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Les croix et calvaires de la ria d´Etel

Dossier IA56007469 réalisé en 2009

Fiche

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Les croix et calvaires de la Ria d´Etel

Dénombrement et emplacement

Les croix représentent près de 5% du patrimoine bâti, puisque 122 croix ont été recensées autour de la ria d´Étel et seulement deux calvaires, à Ploemel (cimetière) et à Belz (Ile Saint-Cado). On constate cependant des divergences entre l´est et l´ouest, les plus fortes densités se situant à Locoal-Mendon, Belz, Plouhinec, Ploemel, les plus faibles à Merlevenez et Nostang. Parmi ces croix, 77 croix et les deux calvaires ont été sélectionnés pour étude. Il convient d'y ajouter plusieurs croix disparues signalées sur les plans cadastraux anciens, comme la croix du Bonhomme et la Grosse croix à Ploemel, Kerbernesse à Erdeven, dont la disparition est sans doute à mettre à l'actif d'aménagement des routes aux 19e et 20e siècles. La croix médiévale de Kergouët en Erdeven, connue par un dessin de 1954 d'Yves Coppens a disparu. D'autres, telles les croix de Locqueltas à Locoal-Mendon, de Kervazic à Erdeven, de Kerran ou de Kerbrézel à Ploemel, de Manétro à Kervignac (fig.9), croix au sud de Kergonan à Landaul, de Mane er Hoet à Nostang, croix rue de la croix à Plouhinec, ont été mutilées ou brisées lors de déplacements successifs. Le corpus actuel est donc fragmentaire et parfois dénaturé avec des périodes qui s'échelonnent du haut Moyen Âge au début du 20e siècle. La plupart d'entre elles sont sélectionnées, seules étant repérées certaines croix de la fin du 19e siècle ou du début du 20e siècle, n'offrant pas de caractères particuliers.

La majorité des croix sont isolées en bordure de chemin ou placées à l'entrée des villages (à Kervignac, Trévidel par exemple, fig.10). A Ploemel, l'une d'entre elles, non étudiée et datée 1900, marque la limite paroissiale au nord de Coëtquintin, tout comme la croix de Groëz er Vil marquait la limite entre les paroisses de Locoal et de Mendon, tandis que la croix de Mane Beniguet, aujourd'hui dans l'eau, qui marque la même limite semble plutôt commémorative (fig. 15). Certaines croix situées dans des hameaux accompagnent des chapelles existantes (Erdeven, Loperhet, Locoal-Mendon, Le Moustoir, Landévant, Locmaria-er-Hoet, Ploemel, Locmaria, Plouhinec, chapelles de Kervarlay et Saint-Cornély) ou disparues (Ploemel, Locmiquel et Kergal, Plouhinec, croix du Mezat Bras). Les croix ou calvaires situées dans les anciens cimetières autour de l'église ont souvent été déplacés dans le cimetière actuel (calvaire de Ploemel fig.18, croix de Belz, Erdeven, Landaul).

Matériaux

Toutes les croix sont taillées dans du granite. Quelques exceptions cependant, dont trois à Plouhinec : la croix datée 1873 érigée dans le cimetière lors du déplacement de ce dernier, est réalisée en marbre noir, un matériau très exceptionnel pour la région (fig.26). Quant à la croix de Saint Guillaume (fig.27), elle est construite dans un mauvais béton en 1934 pour commémorer une mission, comme la croix de Locquénin vers la même époque. On notera également les croix de mission en bois disparues, sauf à l'église d'Erdeven et celle de Landévant.

Datation et commanditaires

Au contraire des chapelles, souvent supports de blasons sculptés, on connaît rarement les commanditaires de ces croix ; pourtant au 16e siècle, trois d´entre elles érigées par des familles nobles portent leur blason : le calvaire du cimetière de Ploemel, marquée du blason des Chohan (fig.19), la croix de la Rabine (Landaul, fig.11), par la famille de Malestroit, seigneurs de Kerambourg tout proche, ou encore la croix de Kerrio (Kervignac, fig.7) dont le blason écartelé n´est pas encore identifié. Deux autres croix portent un calice, marque d´un commanditaire ecclésiastique (Ploemel, croix de Kermarquer, fig.21, Erdeven, la croix Cordier, aujourd´hui disparue).

Très peu de croix portent des dates, celles-ci étant majoritairement des 18e et 19e siècles, à l'exception de quelques croix datées de la 2e moitié du 17e siècle, époque de marquage du territoire suite au concile de Trente : 1667 pour la croix sur la D781 à Plouhinec, 1676 à Ty-er-Chir en Locoal-Mendon (fig. 14) et 1695 pour la croix du cimetière de Landaul.

