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Les maisons, logis, fermes et dépendances sur la commune de Plouzélambre

Dossier IA22132902 réalisé en 2015

La dispersion de l'habitat rural : des fermes isolées

Avec plus d'une cinquantaine de toponymes, l'habitat est très dispersé à Plouzélambre ce qui témoigne de terres agricoles riches. Un lieux-dit ou hameau se compose le plus souvent d'une à trois exploitations agricoles disposant chacune de dépendances et donnant sur des espaces ouverts ou des voies de passage : chemins ou routes. Seul le bourg de Plouzélambre constitue une petite agglomération autour de l'église.

L’implantation des bâtiments

Plusieurs facteurs conditionnent l’implantation du bâti :

- la présence d'une famille (endogamie géographique).

- la proximité immédiate de l’eau : points d'eau, sources, fontaines et puits. En Bretagne, sa présence partout en abondance a entraîné une grande dispersion de l’habitat rural.

- la présence de terres arables (liors et parc autour des fermes).

- la présence de matériaux de construction (bois et pierres).

- la protection contre les vents dominants d’ouest (pluvieux) et du nord (froids) grâce au relief. Souvent implantés à mi-pente, les bâtiments d’habitation tournent ainsi le dos au vent ; les fenêtres sont uniquement percées dans la façade sud. Autour des hameaux, le bocage permet d’atténuer l’effet du vent. Dans le Trégor maritime, soumis à des vents de nord-est, les logis de ferme sont tournés légèrement vers le sud-sud-ouest.

- l’ensoleillement maximum avec une orientation générale des logis vers le sud. Dans le Trégor intérieur, les logis de ferme sont le plus souvent orientés vers le sud-sud-est ou le sud-est. Si la très grande majorité des logis de ferme est orientée vers le sud, certains logis dérogent à la règle.

- le réseau des chemins et des routes qui conditionne également l’implantation du bâti rural ancien.

- le régime de propriété et le mode de jouissance du sol.

Les différents modes d’exploitation : propriétaire ou "locataire"

Le régime de propriété et le mode de jouissance du sol ont eu un fort impact sur l’organisation et l’implantation du bâti.

  • Le convenant

Ce mode d’exploitation est essentiellement la tenure à domaine congéable (la tenure, ce sont les terres accordées par le seigneur aux paysans). Le domanier ou convenancier est propriétaire des bâtiments et des sols exploités (édifices et superfices) mais non du fonds qui appartient au propriétaire foncier, noble ou bourgeois, à qui il verse une rente assez modeste et réalise des corvées.

En fin de bail, ce dernier peut congédier le domanier (d'où le nom "domaine congéable"), en lui remboursant la valeur des "édifices et superfices" construits et des biens : arbres fruitiers, haies, fossés et talus, productions agricoles. Ce type de bail a participé à maintenir une forte propriété nobiliaire quoique des convenanciers ont pu racheter leurs terres dès la fin du 18e siècle. On estime que les exploitation en "convenants" ont pu accélérer les défrichements dans le Trégor à la fin du Moyen Age.

Quasiment toutes les fermes de Plouzélambre (et plus largement du Trégor) sont des "convenants", les autres sont exploitées directement par le propriétaire. On retrouve la trace des "bails à convenant" dans la toponymie : Convenant Roland Thos, Convenant Gallou, Convenant Imbarder, Convenant Prajou...

  • La métairie

La métairie est une exploitation agricole dépendant d’un manoir dont l’exploitation est confiée à un métayer, exempté d’impôt ou non ; souvent isolée, la métairie peut se détacher des autres fermes par des caractéristiques architecturales.

Maisons et fermes

  • L'importance du bâti ancien

Quelques édifices comportent des éléments architectoniques remontant au 16e siècle comme à Crec'h Menou et à et à Keraël avec des portes en arc brisé. Au lieu-dit, Kermeur Huellan, une fenêtre à traverse associée à une porte en arc plein cintre est datable des années 1580-1600. De nombreux éléments : pignons, façades postérieurs, entourages d'ouvertures et cheminées, attestent d'une occupation ancienne des lieux. Les manoirs de Kerbavé et de Kervégan semblent avoir été déclassés en ferme dès le 17e siècle. A Kerbavé, un logis de ferme - vraisemblablement datable du milieu du 19e siècle - reprend des éléments anciens à savoir deux fenêtres à double accolade typiques du 16e siècle.

