Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Les manoirs de Coglais Communauté

Dossier IA35049128 réalisé en 2010

Fiche

Voir

Les manoirs du Coglais :

Jusqu'à la fin du Moyen Age et au rattachement définitif de la Bretagne à la France en 1532, ce territoire correspondait à une zone de frontière entre la Bretagne indépendante et la France. A situation géographique particulière, identité particulière ; le coglais constitue donc une zone stratégique de contacts et d'échanges. Cette situation justifie le nombre important de manoirs et de châteaux qui existaient et qui existent encore sur ce territoire. Même si, dans le Coglais, la concentration semble avoir été un peu moins importante que dans d'autres secteurs du département d'Ille-et-Vilaine, où il aurait existé environ 2200 manoirs, soit en moyenne, un peu plus de 6 par commune. Lors de notre inventaire du patrimoine dans le Coglais, 39 manoirs ont été étudiés dans les 11 communes qui font partie de la communauté de communes.

Il faut toutefois rester prudent car, un nombre important de manoirs a aujourd'hui disparu et nombreux sont ceux qui ont été déclassés en ferme suite à la Révolution française. La situation ne reflète donc pas nécessairement la réalité des 15e et 16e siècles.

En premier lieu, il convient de définir le mot manoir, qui peut recouvrir des réalités très différentes. Le mot « manoir » viendrait de « manere » ou de « manerium » qui implique une idée de résidence ; le manoir est donc un bâtiment qui répond, prioritairement, à une exigence d'habitation.

Dans le manoir, il existe quatre programmes principaux : l´habitat, la défense, l´exercice de fonctions féodales et l´exploitation agricole.

Les manoirs sont donc constitués de plusieurs bâtiments, chacun répondant à l´un de ces programmes.

Le manoir se distingue du château fort par le fait que l´aspect résidentiel est privilégié par rapport à l´aspect défensif. Toutefois, le manoir se différencie de la simple ferme par les quelques éléments défensifs qu´il possède, par le décor, le soin et le confort accordés à son logis.

En termes de chronologie, en général et plus particulièrement dans le Coglais, la période d'édification renvoie principalement à trois siècles, le 15e, le 16e et le 17e siècle. La majorité des manoirs construits ou reconstruits au 15e siècle l'ont été au cours de la seconde moitié de ce siècle, ce qui correspond à la fin de la guerre de 100 ans (1453). En effet, dans les années 1420, les anglais sont aux portes de ce territoire, puisqu'ils y prennent la ville de Laval, située dans la région voisine du Bas-Maine en 1429. De nombreux manoirs seront donc construits, dans le Coglais comme ailleurs, au cours d'une période de paix située entre la fin de la guerre de 100 ans et les guerres de Religion, c'est-à-dire à partir du milieu du 15e siècle et jusqu'à la fin du 16e siècle.

Au 17e siècle, l'architecture des bâtiments construits évolue et l'on constate un développement des éléments de confort au détriment des éléments de défense.

Les 15e et 16e siècles correspondent, en histoire de l'art, aux styles gothique et renaissance. Si les grands exemples nationaux (châteaux, cathédrales...) témoignent des caractéristiques architecturales propres à chacun de ces styles, il est loin d'en être de même pour les manoirs ruraux construits dans le Coglais à cette époque. Ainsi, d'une part, seuls quelques éléments marginaux font référence à ces styles dans l'architecture de ces bâtiments (accolade gothique au-dessus d'une baie, frontons triangulaires et pilastres renaissances au-dessus et autour d'une porte...) et, d'autre part, il existe un certain décalage dans le temps entre la création des modèles au niveau national et leur diffusion en milieu rural.

En ce qui concerne les propriétaires de ces bâtiments, ils appartenaient à la noblesse. Le manoir de la Bretonnière à Coglès appartenait ainsi à la famille de Coglès puis du Châtellier au cours du 15e siècle ; le manoir de Lignières à Saint-Hilaire-des-Landes appartenait à la famille d'Orenges, seigneurs de la Courbe en 1547.

