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Maison dite "Scolasticat" ou "maison prébendale Borie" puis "Bureau de la Marine", puis maison d'un négociant-marchand en vin et cidres, 9 rue des Perdreries (Tréguier)

Dossier IA22133215 inclus dans Rue des Perdreries (Perderies) (Tréguier) réalisé en 2017

A l’instar d’autres bâtiments de la ville de Tréguier, cet ensemble bâti ancien situé au n° 9 rue des Perdreries a connu plusieurs vies : à son origine au 17e siècle et jusqu’à la Révolution française, c'est la demeure du chanoine scholastique de l’église-cathédrale de Tréguier (chanoine chargé de l’enseignement de la scolastique, c’est dire de l’étude de la Bible), puis un immeuble à logements dont une partie - l’aile est – accueille à la fin du 19e siècle le Bureau de la Marine. Dans les années 1960-1970, c'est la maison - servant également de magasin de stockage et entrepôt - d'un négociant-marchand en vin et cidres.

Dans le périmètre immédiat de la demeure du chanoine scholastique se trouvaient au 17e siècle le manoir urbain dit "Théologal" ou "maison prébendale Rolland" et le Séminaire de Tréguier. C'est à cette époque que semble avoir été aménagée la rue de la Mission (puis Venelle du Séminaire, rue du Collège et aujourd’hui rue Marie Perrot).

Destinationsmagasin de commerce, immeuble à logements
Dénominationsmaison, cour, jardin, entrepôt commercial, remise
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
AdresseCommune : Tréguier
Adresse : 9 rue des Perdreries (Perderies)

Cette maison prébendale appartenant au chapitre de la cathédrale de Tréguier et dont les parties les plus anciennes remontent au 17e siècle, était habitée avant la Révolution par Anne-Nicolas Borie (1726-1793), prêtre, chanoine puis scolastique de la cathédrale (à partir de 1772). Ce dernier a choisi de suivre l’évêque Le Mintier dans sa fuite à Jersey. Après son départ, la demeure est occupée par son neveu Nicolas Yves Borie, fils. Si la maison principale a fait l’objet d’une importante reconstruction à la fin du 18e siècle – d’ailleurs signalée dans les procès-verbaux d’estimation des biens nationaux en 1791 et 1792 – elle conserve des parties plus anciennes (maçonnerie et pignons) et réutilise des éléments architectoniques anciens comme des entourages de portes (en arc plein cintre), de fenêtres ou des linteaux à accolade.

L’un des linteaux – armorié - figurant un faon et une oie correspond très vraisemblablement à Pierre Fanoys (1634-1717), seigneur du Pouillat, prêtre, chanoine scholastique de l’église-cathédrale de Tréguier ou à son neveu René-Joseph Fanoys (1699-1752) également chanoine. Âgé de quinze ans, Pierre Fanoys devient chanoine de Tréguier en 1649 et le reste pendant 67 ans.

Selon Adolphe Guillou (Essai historique sur Tréguier par un Trécorrois, 1913), cet ensemble bâti est vendu comme "biens nationaux" le 27 juillet 1795 à un dénommé Stéphan de La Roche-Derrien.

Identifié sur le cadastre de 1834 comme la "maison dite scolastique", l’ensemble bâti appartient alors à Eugène Deslandes habitant à Tréguier. Il comprend deux maisons (n° 171 : la "maison principale" et n° 172, la maison située au levant du retour en équerre vers l’est), bâtiments, cour et jardin (parcelle n° 173).

Au début du 20e siècle, les bâtiments appartenaient à "monsieur de Saint-Père".

De nombreuses cartes postales de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle illustrent l’installation du Bureau de la Marine dans l’aile est. Ces photographies montrent d'anciens marins et des veuves attendant le versement de leur pension (l'identification du lieu a été faite à partir des cartes postales par Michel Le Hénaff de l’association Océanide). Un puits se trouvait à cette époque dans la cour.

Cet ensemble bâti été transformé en immeuble à logements au 19e et 20e siècles entraînant des modifications de la distribution d’origine et de l'escalier (disparition des balustres de bois).

Selon des témoignages oraux corroborés par la présence dans la cour d'un hangar et d'un quai de chargement/déchargement, ces bâtiments ont ensuite accueilli l'activité d'un négociant-marchand en vin et cidres nommé Émile Ollivier (voir le dossier thématique réalisé par Michel Le Hénaff de l’association Océanide consacré au "Négociants en vin et cidreries à Tréguier"). Les ouvertures nouvelles avec entourage en brique sont vraisemblablement attribuables à cette période.

Achetée récemment, ensemble bâti dit le "scolasticat" fait actuellement l’objet de travaux de restauration (mars 2019).

Période(s)Principale : 17e siècle, 4e quart 18e siècle
Secondaire : 2e moitié 19e siècle, 1er quart 20e siècle

Maison principale, autrefois accessible depuis la rue Marie Perrot (anciennement rue de la Mission), disposant d’une avant-cour à l’ouest. Bâtiment à usage de dépendance (cellier, boulangerie et remise), logement (chambres, cabinets et mansardes) et stockage (greniers) en retour d’équerre vers l’est donnant sur l’arrière-cour. Cette cour dispose d’une porte cochère donnant sur la rue des Perdreries (Perderies). Au fond de la cour, écurie et remise. Le hangar et le quai de chargement témoignent de l’activité d'un négociant en vin et en cidre.

