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Les maisons, fermes et écarts de la commune de Brennilis

Dossier IA29003353 réalisé en 2008

Fiche

CONDITIONS DE L´ENQUÊTE.

L´enquête de terrain a été réalisée en 2008, en intégrant quelques éléments recueillis en 1969 lors d´un pré-inventaire succinct.

Ce dossier collectif vise deux objectifs : appréhender une « famille » d'édifices représentés en grand nombre et dégager les caractères communs ou spécifiques à cette famille. Reflétant une sélection raisonnée sous forme d´échantillonnage, certains éléments, jugés représentatifs et pas ou peu dénaturés, ont été traités en dossiers individuels.

Environ 65 édifices sur un total de 316 immeubles (chiffres INSEE 1999), soit environ 20 % du bâti, ont été répertoriés. Au sein de ce corpus, 12 oeuvres (édifices individuels ou hameaux entiers) ont fait l'objet d'un dossier individuel alors que 53, simplement repérées, ont été systématiquement illustrées, soit dans un dossier « hameau », soit à la suite de ces observations générales.

Au sein de certains hameaux, entités spatiales ou historiques cohérentes et significatives, plusieurs édifices ou ensembles d´édifices ont pu être retenus.

Les maisons situées au chef-lieu de commune, en raison de leurs spécificités ou leur caractère tardif ou répétitif, n'ont pas été traitées ici ; les observations les concernant ont été intégrées dans le dossier « bourg ».

La synthèse qui suit concerne uniquement l'habitat rural proprement dit, c'est-à-dire les maisons et fermes isolées ou situées en écart ainsi que des hameaux entiers lorsque aucun élément ne méritait, à cause des remaniements successifs, un traitement spécifique.

CONTEXTE HISTORIQUE ET ÉCONOMIQUE.

La topographie du secteur apparaît partiellement sur la carte de Cassini (vers 1770) ainsi que sur les premiers relevés cadastraux de 1813 qui reflètent encore largement le parcellaire et le bâti des siècles précédents. Le réseau des voies de communication et les structures des hameaux, en place en 1813, ont perduré pour l´essentiel. Certains tracés de chemins ont été abandonnés ou modifiés depuis le milieu du 19e siècle, surtout après le détachement de Loqueffret, en 1884 : au sud, en traversant la rivière de l´Ellez, entre Cosforn et Kermarc (Loqueffret), Nestavel et Forc´han (Loqueffret), Kerflaconnier et Kerguévenou (Loqueffret), tout comme autour de Kerrannou, au sud-est ou entre entre Kervéguénet et Botbihan (La Feuillée) au nord ou Leintan et Kerelcun (La Feuillée) au nord-est.

Les chiffres avancés par Ogée en 1843 relatifs aux terres labourables, prés, pâturages, bois et landes concernent la totalité du territoire de Loqueffret dont Brennilis, non traité individuellement, faisait alors partie. Toutefois, les landes et les marais (tourbières) étaient, et sont toujours, prédominants dans la moitié ouest du territoire communal alors que la partie est se prête davantage à la culture et à l´élevage.

En 1906, la population de Brennilis atteint, avec 1142 habitants, son niveau le plus élevé, fait en rapport direct avec la construction ou reconstruction partielle de l´habitat rural (Ploénez, Keriou, Kerflaconnier, Kermorvan, Kerrolland).

La carte de localisation des édifices recensés montre des implantations nettement plus nombreuses dans la frange centrale et orientale de la commune alors que l´ouest correspondant aux landes et aux marais, est dépourvu d´habitat.

Des résultats observés, et plus particulièrement des chronogrammes, se dégagent plusieurs tendances situant le corpus des constructions rurales dans une chronologie allant du premier quart du 17e siècle (Ploénez, 1622) aux années 1928. On constate l´absence de témoins antérieurs au 17e siècle, bien que les travaux historiques et des résultats de fouilles révèlent une occupation de certains sites dès le 11e siècle (Karaes Vihan), et surtout dès les 15e ou 16e siècles pour les métairies nobles (Kerrannou).

