Logo ={0} - Retour à l'accueil

Les traditions goémonières en pays de Tréguier

Dossier IA22133433 réalisé en 2018

Le territoire du pays de Tréguier, entre la presqu’île de Pleubian-Lézardrieux et Tréguier-Pouldouran-Plougrescant a conservé depuis au moins le 13 ème siècle (sources écrites au temps de saint Yves), des traditions goémonières, liées à la récolte des algues d’échouage, des algues brunes de coupe et des laminaires arrachées en bateau avec une guillotine.

Les ports de Pors Hir à La Roche-Jaune, de Tréguier à Pouldouran et jusque Hengoat, La Roche-Derrien et Pommerit-Jaudy (Pont-Rod), Ports-Béni, Les havres portuaires de Talbert et de Laneros (Pleubian) et Camarel sur le Trieux ont d’abord été des ports de déchargement des bateaux sabliers et goémoniers. Cette activité a participé de la pluri-activité des marins paysans du Trégor et a favorisé une agriculture littorale spécifique de maraîchage de plein champ. Elle a aussi alimenté l’usine d’algue de Pen Lan en l’Armor-Pleubian et peut-être une usine de produits chimiques à Tréguier. Cette pratique goémonière a aussi profité des cordons de galets de Plougrescant, des îles et îlots proches de la côte et du Sillon de Talbert pour faire sécher les algues et édifier des fours à goémons pour fabriquer des pains de soude et en extraire l’iode.

Cette pratique goémonière a également fait naître des embarcations spécifiques pour le transport des algues, du sable et du maërl ; sloops misainiers à cul pointu armé d’une drague à poche pour le sable fin 19e siècle (canots creux que l’on retrouve en rivière de Lannion), type de bateau semblable pour le transport et la récolte des algues, avant que n’apparaissent au début du 20e siècle des forts canots équipés d’une simple misaine haubannée, bientôt remplacés au milieu du 20ème siècle par des gabarres armées au sable, équipées d’un mât de charge puis d’un crapaud sur les derniers sabliers.

Le transport des goémons par dromes ou radeaux de goémons flottants va aussi être utilisé avant la seconde guerre mondiale pour disparaître en rivière de Tréguier, alors que ce type de moyen de déplacement va subsister à Pleubian jusqu’en 1960, tiré par un bateau motorisé.

Avant la Toussaint, le goémon devient rouge, il n’est pas bon pour rester pourrir dans la terre. C’est pendant la saison d’été, que les fours à goémon crépitent dans la fumée du « baodre ». De 8 à 10 m de long, les fours enchâssés dans le sol, avec des pierres plates à grain fin et du « grou », comme liant, débordent de leurs précieux combustible. Le feu a été allumé avec un peu de fucus bien sec. La pifun en fer forgé sert à malaxer les cendres en fusion. Parfois, on enfile des berniques pour les griller sous le feu. C’est le seul déjeuner ! Les pains de soude sont tassés et moulés dans le foyer du four, comme dans un fourneau. Jusque la 1ère guerre mondiale, une dizaine de fours couvrent la base du sillon de Talbert : on a besoin de teinture d’iode pour soigner les blessés. Chaque famille conserve un pain de soude sous l’armoire pour soigner les petites blessures, les plaies infectées...

De ces fours il n’en reste plus que trois aux îles d’Er et deux autres dans les îles du Trégor oriental.

La récolte du goémon épave : une pratique des plus anciennes, attestée par les restes archéologiques de repas de coquillages pris sous la cendre des algues, dont on va trouver des traces sous les rochers "thors" de Plougrescant et aux îles d’Ollone au bout du Sillon de Talbert.

Ce sont les femmes et les enfants, qui vont ramasser, pieds nus, le goémon de fond, le goémon épave, le "toull brein" celui qui ne flotte pas, que la mer a rejeté sur la laisse de mer, le "gourlan", pendant les tempêtes d’hiver. Les vieilles comme les jeunes se munissent de râteaux et de crocs pour tirer de la gangue marine, ces herbes de mer, gluantes, poisseuses, mêlées au sable et aux galets. Ce goémon est libre de prise. Il servira d’engrais vert pour les terres pauvres. Il pouvait être échangé contre des fagots de bois, une charretée d’ajonc, de l’avoine ou des céréales pour faire le pain. Les cochons, on pouvait les nourrir avec des berniques cuites, mélangées à du lait et du pisac’h : un flan magnifique, un vrai gâteau de la mer ! Certaines algues rouges étaient dites aphrodisiaques !

