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La "Duke" ou "Royal Kidney", l'épopée d'une pomme de terre fermière, de l'Angleterre aux côtes du Trégor

Dossier IA22133436 réalisé en 2018

Historique

La Duke trégorroise a pour nom d'origine International kidney ou encore Royal Kidney. Cette variété précoce, créée en Angleterre en 1879, a migré aux Îles anglo-normandes vers 1880-1890, et fut rapportée en Bretagne par les saisonniers agricoles à Jersey après la guerre 1914-1918. Cette pomme de terre prim' a pris le nom de Duke sur les côtes du Trégor et de Streo Du en Pays Leon (Nord Finistère). En effet les Finistériens se sont procurés cette variété Streo Du à Perros-Guirec en 1920.

La Duke est une variété de pomme de terre robuste précoce à fanes et tiges foncées et à chair blanche. Les tubercules, de forme oblongue, sont très groupées autour de la tige. Sa chair est très fine, blanche à jaunâtre restant assez ferme à la cuisson.

La Streo Du comme la Duke est cultivée pour être arrachée tôt. Les grosses triées issues du tri de sa semence étaient gardées pour la consommation de la famille jusqu’à Noël ou étaient vendues à des cantines par exemple. Cette pomme de terre primeur est adaptée aux conditions agronomiques et culturales du Trégor littoral, amendé par les engrais marins et cultivée à l’abri des parcelles entourées de talus-murs. Elle participe de la fameuse "Ceinture dorée du Trégor". Plante inféodée au bocage littoral, cultivée dans des terres limoneuses, amendées par les algues, la Duke représente une variété de légume liée à une littoralité d’usages agronomiques.

Techniques culturales : une pomme de terre "bio" avant l’heure !

Le fumier était rare et cher. Il était plutôt réservé à l’artichaut et l’oignon. Avant de planter les pommes de terre en janvier ou à la Chandeleur (2 février), on apportait du goémon vert d’échouage à partir du mois d'octobre sur les plates-bandes et durant tout l’hiver sur le plat. Ce goémon apportait aussi du calcaire grâce au sable coquillier. On utilisait aussi pour faire de l'humus, du goémon sec ou du goémon noir (ascophylum nodosum) coupé en janvier-février selon une réglementation très stricte. (période de coupe fixée par arrêté communal).

Les pommes de terre étaient binées très rapidement à la main par crainte du gel.

Les productions de semences étaient traitées contre le mildiou. Cette semence fermière n’était pas trop sensible à la gale, mais il fallait quand même faire attention dans les terrains de garennes.

Cette prim' était vendue dans toute la Bretagne et à Paris. Entre les deux guerres, les goélettes de cabotage du pays de Tréguier devaient pouvoir quitter le quai pour la Saint-Yves à la mi mai, pour expédier leurs pommes de terre en sacs de 50 kg vers les côtes anglaises ou du Pays de Galles (avec du charbon en fret de retour). Cette variété précoce a fait la fortune des cultivateurs et des capitaines armateurs trégorrois.

Production des semences

Les semences dites fermières, peu sensibles aux virus, conservées dans le terroir ont évité d'acheter pendant cent ans des semences industrielles. A partir de la Toussaint, on commençait pour les premières plantations à ranger les tubercules debout sur le plancher des greniers ou dans des clayettes. On obtenait ainsi des germes uniformes. Un seul tubercule pouvait fournir jusqu’à 12 germes.

Fin de la culture de la Duke et essai de renouveau

Pendant la belle époque de sa production, 20 000 tonnes de Duke était produite en Bretagne. Cependant, les coopératives agricoles, dès les années 1970 (La SICA du Léon) n'a plus voulu commercialiser cette pomme de terre atypique, difficile à conserver, lui préférant des variétés nouvelles plus productives comme Sirtema, puis Ostara.

En 1990, l'UCPT (Union des Coopératives de Paimpol et de Tréguier) a essayé de relancer la Duke et de se réapproprier son terroir, avec le soutien de la station légumière de Pleumeur-Gautier. Mais c'était trop tard, le monde agricole avaient changé... Une productivité accrue, malgré la tentation d'une AOP comme pour le coco de Paimpol…

Cependant, en 1997, la station d’essai légumière de Pleumeur-Gautier va expérimenter la culture de la Duke en bio avec des résultats satisfaisants.