Une partie du bâti ancien a connu, suite à la déprise agricole à partir des années 1960, un délaissement progressif suivi de réhabilitations ponctuelles. Entre la perte d´un patrimoine vernaculaire intéressant et sa réhabilitation, les réalités sont multiples : on assiste aussi bien à des disparitions (Cosforn, Keriou), à une érosion forte pouvant aboutir à court terme à des disparitions (Nestavel Bihan, Kergaradec, Kerhornou, Kervéguénet, Ploénez) ou encore à des réhabilitations (Leintan).

LES COMMANDITAIRES.

Certaines implantations médiévales, parfois disparues comme Karhaes Vihan, reposent sur l´initiative de seigneurs ecclésiastiques comme les cisterciens du Relec (Plounéour-Ménez) ou les hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (La Feuillée). Certaines familles nobles dont les seigneurs du Rusquec (manoir éponyme en Loqueffret) font bâtir des fermes et des métairies qu´ils font exploiter par des fermiers (Kerrannou). Quant aux inscriptions figurant sur les bâtiments et révélant le nom des bâtisseurs, elles sont exceptionnelles ; un seul exemple a été localisé à Kerhornou (Rolland, 1838).

COMPOSITION D´ENSEMBLE.

La majorité des édifices se situe au sein de villages à l'origine composés de plusieurs exploitations agricoles disposant chacune de dépendances et donnant sur des espaces ouverts ou des voies de passage. Kerhornou, Kermorvan et surtout Ploénez se distinguent des autres écarts de la commune par leur ampleur et le nombre d´édifices regroupés, avec la pérennité d´espaces publics très anciens. Les abandons ou transformations récentes des parties agricoles (étables, écuries, granges) masquent souvent les fonctions et dispositions d'origine. En règle générale, les dépendances sont dissociées du logis et se situent autour d'une cour.

5 PUITS (repérage non exhaustif) ont été localisés (Kermorvan, à l´est de Kermorvan, Nestavel Bas, Nestavel Bihan, Leintan). Cette faible récurrence indique un taux de disparition important. De structure semi-circulaire ou carrée, construits en moellon de schiste et de granite, ils sont couverts de dalles d´ardoise parfois remplacées par une couverture en fibrociment. Bien qu´en mauvais état, le puits de Leintan, partiellement en grand appareil de granit, mérite conservation et mise en valeur.

Deux FOURS A PAIN (Nestavel Bihan, Ploénez) et un FOURNIL (Kerflaconnier), petit bâtiment abritant le four, ont été répertoriés. A Ploénez, la cheminée d´un ancien logis déclassé à été tardivement aménagée en four à pain. Le taux de disparition de ces édicules est sans doute important.

Quant aux GRANGES, seulement deux exemples ont été retentenus, correspondant aux deux types du secteur : avec une porte charretière en pignon (Kerhornou) et avec porte charretière placée au centre de la façade (Nestavel Bihan).

MATÉRIAUX ET MISE EN OEUVRE.

L´usage du granite d´extraction locale est prédominant, en moellon pour le gros oeuve, la pierre de taille étant réservée à l´encadrement des baies et des chaînages d´angle (Nestavel Bihan, Rozvéguen, Kerveur). A Nestavel Bihan et Nestavel Bras, des pierres portant un décor sculpté (coeur et trèfle), insérées dans les façades (fin 19e-début 20e siècle), semblent correspondre à la signature d´un maçon. L´enduit, présent pour le bâti tardif (Nestavel Bihan 1923, Kerhornou, Nestavel Bras), semble exister pour des constructions plus anciennes (Kergaradec, fin 18e siècle). Aujourd'hui, la carrière de granite de Roz Pérez, située entre Ploénez et Rozvéguen et près des limites communales avec Locmaria-Berrien et Huelgoat, est toujours en activité.

STRUCTURE ET TYPLOGIES.

Dans ce secteur d´élevage et dans une moindre mesure de cultures, les constructions rurales s´inscrivent dans deux grandes catégories, 'l´habitat mixte', caractérisé par la cohabitation des hommes et du bétail sous le même toit, et le 'logis indépendant', défini par l´absence de cohabitation entre hommes et animaux. Pour l´habitat mixte, suite aux transformations successives, les fonctions d´origine ne sont pas toujours lisibles, sauf, par exemple, à Kerhornou (daté 1862) et à Kergaradec. En place dès l´époque médiévale comme le prouvent les fouilles de Karaes Vihan, cette catégorie correspond au bâti le plus ancien mais rares sont les édifices conservés.