On relève cependant plus de dates portées pour le 18e siècle : 1700 pour la croix de Mane Golern à Kervignac, 1732 (et 1812, date de remontage) pour la croix de Locmaria-er-Hoet à Landévant, 1742 (croix de Kerlavart à Erdeven), 1750 (croix au Vieux Bourg de Nostang, fig. 16), 1746 (Sainte-Marguerite), 1760 (Kerdenot), 1775 (Lanitré), ces trois dernières à Locoal-Mendon, ainsi que 1751 sur la Croix dorée (Pont-Fol en Ploemel). Les dates du 19e siècle correspondent pour la 1ère partie du siècle au relèvement des croix après la période révolutionnaire. On en trouve surtout à Belz : 1813 à Saint-Cado, 1819 à Kervoine, 1833 sur la croix de mission de l'église, 1857 à Crubelz. A Etel, la date de 1851 sur la croix du cimetière, à Erdeven 1851 sur la croix de mission au bourg, 1844 sur la croix Cordier. A Locoal-Mendon, les dates de 1807 à Penpont et 1821 sur une croix au bourg. A Landévant, 1821 sur la croix de Bot-er-Bolor et à Sainte-Hélène, 1836 sur la croix route de Merlevenez. Plusieurs croix de cimetière sont datées de la translation des cimetières : Plouhinec, 1873, Belz, 1882, Landévant 1893, Kervignac 1903.

Les périodes d´érection des croix du territoire sont très diverses et s´étalent de l'époque pré-romane (stèles christianisées) au début du 20e siècle. Parmi les 175 stèles de l´Âge du Fer, autrefois dénommées « lec´hs », recensées autour de la ria d´Étel lors de l´inventaire réalisé en 1987 par Daniel Tanguy, certaines ont été christianisées, la plus remarquable étant la quenouille de Brigitte, que d´aucuns considèrent comme un menhir, implantée à l'entrée de la presqu'île du Plec (fig. 13) ; la plupart consistent cependant en simples monolithes plus ou moins régulièrement taillés sur lesquelles une croix est soit gravée (Landaul, stèle de l´église, fig.10, Locoal-Mendon, croix à Locoal, stèle de Prostlon), soit implantée au sommet, (Plouhinec, croix de Kermainguy, Erdeven, croix de Loperhet, Belz, croix de Trébointel et croix de Roc´h Ler, fig.1, Locoal-Mendon, croix de Lanitré). Parfois, comme au Moustoir en Locoal-Mendon, une stèle et une croix médiévale sont associées.

Structure et décor

En partie méconnues, les croix de la période médiévale sont d´un intérêt majeur en raison de leur nombre et de leur qualité. Ce nombre très important (19), est à mettre en relation avec une christianisation précoce du territoire qui se traduit entre autre par l'implantation d'un ermitage sur les îles de Saint-Cadio et de Locoal. Il est difficile de leur attribuer une date, estimée entre le 7e et le 12e siècles selon les auteurs. A l´exception de trois croix de Plouhinec, elles sont plutôt localisées à l´est du secteur, Belz, Erdeven, Ploemel, Locoal-Mendon. En granite monolithe, leur forme est caractéristique : trapues, plusieurs au fût renflé semblent issues de mégalithes retaillés (croix de Kergal à Ploemel, de la Madeleine à Belz, croix Audran et croix au sud du bourg à Plouhinec). Peut-être un peu plus tardives, les croix monolithes à bras courts pattés accompagnent parfois une stèle de l´Âge du fer, « resacralisant » le lieu comme face à la chapelle du Moustoir (Locoal-Mendon), au prieuré de Locoal, ou à la chapelle de Kerclément (Belz). Parfois déplacées, elles peuvent être insérées dans un mur-talus comme la Croix-Jean (Belz, fig.2), ou celle de Kergal (Ploemel, fig. 22), ou remployées, dans la fontaine de Kervener à Plouhinec, croix de Mane Bleï et de Croez Ven déplacées dans le monument du Quiniec à Ploemel. On citera encore les croix de la chapelle de la Madeleine à Belz, Lanitré et du Moustoir à Locoal-Mendon, croix du Mezat Bras, croix Audran à Plouhinec, croix de Kerganiet, de Locmiquel à Ploemel. Quelques-unes portent une croix gravée (La Madeleine, Kervilaine, Lanitré). Inspirée du gothique, la grande croix de Mane Bleï à Ploemel (fig. 20) arbore un croisillon curviligne percé d'un trou losangé en son centre et ornée d'une fausse traverse. Une inscription partiellement indéchiffrable est gravée le long de son tronc, comme sur le monument de Prostlon à Locoal. Cette croix se rattache à une série de croix peut-être un peu plus tardives (15e-16e siècles), exclusivement rencontrées dans l´est de la ria, caractérisées par des bras à bords curvilignes tréflés, comme la croix de Kervazic à Erdeven, les croix du Coedo, l'Istrec, Penpont (fig. 30), Kerbonaccueil et Kerhel à Locoal-Mendon avec un losange percé ou tracé au centre du croisillon, ou en variante la croix de Langombrac´h (Landaul) dont le croisillon à bras tréflés s´orne d´un Christ.

