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Les moulins à marée de Bretagne

Dossier IA35131018 réalisé en 2013

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La poursuite d’une opération initiée dans les années 1980

De par la configuration de son littoral et la puissance de ses marées, la Bretagne possède plus des deux tiers du corpus des moulins à marée du littoral français et même près des trois quarts si l'on considère la Bretagne historique. Il s'agit de la seconde concentration mondiale à une échelle régionale pour ce type d'édifice derrière l'état du Maine aux Etats-Unis. Ce patrimoine a fait l’objet d’un inventaire pour le Morbihan en 1982, pour le Finistère en 1983 et pour les Côtes d’Armor en 1984 (par Véronique Bertrand), puis pour l’Ille-et-Vilaine en 1984 (par Christophe Amiot).

Actuellement conservée dans six classeurs au centre de documentation du service de l’Inventaire, cette étude a l'avantage d'être quasi-exhaustive sur la Bretagne administrative et de citer les moulins de Loire-Atlantique. En 2013, l’objectif est d’actualiser les données, de compléter et de valoriser les études des années 1980. Compte tenu de l’ampleur de la tâche, dans un premier temps cette mise à niveau a été réalisée de manière quasi-exclusive sur le territoire de la Rance et une partie de la Côte émeraude.

En 2016-2017, ce travail s'est poursuivi avec l'aide de l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Bretagne (ENSAB) et de son équipe de recherche, le Groupe de Recherche sur l'Invention et l'Evolution des Formes (GRIEF EA 7465) qui a investi d'autres secteurs du littoral breton (baie de Morlaix, Léon, Cornouaille, rade de Lorient, ria d'Etel, baie de Quiberon, golfe du Morbihan).

Parallèlement, en 2017, le PNR du Golfe du Morbihan a réalisé un inventaire du patrimoine littoral sur 8 communes de son territoire, recensant ainsi en plus le moulin de Kerlioret à Saint-Philibert, le moulin du Moustoir à Locmariaquer, le moulin du Paluden à Arradon, et le moulin du Berno à lîle d'Arz.

Des moulins à eau spécifiques

Un moulin est à la fois une construction et une machine, utilisant une énergie (généralement l’eau ou le vent) pour une production, le plus souvent de type meunerie, mais qui peut également concerner d’autres activités proto-industrielles (foulage des draps, broyage de la pâte à papier, extraction du tan…) ou globalement la production d’énergie actionnant d’autres mécanismes.

Les moulins à marées sont construits sur une digue qui isole un bassin de retenue se remplissant à marée montante. A la différence des autres moulins à eau qui fonctionnent grâce au débit continu d’un cours d’eau, les moulins à marées utilisent l’énergie produite par la régulation du déversement de la retenue d’eau à marée descendante, grâce à un système de vannage à sens unique qui actionne alors le mécanisme du moulin. Certains de ces moulins à marée, fonctionnant quotidiennement tantôt grâce à l'eau de mer, tantôt grâce à un cours d'eau douce, sont dits intermédiaires.

Ils ne peuvent donc fonctionner que lorsque le niveau de la mer est plus bas que celui de leur bassin de retenue. Le choix de l’emplacement est essentiel pour être protégé des assauts de la mer tout en bénéficiant d’un volume de retenue suffisant et ne pas gêner les autres activités de navigation souvent vitales dans les estuaires. Les sites favorables à ce type d’installation sont donc rares ; leur multiplicité en Bretagne s’explique à la fois par la topographie des lieux et l’importance des marnages. S’ils ne fonctionnent donc que quelques heures par jour, les moulins à marées ont en revanche l’avantage de ne pas être contraints par des phénomènes météorologiques ou saisonniers (crues, étiages ...).

On identifie trois typologies majeures de moulins à marée :

  • Les moulins dits « à cage de bois » : une structure bois est posée sur deux ou trois piles de maçonnerie parallèles qui servent d’assises. La Rance garde la trace d’installations de ce type très anciennes.
  • Les moulins dits « à murs ouverts », qui seraient l’évolution des moulins « à cage de bois » présentent trois murs porteurs et une quatrième face ouverte, généralement du côté de la chaussée dont la partie haute est fermée par une cage de bois.
  • Les moulins dits « à simple maçonnerie » ont une structure composée entièrement d’appareillage de pierre.

Une histoire ancienne qui trouve une expression particulière en Bretagne

La première mention d'un moulin fonctionnant avec la marée se trouve dans une description d'un géographe musulman mort vers l'an mil concernant une ville du Moyen-Orient sur le golfe Persique : Bassora, en Mésopotamie (Irak actuel).

« La marée est une merveille et une bénédiction pour les gens de Basra. La mer leur rend visite deux fois par jour, elle pénètre dans leur rivière ... et permet aux bateaux d'atteindre les villages. Lorsqu'elle se retire elle fait tourner les moulins qui sont tous situés à l'embouchure du fleuve et de ses affluents : lorsque l'eau retourne à la mer elle les fait fonctionner ». Al-Magdisis (945-1000)

Toutefois, des fouilles archéologiques conduites depuis le début des années 2000 ont permis de déceler les vestiges de moulins à marée plus anciens encore, datant au début du Moyen-Âge, aux VIIIe et VIIe siècle en Angleterre et en Irlande et même à la fin du VIe siècle en Bretagne sur l'estran face au site de Landounic à Saint-Pol-de Léon dans le Finistère. En l'état actuel des connaissances, il s'agit du plus ancien moulin à marée scientifiquement avéré. L'existence de spécimens plus anciens encore non encore découverts n'est cependant pas à exclure. Avant cette découverte en 2013, on pensait que les plus anciens moulins à marée sur les côtes de France remontaient au XIIe siècle. On en trouvait déjà en Normandie, à La Rochelle ou encore en Bretagne à l'image de celui du Lupin à Saint-Coulomb (35), moulin de type "cage à bois".