LOGIS INDEPENDANT.

Les maisons à avancée . Elles rentrent en grande partie dans la catégorie des logis indépendants (absence de cohabitation entre hommes et animaux), même si l´analyse doit prendre en compte les modifications intervenues au cours du temps ; la présence de trous d´attache ne plaide pas systématiquement en faveur d´un habitat mixte d´origine. Beaucoup de maisons de ce type étaient uniquement réservées à l´habitation, avec, parfois, une cloison séparant la salle du cellier utilisé tardivement comme étable (Kerhornou).

Avec plusieurs variantes, la maison à avancée, caractéristique d´une grande partie des campagnes du Léon et de la Cornouaille, est présente à Brennilis. Il s´agit d´un logis de plan rectangulaire avec un avant-corps de faible largeur ; la partie portée en avant de l'alignement, généralement sur la façade principale, se nomme avancée ou avant-corps (apoteiz en breton). Ces logis ont certaines caractéristiques en commun : les fenêtres de l'avant-corps sont généralement décalées vers le pignon abritant le foyer en raison de l'aménagement intérieur (place réservée à la table, aux bancs, aux armoires et lits-clos).

Dans cette catégorie, on peut distinguer deux types, la maison en rez-de-chaussée (ou à comble à surcroît), et la maison à étage. Ces deux types se déclinent, à leur tour, en deux et trois variantes qui confèrent aux édifices des morphologies très diversifiées, encore accentuées par deux formes de toitures, le toit rampant ou en appentis et le toit en bâtière.

Environ 14 maisons à avancée ont été localisées, soit 26 % de la totalité des maisons rurales repérées. Elles ont été bâties entre la première moitié du 17e siècle (Ploénez 1622) et la fin du 18e siècle (Kergaradec).

Les avancées sont majoritairement situées sur l´élévation principale, l´emplacement en façade postérieure est marginal mais existe à Ploénez. La concomitance d´une avancée et d´un escalier de distribution extérieur n´a été observée qu´à Nestavel Bihan.

Les maisons à avancée en rez-de-chaussée ou à comble à surcroît  : sur un total de 11 bâtiments repérés, 6 ont un toit en bâtière et 5 un toit rampant. Ce type, majoritaire, représente près de 80% du corpus.

Les maisons à avancée à étage  : elles sont minoritaires ; sur un total de 3 édifices repérés, 1 a un toit en bâtière (Kerflaconnier, dénaturé et non retenu), 2 ont un toit rampant (Rozvéguen, Nestavel Bihan).

Les maisons de type ternaire. Environ 50 logis ruraux, en rez-de-chaussée (maison élémentaire) ou à étage à trois travées, soit environ 77 % du total repéré, correspondent à cette catégorie. Ils remontent, pour l´essentiel, à la période allant de 1830 à 1928 (Kerhornou 1838, Kerhornou 1858, Kerrolland 1887, Kermorvan 1890, Kerhornou 1928).

Deux édifices situés respectivement à Roc´h ar Had et Kervéguénet (non repéré car dénaturé) ont été conçus suivant un plan particulier et minoritaire dans le secteur. Le sous-sol, semi-enterré, abritait les parties agricoles (étable, écurie ou cave), le rez-de-chaussée surélevé était réservé à l´habitation. Adaptés à la déclivité du terrain, ils possèdent une double orientation. Des édifices similaires ont été localisés dans les communes de Brasparts, Le Cloître-Saint-Thégonnec, La Feuillée, Plounéour-Ménez et Saint-Rivoal.

COUVERTURES. La quasi-totalité des maisons rurales de la commune est coiffée d'un toit à longs pans, à l'exception des maisons à avancée au toit en bâtière ; dans ce cas, les deux versants de l'avancée sont liés à la charpente principale par une noue. Aujourd´hui, l´ardoise comme matériau de couverture des logis est prédominante alors que le recours à la tôle ondulée ou au fibro-ciment est significatif pour les dépendances ou les logis en attente de réhabilitation ou en déclin. On constate la rareté de couvertures anciennes en ardoises épaisses extraites des monts d´Arrée (Kergaradec, Kerhornou, Nestavel Bras). Les documents anciens et l´enquête de 1969 localisent de telles toitures au Ploénez, Pennarhars ou Nestavel Bihan.

