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Les châteaux, manoirs et demeures de la commune de Mordelles

Dossier IA35131070 réalisé en 2017

Fiche

D'après ses recherches menées au début du 20e siècle à partir des registres des réformations anciennes de la noblesse, Paul Banéat mentionne et localise 31 manoirs et châteaux sur l'actuel territoire communal de Mordelles. Ce chiffre révèle une densité très importante de ces édifices durant le Moyen Age et l'Ancien Régime, si l'on considère que l'auteur a recensé en moyenne 6 manoirs par commune en Ille-et-Vilaine.

Mordelles est à l'image de plusieurs communes rurales qui s'inscrivent historiquement dans le cadre péri-urbain de Rennes. La proximité avec un centre urbain actif dès le Moyen Age, a permis le développement de paroisses importantes. Cette forte implantation de la noblesse rurale s'explique également par un réseau routier déjà dense à cette époque, favorisé par le tracé de l'ancienne voie royale Rennes-Vannes qui traversait la paroisse de Mordelles.

À cela s'ajoute un contexte topographique caractérisé par de grands plateaux propices à l'installation d'exploitations agricoles gérées par les différents domaines seigneuriaux. D'un point de vue paysager, l'importante étendue forestière ceinturant autrefois la capitale bretonne, constituait une ressource non négligeable pour la noblesse locale. Au même titre que les forêts, la présence de l'eau est un facteur d'attractivité dans le choix du site pour implanter un manoir.

Il est à noter également une certaine permanence dans l’occupation des sites dont quelques exemples révèlent une implantation seigneuriale remontant au haut Moyen Age. C'est le cas du domaine de Beaumont constitué à l'origine d'une motte castrale comme l'indique le cadastre napoléonien, où un manoir primitif fut édifié à proximité puis remplacé à son tour par un château à la fin du 17e siècle.

A l'instar des autres communes du territoire de Rennes Métropole, un grand nombre de ces manoirs ont été déclassés et transformés en exploitations agricoles, ou sont disparus. Amorcé dès la seconde moitié du 18e siècle, ce phénomène a très souvent fait perdre les signes de noblesse qui caractérisent un site manorial, autant d'un point de vue architectural que paysager. Rappelons cependant que quatre des cinq châteaux encore conservés sur le territoire de Mordelles sont protégés au titre des Monuments historiques.

Une maîtrise de l'espace et du paysage

Le parcellaire

L'étude du cadastre napoléonien, en lien avec la liste des manoirs mentionnés par P. Bénéat, met en évidence une constante du manoir en Bretagne, à savoir la différenciation du parcellaire manorial avec le parcellaire paysan. Dans la plupart des cas à Mordelles, on distingue de larges parcelles au tracé géométrique autour de la résidence seigneuriale, comme au manoir disparu de La Grillonnais. A la différence du morcellement des parcelles paysannes, celles du domaine manorial mettent en avant la volonté de regroupement et de remembrement des terres disponibles. Le dessin des parcelles liées au domaine de La Haichois, traduit un certain degré de maîtrise dans l'aménagement de l'environnement manorial. Aussi, la densité de manoirs sur l'actuel territoire de la commune de Mordelles entraîne inévitablement une certaine proximité qui rompt avec l'isolement dominant pour ce types de demeures nobles. Spatialement, cela se caractérise par de grandes zones faites de vastes parcelles au tracé géométrique cernées par un parcellaire agricole au tracé plus spontané et laniéré. Cette manière d'occuper l'espace est parfois soulignée par des équipements hydrauliques, des talus, des fossés et même des constructions de plan massé installées aux angles des parcelles orthogonales (Beaumont).

Les équipements hydrauliques

La présence de plusieurs rivières, ruisseaux et étangs sur le territoire mordelais a joué un rôle prépondérant sur l'implantation de nombreux domaines manoriaux. Cependant, la seule proximité avec l'eau n'est pas significative,elle réside plus dans sa maîtrise et son utilisation pour un domaine seigneurial. Par l'installation d'équipements hydrauliques, l'eau est d'abord envisagée au Moyen Age et durant l'Ancien Régime comme une source de revenus non négligeable et qui participe à autonomie alimentaire du manoir. A l'image du moulin de Chouan rattaché au château de La Villedubois et du Moulin d'Artois rattaché à la seigneurie du même nom, ces équipements qui, d'un point de vue architectural ne font pas l'objet de soin particulier, jouent néanmoins un rôle important dans l'économie de ces domaines. La possession des moulins et le contrôle des cours d'eau qui les alimentent sont ici d'une importance particulière en raison de la densité des demeures nobles installées à Mordelles, et à une époque caractérisée par l'ambition seigneuriale de toujours mieux délimiter et contrôler l'espace.