Par la suite les mentions de ce type de moulin se multiplient en Bretagne. A partir du milieu du XIXe siècle, comme tous les autres moulins, ils évoluent vers des unités de production caractérisées par l’abandon de l’énergie marémotrice au profit d’autres sources d’énergies (machine à vapeur, à gaz, diesel ou électrique, turbine) qui permettent d’envisager des puissances de production accrue et un changement d’échelle du bâti à l'image des minoteries de Quinard à Saint-Jouan-des-Guérets (35), de Moulin-Mer à Logonna-Daoulas (29) ou de Pont-Sal à Pluneret (56).

Une reconnaissance encore insuffisante

Sur les 60 moulins qui subsistent encore en élévation aujourd'hui en Bretagne, la plupart a été transformée en habitations ou en commerces. Deux seulement sont aujourd'hui classés au titre des Monuments historiques : le moulin du Cosquer situé à Troguéry (22) et le moulin de Traou Meur situé à Pleudaniel (22) ; trois autres sont inscrits à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques : le moulin du Beauchet situé à Saint-Père (35), le moulin de Melin Vor situé à Plouézoch (29) et le moulin de Kervilio situé au Bono (56). Certains ont été restaurés et accueillent du public comme ceux du Hénan à Névez (29) ou de Pen Castel à Arzon (56). Parmi eux, quelques uns sont à nouveau en état de fonctionner comme ceux du Prat à La Vicomté-sur-Rance (22), du Birlo sur l'archipel de Bréhat (22) ou du Berno sur l'île d'Arz (56).

Quelques chiffres

  • Pour le département des Côtes d’Armor (22) on dénombre 29 moulins à marée, dont 18 encore en élévation, 4 à l’état de vestiges et 7 qui ont disparu.
  • Pour le département du Finistère (29) on comptabilise 38 moulins à marée, dont 14 encore en élévation, 3 à l’état de vestiges et 21 qui ont disparu.
  • Pour le département d’Ille-et-Vilaine (35) on trouve 9 moulins à marée, dont 4 encore en élévation, 3 à l’état de vestiges et 2 qui ont disparu.
  • Pour le département du Morbihan (56) on compte 50 moulins à marée, dont 24 encore en élévation, 5 à l'état de vestiges, 20 qui ont disparu et un dont l'état est inconnu.
  • Et enfin, pour le département de la Loire-Atlantique (44) 12 moulins à marée ont été dénombrés, tous disparus à l'exception d'un dont les fondations existent toujours sous une ancienne chapelle. Pour rappel ce département n’entre pas actuellement dans le ressort territorial de l’Inventaire de Bretagne.

Soit 126 moulins à marée en Bretagne administrative.

Aires d'études Bretagne

Annexes

  • Cartographie des moulins à marée de Bretagne
  • Carte des moulins à marée_2017

Références documentaires

Bibliographie
  • BOITHIAS, J.-L., VERNHE, A. De la. Les moulins à mer et les anciens meuniers du littoral : mouleurs, piqueurs et moulageurs. Nonette : éditions Créer, 1989.

  • CHAIGNEAU-NORMAND, Maogan. La Rance industrieuse. Espace et archéologie d'un fleuve côtier. Laval : Presses Universitaires de France, 2002.-270 p. ISBN 2-86847-694-5.

  • DURAND-VAUGARON, Technologie et terminologie du moulin à eau en Bretagne, Annales de Bretagne. Tome 76, numéro 2-3, 1969. pp. 285-353.

  • RIVALS Claude, Le moulin histoire d'un patrimoine, Fédération française des Amis des moulins, Paris 2000 - Comprends quatre Livres : Le moulin à vent, le moulin à eau, le moulin à marée, le moulin à nef.

  • BRUNEAU-CHOTARD, Annales de la société d'histoire et d'archéologie de l'arrondissement de Saint-Malo, Les moulins à marée de la Rance, 1983, p.87-106

  • La Maison Forte et le Patrimoine de Rhuys, Rhuys. Ses familles, ses terres sous le règne d'Anne de Bretagne à partir du Rentier de 1506-1510, Ed. Riveneuve, 2013, 694 p.

  • DAUMAS, Maurice, L'archéologie industrielle en France, Paris : Ed. Robert Laffont, Coll. Les hommes et l'histoire, 1980, 486p

  • LE BOULICAUT Annick, Moulins et meuniers du Morbihan sous l'ancien régime, Vannes, Ed. Conseil général du Morbihan : Archives départementales, Coll. Connaissance du Morbihan, 1993, 238p

    Bibliothèque de Rennes Métropole
  • DURAND-VAUGARON, Technologie et terminologie du moulin à eau en Bretagne, Annales de Bretagne. Tome 76, numéro 2-3, 1969. pp. 285-353.

  • RIVALS Claude, Le moulin histoire d'un patrimoine, Fédération française des Amis des moulins, Paris 2000 - Comprends quatre Livres : Le moulin à vent, le moulin à eau, le moulin à marée, le moulin à nef.

Périodiques
  • BRUNEAU-CHOTARD, Archéologie industrielle en France, article, société archéologique de Saint-Malo, 1982.

  • GUILLET Jacques, Meunier et moulins à marée du Morbihan, le Chasse-marée n°5, 4e trimestre, 1992, p.42-57.

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne ; (c) GRIEF EA7465 - ENSAB - Besson Aude - Sonnic Ewan
Ewan Sonnic

Chargé de recherche (ENSAB-GRIEF EA 7475)


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- Nadolski Claire
Claire Nadolski

Chargée d'étude (GRIEF EA7465 - ENSAB)


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