DISTRIBUTION INTERIEURE. Six édifices parmi les plus représentatifs ont fait l´objet de plans schématiques : Kergaradec, Kerhornou, Kerveur (2), Pennarhars et Rozvéguen. Ils permettent de mieux cerner fonctions, distributions, aménagements intérieurs, constantes ou particularités qui caractérisent les constructions rurales de la commune.

Pour les maisons à avancée, deux tiers de la surface du rez-de-chaussée étaient réservés à l'habitation (salle), l'avancée abritant généralement table et bancs ; l'autre tiers servait en général de cellier ou de resserre. Des niches assez hautes et larges, situées entre la cheminée et la fenêtre de l'avancée, servaient à poser un banc semi-encastré (Kerveur, Kerhornou). La présence de saloirs surmontés d´armoires murales encastrés dans l´épaisseur du mur était habituelle. Malgré un taux de disparition élevé, des exemples significatifs subsistent, entre autres, à Kerhornou et Kerveur. Une avancée destinée à abriter le lit-clos (kuz gwele) a été localisée à Kerveur. Sans doute en rapport avec l´augmentation démographique du 19e siècle, le partage d´un ancien logis individuel en deux logements indépendants a été observé à Kerveur et Rozvéguen.

Les linteaux et les corbelets des cheminées sont généralement en bois (Kergaradec, Rozvéguen), rarement en granite comme à Pennarhars.

CONCLUSION. Les maisons rurales traditionnelles de Brennilis, avec un taux de reconstruction notable au cours du 19e siècle, ont connu des remaniements importants. La récurrence de maisons à avancée, un quart du corpus repéré, témoigne, entre la première moitié du 17e siècle et le milieu du 19e siècle, d´une « mode » architecturale largement adoptée dans un vaste secteur des monts d´Arrée. Des réalisations marquantes de l´architecture rurale de la commune, parfois dans un état critique de conservation, subsistent à Ploénez, Nestavel Bihan et Kerhornou.

Aires d'étudesParc Naturel Régional d'Armorique
Dénominationsmaison, ferme, écart
AdresseCommune : Brennilis

Chronogrammes relevés : 1622 ; 1644 ; 1650 ; 1670 ; 1671 ; 1814 ; 1825 ; 1829 ; 1838 ; 1847 ; 1857 ; 1862 ; 1865 ; 1887 ; 1890 ; 1896 ; 1904 ; 1923 ; 1928, soit : 17e siècle : 5. 18e siècle : absence de données. 1ère moitié 19e siècle : 5. 2e moitié 19e siècle : 6.

Période(s)Principale : 17e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Décompte des œuvres bâti INSEE 316
repérés 53
étudiés 12

Annexes

  • SITES ET IMPLANTATIONS DU BÂTI

    La commune de Brennilis doit la qualité de ses paysages à un milieu naturel riche et une pratique agricole laissant la part belle à la nature et au bocage. Peu remembrée et sous une apparente homogénéité, elle inclut divers paysages caractéristiques et reconnus qui lui valent une protection au titre des sites (site des Monts d'Arrée, site pluricommunal, site inscrit par arrêté du 10 janvier 1966).

    MILIEU PHYSIQUE

    Brennilis se situe en plein coeur du massif de l´Arrée, dans la partie sud de la cuvette du Yeun Elez limitée au nord par des crêtes schisteuses et au sud par des dômes gréseux. Le territoire communal qui s´étend sur près de 1870 hectares est composé d´un plateau bocager limité à l´ouest par le lac Saint-Michel et une zone de landes, de tourbières et de marécages qui lui est associée. Cette zone de contact implique une diversité des sous-sols, des sols, des reliefs, des activités, des occupations des sols et des paysages associés.

    RELIEF : il est le résultat de la longue érosion du Massif Armoricain, une ancienne chaîne de montagne très élevée durant l´Ère Primaire. Il n´en reste aujourd'hui qu'une vaste zone composée d´un plateau incliné nord-est sud-ouest et de vallées plus ou moins encaissées, de faible altitude (220 à 280 m).