Seuls les jardiniers et quelques cultivateurs du Trégor (Penvénan, Plougrescant, Plouguiel, Pleubian, Trédarzec, Lanmodez) cultivent encore quelques hectares de cette belle variété si savoureuse et craquante en bouche, cuisinée avec du beurre salé dans un chaudron, et encore mieux dégustée dans un ragoût d'ormeaux.

Aujourd'hui, c'est l'Île de Jersey qui conservé cette production. De grandes exploitations agricoles de 100 ha poursuivent cette culture de façon intensive avec une main d’œuvre presque exclusivement étrangère (ouvriers saisonniers, polonais et portugais).

Cependant, la Duke est en train de renaître en Trégor avec de jeune producteurs maraîchers bio sur un marché de niche. Elle participe encore aujourd’hui à renforcer une identité rurale agricole grâce à ce fort marquage identitaire.

Aires d'étudesBretagne
Période(s)Principale : Epoque contemporaine

Annexes

  • Rencontre sur la "Streo Du" chez Jacques Jacob, 27 octobre 2005 (Marie-Laure Erhel, 15 novembre 2005)

    Présents : Yves Castel (ancien producteur de Roscoff- 82 ans) YC - Hervé Prigent (producteur à Saint Pol de Léon) HP - Jacques Jacob (producteur bio à Roscoff) JJ - Christian Porteneuve (responsable de la station d’essais SECL de Pleumeur- Gautier) CP – Marie-Laure Erhel (technicienne légumes bio SICA-UCPT) MLE.

    Identification de la variété

    D’après Christian Porteneuve, la Streo Du (= Fanes noires) serait en fait l’International Kidney ( sources Aval douar beo). La tante d’Hervé Prigent était secrétaire dans un syndicat de pomme de terre et elle pensait que la Streo Du était très proche de la Royal kidney sans être exactement la même variété. Pour HP, la Royale de Jersey est plus longue que la Streo Du.

    La Streo Du paraît très proche de la Duke (Duke of York). Pour H. Prigent, c’est la même variété.

    Origine de la Streo Du d’Hervé Prigent

    Il pense qu’il n’y a plus de Streo Du d’origine finistérienne dans le Finistère. Il suggère de voir si des Finistériens qui étaient partis s’installer dans les Côtes-d’Armor dans les années 1950 auraient pu garder la variété. On propose aussi de prospecter auprès des sociétés d’horticulture locales (MLE), par des annonces dans les journaux ou auprès des clubs des anciens.

    Sa "souche" vient des Côtes d’Armor (Duke). Il la garde depuis 20 ans. Elle est, selon lui, identique à la Streo Du du Finistère qu’il connaissait auparavant.

    Quelques données historiques sur la Streo Du - commercialisation - déclin.

    Yves Castel se rappelle l’avoir travaillée chez ses parents lorsqu’il avait 12 ans (il y a donc 70 ans) mais il pense que sa culture est bien plus ancienne. Cette pomme de terre à chair blanche récoltée très tôt était beaucoup vendue en Angleterre.

    Sa culture a décliné dans la région quand sont arrivées les variétés à chair jaune à forme plus ronde. La Streo Du était défavorisée dans les calibreurs à grille avec sa forme allongée : beaucoup de pommes de terre passaient au travers des grilles. D’après HP, les producteurs de Plougonvelin n’aimaient pas la Streo Du et ont commencé à utiliser les variétés à chair jaune.

    A l’heure actuelle, il y aurait encore une petite vente pour ces pommes de terre blanches (Royal) sur le marché de Londres car Jersey n’en produit plus (pression immobilière). Elle serait vendue entre 7.5 et 9 € /kg sur le marché aux environs de Pâques.

