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Maison dite "Maison Guillerm" 8 rue Lamennais (Tréguier)

Dossier IA22133261 réalisé en 2017

Cette luxueuse maison d’habitation comprenant dix chambres a été rénovée et agrandie en 1904 par l’architecte parisien Émile Brunet (architecte parisien nommé Architecte en chef des Monuments historiques) pour le maire de Tréguier Jules Guillerm. Chaque enfant du couple Guillerm – ils sont cinq - peut ainsi disposer de sa propre chambre : les chambres des plus petits étant voisines de celles des domestiques. Du perron, on entre dans un grand vestibule donnant accès, d’une part au salon et au jardin d’hiver situé en enfilade, d’autre part à la cage d’escalier monumental donnant sur les chambres. Depuis le grand vestibule, se fait la communication avec la partie ancienne du logis. Construit en brique avec ornementation en carreaux de grès à décor floral et de coquilles, le jardin d’hiver présente une couverture en béton ornée de carreaux de céramique découpés en écailles de poisson. Les ouvertures sont dotées de vitraux Art nouveau tout en lignes courbes… La commande réalisée par l’architecte s’inscrit parfaitement dans son temps avec un décor de style Art nouveau pensé dans les moindres détails qui reflète la richesse du commanditaire. Les sols en mosaïque sont attribuables à l’atelier Odorico, le décor du salon est de Pierre Seguin sculpteur et professeur à l’École des Art décoratifs de Paris, et les pièces de ferronnerie d’Émile Robert, ferronnier d’art réputé. L’intervention de cet architecte a pu être identifiée grâce à deux planches du projet d’agrandissement conservées sur place.

Appellations Maison Guillerm
Dénominations maison, jardin d'hiver, jardin, écurie, dépendance
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
Adresse Commune : Tréguier
Adresse : 8 rue Lamennais

Logis vraisemblablement datable du 16e siècle transformé en maison d’habitation et agrandie vers le nord par l'architecte Émile Brunet en 1904 à la demande de Jules Guillerm, maire de Tréguier, son propriétaire. C’est à cette occasion que la tour d’escalier nord a été arasée. L’intervention de cet architecte a été identifiée grâce à deux planches du projet d’agrandissement daté du 4 avril 1904 et conservées par l’actuelle propriétaire madame Thévenet.

Architecte parisien, Émile Brunet a été nommé Architecte en chef des Monuments historiques en 1899 en charge des départements des Côtes-du-Nord (actuelles Côtes-d'Armor), de l'Eure-et-Loir, de la Seine-et-Marne et de l'Aisne. Il a en outre la charge de la cathédrale Notre-Dame à Paris. Adjoint à l'inspection Générale en 1933, il est nommé inspecteur général des Monuments historiques en 1937. L’architecte est notamment intervenu pour la restauration de la basilique de Saint-Quentin, de la cathédrale de Soissons, la cathédrale, l'église Saint-Pierre à Chartres et l'église Notre-Dame à Laon. En Bretagne, il a contribué à restaurer le château de Dinan et l'ancienne cathédrale de Tréguier. En 1930, il publie un ouvrage intitulé "La Construction moderne".

Grâce aux archives personnelles de la propriétaire, nous avons pu retrouver le nom des propriétaires successifs de ce logis, voici la dévolution :

Avant 1850 : famille Cabannac.

11 juin 1851 : achat par le major Roger Pommeroy-Gilbert, ancien officier de l’armée anglaise, originaire de Killaloe en Irlande. Ce dernier est mort à Tréguier le 30 mai 1864. Son frère Francis Gilbert, ancien officier de l’armée anglaise demeurant à Killaloe vend la maison.

25 juillet 1864 : achat par Gabriel Jean François Bruté de Rémur et sa femme Marie Thérèse Guillo Lohan pour la somme de 9500 francs. Ce dernier est receveur de l’enregistrement et des domaines à Tréguier (acte signé chez maître Charles Le Gac, arrière-grand-père de Marie-France Morvan, propriétaire actuelle de La Psalette). L’acte de vente décrit une "maison d’habitation avec cour au-devant et jardin sur le derrière".

28 mai 1877 : achat par Jules Guillerm, "propriétaire" et son épouse Anna Tassel pour la somme de 15 000 francs. Jules Guillerm fut maire de Tréguier au début du 20e siècle. La demeure donnant sur la rue de la Poissonnerie et la rue Treuz est décrite ainsi : "une maison d’habitation avec au midi, puits, écurie, remises et autres logements dans la cour, jardin au nord et au levant". En 1877, Bruté de Rémur demeure à Pontivy : il est conservateur des hypothèques.

31 décembre 1893 : Sylvain Le Moniès de Sagazan (1852-1932) vend à Jules Guillerm les dépendances de sa propriété dite "l’ancien presbytère" (en conservant la partie donnant dans sa cour).

Selon le recensement de population de 1906 (conservé aux archives départementales des Côtes-d’Armor), 11 personnes vivaient dans cette maison : Jules Guillerm (né en 1859 à Louannec) et sa femme Anna Tassel (née en 1863 à Louannec) ainsi que leurs cinq enfants nés à Tréguier (Marie, Marguerite, Juliette, André et Jules, âgés de 5 à 21 ans). Jeanne Luyer (36 ans) assure la fonction de "cuisinière", Anne-Marie Zétrat (22 ans), celle de "bonne d’enfants", Perrine Tanguy (78 ans) est "domestique" et Marie Gratien (28 ans) est "femme de chambre". Jules Guillerm est recensé comme "propriétaire" (vivant de ses rentes).