Les manoirs sont généralement implantés sur des sites qui présentent des caractéristiques communes : proximité d'un point d'eau (élément de confort et source de nourriture) et de bois ou forêts (matériau de construction et de chauffage et réserve de gibier). De plus, les manoirs sont le plus souvent isolés, c'est d'ailleurs ce qui les dissocie des fermes qui sont souvent implantées dans des groupes de constructions. Les manoirs sont en effet des structures autosuffisantes composées de bâtiments tels que la métairie, la chapelle, le moulin, la fuie, le logis... qui permettent une vie en autarcie. Il existe en effet encore un moulin et une chapelle sur le site du manoir de Lignières à Saint-Hilaire-des-Landes par exemple.

En ce qui concerne l'architecture, le bâtiment le plus élaboré et décoré est sans aucun doute le logis, même si un soin important est souvent attribué à certains autres bâtiments tels que la chapelle.

La silhouette générale et le décor de la façade de certains manoirs tels que celui des Longrais à Coglès évoquent plutôt l'architecture gothique. En effet, ce dernier présente une façade sur laquelle se trouve une tour circulaire couverte d'un toit en poivrière abritant un escalier en vis. D'autres logis de manoirs portent au contraire clairement un décor faisant référence au répertoire décoratif de la Renaissance en façade. C'est le cas du manoir de la Ville-Eon à Saint-Germain-en-Coglès, sur lequel la porte de la façade ouest est surmontée d'un fronton triangulaire et bordée de pilastres surmontés de chapiteaux.

Les logis des manoirs se démarquent des logis de fermes par leur confort et le nombre de pièces important qui s'y trouvent ; le fait que l'étage soit habité et non pas seulement occupé par un grenier est une autre constante dans les logis de manoirs. Ceci implique l'existence d'un escalier dont le rôle est de desservir l'étage. Cet escalier se trouve le plus souvent dans une tour qui est une réminiscence des donjons médiévaux et qui signale le rang du propriétaire des lieux. Les tours abritant les escaliers rencontrés sur les logis manoriaux du Coglais sont de plusieurs types. Certaines sont de plan circulaire, en façade antérieure aux Longrais à Coglès, ou en façade postérieure à la Haute Tulaye à Saint-Germain-en-Coglès. La tour qui renfermait l'escalier au manoir de la Vieuville au Châtellier est également de plan circulaire, elle est couverte d'un beau toit à l'impériale. La tour qui renferme l'escalier peut, dans certains cas, prendre un aspect beaucoup plus monumental, comme par exemple à la Branche à Saint-Brice-en-Coglès ou encore aux Meslinières à Saint-Marc-le-Blanc. A la Branche, la tour se trouve en façade postérieure, elle possède un plan au sol circulaire mais la partie supérieure présente un plan carré car il s'y trouve vraisemblablement une pièce à feu ; le toit en poivrière est très pentu. Aux Meslinières, la tour contenant l'escalier se trouve également en façade postérieure, toutefois, elle possède un plan carré au sol ; comme à la Branche, la partie supérieure de cette tour est occupée par une petite pièce chauffée par une cheminée.

Outre un nombre de pièces plus important, les éléments de confort distinguent également les logis de manoirs des simples logis de fermes. Ainsi, dans ces logis, il existait souvent des fenêtres à coussièges (petits bancs en pierre aménagés dans l'ébrasement d'une fenêtre et destinés à l'observation de l'extérieur, à la lecture...) ; il existe des fenêtres à coussièges aux Meslinières à Saint-Marc-le-Blanc et à la Bretonnière à Coglès par exemple. Autre élément de confort, le vaisselier/évier dont le but était de ranger et nettoyer la vaisselle ; des modèles de ce type existent encore à la Ville-Eon à Saint-Germain-en-Coglès. Le potager est aussi un aménagement fréquent dans les logis de manoirs, il s'agit de chauffe-plats destinés à éviter que les plats ne refroidissent. Ces équipements se trouvent souvent sous une fenêtre et sont composés de plusieurs orifices percés dans une dalle de pierre sur lesquels les plats étaient posés. Sous cette dalle de pierre, se trouve une niche dans laquelle on mettait des braises. Dans de nombreux logis, il existait également des latrines à l'étage, c'est le cas à Vaugarny à Saint-Etienne-en-Coglès ou encore à la Ville-Eon à Saint-Germain-en-Coglès.

