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Les maisons et fermes dans la commune de Coatréven

Dossier IA22132257 réalisé en 2018

Fiche

Un habitat dispersé :

A l'exception du bourg et des hameaux de Lochrist et Prat Lédan, l'essentiel du territoire communal se caractérise par un habitat dispersé, constitué dans une très grande majorité de fermes isolées ou regroupées dans de petites hameaux composés d'une à trois unités de vie disposant chacune de dépendances agricoles. Sur les 192 éléments recensés sur le territoire communal, la grande majorité du patrimoine bâti est constituée de fermes (82) et de maisons (61), répartis entre le bourg et les 66 lieux-dits que compte la commune.

Cet habitat dispersé peut s'expliquer d'une part, par la présence d'un réseau hydrographique dense ponctué de nombreux points d'eau (puits, fontaines) destinés aux besoins quotidiens, d'autre part à la présence de nombreuses terres arables ainsi qu'un réseau ancien de routes et de chemins.

La richesse de la terre :

Territoire à dominante rurale, le développement de la commune est en partie lié à la qualité de ses terres agricoles. En 1843, Ogée signale que sur les 913 hectares que compte la commune, 729 hectares sont exploités en terres labourables, 59 hectares en prés et pâturages, et 9 hectares en vergers et jardins. Selon le recensement agricole, 589 hectares sont des terres labourables en 2010.

L'activité linière :

La richesse de ces terres, propices à la culture du blé et du lin, transparaît dans de nombreuses fermes (Convenant Person, Kerguézennec...). Sur le cadastre de 1834 figurent vingt-six routoirs, qui attestent de l’existence de cette activité. Un routoir, ou bassin à rouir, est maçonné et pavé en pierre, généralement de forme rectangulaire et à ciel ouvert. On y pratiquait ce que l'on appelle le rouissage, action qui consiste en la séparation de la tige de lin de son écorce, par immersion dans l'eau. Malgré une interdiction de cette pratique à la fin du 19e siècle pour cause de pollution des cours d'eau, le recensement de population de 1906 nous apprend que certains habitants vivent encore de cette activité au début du 20e siècle (Cf. dossier sur la thématique de l'eau dans la commune). Aujourd’hui, beaucoup de ces bassins ont disparu ou sont voués à disparaître du fait de l'absence d'usage.

Un paysage de bocage :

Représentatif des paysages ruraux du Trégor, le territoire communal était largement marqué Jusqu'à la fin des années 1970 par son paysage de bocage, comme nous pouvons le voir sur les photographies de 1977. A Coatréven, de nombreux talus-murs étaient présents le long des chemins et routes. Constitué pour deux tiers d'un mur de pierre sèche et pour un tiers de terre, un talus-mur a pour rôle de borner et fermer les parcelles, de favoriser l'irrigation et protéger les cultures, ainsi que d'éviter l'errance des animaux. Souvent plantés d'arbres, ces derniers pouvaient également servir à se fournir en bois de chauffage. Suite au remembrement de 1981, certains talus-murs et chemins creux ont disparus pour laisser place à des parcelles plus grandes et de moins en moins encloses.

Cette richesse peut également s'expliquer par le système d'exploitation des terres agricoles sous l'Ancien Régime, dit à domaine congéable.

Le domaine congéable :

Le domaine congéable est un mode de jouissance du sol où le seigneur, propriétaire foncier, concède des terres à un exploitant (appelé aussi convenancier) contre une rente assez modeste et des corvées. Ce dernier possède alors les édifices et superficies (bâtiments et sols), tandis que le seigneur conserve la possession du fonds, pour lequel l'exploitant verse un loyer. En fin de bail, le propriétaire peut congédier le convenancier, à condition de lui rembourser la valeur des biens.

Très répandu en Basse-Bretagne, ce mode d'exploitation des terres agricoles a laissé de nombreuses traces dans la toponymie, particulièrement dans le Trégor. A Coatréven, neuf lieux-dits ont gardés dans leur toponyme le terme "convenant (Convenant an Iliz, Convenant Héry, Convenant Ijigabel, Convenant Luron, Convenant Meudec, Convenant Milin Gaz, Convenant Person, Convenant Runion et Convenant Sant). Ils étaient seize en 1834.

Les maisons et fermes :

Des éléments anciens :

Quelques traces d'un habitat rural antérieur au 19e siècle sont visibles sur le territoire, de manière assez minoritaire. Les bâtiments les plus anciens se trouvent être les anciens manoirs : La Villeneuve, Le Manoir et Kermerrot, datant de la fin du 15e-début 16e siècle. Concernant les maisons et fermes, quelques édifices conservent des parties anciennes des 16e (Pont-Losquet), 17e (Poull ar Raned) et 18e siècles (Kerguézennec, Lochrist, Kerarhant, le presbytère, etc.).