Mursgranite moellon
schiste moellon
maçonnerie
Toitardoise
Étages1 étage carré, étage de comble
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturestoit à longs pans pignon couvert
Escaliersescalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour en charpente
États conservationsétat moyen, inégal suivant les parties

Annexes

  • Maison prébendale d’Anne Nicolas Borie, prêtre, procès-verbal d’estimation des biens nationaux de première origine par Joseph-Marie Cadillan, expert commis par délibération du directoire du district de la ville de Lannion, 26 novembre 1792 (Archives départementales des Côtes-d’Armor, 1 Q 1, article 33, Tréguier)

    […]

    "État actuel de ladite prébende

    L’avant-cour au couchant de la maison principale pavée en cailloutage, contient de plat deux tiers cordes ; en ladite avant-cour, un cabinet d’aisance construit en maçonnerie en appentis contre le mur de clôture ; ledit cabinet divisé en deux par une cloison de charpente et lattis et chevronné de sciage sous couverture d’ardoises ; ladite avant-cour séparée du parterre par un mur et clairevoye [clairevoie] et contient aussi de plat une corde déduite ; tous deux cernés du couchant par un ancien mur en dépendant.

    La maison principale nouvellement reconstruite en maçonnerie hors la majeure partie de la longère au couchant, le pignon midi et le pignon central de refend non compris son éguillon [aiguillon], ce qui peut produire environ un tiers de ladite bâtisse qui a de long la [?] chacune de ses deux longères cinquante-neuf pieds, laize à quatre pignons entiers dix-sept pieds et demi, hauteur déduite et compensée vingt et un pied et demi ; au rez-de-chaussée, bout au nord une cuisine pavée en tablettes, séparée du vestibule par un pignon en refend et éclairée par deux fenêtres en taille garnies de châssis et volet en menuiserie et de vitrages, dans ladite cuisine, un potager en maçonnerie, au pignon nord, une cheminée à jambages, corbelets et scourges [pierres servant à caler le manteau de cheminée] en taille et manteau de bois ; le vestibule aussi pavé en tablettes ayant deux portes de taille, l’une en la longère au couchant, et l’autre en celle du levant ; au midi dudit vestibule est un salon séparé de ce dernier par un pignon en refend et éclairé par deux fenêtres en taille garnies comme devant ; au midi de ce dernier est la salle close par une cloison en refend en charpente et lattis et éclairée par deux fenêtres pareilles aux précédentes, au pignon midi, une cheminée à tablette boisée sur toute la hauteur, lattre [l’âtre] de ladite salle et salon ainsi que les poutres au double d’ancienne construction [remploi].

    Pour hentisse [entrer] des doubles, tant du principal édifice que de l’édifice au levant et adjacent à ce dernier, un escalier en charpente et menuiserie à quatre volées éclairé par une fenêtre en taille garnie de châssis en menuiserie et de vitrages et d’un jour à œil de bœuf aussi en taille [toujours visible de la rue] et orné d’une vitre morte ; pour fréquenter les chambres et appartement du premier étage de la maison principale un corridor éclairé par deux fenêtres en taille […] ; bout au nord et dessus de la cuisine et vestibule, une chambre et un cabinet séparés du corridor par une cloison de charpente et lattis, éclairés de deux fenêtres […] ; dans la chambre est une cheminée à tablette en partie boisée ; autre chambre au-dessus du salon éclairée par une fenêtre […] ; au midi de cette dernière et au-dessus de la salle, autre chambre éclairée par deux fenêtres, au pignon du midi, une cheminée à tablette boisée dans la partie supérieure, au levant de ladite cheminée, une armoire d’attache, ladite chambre séparée de la précédente par une cloison en planches et menuiserie, lattre [l’âtre] desdits chambres, cabinet et [illisible] planchis.

    Au-dessus des chambres, cabinet et corridor, une petite mansarde de décharge, un grand et petit grenier clos et séparé tant par des cloisons en charpente et lattis que par les éguillons [aiguillons] des pignons et éclairés par des lucarnes en charpente ; celle des mansardes garnies de châssis […] au pignon adjacent, grand grenier, une gerbière en maçonnerie verte [ ?], lattre [l’âtre] et planchis en sapin. Le comble et charpente du tout en bois de sciage sous couverture d’ardoises.

    Au levant et attenant au bout du nord, de la longère de la maison principale, autre édifice en maçonnerie et nouvellement construit ayant de long en chacune de ses deux longères quarante-huit pieds, laize à trois pignons entiers onze pieds et demi, hauteur réduite et compensée dix-neuf pieds ; au rez-de-chaussée et bout au couchant un cellier éclairé par une petite ouverture en taille défendue par une baie de feu [!] et hantée par une porte en taille en la longère au midi ; par devant audit cellier, une boulangerie aussi hentée [entrée] par une porte, éclairée par une fenêtre en taille, cette dernière garnie de châssis et volet en menuiserie et de vitrages et lattre [l’âtre] pavé en tablette ; au levant de ce dernier est une remise dont l’entrée est voutée en taille.