Aires d'études Pays de Fougères
Dénominations manoir
Période(s) Principale : 15e siècle
Principale : 16e siècle
Principale : 17e siècle
Principale : 18e siècle
Toits ardoise
Murs granite
moellon
Décompte des œuvres repérés 39
étudiés 39

Références documentaires

Bibliographie
  • BANEAT, Paul. Le département d'Ille-et-Vilaine, Histoire, Archéologie, Monuments. Rennes : J. Larcher, 1929.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • BARDEL, Philippe, MAILLARD Jean-Luc. Architecture de terre en Ille-et-Vilaine. Rennes : Apogée, Ecomusée du Pays de Rennes, 2002.

  • BRAND'HONNEUR, Michel. Les mottes médiévales d'Ille-et-Vilaine. Institut Culturel de Bretagne, SKOL-UHEL AR VRO, Centre Régional d'Archéologie d'Alet, 1990.

  • CHATENET Monique, MIGNOT, Claude (dir.). Le manoir en Bretagne. 1380-1600. Paris, Caisse nationale des monuments historiques et des sites/Editions du patrimoine/Imprimerie nationale Editions, 1999.

  • FROTIER DE LA MESSELIERE, Henri. Le guide de l'Ille-et-Vilaine. Plouagat : GP Impressions-Kervaux, 1994.

  • GASNIER, Marina. INVENTAIRE GÉNÉRAL DES MONUMENTS ET DES RICHESSES ARTISTIQUES DE LA FRANCE, Comission régionale Bretagne. Patrimoine industriel d'Ille-et-Vilaine. Editions du Patrimoine, 2002, (Indicateurs du patrimoine).

  • GASNIER, Marina. Le patrimoine industriel en Ille et Vilaine (19e-20e siècles). De l'inventaire à l'histoire. Thèse : Hist. de l'art : Rennes 2, Université de Haute Bretagne : 2001.

  • GUILLOTIN DE CORSON, Amédée. Pouillé historique de l'archevêché de Rennes. Rennes : Fougeray, Paris : René Haton, 1884.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • INVENTAIRE GÉNÉRAL DES MONUMENTS ET DES RICHESSES ARTISTIQUES DE LA France, BARRIE, Roger, RIOULT, Jean-Jacques. Région Bretagne. Les malouinières - Ille-et-Vilaine. Rennes : Association pour l'Inventaire Bretagne, 1997, (Images du patrimoine, n°8).

  • INVENTAIRE GÉNÉRAL DES MONUMENTS ET DES RICHESSES ARTISTIQUES DE LA FRANCE. Région Bretagne. Eglises d'Ille-et-Vilaine. L'architecte Arthur Regnault. Rennes : Association pour l'Inventaire Bretagne, 1993, (Itinéraire du patrimoine, n°34).

  • INVENTAIRE GÉNÉRAL DES MONUMENTS ET DES RICHESSES ARTISTIQUES DE LA FRANCE. Région Bretagne. Eglises et Chapelles, Ille-et-Vilaine. Rennes : Association pour l'Inventaire Bretagne, 1996, (Indicateurs du patrimoine).

  • OGÉE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. Nlle éd. [1778-1780] rev. et augm. Rennes : Molliex, 1845.

  • ORAIN, Adolphe. Petite géographie pittoresque du département d'Ille-et-Vilaine pour servir de guide aux voyageurs dans Rennes et le Département. Rennes : P. Dubois Libraire-éditeur, 1884.

  • PETITJEAN, Marc. DESORMEAUX, Ronan. CUCARULL, Jérôme Construire en Ille-et-Vilaine. Le Coglais et sa région. Rennes, Direction de l'aménagement et de l'environnement, Conseil Général d'Ille-et-Vilaine, 1993.

  • PEROUSE DE MONTCLOS, Jean-Marie. Architecture, méthode et vocabulaire. Paris : Inventaire Général des monuments et des richesses artistiques de la France, Centre des monuments nationaux/Editions du patrimoine, 2000.

  • Le patrimoine des communes d'Ille-et-Vilaine. Paris : Flohic éditions 2000, 2 tomes, (Le patrimoine des communes de France).