Nombreux sont les édifices datables du 17e siècle comme à Ar Roudour (logis à étage), Convenant Rolland Thos (logis déclassé en dépendance), Kerbavé (logis de ferme), Kermeur Huellan (logis et grange), Kerouat (porte arrière d'une ferme et logis daté par millésime de 1663), Keroudot (logis daté de 1660), Run ar Gazel (logis à étage), Toull ar Groaz (avec sa double porte) et Traou ar Woas. Ici, c'est la porte en arc plein cintre et les ouvertures (dans une moindre mesure) qui permettent de dater le bâti. Ces logis de ferme ont le plus souvent été remaniés au fil du temps, voire en partie reconstruits au 19e siècle. Certains logis comportent des millésimes.

Au lieu-dit Keroudot, où une porte est datée de 1660, on peut observer un long bâtiment à usage d’habitation doté de deux kuzh gwele, littéralement le "cache-lit", retrait dans le mur qui permettait d'accueillir le lit-clos. Cet aménagement se manifeste sous la forme d'un petit appentis arrière. Le pignon sud, à forte pente, est également un indice d'ancienneté.

A Toull ar Groaz, la double porte en arc plein cintre d'un logis révèle un habitat mixte associant originellement hommes et animaux sous le même toit. Ce logis nous montre également un rare exemple de puits adossé à la façade principale.

A Traou ar Woas, le linteau de la porte en arc plein cintre est sculpté de ciseaux de tailleur ce qui semblerait indiquer la profession d'un des occupants de cette maison vieille d'un moins 300 ans.

Située à proximité du ruisseau de Toul Tanguy, la ferme de Keranboësq dont le "fond" est datable du 17e siècle a fait l'objet d'une importante restauration. Cependant, sa belle tour d'escalier est une création ex nihilo des années 1980 tout comme ses lucarnes. Ce projet s’inspire du manoir de Kerbest à Plouaret.

Quelques édifices seulement sont datables du 18e siècle comme le moulin du Roudour (linteaux typiques en arc segmentaire) ou une dépendance arborant le millésime 1790 à Toull ar Groaz.

  • Des réemplois originaux

Deux édifices intègrent dans leurs maçonneries des statues anciennes comme au carrefour de Garzigou : Christ en croix et abbé intégrés dans un logis construit en 1867, ou à Kerampoder : statue d'une sainte pouvant provenir de la chapelle Saint-Siméon. Ces statues étaient censées protéger les logis.

  • Les fermes du 19e siècle : augmentation du volume des dépendances et standardisation

A partir de la fin du 18e siècle (années 1780-1790) et surtout au 19e siècle (1810-1860), sont élevés de grands logis de ferme à élévation ordonnancée de type ternaire sous l’effet des modes urbaines. Ils peuvent comporter des jours latéraux supplémentaires destinés à donner de la lumière et à ventiler l'arrière des lit-clos soumis à la condensation.

Ces logis neufs sont le plus souvent structurés autour d'une cour close par un mur et cernés par d'importantes dépendances agricoles : étable (souvent dans l'alignement du logis), écurie, grange, fournil, soues à cochon et remises.

L'ancien manoir de Kerbavé a été reconstruit en ferme dès la première moitié du 19e siècle : on peut y voir une grange-remise avec logement pour le palefrenier. Son mur d'enceinte, sa tour et son entrée à double porte ont malheureusement disparu dans dans les années 1960-1970.

Au lieu dit Hent Meur, le logis (actuellement en travaux) et l'étable sont alignés tandis que la cour se déploie vers le nord avec accès à l'étable mais aussi à la grange-remise, à d'autres étables (à chevaux ?) et aux soues à cochons. Cet ensemble agricole joue sur les couleurs des matériaux : pierres de taille de granite gris pour les ouvertures et chaînages d'angle et moellons roux en gros œuvre. Il est vraisemblablement datable du 3e quart du 19e siècle.

Aires d'étudesSchéma de cohérence territoriale du Trégor
Dénominationsmaison, logis, ferme, demeure, dépendance
AdresseCommune : Plouzélambre

Références documentaires

Bibliographie
  • Architecture rurale en Bretagne. 50 ans d'inventaire du patrimoine. Inventaire du patrimoine, Bretagne. Editions Lieux-dits. 2014