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Les piscines en Bretagne

Dossier IA56131975 réalisé en 2013

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En dépit de sa façade maritime considérable, la Bretagne au début du XXe siècle pâtissait du même déficit que le reste du territoire national en matière d’enseignement de la natation, et la presse locale se faisait régulièrement l’écho des nombreuses noyades qui en résultaient. Certains élus, comme ceux de Lorient en 1895, tentèrent d’y remédier en imposant l’enseignement de la natation dans les écoles communales, en plus des cours de gymnastique. Mais, à la veille de la Première Guerre mondiale, la Bretagne ne comptait qu’une poignée de baignades fluviales, dans des eaux de qualité souvent douteuse, et de piscines d’eaux de mer rudimentaires aménagées à la fin du XIXe siècle. Seule la municipalité rennaise, menée par le radical Jean Janvier (1859-1923), qui voulait « faire de Rennes une ville bien moderne et des plus hygiénique », avait lancé l’étude d’une piscine couverte et chauffée. Conçue par l’architecte municipal Emmanuel Le Ray, qui s’était documenté sur les réalisations allemandes et s’inspira des établissements de Strasbourg et de Nancy, celle-ci ne fut mise en chantier qu’en 1923 et inaugurée le 4 juillet 1926, non sans avoir suscité une vive polémique locale liée en partie au coût des travaux. De fait, le bâtiment, associé à des bains-douches, occupait un emplacement très en vue de la cité, et revêtait un caractère monumental encore accentué par un somptueux décor de céramiques réalisé par la maison Bourdet et Gentil. L’année précédente avait vu la mise en service d’un équipement beaucoup moins sophistiqué et répondant à d’autres nécessités : la Marine, qui envisageait depuis 1921 l’installation d’une « cuve de natation » en tôle ou en maçonnerie au sein de l’École des apprentis mécaniciens de Lorient, en confia la réalisation à l’un de ses ingénieurs, B. Marmottans. Installée dans le hangar 4 de la rive gauche du Scorff, ce bassin spartiate, bien documenté par des plans et des photographies d’archives, a disparu dans les bombardements de 1943.

En 1935, la ville de Pontivy – commune du centre Bretagne, à une soixantaine de kilomètres du littoral – décida d’aménager sur les bords du Blavet une « plage municipale des familles » conçue comme une véritable base de loisirs comprenant trois bassins, des cabines, une buvette-dancing et des espaces de jeux et de loisirs. Conçu par l’architecte de la ville Henry Le Cadre et par l’ingénieur briochin Marcel Lecourt, l’ensemble s’inspirait clairement de la plage de Villennes à Médan (Yvelines), inaugurée en 1935. Œuvre de deux architectes de Poissy, Lucien et Paul Bourgeois, celle-ci avait été aussitôt largement publiée dans la presse spécialisée. Au même moment, le Club Nautique Brestois qui, depuis sa fondation en 1920, avait dû se contenter d’installations de fortune, s’employait à transformer un ancien réservoir créé par les Américains en 1917 en un véritable stade nautique, pouvant accueillir 1 500 spectateurs, qui fut ouvert au public le 6 juin 1937. Ces installations, détruites à l’été 1944 par les bombardements du siège de Brest, furent rachetées par la ville et reconstruites – et considérablement améliorées – par l’architecte Albert Cortellari de 1950 à 1953.

Avec le développement du tourisme balnéaire, des solutions moins onéreuses se développèrent sur le littoral, où l’on aménagea des piscines d’eau de mer, soit en fermant une anse par une digue submersible (piscine des Bas-Sablons à Saint-Servan, 1937), soit en créant des bassins clos ou fermés sur seulement trois côtés par une ceinture de béton et alimentés par la marée. Ce type de structure économique perdura jusqu’aux années 1960 : le dernier documenté est celui de la plage de la Tossen à Paimpol, conçu en 1967 par le service maritime des Ponts et Chaussées. Les plus sophistiqués bénéficiaient de plongeoirs, voire de véritables aménagements paysagers comme la piscine de l’Écluse à Dinard (1924) ou celle du Casino à Saint-Quay-Portrieux (1931), à laquelle on accède toujours par un escalier monumental.

Même en ajoutant à ce modeste effectif les rares réalisations, municipales ou patronale, des années de guerre, la Bretagne ne comptait, au mitan du XXe siècle, qu’une piscine couverte et chauffée et une vingtaine de bassins de plein air, de qualité très inégale. Il faudrait attendre l’avènement de la Ve République, et surtout la mise en œuvre du 4e plan de modernisation (1962-1965) et des plans suivants pour assister à un effort sans précédent en terme de création d’équipements : vingt-six piscines furent construites dans les années 1960, et cinquante au cours de la décennie suivante.