28 avril 1909 : achat par François Le Gueut et Marguerite Salliou. Ces derniers étaient les grands-parents de madame Thévenet, actuelle propriétaire de la maison. François Le Gueut était docteur en médecine dans l’armée ayant le grade de capitaine. Pendant la première guerre mondiale, il a exercé à l’hôpital militaire de Tréguier (dans l’ancien séminaire) comme médecin chef. Sa cantine militaire a été précieusement conservée. L’acte notarial décrit à cette occasion : "une belle propriété de maître de construction récente composée de :

1. Une maison d’habitation à deux étages comprenant vestibule, cuisine et salle à manger au rez-de-chaussée, deux chambres et cabinet à chacun des étages avec grenier au-dessus.

2. En retour contre la longère nord de la précédente, autre maison élevée sur caves avec perron donnant sur le jardin d’hiver au-rez-de-chaussée, chambres et cabinet de toilette à chacun des deux étages.

3. Cour au midi et au levant de la maison d’habitation avec pompe et porte-cochère donnant sur la rue.

4. Au midi de la cour, un bâtiment construit en pierres et couvert en ardoises comprenant remise, sellerie et écuries avec box et stalles et autres logements.

5. Au nord et au levant des maisons d’habitation, jardin anglais et potager avec serre, cabinet d’aisances et poulailler.

Deuxièmement. Par annexe à ladite propriété. Une portion distincte de l’ancien presbytère comprenant un appartement avec vestibule au rez-de-chaussée et chambre de cabinet au-dessus.

2. Cour au nord".

La petite dépendance flanquant le logis ancien a été construite entre 1911 et 1914 : elle était surnommée le "trou à fouillis". C’est dans cet espace vitré vers le jardin - que Françoise Thévenet, l’actuelle propriétaire de la maison, faisait ses devoirs.

Période(s) Principale : 16e siècle, milieu 19e siècle , (?)
Secondaire : 1er quart 20e siècle
Dates 1904, daté par source
Auteur(s) Auteur : Brunet Emile,
Emile Brunet (1872 - 1952)

Architecte parisien, Émile Brunet est nommé Architecte en Chef des Monuments Historiques en 1899, chargé des Côtes-d'Armor, de l'Eure-et-Loir, de la Seine-et-Marne, de l'Aisne et de Notre-Dame de Paris. Adjoint à l'inspection Générale en 1933, il est nommé Inspecteur Général des Monuments Historiques en 1937. Il est notamment intervenu pour la restauration de la basilique de Saint-Quentin, de la cathédrale de Soissons ; également le château de Dinan, l'ancienne cathédrale de Tréguier, la cathédrale et l'église Saint-Pierre à Chartres et l'église Notre-Dame à Laon. Il est également l'auteur de La Construction moderne publiée en 1930.


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architecte, architecte des Monuments historiques, attribution par source
Personnalité : Guillerm Jules, commanditaire, propriétaire, attribution par source

L’ancien logis est orienté vers le sud : il est doté de deux étages carrés et d’un étage de comble. Il s’agit d’une élévation ordonnancée à quatre travées : sa façade en moellon et ses ouvertures ont été entièrement reprises au début du 20e siècle. La façade postérieure est percée de deux travées de fenêtres sur trois niveaux. La travée ouest est un ajout permettant de faire communiquer la partie ancienne et l’aile nouvelle orientée vers le nord : au rez-de-chaussée se trouve ainsi le "petit vestibule". Selon le plan de distribution de 1904, cette partie de la maison d’habitation comprend : au rez-de-chaussée, une entrée donnant sur l’escalier et distribuant les pièces, une cuisine et une salle à manger ; au premier étage : trois chambres dont une d’enfant et des toilettes ; au deuxième étage trois chambres dont une d’enfant et des toilettes. Au total, six chambres dont deux d’enfant.

Au nord, grand agrandissement dit "aile nouvelle" à double orientation vers l’ouest (côté rue) et vers l’est (côté jardin et estuaire). Rez-de-chaussée sur cave, étage carré et comble habitable doté de grandes lucarnes. Du perron, on entre dans un grand vestibule donnant accès, d’une part au salon et au jardin d’hiver (nommé "véranda-fumoir" par l’architecte) situé en enfilade, d’autre part à la cage d’escalier monumental donnant sur quatre chambres. Depuis le grand vestibule, la communication à la partie ancienne du logis se fait par deux portes : la première donnant directement sur la salle à manger, la seconde sur un petit vestibule et permettant de rejoindre la cour située au sud. La cave est accessible depuis le vestibule ou depuis l’extérieur côté jardin.

Les sols en mosaïque de tesselles de marbre (vestibule, petit vestibule et jardin d’hiver) ne sont pas attribués : il pourrait cependant s’agir du travail de l’atelier d’Isidore Odorico, mosaïste installé à Rennes à partir de 1882.

Le "nouveau salon" est doté d’un plafond à caisson à décor floral en staff dessiné et réalisé par le sculpteur P. Seguin. Il a conservé les doubles-rideaux et les papiers peints dessinés pour Jules Guillerm.

Rampes, garde-corps et balcons extérieurs en fer forgé sont de E. Robert.

Construit en brique avec ornementation en carreaux de céramique ("frise en grès flammé" selon la description de l’architecte), le jardin d’hiver présente une couverture en carreaux de céramique disposés écailles de poisson. A l’extérieur, les appuis sont également couverts de carreaux de grès verdâtre au décor floral et ornés de coquilles. Les ouvertures sont dotées de vitraux de style art nouveau à l’esthétique tout en lignes courbes. Une porte donne directement dans le jardin via un escalier.

Murs granite moellon
schiste moellon
Toit ardoise
Plans plan régulier en L
Étages 2 étages carrés, étage de comble
Élévations extérieures élévation ordonnancée
Couvertures toit à longs pans demi-croupe
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour, en charpente
escalier dans-oeuvre : escalier tournant à retours avec jour, en charpente
Jardins pelouse
États conservations bon état