En avril, les cultivateurs faisaient pousser du trèfle rouge pour les vaches, mettaient du laminaire pourri sur le trèfle, qui poussait un an après. Ensuite, ils faisaient une rotation avec les betteraves ou les rates. Le "vawac’h", comme du fumier était bon pour les terres profondes, plus fibreux, plus long à pousser que d’autres algues, submergée avant la mi-marée sur un fond semi-vaseux, il a plus de consistance, c’est un apport d’humus considérable, qui libère sa force progressivement. Mis dans la terre en automne, il dure et donne beaucoup de potasse. Ces algues étaient un don de l’océan pour les populations riveraines de la mer, comme les habitants des estuaires et de la presqu’île de Pleubian. Ceux-ci disaient : "la mer est comme une vache qui met bas pour nous, ce qu’elle dépose sur son rivage nous appartient".

Pour la coupe du goémon de rive, il faut habiter la paroisse, avoir des terres ou une maison à nourrir. Les paroissiennes vont alors avec leur "gwignet", couper le petit goémon, appelé lichen, sur les rochers frisés et les longs rubans noirs des fucales, qu’elles se partagent avec les autres habitants riverains de la commune. Les champs de goémon sont revendiqués par les cultivateurs de la commune selon leurs besoins en amendements. Chaque parcelle prend le nom de la ferme, est délimité par un ruisseau, un rocher... Gare aux contrevenants, les gardes-jurés veillent… Ainsi, les Loguiviens avaient-ils la mauvaise habitude de venir prendre du goémon sur les îlots de Lanmodez, pour la raison que leur côtes étaient moins riches de ces plantes de mer…

Les petits sloops et misainiers viennent de livrer leur tas de goémon, arrachés des rochers. Les cultivateurs s’empressent de charger, avec l’aides des marins. Ceux sont les femmes qui coupent et les hommes qui font la manœuvre et déchargent.

Les tombereaux croulent sous leur chargement de goémon. Le patron borneur a libéré de la place dans sa cale, sorti les avirons, coincés sur la lisse du tableau et la pelle à terre. Les dromes vont pouvoir être chargées à bord. Remarquer le retour de galbord de la carène, à l’avant, le bouchain dur… Les personnages dessinés avec leurs outils de travail, crocs et fourches à deux dents pour crocher dans les tas d’algues…

Les faucheurs de la mer rentre en famille de leurs épopées marines, à pied ou à cheval, avec leurs faux à goémon, leurs guillotines, leurs râteaux et leur faucilles. Le phare va bientôt s’allumer. Le bateau échoué ne restera pas longtemps, après avoir débarqué son équipage…

Aujourd’hui les tracteurs et les remorques ont remplacé les tombereaux et les attelages. Les bateaux équipés de scoubidous collectent les algues de fond. Cependant, il n’ y a plus de licence en Côtes d’Armor pour les goémoniers embarqués. Le Sillon de Talbert n’est plus réservé aux séchage des algues et les algues d’échouage ne sont plus ramassés que par les jardiniers. Les goémoniers professionnels à pied sont à peine sur le territoire, mais certains d’entre eux transforment eux même leurs algues pour l’alimentaire. Ils livrent également les algues de coupe aux usines de Pen Lan. Le CEVA a remplacé l’ancienne usine CECA.

Aires d'étudesBretagne
Période(s)Principale : Temps modernes, Epoque contemporaine

Annexes

  • La tradition goémonière sur la Presqu'ile Sauvage

    De mémoire d'homme, l'histoire de la Presqu'île, et plus particulièrement du secteur littoral du Sillon du Talbert à l'Armor-Pleubian, est intimement liée à celle du goémon. Puisant son origine étymologique dans le breton "gweman", le nom de goémon désigne diverses algues déposées par la mer sur le rivage et utilisées surtout comme engrais. On rencontre également parfois le terme varech, terme équivalent scandinave.