    GEOLOGIE : le sous-sol de la commune se décompose principalement en quatre catégories. Dans la partie ouest on trouve, au niveau de la zone marécageuse et en lien avec le lac Saint-Michel, des couches de colluvions et des formations tourbeuses du quaternaire. Au nord du lac Saint-Michel, des formations de siltites micacées s´étendent entre les ruisseaux de Roudoudour et de Roudouhir. Des couches d´alluvions et de colluvions arrachées à la montagne au Quaternaire occupent les fonds des vallées et des vallons. Le granite du Huelgoat couvre le reste de la commune, à savoir une vaste majorité du territoire. Par ailleurs, l´acidité des roches, associée aux conditions climatiques (fraîcheur, humidité constante) et un réseau hydrographique omniprésent a pour conséquence le développement de sols spécifiques à ces milieux.

    PEDOLOGIE : quelle que soit la nature du sous-sol, granitique, schisteux ou tourbeux, les sols sont acides, pauvres et plus propices à l´élevage qu'à la culture. Suivant la topographie, l´épaisseur du sol varie, avec un développement plus important en bas des pentes. En fond de vallées, surtout dans la partie tourbeuse, mais également sur substrat granitique, les sols présentent un profil d´engorgement d´eau. Hydromorphes, ils sont en permanence ou périodiquement saturés d´eau (par exemple en ce qui concerne la zone marécageuse).

    UN PAYSAGE DOMINANT : LE BOCAGE

    Jadis recouvert de forêts, le territoire a été, depuis l´Antiquité, progressivement déboisé sous forme d´aires de défrichements épars (clairières). Mais ce n´est qu'à partir du 12e siècle que s´organise un défrichement systématique profitant d´un contexte politique, démographique et technique fort avec l´installation des moines cisterciens de l´abbaye du Relec (Plounéour-Ménez) et des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem à La Feuillée. Grands propriétaires terriens, ils vont mettre en place deux modes de faire-valoir - la quévaise et plus tard le domaine congéable - qui permettent de fixer des populations agricoles sur leurs domaines. La base de la vie agricole du territoire se crée peu à peu, avec un habitat dispersé composé de plusieurs unités agricoles entourées de terres cultivées. Des talus de terres ou de pierre délimitant les parcelles empêchent la divagation du bétail et assurent la protection des cultures. Ces talus marqueront par la suite la propriété privée. Le bois commençant à manquer au 17e siècle, les talus sont alors exploités grâce à la plantation de tous types d´arbres et d'arbustes. L´ajonc et le genêt servant de fourrage et de combustible sont également semés sur certains talus.

    Alternant polyculture et élevage, le mode d´exploitation des terres va peu à peu se transformer avec la mécanisation, l´électrification des campagnes et la mise en place d´une économie de marché après la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1960, le nombre d´exploitants agricoles a considérablement diminué, alors que l´intensification des productions et l´expansion de l´élevage hors sol ont entraîné l´arasement de nombreux talus et le morcellement du maillage bocager comme c´est le cas autour de Kermorvan.

    Certaines terres sont laissées à l´abandon et s'enfrichent, surtout dans la partie nord-ouest, à proximité du lac Saint-Michel. C´est la déprise agricole qui aboutit à la fermeture des paysages.

    LES UNITES PAYSAGERES

    Le terme d´unité paysagère désigne une portion de territoire homogène dont les caractéristiques physiques et humaines (topographie, géologie, relief, activités, occupation du sol) apparaissent de manière constante. Une typologie de ces unités de paysage peut être ainsi définie pour la commune.

    LES ZONES HUMIDES ET LES VALLONS

    Les principaux vallons offrent des paysages doux et variés, donnant souvent l´impression de fouillis végétal qui limite les perspectives visuelles. Il s´agit essentiellement du vallon de Roudouhir qui marque la limite nord-ouest de la commune, en majeure partie occupé par des zones de reboisement (friches en tous genres). Tandis que la vallée de l´Ellez et les vallons des affluents de l´Ellez (tel que celui de Hoaz-Glaz) sillonnent les parcelles de bocage et de boisements parfois parsemées de chaos granitiques dans des ambiances variées. Malheureusement, trop peu de sentiers aménagés permettent une progression en fond de vallée.