    Techniques culturales

    Le Plant

    Les producteurs ont pu garder leur variété pendant plus de cinquante ans sans renouvellement. HP souligne cet intérêt pour diminuer les coûts de production. YC signale que le plant ne sortait en général pas de la famille. La sélection ne se faisait pas sur le feuillage mais sur la forme du tubercule de façon très sévère. On supprimait les déformées (très peu dans la Streo Du). On gardait les oblongues allongées. HP trouvait parfois des tubercules ronds et était tenté de les conserver (cela aurait donné un meilleur rendement au calibrage) mais il a préféré garder la forme traditionnelle. La sélection par la forme serait primordiale et elle est facile à faire quand on récolte à la main. HP pense qu’il vaut mieux que ce soit la même personne qui réalise la sélection d’une année sur l’autre. On gardait toujours les plus gros calibres pour faire la production de semence. Ces gros calibres étaient récoltés en juin pour être plantés fin mars. La semence était récoltée fin juin (pardon de Santec). Les tubercules avaient encore la peau fragile et les tiges étaient encore vertes. Plus la semence était récoltée tôt, plus la production était précoce l’année suivante. Le germe était cassé mi octobre et les semences étaient mises debout pour repartir dans des clayettes ou rangées une à une sur le plancher d’un grenier. La semence destinée à être plantée dans les plates-bandes en vue d’une production très précoce n’était pas dégermée et était plantée très dense.

    Plantation

    Les plates-bandes (terres légères bien exposées) étaient plantées début janvier. Les plantations sur le plat ne débutaient jamais avant le 2 février (à la Chandeleur). YC plantait du calibre 45/55 à 40 cm entre rangs et 5 à 6 plants au mètre (HP 3 à 4 plants au mètre à 40 cm entre rangs). On plantait parfois à 36 cm entre rangs. Les grosses étaient coupées en 2 ou 3.

    YC et HP estiment qu’il ne faut pas trop couvrir le plant de terre (juste couverte).

    Entretien de la culture

    YC souligne qu’une fois les pommes de terre sorties, il valait mieux attendre pour les sarcler. Cela permettait d’éviter en partie les dégâts éventuels du gel.

    La Streo Du est une variété sensible au mildiou. HP attribue cela au fait que les tubercules fils sont proches du plant et donc facilement contaminés (au contraire de Starlette). Comme la variété est précoce, on évite cependant la période la plus favorable au mildiou. YC trouve que le mildiou sur pomme de terre s’est développé à partir du moment où les feuilles de choux-fleurs ont été laissées au champ.

    La Streo Du est sensible à la gale d’où l’importance de récolter tôt pour éviter les plus gros risques. YC a remarqué que la gale se développait davantage près des passages enherbés ou dans des terrains ayant été en herbe pendant 2 ans avant de la pomme de terre. JJ confirme avoir eu de la gale sur pomme de terre dans une parcelle avec précédent herbe.

    Récolte

    La récolte commençait quand les feuilles commençaient à jaunir et la terre à "enfler". Pour que les prix soient intéressants, il fallait devoir secouer les fanes pour décrocher les tubercules des stolons. Si les tubercules se détachaient tout seuls, c’était que la Streo Du était trop mûre et donc les prix peu attractifs... La récolte s’effectuait sur avril-mai. YC signale que les Finistériens avaient coutume d’arracher beaucoup de Sreo Du à la Saint-Yves (le 19 mai) car les producteurs des Côtes-d’Armor étaient pris par le pardon et arrêtaient les arrachages...

    Selon HP, les rendements peuvent atteindre 20T/Ha en récolte de fin avril-début mai quand il n’y a pas eu trop de gel ou de vent.

    HP signale que la Sreo Du est une variété qui fait vite des taux de matière sèche élevés (exemple d’un taux de MS de 20% à 2 mois et demi de pousse).

    Dans les plates-bandes, il était courant de cultiver des betteraves après la Streo Du. En matière de rotation idéale, HP estime que l’aspect sol est prépondérant : ainsi des terrains de Roscoff ont porté des pommes de terre chaque année pendant 100 ans sans problème majeur.

    Terroir-Fertilisation

    Pour HP, les terrains idéaux sont les "garennes" à sables pas trop grossiers de la côte (sols issus de la décomposition de la roche). Les garennes noires sont par contre à éviter (les yeux des tubercules sont alors marqués de noir).