Un renouvellement de l’habitat au 19e siècle :

Après la Révolution, de nombreux paysans enrichis (anciens convenanciers) rachètent des terres à partir de la fin du 18e siècle. Cette richesse liée à la terre, plus seulement réservée à la noblesse, constitue une nouvelle élite rurale dans le Trégor. Au cours du 19e siècle, ce dernier va connaître une vague de construction ou de reconstruction de l'habitat. Les nombreuses grandes fermes de cette époque qui parsèment le territoire communal, illustrent ce phénomène social et économique (fermes de Convenant Person, Keranroux, Kerjouron, Kermorvan, etc.).

Organisées généralement en alignement ou en U autour d'une cour, ces fermes ses composent de nombreuses dépendances agricoles et de grands logis à étage, aux façades ordonnancées à trois, cinq, sept ou encore exceptionnellement à neuf travées. Le logis conserve parfois son sol dallé, comme à Kermorvan, Mez ar Lan ou encore au Manoir. La ferme peut posséder un puits dans sa cour (Kerbiriou, Le Ménec, etc.) et plus rarement un jardin potager enclos, comme c'est le cas aux fermes de Convenant Person, Mez ar Lan, et au Manoir. Parfois close, l'entrée des cours peut être marquée par des piliers sculptés (Convenant Ijigabel).

De nombreuses fermes de taille moyenne, moins longues et parfois sans étage, reprennent ces mêmes caractéristiques et cohabitent avec ces grandes fermes sur le territoire (Crec'h Moal, Kerlouët, Poul Gat, Prat Lédan, etc.).

Les matériaux de construction :

Le sous-sol de la commune est essentiellement composé de granite et de schiste dans sa partie sud. A Coatréven, les pierres utilisées se présentent généralement sous forme de moellon de granite et de schiste pour les constructions traditionnelles. Les pierres d'angle et d'encadrement sont quant à elles taillées presque exclusivement dans du granite. Un seul bâtiment fait exception à la règle, la ferme Keramic, qui possède des encadrements en schiste. A partir de la seconde moitié du 19e siècle, nous retrouvons également la brique dans les constructions, notamment pour l'encadrement des ouvertures.

La plupart des toitures sont aujourd’hui couvertes en ardoise, mais quelques bâtiments comme à Lochrist ou Crec'h Hernic ont conservés leur couverture en tuile anglaise, importée depuis la seconde moitié du 19e siècle par voie maritime.

Sur l'ensemble des fermes et maisons recensées sur la commune, trois ont été sélectionnées pour étude (Convenant Person, Kermorvan et Le Manoir) en raison de leur représentativité, de leur authenticité ou au contraire de leur caractère exceptionnel.

Aires d'études Schéma de cohérence territoriale du Trégor
Dénominations maison, ferme
Adresse Commune : Coatréven

Annexes

  • Liste des inscriptions et millésimes des maisons et fermes de la commune :

    17e siècle

    Poull ar Raned : "Y : BOUBINET 1658"

    Convenant Person (remplois) : 1664

    18e siècle

    Lochrist : "LAN : 1714"

    Kerguézennec : "F[ait] F[aire] P[ar] H[onorable] S[ieur] LE BEZU ET F. LE MOAL SA FEMME LAN 1724"

    Kerarhant : 1749

    Keramic : 174?

    Toul ar Hoat : 1768

    Presbytère : 1770

    Milin Goz : 1776 et 1928

    19e siècle

    Kertanguy : 18??

    Kerlivizic : 18?1

    Le Manoir : "FAIT FAIR PAR O[livie]R CRECHIOU", 1809 et 1812

    Kerjouron : "F[ait] P[ar] LOUIS MASSON M.Y POTIN 1814"

    Pont-Losquet : 1826

    Prat Lédan : 1830

    Convenant Ijigabel : 1830 et 1843

    Crec'h Bider : 1831

    Penn ar Hra : 1841

    Crec'h Moal : 1845

    Kerlouët : 1868

    Lochrist : 1885

    St-Avel : 1895

    20e siècle

    Mez ar Gaezc : 1900

    Kertanguy : 1931

    Monogramme du Christ JHS/IHS (Jesus Hominum Salvator : Jésus Sauveur des hommes)

    IHS : Pont-Losquet

    JHS : Croaz an Quemener, Le Ménec, Mez ar Lan, 3 rue de Ker Hir

Références documentaires

Documents figurés
  • Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3P042_001