    Parmi les nombreuses espèces d'algues présentes sur la côte nord de la Bretagne, il est possible de distinguer trois grandes familles. Deux d'entre elles poussent sur les rochers découverts : les goémons noirs (Fucus et Ascophyllum) et les lichens (Chondrus, petits goémons rouges et touffus). La troisième espèce, nommée laminaire, est, quant à elle, une algue de fond.

    A ces appellations scientifiques, les goémoniers, qui récoltaient les algues depuis des siècles dans cette région du Sillon, ont préféré des dénominations en rapport avec les différents modes de ramassage. Les goémons épaves correspondaient ainsi à une espèce déposée sur le rivage après les tempêtes. Leur ramassage n'était pas réglementé et fut pendant longtemps une activité féminine bien organisée. Notamment du côté du Sillon du Talbert où le site permettait une récolte quasi permanente, alors qu'ailleurs la cueillette ne pouvait se faire qu'en hiver. Les goémons de rive étaient ramassés au printemps, à des dates imposées et pendant une période limitée (à peu près une semaine autour de Pleubian). Le Sillon était alors envahi par la population environnante, chacun ayant son aire de travail. En cas de litige, les problèmes étaient réglés par le recteur et le garde-grève.

    Du 16ème siècle au 19ème siècle, le goémon fut utilisé de différentes façons. Essentiellement destiné à l'amendement des terres, il pouvait, amalgamé à du fumier puis séché, également servir de combustible. Son utilisation à des fins alimentaires était tout à fait marginale mais existait cependant. Une algue, le Chondrus crispus, pouvait ainsi être mise à bouillir dans le lait pour la confection d'une sorte de flan.

    A la fin du 17ème siècle, les verreries normandes commencèrent à utiliser la soude obtenue après combustion du varech. Le volume récolté augmenta alors considérablement.En 1784, les verreries de Rouen firent même venir des ouvriers dans l'île Maudez pour le ramassage et le brûlage des algues. Des lois furent donc promulguées pour réglementer la récolte, ce afin d'éviter l'épuisement des bancs.

    L'essor de la chimie au 19e siècle mit en évidence les différentes propriétés de l'algue et permit d'en multiplier les usages. Ainsi, à la suite de la découverte de l'iode en 1813 par Bernard de Courtois, l'exploitation des laminaires débuta sur les bateaux goémoniers. Les applications étaient alors essentiellement pharmaceutiques.

    En 1883, Stanford découvrit les alginates, une découverte qui entraîna la création d'une usine à Pleubian. Spécialisée dans la fabrication de la "norgine" destinée à une société austro-hongroise, elle ferma en 1910 mais fut reprise par les frères Maton en 1924.

    Pleubian reste aujourd'hui un des principaux sites de production, de transformation et de recherche scientifique de l'algue. Cette dernière est maintenant utilisée à des fins très diverses : agents épaississants et stabilisateurs pour les savons et autres cosmétiques, pour l'industrie et la papeterie, additifs alimentaires, etc.

  • Des algues, goémons et varechs pêchées et/ou ramassées, et utilisées dans le Trégor

    La chasse (chascal), la cueillette (dastum/klask) et la pêche (pesketa) sont trois activités principales primitives connues chez tous les peuples de la terre. Elles constituent la première phase de la civilisation humaine et lui ont peut-être apporté ces premiers mots techniques et spécifiques.

    Dans l'une des plus vieilles langues d'Europe, c'est à dire la langue celtique dont est issu le breton, ces activités se résument en des verbes aux désinences verbales en "A" précédé du substantif relatif à l'espèce animale recherchée, tels par exemple, "jiboesa" (chasser le gibier), "kefeleka" (chasser la bécasse) ; à la variété de fruits des bois "kistina" (chercher des châtaignes), "mouara" (ramasser/cueillir des mûres) ou aux innombrables et précises variétés de fruits de mer ainsi "kokousa" (pêcher l'ormeau), "meskla" (pêcher ou ramasser des moules), "istra" (ramasser des huîtres)... "Pesketa" pêcher des poissons, ce verbe prend surtout le sens de pêcher, en général.

