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Lycée Ernest Renan, 2-4 boulevard Hérault (Saint-Brieuc)

Dossier IA22133400 réalisé en 2018

Fiche

Le lycée Ernest Renan de Saint-Brieuc est intéressant de trois points de vue (au moins) :

Son histoire

L'histoire du lycée est liée au développement de l'enseignement pour les jeunes filles, après la loi Camille Sée. Le collège féminin s'est installé dans la villa Baratoux, une demeure bourgeoise du 19e siècle, qui accueille l'administration du lycée. Après de premiers agrandissements dans les années 1930, il a été inauguré par un président de la République...

Ses architectes

L'accroissement de ses effectifs a nécessité deux agrandissements, à la fin des années trente et après la Seconde Guerre mondiale. Ils sont dus à deux architectes majeurs de la production bretonne : Georges-Robert Lefort et Jean Fauny, des personnalités qui ont su allier principes modernes d'architecture et idée régionale. Ils ont également donné les plans des deux gymnases.

Sa décoration

Le lycée est richement décoré, sans compter les décors de la villa Baratoux. Cette richesse est significative de la volonté de décoration des établissements d'enseignement initiée par le ministre Jean Zay, à l'époque du Front populaire.

Thierry Thibault, professeur au lycée Ernest Renan, a transmis à l'auteur les documents d'archives qui illustrent ce dossier qui lui doit donc beaucoup.

Destinations ensemble scolaire
Dénominations lycée
Aire d'étude et canton Bretagne
Adresse Commune : Saint-Brieuc
Adresse : 2-4 boulevard Hérault

L'enseignement féminin est à l'origine du lycée

A la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, l'enseignement féminin se développe à Saint-Brieuc. Les cours sont déplacés successivement dans différents sites, sous l'effet de l'augmentation progressive des effectifs. Ils intègrent, en 1915, la villa Baratoux, acquise par la commune. C'est l'ancienne demeure de Charles Baratoux, maire de la ville, de 1890 à 1898. L'établissement devient collège de jeunes filles en 1924.

Inauguration du nouvel établissement par le Président de la République

Pour faire face à la croissance des effectifs, la construction de nouveaux bâtiments est décidée, en 1931. C'est l'architecte Georges-Robert Lefort qui remporte le concours et donne les plans d'un externat, d'un internat, d'un gymnase et des bâtiments des services communs. Le 29 mai 1938, le collège est inauguré pat le Président de la République, Albert Lebrun, accompagné, entre autres, du ministre de l’Éducation nationale, Jean Zay. La richesse de la décoration de l'établissement est à rapprocher de la présence de ce ministre, qui est à l'origine des programmes de décoration des établissements d'enseignement et a inspiré les rédacteurs du décret de 1951, connu sous le nom de 1% artistique.

Après la Seconde Guerre mondiale, le lycée est agrandi et devient mixte

L'explosion de la démographie scolaire, après la Seconde Guerre mondiale, conduit à deux extensions en 1951 et 1962. La première, menée par Georges-Robert Lefort, consiste en un agrandissement de l'externat ; la seconde, confiée à Jean Fauny, en la construction d'un nouvel internat et d'un second gymnase, doté d'une piscine. Louis Arretche est l'architecte coordonnateur de cette dernière tranche à laquelle Jean Fauny associe son fils et collaborateur Yann. Les premiers plans sont donnés en 1961.

En 1967, est introduite la mixité. Le lycée Anatole le Bras "perd" son second cycle cette année-là. Le premier lycée de la ville était devenu trop petit pour accueillir les élèves des deux cycles du secondaire. Son emplacement central ne permettait pas un agrandissement sur place. L'ancien "lycée de Saint-Brieuc", ouvert en 1852, devient donc CES. De ce fait, "Ernest Renan" est devenu le lycée public de centre ville.

2018-2019 : reprise des agrandissements

Le lycée compte, en 2018-2019, 1147 élèves. Il reste marqué par son histoire puisque deux lycéens sur trois sont des lycéennes. Parmi eux, seuls 34 sont des internes. Les formations préparent aux bacs généraux et technologiques, à des BTS, ainsi qu'aux concours des grandes écoles.

En 2018, un nouveau restaurant scolaire est en cours de construction, sous maîtrise d'ouvrage du Conseil régional de Bretagne, entre le bâtiment A et le second gymnase. Les plans ont été donnés par l'architecte Thierry Malleret.

Période(s) Principale : 19e siècle , daté par source
Principale : 2e quart 20e siècle , daté par source
Principale : 3e quart 20e siècle , daté par source
Principale : 1er quart 21e siècle , daté par source
Dates 1938, daté par source
1951, daté par source
1962, daté par source
2018, daté par source
Auteur(s) Auteur : Lefort Georges-Robert
Georges-Robert Lefort (27 février 1875 - 23 novembre 1954)

Architecte, diplômé de l'ENSBA en 1900, directeur de l’École régionale d'architecture de Rennes (1935-1948), 22 boulevard de la Gare, Guingamp


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Auteur : Fauny Jean
Jean Fauny (29 mai 1895 - 15 mai 1973)

Architecte DPLG en 1924, architecte départemental des Côtes-du-Nord de 1926 à 1956


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Auteur : Fauny Yann
Auteur : Arretche Louis
Louis Arretche (1905 - 1991)

Architecte en chef des Bâtiments civils et Palais nationaux.