La structure des croix est plus ou moins fixée à partir du 16e siècle : soubassement, socle, fût et croisillon, qui est le siège de la sculpture souvent limitée à l´effigie du Christ.

Deux croix en bâtière du 16e siècle, dont l'une à l´état de vestige ont été repérées, à Erdeven la croix de Kerangre (fig. 10) et à Ploemel : de cette dernière mentionnée et décrite par l´abbé Le Tallec, seule semble émerger d´un talus une pierre à l'entrée d'un champ sur la route de Belz à Auray. Pour cette période, les exemples les plus remarquables se situent à Ploemel : le calvaire du bourg (fig. 18), offert par la famille Chohan dont les armes figurent sur un blason à la base du croisillon, ainsi que la croix de Kermarquer, offerte par un prêtre (fig. 21). On citera également la croix de Kerambourg (Landaul) quoique remontée après la Révolution, dont la sculpture du Christ est très soignée, ainsi que la croix armoriée de Kerrio de Kervignac, dont la particularité est le nœud cubique qui porte les blasons armoriés sous le croisillon (fig.7).

Dans les siècles suivants, les croix deviennent très simples, sans nœud sous le croisillon, la croix simplement chanfreinée ou carrée reposant directement sur un soubassement le plus souvent carré en pierre de taille (Locoal-Mendon, croix de Ty-er-Chir datée 1676, croix sur la RD 781 à Plouhinec, datée 1667). Datée 1813, la croix de Saint-Cado en Belz, au fût écoté constitue une exception (fig.4). Les croisillons sont nus ou ornés d'un Christ plus ou moins schématique. Le coeur vendéen, présent plusieurs fois à Belz et sur une croix à Sainte-Hélène rappelle l'attachement fort du pays à la chouannerie.

Dans l´ouest du Morbihan, se généralise au début du 19e siècle le soubassement en forme d'autel galbé en pierre de taille : les deux plus remarquables sont, à Plouhinec, la croix dite des apôtres (dont têtes et noms figurent en relief sur le fût), copie de celles faites dans le pays de Baud et Pontivy par les frères Cabedoche de Melrand, à qui cette croix fut peut-être commandée ; le second est le calvaire de Saint-Cado daté 1832 (fig.3) : sur un escalier monumental à trois volées convergentes, aux angles marqués par des piliers carrés surmontés de pinacles à têtes d´angelots. Une seule autre croix de ce type porte une date, celle de Sainte-Hélène (1836), déplacée du cimetière et remontée avec un croisillon moderne. Enfin, au milieu du 19e siècle, plusieurs croix de mission sur cette forme de soubassement sont érigées dans les bourgs de Belz, Ploemel, Erdeven, Sainte-Hélène, ou encore Landévant (soubassement droit) généralement adossées aux églises ou chapelles. La croix d'origine, sans doute en bois et encore conservée à Erdeven (fig.31) et Landévant, a disparu (Ploemel) ou été remplacé (Belz, Sainte-Hélène).

Pour la fin du 19e siècle, quelques croix méritent encore d´être signalées. Déjà mentionnée pour le marbre qui la constitue, la croix du cimetière de Plouhinec datée 1873 (fig.26), malheureusement non signée, est d´un modèle atypique sur le territoire, par son fût monolithe renflé et par sa croix nervurée aux extrémités redentées. Datée 1893, date de la translation du cimetière, la croix de l´enclos funéraire des Perrien à Landévant (fig.12), à la hampe fleuronnée ajourée est peut-être attribuable aux finistériens Donnart ou Larchantec par son influence néogothique.

De ce tour d'horizon, on mettra en évidence les croix médiévales et en particulier pour leur caractère exceptionnel la stèle de Prostlon (fig.30) et celle de Sainte-Brigitte (fig.13), mais aussi les croix associées à des stèles (Locoal-Mendon), les croix monolithes de Ploemel et Plouhinec. Les nombreuses croix des 16e et 17e siècles sont surtout situées dans l´ouest du terriroire (Sainte-Hélène, croix dite de Pen Mezet, fig.28). Quant à la croix de Mane-Bleï (fig.20), il s´agit d´un remarquable unicum sur le territoire, tout comme le calvaire du cimetière de Ploemel, à la sculpture de qualité. Enfin la croix des apôtres à Plouhinec reste exceptionnelles parmi les croix du 19e siècle.

Aires d'étudesRia d'Etel
Dénominationscroix monumentale, calvaire
Période(s)Principale : Temps modernes
Mursgranite
Décompte des œuvres repérés 124
étudiées 79