    Les terrains étaient fertilisés avec du fumier et du goémon. YC explique que le fumier était apporté l’été précédant la plantation pour ne pas détruire la structure du sol par un apport en hiver. Du goémon sec de Kerlouan ou du goémon frais ou "vert" était également apporté. Le partage du goémon se faisait sur la grève le matin à l’heure où le phare de l’île de Batz s’éteignait. Il se faisait en fonction du nombre de personnes présentes, aussi les enfants y allaient avant l’école. Les mauvaises langues disent que certains apportaient un couffin garni d’une betterave pour simuler un nouveau né...

    Le goémon frais était laissé à ressuyer sur la grève s’il était trop mouillé avant d’être mis sur la parcelle.

    Selon HP, le goémon était apporté à raison de 50 T/ha.

    Un engrais du commerce était parfois apporté : le Duor (6/4/10) à raison de 1T/ha (soit 60 unités d’azote à l’ha).

    Goût

    Une des tantes d’HP affirmait qu’une pomme de terre plantée après un fumier était meilleure que celle plantée après un apport de goémon, ce que confirme Y.C.

    Selon HP, c’est la nature du terrain qui joue le plus dans le goût de la Streo Du. Il signale aussi que la grenaille a un goût très fort (goût de fane) qui déplait à certains. Il vaudrait mieux commercialiser à partir d’un calibre de 30 mm.

    Le critère goût est pour HP essentiel si l’on veut vendre à des prix élevés. La Streo Du est moins sucrée qu’une variété comme Sirtema par exemple.

    Critères à retenir pour une production de Streo Du de bonne qualité gustative

    1. Le sol (parcelle de garenne côtière précoce)

    2. Le calibre (supérieur à 30 mm)

    3. Une récolte précoce (pour HP l’idéal serait de finir la saison au 8 mai)

    HP pense qu’il n’y a pas d’intérêt à fixer un taux de matière sèche minimum pour l’arrachage (récolte manuelle).

    Pistes à travailler par la S.E.C.L

    - Le plant : une fois la semence récoltée et séchée, la mettre en frigo, la sortir fin octobre et le mettre en germoir pour la faire partir sur 4 ou 5 germes (éviter le travail qui consistait à casser le premier germe fait auparavant).

    - Tester le dégermage mécanique

    - Bâchage P17 ou paillage plastique

    - Si la plantation se faisait en tunnel, il faudrait choisir le terrain en fonction du risque de gale. Planter en décembre n’apporterait rien de plus au niveau prix de vente selon HP.

    - Évolution du goût selon la maturité et autres facteurs… (BBV)

    Jacques Jacob, quant à lui, multipliera un peu de plant en 2006.

    Quelques réflexions générales sur la pomme de terre

    HP craint que la Primaline ne perde une partie de sa notoriété par manque de goût avec un prix élevé (réflexion d’un expéditeur). Pour lui la Starlette sous tunnel devrait être arrosée jusqu’à la fin de la culture pour avoir une meilleure qualité gustative. Actuellement, elle est en fait presque trop mûre à l’arrachage.

    La Starlette est une variété qui descend profond et si le tunnel est placé sur un sol lourd ; la pomme de terre sera trop sale si on l’arrose jusqu’à la fin de la culture. L’idéal selon HP serait de l’implanter en sol léger pour pouvoir arroser jusqu’à la fin de la culture.

    Selon HP, l’arrivée de la "grande machine" a provoqué la mort de la pomme de terre primeur (chocs).

    CP estime qu’une pomme de terre prise directement sur la chaîne d’arrachage d’une machine subit très peu de chocs.

    Variétés : selon YC, l’Etoile du Léon a été cultivée peu de temps dans le secteur de Roscoff.

    La variété Up to date du Finistère était baptisée Fin de siècle dans les Côtes-d’Armor (variété de consommation farineuse excellente en purée ou en soupe).

    (Marie-Laure Erhel, 15 novembre 2005).