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Auteur : Malleret Thierry
Thierry Malleret (19 janvier 1959 - )

Architecte DPLG, diplômé de l’École d’Architecture de Versailles en 1986, 8 rue des Tanneurs, Châteaubriant


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Contexte urbain et paysager

Le lycée Renan est implanté sur les terrains de deux demeures bourgeoises du 19e siècle, la villa Baratoux et la villa Meunier (détruite). Situé à proximité du centre ville mais aux abords immédiats de la vallée très encaissée du Gouédic, il voisine avec ses pentes boisées. La vue sur les quartiers de l'autre rive, sur la nature et sur les ouvrages d'art de la vallée est, depuis le réfectoire, particulièrement pittoresque. Il surplombe le boulevard Sévigné, à flanc de pente, mais ce dernier ne le dessert pas. Il est relié au centre ville via le boulevard de la Commune.

Plusieurs strates d'architecture du 19e siècle à nos jours

19e siècle : l’administration et le logement du proviseur (bâtiment F)

Ils sont implantés dans la villa Baratoux dite "le château". Son architecte ne nous est pas connu. L'ancien salon, qui fait aujourd'hui fonction de salle de réunion du conseil d'administration, possède un plafond peint et des boiseries sculptées. Les cheminées, l'escalier, sa verrière et les sols sont d'origine.

Les bâtiments de Georges-Robert Lefort

Le lycée des années 1930 a été construit en deux tranches.

- L'externat de 1934 (bâtiment A)

Georges-Robert Lefort donne, en premier lieu, les plans et élévations du bâtiment d'externat qui est construit en bordure de la rue Victor Hugo au nord-ouest de la parcelle. Il y fait œuvre d'architecture moderne et d'un certain classicisme structurel. Le bâtiment R+1 est en béton armé, les toitures couvertes de zinc. Cet externat est divisé en deux parties possédant chacune son entrée : la première, à l'origine destinée au primaire, la seconde affectée au secondaire. Cette dernière, deux fois plus grande, est composée de deux ailes formant un léger angle entre elles. Les salles de classes sont desservies par des couloirs latéraux placés le long de la façade arrière. Au milieux de ceux-ci sont aménagés, ultérieurement, des sanitaires (de premiers blocs sanitaires avaient initialement été installés dans la cour).

Le gymnase (actuel amphithéâtre), construit à la même période est présenté dans le cadre de l'enquête d'inventaire du patrimoine des sports.

- L'internat, l'économat, le réfectoire, les cuisines et la conciergerie de 1936 (bâtiment B et C et accueil)

Georges Robert Lefort donne à l'internat (bâtiment B) un plan rectangulaire et deux étages sur rez-de-chaussée et caves. Il utilise un vocabulaire régionaliste qu'il maîtrise bien, avec des toitures en ardoise, le parement en granite du rez-de-chaussée rythmé de grandes arcades, groupées par trois. Ces formes, ces matériaux sont à rapprocher de l'architecture du grand séminaire de Saint-Brieuc qu'il a construit, sur l'autre rive du Gouédic, entre 1925 et 1929, mais surtout de l'école primaire supérieure de Pont-l'Abbé (actuel lycée Laënnec), érigée entre 1925 et 1930. L'internat du lycée Renan n'en est pas moins une œuvre "moderne", par l'usage du béton armé (procédé Hennebique).

La modernité s'affiche partout. A peine entré dans le lycée, elle ressort encore de la couture que Lefort opère entre la villa Baratoux et l'internat. Il y installe un belvédère et une rotonde, en béton brut de décoffrage. On peut y voir, tout à la fois, un clin d’œil à Auguste Perret (clocher de Notre-Dame du Raincy), une réponse au clocher du grand séminaire que l'architecte à construit, de l'autre côté de la vallée du Gouédic et la signature de ses bâtiments scolaires (Pont-l'Abbé).

Les services communs sont installés autour d'une cour carrée, positionnée devant la partie est de l'internat. A l'ouest de la cour sont implantés l'économat (actuelle intendance et infirmerie), au sud les cuisines, à l'est le réfectoire, de plan basilical (!), dont les huisseries des baies utilisent un vocabulaire art déco.

Une conciergerie est implantée à l'entrée du lycée.

- Extension de l'externat, 1950-1951

Après la Seconde Guerre mondiale, l'externat de 1934 (bâtiment A) est agrandi et en partie surélevé, par le même Georges-Robert Lefort, afin de créer de nouvelles salles de classe dont une salle de dessin et une salle de musique.