    Pour désigner l'espèce de la faune marine, il suffit de connaître le nom breton de l'espèce, de le mettre au collectif et d'y rajouter le suffixe "A", ainsi se déclinent toutes les pêches de variétés de poissons "siliaoua" (pêcher le congre) ; "braogeta" (pêcher le bar) ; "devnegeta" (pêcher le lieu)..., de coquillages "bilgota" (pêcher des bigorneaux) ; "brennika" (ramasser des berniques/bernicles, patelles appelés populairement "chapeaux chinois" ou de crustacés "kranketa" (pêcher des crabes) ; "chevretesa" (pêcher des crevettes) ; "legestra" (pêcher le homard).

    Il en est de même pour la cueillette de la flore marine où il existe un verbe générique pour désigner cette activité ancestrale qui demeure encore dans le Haut-Trégor, (notamment à l'Armor-Pleubian...) "GOUEMONA" ou " bezhina" et leurs variantes en Bretagne bretonnante.

    Le littoral Trégorrois ou la "ceinture dorée"

    Grace à la rencontre des eaux froides de la dérive nord Atlantique et des eaux plus chaudes de Méditerranée, le littoral trégorrois est riche d'environ 450 variétés d'algues, dont les plus nombreuses son les fucales. Une vingtaine d'espèces seulement sont actuellement étudiées et quelques unes seulement sont exploitées, dont une douzaine autorisées pour l'alimentation humaine.

    Néanmoins on retrouve ces usages goémoniers tout le long des côtes du golfe normand breton, avec un prédominance sur les rivages du Trégor et du Léon, en pays Pagan. Cet énergique engrais donnera son nom de "ceinture dorée" et un surcroît de richesse agricole à tout le pays trégorrois dés la moitié de du 19e siècle. Le maërl ou lithothamne (algue rouge calcifiée) qualifié de corail breton participe avec le traezh (sable coquillier) et la marne à cette aventure agricole et littorale qui ne fait que commencer...

    Algues, goémons, varechs : une ressource multiséculaire aux appellations et utilisations multiples : "Ar verz", le temps de la récolte des algues.

    Algues, goémons, varechs : telles sont les trois terminologies les plus usitées en langue française pour désigner cette ressource.

    En pays bretonnant, l'appellation générique mais aussi selon les espèces des herbes marines diffère suivant l'aire géographique.

    Ainsi nous trouverons deux termes "Gouemon" et "bezhin" pour nommer cette ressource. Le breton combine et varie les appellations locales, interprète de façon imagée les algues de son terroir.

    Pour exemple, nous donnerons les noms de cinq variétés d'algues brunes dites "de rive" utilisées pour l'agriculture dans le secteur de Pleubian -Lanmodez-Tréguier...

    Les algues de rive : L'Ascophyllum nodosum (appelé communément "goémon noir") : C'est un lourd et long varech noir plus longtemps couvert par la mer, en milieu abrité. Son thalle porte des vésicules aérifères de forme oblongue. Utilisé tous les trois ans dans les terres profondes, Il apporte comme le fumier plus d'humus, beaucoup de potasse et très peu d'azote. on l'utiliisait avec le trèfle rouge et ensuite pour les betteraves. Dans le secteur considéré, il porte le nom de FAVAJ, prononcé "Vawach", du mot FAV signifiant FEVE. Il était coupé en hiver avec une gwigned, petite faucille, mis en tas avec des civières pour faire une "drôme", laquelle était ensuite arrimée avec une pieuvre de huit filins de chanvre et "perchée" à marée haute par deux hommes pour être enfin échouée à terre et charroyée...

    Chaque exploitation d'au moins 25 ares située sur une commune riveraine de la mer, disposait d'un champ d'algues, mis régulièrement en jachère. Cet enclos sur la grève était balisé par des pierres et identifié par le nom du "propriétaire" (usage en vigueur jusqu'au mi-temps de ce 20e siècle depuis le Moyen-Age).

    Le Fucus vésiculosus (appelé aussi varech vésiculeux) : c'est également une phéophycée, que l'on trouve dans la partie supérieure de l'étage médio-littoral et qui supporte mal les immersions prolongées. Cette algue aux vésicules semblables à des petits pois flotteurs est appelée PIZAH du mot PIZ, prononcé "pizach".