  • Résumé de l’entretien avec Eugène Guillou sur la pomme de terre "Duke", mai 2006 (Les débuts de la culture)

    Entretien réalisé le mercredi 24 mai 2006 à Lanmodez (22)

    Présents : Eugène Guillou, agriculteur retraité, 98 ans - son fils, Yves, agriculteur retraité - Marie Laure Rousselet (née Erhel), technicienne bio pour Sica de Saint-Pol et l'Ucpt de Paimpol - Christian Porteneuve, expérimentateur à la station d’essais de Pleumeur-Gautier.

    Eugène, né en 1908 s’est installé en 1934 et son fils Yves en 1968. La ferme est exploitée par son petit fils Yvon depuis 1994. Elle est désormais conduite en agriculture biologique.

    Il y avait 2 sortes de Duke :

    La Royale Gwenn, à fanes courtes, très sensible au gel encore appelée "Korz ber" et la Duke "sauvage" à fanes longues, appelée "Korz hir" qui avait de nombreuses feuilles et était plus résistante au froid. Elle a obligé les agriculteurs quand elle est venue à espacer les sillons de plantation. Les sillons qui étaient espacés de 40 cm, sont passés à 45 cm. On plantait sur le rang une pomme de terre tous les 30 cm.

    Dans le pays, c’était la culture dominante bien avant le chou.

    Sur la côte, la culture a commencé après la guerre de 1914.

    Place dans l’assolement

    Dans la rotation, elle arrivait derrière un blé, ou mieux après une avoine. Après la récolte on mettait souvent une betterave pour la nourriture du bétail et ensuite du blé ou de l’avoine avant une nouvelle pomme de terre. Dans les parcelles bien abritées, il était possible de la cultiver tous les ans. Après la guerre de 1940, les rotations pomme de terre/haricot se sont développées ainsi que la rotation pomme de terre/chou-fleur qui convenait bien.

    Chez les parents d’Eugène, dont la ferme faisait 15 ha, 4 ha à tirer au croc étaient plantés en primeur.

    La culture

    Les terres étaient charruées, en janvier dès que possible, pour que la terre sèche ensuite.

    Les plantations avaient lieu après la première semaine de février, sur les parcelles en pente le long de la rivière Trieux, exposées au sud levant (sud-est), afin de minimiser l’impact des gelées blanches.

    La culture à cette époque n’était pas traitée ou très, peu selon les années, en fonction du climat. Dans ce cas, la bouillie Bordelaise était utilisée.

    Elle était fertilisée avec du fumier s’il y en avait ou avec du goémon. On avait aussi recours à de l’engrais (6/10/4), le Dior (guano). On en mettait 15 sacs de 100 kg pour un ha soit l’équivalent de 90 kg d’azote par ha.

    Certaines années, il y avait plus de pommes de terre galeuses. Cela dépendait des terres. Dans certaines, il y en avait parfois, dans d’autres jamais. Les terres chaulées étant plus propices.

    La semence

    Les semences étaient tirées au croc, pas trop mûres, triées au champ, les moyennes gardées. Les grosses et les déformées n’étaient pas retenues.

    Les tubercules de semence étaient mis à germer, debout, dans les greniers. Il y avait peu de clayettes. Ils étaient dégermés après la Toussaint.

    Cela donnait 3-4 germes. S’i l y avait plus de 4 germes, ils étaient coupés en 2, mais pas trop tôt car ils pourrissaient. Certaines fermes réussissaient mieux leurs semences que d’autres. On échangeait rarement sa semence et on gardait sa souche, mais en cas de perte (gel...) on pouvait se procurer des nouvelles semences chez un voisin.

    La récolte

    La récolte était faite dans des mannes. Les tubercules étaient triés au champ, petites pomme de terre (grenaille), moyennes et grosses. Elles étaient peu manipulées ce qui était un avantage pour la conservation.

    La récolte manuelle était faite par de la main d’œuvre saisonnière qui venait des cantons environnants. Après 1936, il y a même eu des espagnols. Parfois aussi, il y avait des fils de fermes où on ne faisait pas de légumes.