    Développée sur sol hydromorphe, la végétation des abords des autres cours d´eau, notamment le ruisseau de Roudouhir et ses affluents (partie est et centrale du territoire communale), le plus souvent composée de joncs, de carex et d´orchidées, est un refuge pour bon nombre d´espèces animales (bécassine des marais, couleuvre à collier).

    LE LAC SAINT-MICHEL ET LA ZONE MARÉCAGEUSE

    Il s´agit d´un lac artificiel mise en eau en 1929, à la confluence du ruisseau de Roudouhir et de la rivière de l´Ellez, au centre de la cuvette du Yeun Elez, lors de la création d´une centrale hydroélectrique. Aujourd´hui d´une surface de 500 ha, il a été utilisé pour refroidir le réacteur de la première centrale nucléaire française (1967-1982). Seule la partie nord-est du lac se situe sur le territoire communal de Brennilis. Il constitue un refuge pour plusieurs espèces de poissons tels que la truite fario et la truite arc-en-ciel, le brochet ayant été introduit par la suite en gestion piscicole. L´acidité de l´eau (pH compris entre 5 et 5,5), sa couleur brune et la faible teneur en éléments minéraux ont pour conséquence une absence quasi-systématique de végétation amphibie. Néanmoins, la zone marécageuse jouxtant le lac correspond à une ceinture inondable dont la végétation se compose essentiellement de laiches et de joncs diffus.

    LES LANDES ET LES TOURBIERES

    La cuvette du Yeun Elez est une ancienne tourbière de dimension importante (environ 5 km d´est en ouest et 3 km du nord au sud) qui s´est formée en plusieurs milliers d´années par accumulation de matière organique (végétale) qui n´a pas pu se dégrader du fait de conditions climatique (froid et humidité) et édaphique (acidité importante du sol). La tourbe peut atteindre des épaisseurs importantes (jusqu´à 5 mètres au niveau de la tourbière du Venec) ; elle était exploitée comme combustible jusqu´à la Seconde Guerre mondiale. Classée Réserve Naturelle, la tourbière du Venec est l´une des trois dernières tourbières bombées de l´ouest de la France. Un sentier de randonnée qui longe le lac Saint-Michel depuis Nestavel Bihan (près du barrage de la centrale) permet une progression au coeur de la tourbière. Des visites guidées sont organisées par la Maison de la Réserve Naturelle et des castors à Brennilis.

    Développée sur sols acides et pauvres, la végétation de ces milieux alterne entre zones de landes et petites tourbières. Elle se compose essentiellement d´ajoncs et de bruyères (pour les landes) ou de sphaignes associées aux linaigrettes ou aux narthécies (pour les tourbières), donnant un aspect sauvage à ce milieu. Ce sentiment est renforcé par une couleur d´ensemble ocre clair, variant selon les saisons et nuancée selon les endroits et les espèces.

    LE BOCAGE

    Cette unité paysagère regroupe deux fonctions : la production (espaces d´activités agricoles) et l´habitation (lieux d´implantation du bâti). On distingue deux types de bocage. Le bocage fermé qui correspond à un maillage serré sur relief mouvementé, comme autour de tous les hameaux en général, et en particulier dans le secteur Kervéguénet, Kerhornou, Keriou, Kerrolland et Kerveur. Le paysage y est fermé, y compris à partir des voies de circulation, le développement des friches contribuant à cette fermeture, comme c´est le cas autour de Kerflaconnier. Les talus sont plus hauts, jouant parfois un rôle de mur de soutènement, et plus boisés, avec une strate arborescente généralement présente (notamment au nord de Kermorvan). Ce type de bocage reste en contact étroit avec les zones humides des vallées (ruisseau de Roudoudour). Il est principalement présent dans des zones de pâturage ; presque toutes les parcelles de bocage, de petite taille, sont utilisées pour l'élevage.

    Le bocage ouvert est présent dans plusieurs secteurs très localisés de la commune comme, par exemple, entre Kermorvan, Ploénez et Cosforn ou encore au sud et au sud-est de Ploénez, au niveau de Kerrannou. Les talus sont beaucoup plus bas et découverts, laissant apparaître la trame distendue du bocage. Les grandes cultures intensives dominent parfois ces secteurs situé sur des points hauts et exposés aux vents forts.