    Le Fucus serratus (appelé encore varech denté/dentelé ou fucus denticulé) occupe la partie basse de l'estran. Son thalle ne porte pas de vésicules mais des frondes très planes, à lanières larges dont les bords ressemblent à des dents de scie ou sont semblables à des feuilles de chou "Kaol" en breton, d'où le nom breton Kaolaj, prononcé "colach" à Pleubian et les environs...

    Facile à étaler, il servait d'engrais humide, jeté à même la terre comme un habit de labour.

    La laminaria digitata est une grande laminaire, qui vit dans la frange infra-littorale des plus basses mer de vive-eau. Elle n'est souvent accessible qu'en bateau ou à grande marée... L'appellation dans le Haut-Trégor est Baodre, du mot Baudrier, probablement du fait de la ressemblance à une longue bande de cuir. On prononce "bôdré" en breton et "bodreu" en parler gallo. Elle donne "un coup de fouet" pour les "patates prim". Cette algue arrachée avec un croc enmanché était communéement brûlée dans des fours (au sillon du Talber et dans les îles du Trégor), pour en extraire des pains de soude, qu'on pouvait disperser en fumure de printemps sur les champs, vendre à l'usine de Pen Lan, ou conserver pour la teinture d'iode... Qui se souvient de l'âcre fumée jaune qui s'envolait du sillon...

    On se rappelle qu'à la fin du 17e siècle, cette matière première était brûlée pour l'extraction de l'iode et pour celle d'autres produits comme les algines principalement pour l'industrie du verre et de la médecine. Les îles du Trégor et du Goélo ont conservé parfois les traces de ces fours à goémon... ailleurs que dans les archives.

    Les algues d'échouage : les algues d'échouage appartenaient à toute la communauté, sans distinction, ramassées avec un croc à fumier, un râteau, elles servaient également de combustible associées à de l'ajonc pour cuire des aliments. Il y a quelque années, l'auteur a rencontré une personne qui cuisait des crêpes au feu de goémons dans la cheminée, durant les mois d'hiver, et plus précisément lorsqu'il y avait du gel ; les algues, des fucales principalement étaient portées à dos de femme depuis la grève et n'avaient même pas le temps de dégeler avant d'être déposées dans l'âtre...

    Une autre algue "rouge", la lichen carragaheen ou Chondrus Chrispus, appelé lichen ou "Jargot" à Tréguier est le travail des marées d'été, dont la cueillette est réglementée depuis le 1° juin 1942, du 1er juin au 30 septembre. Cette algue moussue et frisée fut d'abord récoltée dans la région de Trélévern et de l'île-Grande où l'on trouvait dans les année 1950 des petits usiniers pour presser et broyer les algues, lichen blanchi sous la rosée matinale ou lichen violet... Qui n'a pas dormi dans un matelas craquant de lichen mélangé à la paille de zostères ? Les femmes et les enfants du pays participent encore aujourd'hui à cette courte moisson, pendant les grandes marées estivales... certains pour se faire de l'argent de poche, d'autres pour compléter une saison pluriactive, entre le travail de la terre et le travail de la mer...

    Des outils et des hommes : une technologie de pointe en amont mais des méthodes ancestrales en aval.

    Durant toute la moitié du 20e siècle, l'industrie des algues aura pour principaux débouchés les alginates, les carraghénanes (et les agars) et trouvera sa place dans l'exportation jusqu'aux USA, pour l'agelose industrielle et alimentaire. Mais le produit transformé, devra attendre les années 1980 pour être consommé en France, grâce aux recherches appliquées du CEVA, Centre d'étude et de valorisation des algues à Pleubian.

    Il y a peu d'évolution dans les formes traditionnelles de ramassage du goémon à pied depuis le Moyen-âge. Les outils sont les mêmes.

    Néanmoins, les trégorrois ont inventé au début du 20esiècle l''ancêtre du scoubidou moderne, le "tire-bouchon", utilisé en bateau, avec une forte perche de bois de 5 à 6 m, où s'adapte un disque de fer portant deux crochets diamétralement opposés. Mais son utilisation restera pénible et délicate et ne perdurera pas avec la mécanisation et la force hydraulique.