Agrandissements 1961-1965 : nouvel internat (actuel bâtiment D) et second gymnase (G)

C'est Jean Fauny, candidat malheureux lors du concours face à Georges-Robert Lefort au début des années 1930, qui, quelques années après la mort de ce dernier, est choisi pour la construction des nouveaux bâtiments nécessaires à l'agrandissement du lycée. Louis Arretche en est l'architecte coordonnateur. Fauny est assisté de son fils Yann. Ils doivent alors se conformer aux normes du ministère de l’Éducation nationale et proposent donc un bâtiment de plan rectangulaire, de 65,55 m par 17,47 m, respectant la trame de 1,75 m : un dortoir de 8 lits équivaut à 3 trames, une salle d'étude de 40 places à 5 trames. Le nouvel internat accueille également des logements de fonction. Chaque étage est desservi par un couloir central et trois escaliers. Les architectes ont apporté un soin particulier à la verrière d'angle qui éclaire celui du nord-ouest.

Un second gymnase est également construit, doté d'une piscine - aujourd'hui remplacée par un dojo (cf. enquête d'inventaire du patrimoine des sports).

Évolutions programmées

Un nouveau service de restauration est en cours de construction (2018), ses plans ont été donnés par l'architecte Thierry Malleret, du groupement MCR (Nantes). Situé entre le bâtiment A et le second gymnase, il a nécessité la démolition de la partie est du premier. La restructuration thermique du bâtiment D est programmée. Un bardage extérieur est prévu.

Décoration du lycée et œuvre du 1% artistique

La décoration du lycée est composée, outre les décors propres à la villa Baratoux :

- D'une grande toile marouflée d'Henri Marret, sur le mur sud du réfectoire : "Les sports, éloge de la vie moderne", présentée à l'exposition de 1925. C'est un dépôt du Louvre. Elle faisait à l'origine partie d'un ensemble de quatre toiles, les trois autres ayant pour titres : les Transports, la Rue et l'Architecture. Il est à noter que ce décor a été choisi après que le maire de Saint-Brieuc a récusé une toile de Pierre Tal Coat intitulée "La Joie de vivre".

- D'une peinture murale du rennais Théophile Lemonnier (dont un croquis est conservé au musée de Bretagne).

- D'une mosaïque sans nom ni date, placée dans l'entrée du bâtiment B.

- De deux panneaux de céramique de Pierre Péron, placés de part et d'autre de l'entrée du bâtiment B, présentés dans le pavillon de la Bretagne lors de l'exposition internationale de 1937. Ils représentent le Finistère et les Côtes-du-Nord. Ils faisaient partie d'un ensemble représentant les 5 départements bretons.

- De deux bas-reliefs placés sur le bâtiment A.

- D'une peinture murale des premiers vers de Prière sur l'Acropole d'Ernest Renan.

- D'une sculpture de bronze représentant le visage d'Ernest Renan placée à l'entrée de la villa Baratoux.

- D'une toile marouflée de Fañch Michelet, "Les jeux de lumière". Elle est placée dans le foyer du bâtiment D, mesure environ 5 m par 2 m et est datée de 1974. L'inspecteur d'académie avait approuvé le projet le 7 décembre 1973.

- Selon l'écrivain et historienne, Mona Ozouf (Composition française, 2009) une statue de Renan a disparu : " (je retrouve) [...] le vrai collège Ernest Renan perché au dessus de la vallée, et le grand homme en personne, statufié comme à Tréguier sous la protection d'une Pallas Athénée la main levée ; il nous accueille au parloir, et confie au mur où il s'accote qu'il est né chez les Cimmériens vertueux, c'est-à-dire chez nous [...]"

Collections pédagogiques

Le lycée possède une collection d'objets pédagogiques, de sciences naturelles et physiques, ainsi que des planches pédagogiques. L'ensemble mériterait d'être étudié. Certains objets ont rejoint les collections du MUNAÉ. Les objets en liens avec l'enseignement des sciences naturelles sont inventoriés sur le site "gestionlabo". Quelques éléments mobiliers datant des différentes époques de sa construction sont toujours présents.

Murs brique mur-rideau
béton
granite
Toit ardoise, zinc en couverture
Statut de la propriété propriété de la région

Annexes

  • PLan topographique du lycée :

Références documentaires

Bibliographie
  • BRANCHEREAU, Jean-Pierre, CROIX, Alain, GUYVAR'H, Didier, PANFILI, Didier. Dictionnaire des lycées publics de Bretagne. Geriadur liseoù publik Breizh. Histoire, culture, patrimoine. Rennes : Presses universitaires de Rennes, 2012. 656 p.

  • Couédic (Le) Daniel, Les architectes et l'idée bretonne 1904 - 1945, Rennes, Société d'hsitoire et d'archéologie de Bretagne, 1995.

  • Bonnet Philippe, Le Couédic Daniel. Architectures en Bretagne au XXe siècle. Éditions Palantines, Quimper, 2012.

  • Ozouf [M.], Composition française. Retour sur une enfance bretonne, Paris, Gallimard, 2009.

  • Joyault [Elisabeth], La décoration au titre du 1% en Bretagne, mémoire de maîtrise d'histoire de l'art, Rennes, Université rennes 2, 1994, 3 volumes.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)

Liens web