    LES BOISEMENTS

    Les surfaces boisées, diffuses et éparses, se répartissent sur l´ensemble du territoire communal. Cependant, une zone boisée apparaît de manière étendue en limite communale avec La Feuillée, au nord-est de Bellevue et au nord-est de Kermorvan. On distingue des boisements traditionnels de feuillus et des boisements exotiques de conifères éparses occupant des parcelles rectilignes.

    D´une manière générale, l´impact des boisements de conifères sur le paysage est fort. Exotiques, au feuillage persistant et de couleur sombre, les conifères perturbent l´équilibre originel des paysages avec leurs parcelles et leurs cheminements rectilignes qui contribuent à leur aspect artificiel.

    De nombreuses parcelles sont en friches, et plus spécialement au nord-ouest du territoire communal. Ces parcelles était anciennement exploitées en bocage ou en lande mais, du fait de la déprise agricole et de la baisse importante du nombre d´exploitations, ces terres sont laissées à l´abandon.

    Les boisements de feuillus, jadis exploités en taillis pour servir de bois d´oeuvre et de bois de chauffage, sont délaissés.

    L´IMPLANTATION DU BÂTI DANS LE PAYSAGE

    Dans ce territoire de plateau bocager, l´habitat est dispersé sur l´ensemble du territoire communal, à l´exception de la frange nord-ouest occupée par la lande, les tourbières, le lac Saint-Michel et des zones de friches. Principalement localisé dans la partie centrale de la commune, l´habitat est majoritairement regroupé au sein d´une vingtaines de villages dont le bourg. Ces écarts sont de dimensions moyennes comptant entre huit et plus de vingt constructions. Deux d´entre eux, Kermorvan et Ploénez, dépassent la moyenne (20 à 30 constructions) - Ploénez ayant été le chef lieu d´une très ancienne paroisse des Monts d´Arrée.

    De forme généralement concentrique (Kerhornou), les écarts sont composés de plusieurs noyaux plus ou moins distants (Kerflaconnier, Ploénez) et regroupe entre cinq à quinze anciennes fermes. Ceci ne concerne pas le bourg, ancien écart devenu chef-lieu communal ; restreint et de forme concentrique au début du 19e siècle, son développement s´est fait de manière linéaire le long de la route départementale D 36 jusqu´à rejoindre Bellevue, à plus de 500 mètres au nord.

    LES MODES D´IMPLANTATION DU BATI

    Comme partout ailleurs, la population rurale a choisi des lieux d´implantation propices, protégés des vents dominants et des intempéries, proches des diverses sources d´eau. Cependant, suivant la taille des regroupements et leur position géographique, le mode d´implantation varie.

    L´implantation en hauteur de colline s´observe au bourg, à Kergaradec et à Ploénez. Lieu stratégique d´observation, ce mode d´implantation est très ancien.

    L´implantation à mi-hauteur sur versant , entre hauteurs et vallées, est très majoritaire. Lorsque la topographie le permet, les replats ou les sites faiblement pentus sont choisis comme lieux d´implantation où l´habitat peut se développer de manière plus étendue (Cosforn, Kerhornou, Kerrolland, Roc´h ar Had). En cas de relief accusé (Kerflaconnier, Kerveur, Rosvéguen), le bâti s'adapte et se resserre.

    Les fonds de vallée ou de vallon sont les lieux d´implantation privilégiés des moulins et des habitations associées. Seul moulin de Kerstrat suit cette implantation.

  • 20082905484NUCA : , .

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Références documentaires

Documents d'archives
  • A.D. Finistère, 3 P 142. Commune de Loqueffret. Extrait du tableau d'assemblage de 1813, secteur de Brennilis (Dessaux, ingénieur vérificateur, Azémar, géomètre).

  • A.D. Finistère, 3 P 21. Tableau d'assemblage de 1884.

Bibliographie
  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. 1ère édition 1778-1780. Nouvelle édition, revue et augmentée par MM. A. Marteville, et P. Varin, avec la collaboration principale de MM. De Blois, Ducrest de Villeneuve, Guépin de Nantes et Lehuérou. Rennes, 1843, p. 523.