    La drome : Le flottage du goémon, procédé très ancien, connu sous le nom de drome, droll, en breton, dont le témoignage nous est donné par un manuscrit de la vie de saint Yves (1253-1303), en 1330, relatant le sauvetage miraculeux d'un enfant de Trédarzec, près de la rivière de Tréguier, dont le radeau de goémon s'était disloqué. On relate souvent de mémoire locale ce genre d'accident fréquent sur les côtes trégoroises et du nord Finistère. Certaines complaintes ou gwerziou sont célèbres dont la gwerz de "Catherine Le Troadec", fille de goémonier de Pleubian.

    Les dromes ont été d'un usage courant jusqu'aux années 1940, parfois accompagnées ou tirées par un bateau et un inscrit maritime à bord.

    Les chars à bancs, tombereaux et autres attelages : Les chars à banc et charrettes, tirés par un attelage, cheval ou bardot servirent longtemps à transporter le goémon vert, mis à sécher sur les dunes et les sillons de galets. Ils furent remplacés après guerre par des remorques avec l'arrivée des premiers tracteurs.

    Contrairement aux chevaux, "ces nouveaux engins" ne purent accéder aux mêmes espaces en eau salée, sans craindre la marée et aux aires traditionnelles de séchage (le sillon du Talbert), sans compromettre la fragilité de ces dunes...

    Les algues, une ressource illimitée, quel est donc l'avenir des goémonniers trégorrois ?

    L'exploitation industrielle des algues en Trégor a aujourd'hui plus de cent ans, depuis la construction de la première usine de Pen-lan, par la société des halogènes en 1896.

    Mais si la cartographie satellite a remplacé les premières cartes des champs d'algues de Joubin (1909), les goémoniers à pied et en tracteur n'ont toujours pas de statut professionnel et prennent bien des risques pour fournir certaines entreprises. L'agriculture biologique permettra peut-être de redynamiser cette pratique littorale et l'octroi tant attendu du statut de pêcheur à pied professionnel, de reconnaître certaines formes de pluriactivité littorale.

    (Sources : "Pêche à pied et usages de l’estran", catalogue de l’exposition, dirigée par Guy Prigent, Apogée, 1998 Prigent Guy, Lopez-Labat Hélène, in “Pêche à pied et usages de l’estran”, catalogue de l’exposition, dirigée par Guy Prigent, Apogée, 1998).

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD 22, S. Suppl. Art. 137.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : S. Suppl. Art. 137.
Documents figurés
  • Faudacq : carnets et dessin aquarellés.

Bibliographie
  • PRIGENT, Guy. Pêche à pied et usages de l´estran. Catalogue de l´exposition présentée au Musée d´Art et d´Histoire de Saint-Brieuc, mai-octobre 1999. Rennes, Apogée, 1999.

  • PRIGENT, Guy. LEVASSEUR, Olivier, BOELL, Denis-Michel. Faudacq, œuvres marines. Éditions Apogée, 2003, 111 p.

  • HUON, Yves. Les principales laminaires de l'archipel de Bréhat. Saint-Brieuc : Imprimerie Moderne, 1937, p. 83-84-85.

  • VIDEMENT. Les algues. Saint-Brieuc : F. Guyon, 1912.

  • PRIGENT, Guy. "Les algues, qui seront les moissonneurs de la mer nourricière ?". In L'Homme et l'usage de la mer, Tud ar Mor. Saint-Brieuc : CEAS, 1986.

    p. 47-69
  • PRIGENT, Guy. Pêche à pied et usages de l´estran. Catalogue de l´exposition présentée au Musée d´Art et d´Histoire de Saint-Brieuc, mai-octobre 1999. Rennes, Apogée, 1999.

Documents audio
  • Témoignages : Arthur Rémond, Pierre et Jean Kerleau, Joël Le Briand, Loïc et Christiane Prigent, Yves Le Merrer, Eugène Guével, Pierrot Guillou, Stéphane Prigent, Yves Treussard, madame Richard, Robert Couturier.

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne ; (c) Association Océanide - Prigent Guy