    Dans les terres légères, tirées au croc, les tubercules étaient peu terreux et, en conditions un peu humides, la terre ne collait pas.

    Il est arrivé de commencer la saison au 29 avril. On ne commençait pas avant un certain rendement : 100 kg à la corde (64 m²) soit 16 T/ha.

    La Duke partait majoritairement sur l’Angleterre par bateau (en une nuit) de Paimpol, Tréguier et Lézardrieux, mais sur Paris aussi.

    Lanmodez était plus précoce que Tréguier (ce que ne confirment pas les Trégorrois)

    Elle était livrée en manne et vidée dans les bateaux au début, puis en sac par la suite.

    En 1928, il y a eu des restrictions d’exportation à cause du Doryphore, les anglais ont boudé le marché.

    Économie

    La pomme de terre primeur était la richesse du pays.

    Avant la culture de la pomme de terre, Lanmodez était une des communes les plus pauvres du canton de Lézardrieux. Après 15 ans de présence, c’était devenu la commune la plus riche. La pomme de terre aura duré un peu moins de 100 ans.

    Le paiement de la récolte était immédiat et se faisait en liquide et ensuite chez le marchand tous les samedis.

    Au début de l’activité d’Eugène (1934), 1 hectare de terre valait 16 000 francs. En début de récolte le prix de la Duke pouvait être de 1 F/kg. Il baissait vers 0,50 F/kg. Un ouvrier était payé 15 F la journée, cela lui permettait d’acheter 1 livre de beurre.

    La pomme de terre primeur était plutôt un luxe comme aliment.

    Le goût

    La pomme de terre Duke, dans sa zone de production, était rissolée dans du beurre dans une cocotte en fonte. Elle n’était pas cuite à la vapeur.

    C’est le beurre qui faisait le goût. On consommait la grenaille et les calibres moyens.

    Pour le goût, il y avait une autre pomme de terre un peu plus tardivequi s’appelait la géante blanche. Elle était moins sensible aux maladies, mais plus appréciée par les gens du pays au niveau

    du goût (plus farineuse). Ensuite on avait pour la conservation la "fin de siècle".

    Quelques rappels sur son histoire plus globale

    "Cette variété a été créée en 1879 en Écosse sous le nom de International Kidney (Kidney = rein en français).L'histoire dit qu'un agriculteur de Jersey en 1880 a montré à ses amis un énorme tubercule avec 15 yeux. Il l'a coupé et planté et a obtenu une récolte abondante et précoce et c'est ainsi à partir d'un seul tubercule que s'est développée la culture avec cette nouvelle origine que les agriculteurs baptisèrent Jersey Royale Flucke (fluke = patte). Elle a été introduite ultérieurement en Bretagne par l'intermédiaire des saisonniers bretons.

    Elle est cultivée entre les 2 guerres et jusque dans les années 1980 en Nord Bretagne en zone côtière dans le département des Côtes-d'Armor (pas dans le Goëlo), sous le nom de Duke, dans le Nord Finistère sous le nom de Streo du et dans la région de Saint Malo où la production est un peu plus tardive et où elle porte le nom de Géante de Saint-Malo ou Fluke.

    Le commerce ne fut pas toujours florissant (décret Gilmour du 15 décembre 1931, interdisant pour cause de présence de doryphore en France l’entrée de pommes de terre en toute saison).

    Physiologiquement cette variété est plutôt tardive, mais les pratiques culturales, notamment la production du plant qui est planté tôt et récolté non "mûr" permettent de planter un tubercule physiologiquement très incubé. (Il va produire rapidement des tubercules fils mais en moindre nombre). Cette variété supporte bien l'incubation. Quand elle a été régénérée, on considérait qu'il fallait 2 années de multiplication pour retrouver son état physiologique d'avant."

Références documentaires

Bibliographie
  • PRIGENT, Guy. "La Duke ou Royal Kidney, l'épopée d'une pomme de terre fermière, de l'Angleterre aux côtes du Trégor" in Savez-vous goûter... les tubercules sous la direction de Danièle Mischlich, Les Presses École des hautes études en santé publique (EHESP), 2017, p. 123-124.

Liens web

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