Ces équipements hydrauliques se matérialisent également par la présence de douves en eau qui flanquent les différents côtés du pourpris du manoir. A ce titre, le cadastre ancien de 1829 est particulièrement intéressant pour visualiser ces aménagements qui possèdent plus une valeur symbolique de prestige qu'une valeur réelle de défense. Situés à quelques centaines de mètres au sud-est du moulin de Chouan, le château de La Villedubois et ses jardins sont entièrement cernés de douves, dont le tracé respecte le dessin parcellaire. Le cadastre napoléonien met en évidence d'autres exemples qui témoignent d'un phénomène de disparition par comblement des douves en eau. Ainsi, l'ancien manoir de La Grillonnais aujourd'hui disparu, est flanqué de deux longues douves parallèles qui laissent supposer qu'un troisième bras venait fermer au nord la parcelle 423.

Généralement cités dans les états de section et cadastrés comme tels sur le cadastre napoléonien de la commune de Mordelles, les viviers constituent des équipements hydrauliques récurrents des manoirs situés dans le cadre péri-urbain de Rennes. Comme le droit de chasse, le droit de pêche était un privilège seigneurial. Alimentés par des ruisseaux qui traversent le domaine ou même des sources, les viviers participent à l'autonomie et à la diversification alimentaire pour les résidents de la demeure seigneuriale. Ce type d'aménagement contribue également au prestige de la demeure seigneuriale et certains viviers présentent des dimensions importantes comme au château de La Villedubois ou au manoir de La-Haye-de-Mordelles, et sont intégrés à un vaste réseau hydraulique permettant un renouvellement régulier de l'eau.

Les jardins

Une autre constante de la demeure seigneuriale, est la présence d'un ou de plusieurs jardins. Mentionnées ainsi dans les états de section du cadastre napoléonien, ces parcelles recouvrent néanmoins des réalités différentes. Elles peuvent constituer des lieux de plaisance directement rattachées au corps de logis principal pour les propriétaires. Très souvent nommés "le jardin", ces espaces d'agrément sont aussi appelés "le paillasson" et "la terrasse" sur le site de l'ancien manoir de La Haichois. Ces jardins se distinguent des parcelles cultivées et destinées plus spécifiquement aux productions horticoles comme le "jardin de la ferme" à La Haye-de-Mordelles ou le "jardin de la métairie" à Beaumont.

Du manoir au château

Les demeures de plaisance et l'influence des parlementaires rennais

Avec l'implantation du Parlement de Bretagne à Rennes, les environs de la capitale bretonne se parsèment dès le 17e siècle de nobles "maisons des champs". Imaginés comme des demeures de plaisance, ces châteaux appartiennent souvent à de véritables dynasties de parlementaires rennais. Sans chercher à copier explicitement les lignes et le décor du Parlement, les commanditaires siégeant au Palais vont introduire progressivement dans les campagnes rennaises une nouvelle image de la modernité architecturale et de l'apparat.

Daté de 1685 et bâti "à la moderne", le château d'Artois et ses nombreuses dépendances constitue un ensemble de grande qualité. Peu modifié depuis le 17e siècle, malgré l'incendie de 1939, le domaine d'Artois avec son logis classique a très largement conservé son authenticité. Bien que qualifié de "retenue" à la fin du 18e siècle, le château d'Artois n'est pas une simple maison des champs mais une construction imposante, sobre et élégante, d'une grande qualité architecturale à l'image des demeures urbaines du 17e siècle à Rennes.

Le château de La Villedubois est constitué d'un ensemble de bâtiments (logis, chapelle, colombier, communs), construits pour l'essentiel aux 17e et 18e siècles sur le site d'un ancien manoir médiéval, puis remaniés au milieu du 19e siècle. L'intérêt de ce château réside dans son évolution architecturale et dans ses aménagements successifs qui traduisent l'esprit de leur temps en affichant de nouvelles manières d'habiter et d'occuper l'espace. Il est aussi à l'image de ces demeures nobles de la campagne rennaise qui font appel à des modes constructifs locaux et traditionnels (pan de bois et terre crue) tout en s'inspirant des modèles architecturaux et décoratifs développés au Parlement de Bretagne (charpente complexe, décor sculpté et peint).

