour les bois de charpente à angle courbe, pour le bordage des navires, bois abattus lorsque la lune est descendante et qu’il faut encore trouver un sens à l’action.

Des îles et un port

Faudacq a aussi décrit les îles à l’embouchure du Trieux depuis l’île Maudez avec son oratoire et plus en amont l'Ile à Bois, couverte de bois de couleur sombre dans la partie Est et où l'on peut voir en haut de la partie nord, un gros rocher dénudé et plus au sud, au sommet, la guérite blanchie du corps de garde. Elle est reliée à la terre par un grau ou sillon de sable, cité dans le Pilote de Thomassin (1875), où les feux de goémon dans les fours à soude devraient être fréquents et l'odeur acre tenace.

Lézardrieux

A sept milles nautiques de l'entrée du Trieux (douze kilomètres) et du port de pêche homardier de Loguivy de la Mer, les navires à destination de Pontrieux s'allègent s'il y a lieu dans le petit port de Lézardrieux à l'abri de tous les vents. Les mâts de hune rivalisent de tirant d'air à hauteur des maisons d'armateurs, en amont du four à chaux. La géométrie du fleuve s'arrondit où l'estuaire finit sa course entre le vert et le bleu.Les premiers aménagements du port de Lézardrieux dont le grand quai, permettent aux navires d'amortir plusieurs jours. C'est le mât de charge du caboteur, qui tient la gîte avec son cartahu.

Quand la mer déschalle, les gabarres qui vont se placer en dedans du môle du port de Lézardrieux pour décharger, suivent avec soin le chenal du ruisseau qui vient du Vieux Moulin à vent de Land de Goc au bord du mamelon, où se trouvent le village de Pen ar Hara, la grande maison de l'ancien moulin à eau, la maison de l'école et Bag an Arvor.

Les batelées de goémon sont jetées à la volée, à l'aide de fourches dessus les ridelles des charrettes, sous le regard des lavandières. Puis les sloops avec leur mât de flèche passent sous l'ancien pont de Lézardrieux entre les accores balisées par la tourelle rouge de l'Armor et la tourelle noire de Min Kéraoul en Goëlo, pour venir saluer à quelques milles en amont, le château médiéval de la Roche-Jagu et se ravitailler à sa source d'eau pure.

Huiles sur carton, fusains, lavis, papier quadrillé, formulaire administratif reconverti au dessin, crayon sur papier d'emballage, carnets de voyage d'un promeneur solitaire, tout est bon et utile pour transcrire un langage manuel, exprimer la fantaisie du peintre, le dit des grèves et les regards d'estran.

1Traduction du breton : "Le nez entre deux eaux", au confluence du Leff et du Trieux2Cité par Daniel Giraudon et Jacques Dervilly, "Les chemins de Saint-Yves", Skol Vreizh, 1994.3L'Ile du Rocher d'argent : traduit du breton
Aires d'étudesBretagne

Annexes

  • Biographie de Louis-Marie Faudacq

    19 mai 1840 : Louis-Marie Faudacq est né à Givet, dans les Ardennes, où son père est affecté comme commandant des douanes

    1858 : Fidèle à la tradition familiale, il intègre en cette année 1858 l'administration des douanes. Il est successivement affecté à Mardick, Dunkerque, Oost-Cappel ...Ces paysages du Nord lui inspirent ses premiers dessins.

    1868 : Il demande son affectation en Bretagne d'où est originaire toute sa famille, en février il est nommé à Cancale et en mai à Lézardrieux.

    1874 : Cinq dessins de Faudacq illustrent un article « Les amendements et engrais de mer en Bretagne » paru dans le journal « L'Illustration ».

    1875 : Publication de gravures dans le journal « Sur Terre et sur Mer », journal hebdomadaire de voyages et d'aventures, illustrant la pêche aux huitres.

    1878 : Participation, à Paris, au Salon des Artistes Indépendants , avec la présentation d'une gravure. Familier des quais, des grèves et des bords du Trieux, dont il aime saisir les lumières si spécifiques, il se passionne pour le dessin et l'aquarelle, il est alors l'élève d'Henri Charles Foulongne.

    1883 : Il est affecté à Tréguier où il restera jusqu'à sa retraite en 1900. Le port du Jaudy son front de mer, ses foires, ses marchés seront sources d'inspiration.

    1889-1894 : Collaboration à la revue « Le Yatch ». C est dans cette revue, mais beaucoup plus tard, après la mort de Faudacq, que Paul Signac découvrira et appréciera lard, après la mort de Faudacq, que Paul Signac découvrira et appréciera l’œuvre de l'artiste.