    Au premier étage bout du couchant est une antichambre éclairée par une fenêtre […], séparée de ladite chambre attenant ainsi que d’une alcôve pratiquée en ladite chambre par une cloison en planches, cette dernière aussi éclairée par deux fenêtres pareils aux précédentes […], au pignon en refend une cheminée boisée sur toute sa hauteur ; au levant de cette dernière chambre, est un cabinet clos et séparé de ladite chambre par un pignon en refend et aussi éclairée par une fenêtre pareille aux précédentes ; lattre [l’âtre] desdits chambres, antichambre et cabinet planchés en sapin.

    Au-dessus des appartements ci-dessus deux mansardes, chaque éclairée par une lucarne en charpente […], dans l’une desdites mansardes deux alcôves, lattre [l’âtre] desdites aussi planché, le double plafonné de divers bois, le comble et charpente en bois de sciage sous couverture d’ardoises.

    L’arrière-cour au levant des édifices, en partie pavée en cailloutage contenant de plat cinq cordes trois quart, cerné du midi et partie du levant par un mur du jardin du couchant et partie du nord par des édifices, et l’autre partie du mur [?] par un mur donnant sur la rue des Perderix, dans lequel est une porte cochère en taille ; en ladite cour, un puits en maçonnerie et gorge de taille, à côté une grande auge. Bout au levant de ladite cour est une écurie et remise construite en maçonnerie d’ancienne construction et autre partie de la nouvelle […] ; au-dessus de ladite écurie et remise, un grenier nouvellement planché ; hanté [entrée] par une baie de porte donnante [sic] sur le jardin. Le comble est en charpente en bois de sciage sous couverture d’ardoises et de nouvelle construction ;

    Le jardin [parcelle n° 173 du cadastre ancien] contenant de plat vingt-deux cordes, cerné du levant par un mur donnant sur le jardin des vieilles Paulines, du midi couchant et par des murs en dépendant […].

    Au nord dudit jardin est un pavillon à l’italienne, construit en colombage dont le comble et charpente est en bois de sciage sous couverture d’ardoises.

    Tous les objets ci-dessus describés [sic], estimés leur valeur réelle et trouvé valoir la somme de 7709 livres 7 sols 6 deniers.

    Fait, conclu et arrêté ce jour 26 novembre, tant sur les lieux qu’en notre demeure, que nous faisons en la ville de Tréguier en la maison des ci-devant vielles Paulines et avons été occupé aux descriptions, estimations, déductions et rédaction du présent les 23, 24, 25 et 26, du présent sous nos seings lesdits jour, mois et an que devant.

    […]

    [Signé] (Joseph-Marie) Cadillan, expert".

    (Transcription : Guillaume Lécuillier, 2018).

  • Vente de domaines nationaux. Département des Côtes du Nord. District de Lannion. Canton de Tréguier. Municipalité de Tréguier. Maison dite scolastique. Procès-verbal de première enchère et adjudication définitive (Archives départementales des Côtes-d’Armor, 1 Q 1, article 33, Tréguier)

    "Une maison et dépendances nommée[s] scolastique, ayant une avant-cour pavée ; dans ladite cour, un cabinet d’aisance, le parterre au midi de ladite cour. La maison principale, autre édifice au levant et d’attache au précédent. Un vestibule, une cuisine, un salon, une salle, un corridor ; au-dessus de la cuisine et vestibule, une chambre et cabinet autre petite chambre ; au-dessus du salon, autre chambre ; au-dessus de la salle, un petit grenier, deux petits cabinets, une mansarde, un grand grenier au midi, au bout du levant au rez-de-chaussée, un cellier, au levant dudit cellier, une boulangerie, une remise au premier étage, une antichambre, chambre, mansarde, l’arrière-cour au levant contenant 5 cordes ¾. Un puits, une écurie et remise. Le jardin contenant 22 cordes ½, au nord dudit jardin, un pavillon à l’italienne avec les fruictières [fruitiers]. Ledit bien du ci-devant chapitre de Tréguier portés au procès-verbal d’expert une somme de 7709 livres, sept sols, six deniers".

    (Transcription : Guillaume Lécuillier, 2018).

Références documentaires

Documents d'archives
  • Biens confisqués sous la Révolution et liquidation par vente des biens du Clergé (biens de première origine) et des émigrés (biens de deuxième origine). Dossiers individuels des prêtres et des émigrés.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 1 Q 1/33 Tréguier
Bibliographie
  • GUILLOU, Adolphe (préface d'Anatole Le Braz). Essai historique sur Tréguier par un Trécorrois. F. Guyon, Saint-Brieuc, 1913 (réédition collection Monographies des villes et villages de France. Paris, 1993, 204 p.)

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel) : 7382
  • CHARLES, Olivier. Chanoines de Bretagne. Carrières et cultures d'une élite cléricale au siècle des Lumières. Rennes, Presses Universitaires de Rennes. 2004.