Cette floraison put prendre la forme de gestes architecturaux et urbanistiques forts, comme la piscine Foch à Brest (1965), dont l’architecte Albert Cortellari fit une véritable ode au béton brut, avec son bassin suspendu, la voûte en chaînette couvrant le hall d’accueil ou les poteaux biais contrebutant la structure à l’extérieur, ou celle, beaucoup plus lumineuse, du Moustoir à Lorient (Georges Tourry & René Ouvré, 1967). D’autres équipements de prestige résultèrent moins de l’importance démographique des villes que du volontarisme de certains grands élus. Ainsi, la municipalité de Dinard, dirigée par Yvon Bourges, adopta en 1963 un projet de piscine olympique d’eau de mer, achevée en 1967 sous la conduite de Jacques Vitrier – avec pour corollaire la disparition du superbe Casino-Balneum art déco (Maurice Fournier, 1928) qui avait fait l’orgueil de la station dans l’entre-deux-guerres. Mais ces réalisations majeures ne doivent pas masquer la mise en place d’un dense réseau destiné à combler le retard en équipements sportifs du monde rural. La Bretagne intérieure, et en particulier le Finistère, multiplia les réalisations de bassins de natation jusque dans de très modestes communes, le plus souvent mis en œuvre par les ingénieurs du Génie rural. L’Éducation nationale s’associa à ce mouvement en dotant plusieurs lycées de bâtiments mixtes associant gymnase et piscine, suivant un modèle apparu dans les années 1930 en banlieue parisienne et dont le groupe scolaire de Keroman à Lorient avait donné en 1940 un exemple précoce, vite disparu dans les bombardements de la guerre.

L’effort fut relancé par l’opération « 1 000 piscines », inscrite dans le cadre du 6e plan quinquennal (1971-1975), avec pour objectif de généraliser l’enseignement de la natation et d’équiper les villes de moyenne importance (10 000 à 15 000 habitants) et les quartiers des grandes villes. Il donna lieu à plusieurs concours nationaux dont les deux premiers, lancés en mai 1969, visaient la conception de piscines industrialisées, respectivement transformables et économiques. Ils furent remportés par le célèbre modèle Tournesol imaginé par l’architecte Bernard Schoeller et l’ingénieur Thémis Constantinidis, dont la silhouette futuriste a marqué plusieurs générations de nageurs, suivi par la piscine Caneton de Jean-Paul Aigrot, Franc Charras et Alain Charvier. Deux ans plus tard, un nouveau concours de conception-construction permit de diversifier l’offre en y ajoutant les modèles Plein Soleil de Jean-Michel Legrand, Jacques Rabinel et Jean Debouit, Plein Ciel de Charles Le Chevrel et Iris de Jean-Claude Dondel, Pierre Lesage et Jean-Louis Noir. Tous ces modèles, à travers des esthétiques différentes, combinaient les avantages des piscines couvertes et des installations de plein air grâce à des toitures coulissantes et à des baies mobiles. En vertu d’une convention, la commune fournissait le terrain d’implantation, en assurait la desserte et versait un fonds de concours à l’État, celui-ci assurant la maîtrise d’ouvrage de l’opération. Au total, les communes des quatre départements bretons furent dotées de vingt-huit piscines.

À la fin des années 1980, on assista, sous l’effet des évolutions sociétales, au recul puis au quasi abandon des piscines sportives (dont témoigne la disparition des plongeoirs) au profit d’un nouveau concept, le centre aqualudique, voué à la distraction familiale, au bien-être et à l’hédonisme. Un des premiers en Bretagne fut le centre aquatique les Balnéides à Fouesnant (Jean Bodereau, 1989), qualifié lors de son inauguration de « petit Beaubourg des champs » en raison de son aspect high-tech et vivement coloré, suivi de peu par la spectaculaire piscine Aquarive de Quimper (Alain Sarfati, 1991). Dès lors, on n’imagine pas de « piscine » sans un ensemble d’équipements satellites (salle de musculation, saunas, hammams, jacuzzis, bassin nordique, toboggans, solarium) dont la surface totale équivaut à celle des bassins eux-mêmes. Toutefois, après l’effort massif d’équipement des années 1960 et 1970, les deux dernières décennies du XXe siècle présentent un bilan plus modeste : sept créations dans les années 80, quatorze dans les années 90. Depuis le début du XXIe siècle, en revanche, on assiste à une nouvelle embellie : trente complexes aquatiques ont été mis en service dans les années 2000, et vingt-cinq depuis 2010. Le coût de ces équipements – 26,6 millions d’euros hors taxe pour le centre communautaire Aquamalo en cours de réalisation à Saint-Jouan-des-Guérets, soit le coût de 17 piscines Caneton de 1976 – imposent d’ailleurs qu’ils soient pensés non plus à l’échelle municipale mais à celle des intercommunalités et des bassins de vie. Des architectes et ingénieurs d’envergure internationale sont de plus en plus convoqués sur de tels projets, comme Marc Mimram à Plourin-lès-Morlaix (2008) et Concarneau (2014), ou Jacques Rougerie à Surzur, (2010), Auray (2013) et Saint-Malo (2019).

Aires d'étudesBretagne
Dénominationspiscine