    1897 : Début de son engagement avec la Société des Oeuvres de Mer pour laquelle il illustre cartes postales, bulletins de la société et fait dons de dessins.

    1902 : Installation à Ploubazlanec d'où était originaire son grand père, Louis Henri Faudacq. Il fait construire un atelier attenant à sa maison pour finaliser les dessins croqués sur le vif ou peindre quelques huiles. L'un de ses dessins est retenu pour illustrer « L'âme bretonne » de Charles Le Goffic.

    1910 : Création de cartons pour les vitraux de l'église Notre Dame de Bonne Nouvelle de Paimpol, vitraux jamais réalisés car qualifiés, par le verrier de Grenoble, de trop compliqués.

    1916 : Louis-Marie Faudacq meurt à son domicile le 31 mai.

    La grande majorité de l'oeuvre de Faudacq est constituée par des dessins et aquarelles sur des supports et dans des formats très divers. Il laisse une œuvre immense, témoignage unique de la vie rurale et maritime des deux pays du Trégor et du Goëlo, dans le deuxième moitié du 19e siècle.

    La découverte d'un important fonds familial et la passion de quelques chercheurs pour cet artiste, injustement méconnu, ont permis, en 2003,la parution de l'ouvrage « Faudacq », s'en sont suivies une première exposition à Tréguier en 2004 et une seconde en 2007 à St Brieuc. Ces évènements ont permis, à un large public, de découvrir et d'apprécier le talent original de ce peintre douanier.

  • Un espace, des gens de mer et des activités : les espaces portuaires du Trégor et du Goëlo

    La Bretagne littorale vit, à la fin du 19e siècle, de différentes activités maritimes : le bornage et le cabotage, le long-cours ou les pêches. L’enquête menée en 1887 sur l’ensemble du littoral breton recense 1 646 navires de commerce, 15 498 bateaux de pêche et un peu plus de 100 000 inscrits maritimes répartis depuis 1883 en 27 quartiers, eux-mêmes divisés en syndicats.

    La plus grande partie des œuvres recensées de Faudacq a pour cadre géographique un triangle rassemblant Binic, Bréhat et Tréguier, soit approximativement les quartiers maritimes de Tréguier et de Paimpol. Le premier est composé des syndicats de Pleubian (3 communes), Tréguier (15) et Port-Blanc (6). On y compte 4 003 inscrits en activité (10,6% de la population) ; 41 navires de commerce et 627 bateaux de pêche y sont immatriculés. Le quartier de Paimpol comporte les syndicats de Plouézec (9 communes), Paimpol (7), Bréhat (1) et Pontrieux (20). 7 746 inscrits sont recensés (13,6 % de la population), 65 navires de commerce et 446 bateaux de pêche y sont immatriculés. Louis Marie Faudacq va beaucoup dessiner ces flottilles, figurant avec acuité leur architecture navale, leurs différents gréements mais aussi l’activité bouillonnante et les gestes spécifiques d’un dur labeur. Il va aussi représenter les navires des différentes administrations, comme ceux du service hydrographique de la Marine, les avisos en relâche comme le Cuvier à l’échouage du vieux quai à Tréguier, mais aussi les bâtiments des Douanes ou des Phares et Balises. Il témoigne aussi à l’occasion d’un événement comme l’inauguration du tombeau de Saint-Yves à Tréguier ou d’un naufrage, comme celui du brick britannique L’Unity en 1874.

    Au gré de ses affectations et grâce à sa position au sein des organisations maritimes, il est un observateur privilégié des bouleversements économiques d’importance qui surviennent sur le littoral du département des Côtes-du-Nord sous la IIIe République. D’importantes transformations s’opèrent dans les espaces portuaires : la mutation des flottes, y compris les flottes de pêche, dont le tonnage augmente et dont les formes évoluent pour éviter les échouages, l’émergence de nouveaux trafics rendent compte d’un effort d’adaptation face à des concurrents mieux situés, mieux équipés ou mieux desservis. Les ports de cet espace sont avant tout des interfaces servant à l’importation de produits souvent bruts destinés aux industries locales de transformation et à l’exportation de productions pour la plupart issues de l’agriculture. L’établissement et le développement d’un réseau ferroviaire va compléter dans un premier temps les liaisons maritimes, mais rapidement il va durement les concurrencer. Les ports de Tréguier, Pontrieux, Lézardrieux et de Paimpol comptent parmi les centres importants de l’armement maritime du département des Côtes-du-Nord. Leurs trafics affirment leurs relations avec différentes régions françaises, mais aussi avec des ports étrangers.