Les châteaux du 19e siècle

Le 19e siècle correspond à une période de recrudescence des chantiers de construction de châteaux en Bretagne, en particulier dans le département de l'Ille-et-Vilaine. Symbole architectural de la réussite sociale pour les commanditaires, l'emploi du terme "château" se généralise progressivement et recouvre alors une grande variété de constructions. À Mordelles, deux châteaux datent de la seconde moitié du 19e siècle : le château de La Haichois et celui de La Chesnaie.

Toutefois, ces somptueuses demeures ne sont pas des créations architecturales ex-nihilo, mais construites comme à Mordelles sur les sites d'anciens manoirs. C'est le cas notamment du château de La Haichois construit en 1888 au sud d'un édifice détruit datant du 17e siècle et dont l'intérieur intègre certains éléments de décor de l'ancienne demeure comme les lambris.

L'autre particularité de ces châteaux du 19e siècle réside dans leurs emprunts au répertoire stylistique des époques précédentes, révélant à la fois les goûts des propriétaires et le parti-pris des architectes de l'époque. Ainsi le château de La Chesnaie avec son corps de logis central flanqué de pavillons et de tours circulaires porte l'empreinte du style néo-Renaissance développé par l'architecte rennais Jacques Mellet dans les années 1860. Plus tardif, et réalisé par l'architecte Ambroise Baudry dont la carrière s'est principalement déroulée en Égypte, le château de La Haichois se distingue par ses références à l'architecture du 17e siècle, en ce qu'elle renvoie à une période faste de la monarchie.

Les retenues des bourgeois de Rennes

Entre le 16e et le 18e siècle, la bourgeoisie rennaise investit massivement les campagnes alentours. Le bassin de Rennes devient un lieu de placement et de rendement financier pour une élite urbaine qui, peu à peu, supplante auprès de la paysannerie, le pouvoir de la noblesse terrienne.

Les campagnes rennaises se parsèment alors de maisons dites de "retenues" par l'usage d'y "retenir" pour le propriétaire bourgeois un logement et très souvent un jardin d'agrément. Les retenues sont une manière originale d'habiter entre ville et campagne, où des exploitations agricoles sont à la fois des fermes et également des lieux de villégiature. Mais les préoccupations de confort doivent ici se concilier avec celles d'une exploitation agricole entraînant des dispositions particulières pour ce type d'architecture rurale comme la mise à distance des dépendances liées à l'élevage.

Le Pâtis-Colas en Mordelles constitue un exemple intéressant de ce phénomène des retenues des bourgeois de Rennes. Les nombreuses dépendances sont organisées pour ménager deux porches permettant l'accès à deux cours successives. Il y a donc l'idée d'une basse-cour et d'une cour principale face au logis de la retenue. C'est une mise en scène d'un certain apparat issu des anciens modèles architecturaux de la noblesse.

Aires d'études Rennes Métropole, Mordelles
Dénominations château, manoir, demeure
Adresse Commune : Mordelles
Période(s) Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : limite 19e siècle 20e siècle
Décompte des œuvres repérées 12
étudiées 12

Références documentaires

Documents d'archives
  • Dossier de pré-inventaire, Service de l'inventaire du Patrimoine de Bretagne, 1973

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel) : 196 - Mordelles
Documents figurés
  • Archives départementales d'Ille-et-Vilaine : 3 P 5424
Bibliographie
  • Bibliothèque de Rennes Métropole
  • Le manoir en Bretagne, 1380-1600. Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France. Paris : Imprimerie Nationale, 1993. (Cahiers de l'Inventaire ; 28).

  • LAURANCEAU, Elise. Châteaux modernes en Ille-et-Vilaine (XIXe - XXe siècles). Mémoire de D.E.A. sous la direction de Jean-Yves Andrieux, Université de Rennes II, juin 2004.

  • "Le Département d'Ille-et-Vilaine, histoire, archéologie, monuments" / Paul Banéat, Rennes : Librairie Moderne J. Larcher, 1927-1929, vol 1.

  • RIOULT Jean-Jacques, "Châteaux et manoirs", in : Rennes. Mémoire et continuité d'une ville, Paris, Éditions du patrimoine, 2004.

    Bibliothèque universitaire. Université Rennes 2