    Sur l’ensemble du littoral du Trégor et du Goëlo, on peut observer une progression des trafics dans la période 1860-1910 puis un déclin s’amorce, confirmé par la première guerre mondiale. La hausse des tonnages entraîne d’importantes difficultés pour les ports de fonds de rias (en particulier Pontrieux et La Roche-Derrien), le développement de la vapeur va condamner le cabotage à la voile, enfin la redoutable combinaison du rail et de la route va accélérer le déclin au lieu de l’endiguer, ainsi que les autorités maritimes l’espéraient. À l’échelle nationale et régionale, les trafics se concentrent sur quelques ports disposant d’une bonne desserte ferroviaire (régulière et en voie normale, non métrique) et ayant établi des lignes régulières de navires à vapeur. Ce n’est guère le cas ici. La fin du 19e siècle et le début du 20e siècle n’auront pas connu sur cette partie de la côte costarmoricaine de passage massif à la vapeur.

  • Le pilotage sur le Trieux : extrait du Pilote de Thomassin, 1875

    Le Trieux ou rivière de Pontrieux vient du SO et se jette à la mer dans l'angle formé par les hautes terres de Lanmodez et par celles de l'Arcouest. On y arrive par un chenal qui se trouve au sud de l'île de Bréhat entre elle et la terre, appelé le Farles, relevé en 1860, et par le passage situé au NO de l'Ile de Bréhat entre cette île et l'île Saint-Modez, appelé le grand chenal du Trieux.

    A sept milles nautiques de l'entrée du Trieux (12 km) les navires à destination de Pontrieux s'allègent s'il y a lieu dans ce petit port à l'abri de tous les vents ; cependant les courants sont violents.

    Les gabarres mouillent à l'habitude dans le chenal entre l'Île à Bois et Roc'h arc'hant (rocher d'argent), le rocher de la douane, (gabarres sur le Trieux, H. Rivière), qui fait face à la rade de Mélus sur la rive plus escarpée du Goëlo. Le mouillage de Bodic à 1 mille 3/4 en dedans du fanal de la Croix et à 1 encablure ½ au nord de la tour de Bodic, offre un abri par 10 mètres de fond ; en amont le mouillage des Perdrix accueille les frégates, qui rappellent que ce port faillit par deux fois devenir un grand port militaire sous Louis XIV et au second Empire.

    Le balisage des passes de la rivière jusqu'à Pontrieux fut entrepris entre 1862 et 1863.

    Le premier pont suspendu qui remplaça les bacs peu sûrs et incommodes fut inauguré le 10 juin 1840. Il fut remplacé 85 ans plus tard par un pont métallique, œuvre de l'ingénieur Harel de la Noë et immortalisé à son neuvage par un toile de Signac.

    L'Ile à bois a 3 km de circonférence. Elle ne devient une île que pendant les grandes marées. En 1830, Beautemps de Beaupré, le célèbre ingénieur hydrographe y a relevé un excellent mouillage.

    Les trois moulins à marée du Trieux rivalisaient autrefois avec les 4 moulins à vent, le moulin à marée de Traou-Stang, en aval de la Roche Noire.

    Le phare de Bodic est située dans une tour carrée élevée de 20 m au-dessus du sol et le feu est à 53 m de la pointe qui est un peu plus sud que la tourelle noire d'Oléneyère (les sauniers).

    La tourelle de Lost mor près de Coatmer. Mélus, gros rocher noir élevé de 20 m, en forme de pointe à toucher terre, devant un petit vallon, au fond duquel descend une route. C'est le 2ème rocher au sud de Roc'h Levret, dans l'ouest de Loguivy, le four à chaux (2 maisons) en est à 200 m au sud, et la pointe du Renard, Roc'h ar Louarn est à 200 m plus à l'ouest.

    Les 2 balises du Sabot du nord (balise rouge en bois) et le Sabot du sud ou Vielle de Bodic (rouge) face à Olénoyère.

    Le phare de la Croix est une tour de 14 m hexagonale et blanche construite sur l'accore NO de la roche de la Croix, au SO des vases de la rive de Bréhat.

    Coatmer ou ou Lost Mor : tourelle rouge

    Roc'h Minguy : balise noire

    La Perdrix : tourelle rouge

    La Troisième chaise : tourelle rouge

    La Deuxième chaise : balise rouge

    La Grande chaise : tourelle blanche

    Mine Lihit ou Pierre de la Vase : balise rouge

    Bec an Arvor : tourelle rouge

    Min Kéraoult : tourelle noire

    Le Lionel : tourelle noire

    Beg Ty Meur : tourelle rouge

    Bec Guermarcaërs : balise rouge

    Les Pitonneaux : balise noire.

    La Croix :

    Le feu est scintillant et visible de 10 milles. Il comprend une tourelle pour l'escalier à l'angle SE et 3 fenêtres sur une porte sur sa partie sud.

    La tourelle du Vincre avec le passage du Trou blanc pour rejoindre le Farless (tourelle noire et rouge, bicolore).

    La Vieille de Loguivy : tourelle noire.

    L'Ile à Bois est couverte de bois de couleur sombre dans la partie est et l'on peut voir en haut de la partie nord un gros rocher dénudé et plus au sud, au sommet, le corps de garde qui est blanchi. Elle est reliée à la terre par un grau qui couvre. 2 petits bois sur la partie droite et un bouquet de bois sur la pente gauche.

    Les bâtiments qui vont se placer en dedans du môle du port de Lézardrieux pour décharger, suivent avec soin le chenal du ruisseau qui vient du Vieux Moulin. Les rives des deux côtés sont élevées. Sur la côte du Trieux, les vases découvrent de la balise de Pierre de Vase (Mine Lihit) jusqu'à Roc'h Briadis (corps de garde), qui est à 2/3 d'encablure dans l'ouest de Roc'h Douan. (roche appelée encore Lost Touen : bout du toit ou Roc'h Zoul) est un rocher qui ferme le bassin du mouillage de Lézardrieux dans le nord. C'est le seul endroit de la rivière où il y a des remoux.

    Il y a dans cette rivière des différences de fond considérables (brassage de 11 à 22 m), qui empêchent les navires de descendre ou de monter en draguant leur ancre.

    On monte et l'on descend la rivière en panne en dérivant ; et cela vaut mieux que de louvoyer, parce que les remous empêchent de gouverner.

    La maison du pilote est en haut de la pointe du Craquelet.

    La roche Briadis ou Briatis ou roche des Bréhatins (corps de garde des douanes) ; où les bréhatins laissaient leurs bateaux pour aller au marché. Le môle dont la queue est élevée de 2,20 m et la roche du Verger à son extrémité ; le vieux moulin à vent de Lande de Goc au bord du mamelon où se trouve le village de Pen ar Hara, la grande maison de l'ancien moulin à eau, le pointe de Lézardrieux, la maison de l'école et Bag an Arvor.

    Le "Trou de feu" Toull Tan entre Lézardrieux et le pont suspendu, chenal resserré de 60 m de largeur entre les plateaux de roches des deux rives, dont les accores sont balisées par la tourelle rouge de l'Armor et la tourelle noire de Min Kéraoul en Goëlo.

Références documentaires

Bibliographie
  • PRIGENT, Guy. LEVASSEUR, Olivier, BOELL, Denis-Michel. Faudacq, œuvres marines. Éditions Apogée, 2003, 111 p.

  • LEVASSEUR, Olivier. Les usages de la mer dans le Trégor du 18e siècle. Thèse d'histoire moderne sous la direction de Claude Nières, Université Rennes 2, 2000.

  • SIOC'HAN-MONNIER, Françoise. La construction et l'évolution des ports en Bretagne aux 19e et 20e siècles. Thèse de Doctorat, UHB, Rennes II, 1998.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • LEBERRE, Alain, OMNES, Abel. Toponymie nautique de la côte nord de Bretagne entre le plateau de la Méloine et les Héaux de Bréhat. Paris : Imprimerie nationale, 1973.

  • JOLLIVET, Benjamin, Les Côtes du Nord, histoire et géographie de toutes les villes et communes du département, 1856, tome III, 487 p.

  • PRIGENT, Guy. Phares et balises. Catalogue de l’exposition présentée au Château de la Roche-Jagu, 2002.

  • PRIGENT, Guy. Pêche à pied et usages de l´estran. Catalogue de l´exposition présentée au Musée d´Art et d´Histoire de Saint-Brieuc, mai-octobre 1999. Rennes, Apogée, 1999.

  • Voyage d'exploration sur le littoral de la France et de l'Italie. Coste, Paris : Imprimerie impériale, 1861. Phototype : gravure.

  • PRIGENT, Guy. "Par les champs et par les grèves". In Catalogue de l'exposition 'Au fil du Trieux, paysages de Pontrieux à Bréhat', Domaine départemental de la Château de la Roche-Jagu, 2005, p.66-104.

  • PRIGENT, Guy. La mer et les jours, catalogue de l’exposition présenté au Château de la Roche-Jagu, 1992

Documents audio
  • Témoignages : Arthur Rémond, Yves et René Monfort, Roger Perrot, Yves-Marie Croajou.

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