Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Manoir de Coadélan (Prat)

Dossier IA22017384 réalisé en 2011

Les origines du manoir de Coadélan remontent au 14e siècle voire au 13e siècle ; il a cependant été restauré et reconstruit en partie au milieu du 17e siècle. C'est le type même du "grand manoir breton" qui fait de la résidence seigneuriale, le cœur de l'exploitation agricole, sans négliger toutefois le confort des occupants, qui transparaît à travers les galeries ou l'étuve. C'est aussi le résumé dans la pierre de l'histoire d'une famille aristocratique en pleine ascension sociale du 14e au 17e siècle.

Dénominations manoir
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Roche-Derrien (La)
Adresse Commune : Prat
Lieu-dit : Coadélan
Cadastre : ZK 20

Ce site a été occupé dès le Néolithique comme l'atteste la présence d'un menhir à l'entrée de l'ensemble manorial. D'autres pierres dressées ont pu servir à la construction du manoir au Moyen Age.

Cet ensemble bâti ancien, à la fois résidence seigneuriale et exploitation agricole, est situé à moins de 2 100 mètres au nord-nord-est du bourg de Prat et à 78 mètres d´altitude. Il se trouve, "à la jonction des terres arables et des prairies", à proximité immédiate de deux sources et d´un petit affluent du Jaudy qui alimentaient son étang et ses viviers.

Si il se situe à mi-chemin entre les villes de Guingamp et de Lannion, le manoir est isolé dans la campagne ; on y accède uniquement par l'ouest via le chemin de Prat à Mantallot puis en empruntant l'allée d'honneur longue de 250 mètres et nommée "avenue" sur le cadastre de 1835. On relève cinq bâtiments sur ce dernier dont le logis principal orienté vers l'ouest, la chapelle à l'ouest et le colombier au sud et, des espaces délimités formant cours, pourpris, jardins, vergers et prairies.

On peut encore voir des éléments de l'entrée monumentale qui comprenait une porte charretière et une porte piétonne. Le toponyme est "Coadélan" sur le cadastre. On trouve aussi mentionné "Coatalay" sur la carte de Cassini datant de la seconde moitié du 18e siècle ou encore "Coëtelan" dans les archives seigneuriales. Plusieurs noms de parcelles du cadastre font explicitement référence à l'activité linière : des bassins destinés au rouissage ont été répertoriés le long des cours d'eau grâce au cadastre ancien.

La seigneurie et le manoir de Coadélan ont vraisemblablement été fondés dès le début du 14e siècle par la famille Le Chevoir (le dénommé Merien Le Chevoir est cité en 1365). Leurs armoiries, "De gueules au croissant d'argent, surmonté de trois macles (pièce en forme de losange) de même", ornent toujours la bâtisse. Vers 1500, Rolland Le Chevoir épouse Jeanne Le Rouge (originaire de Trébriant en Plestin) comme le montrent les armoiries de la cheminée dans la grande salle. Ce dernier participe au financement de la reconstruction de la chapelle Saint-Jean de Tréovazan.

En 1584, Lancelot (III) Le Chevoir décède en laissant une fille mineure et une succession difficile... Guy Eder, sire de La Fontenelle, chef d'une bande de brigands enlève (?) la jeune héritière alors âgée de neuf ans. Il l’emmène dans sa forteresse de l'île Tristan devant Douarnenez et finit par l'épouser vers 1594-1595... Le couple vient séjourner au manoir de Coadélan à plusieurs reprises à la fin du 16e siècle et le restaure. Guy Eder est finalement exécuté le 27 novembre 1602 à Paris et sa tête envoyé à Rennes... Marie Le Chevoir décède peu de temps après à l'age de 17 ans.

Le manoir reste dans les mains de la famille Le Chevoir jusqu'à la mort sans progéniture en 1667 de Vincent-Joseph Le Chevoir. A cette date, la seigneurie passe dans la famille du Bouillé par mariage de Marie-Jeanne Le Chevoir avec René du Bouillé. La famille du Bouillé-Turquant conserve le manoir de Coadélan jusqu'à la Révolution. Ce sont les familles Le Corgne (au début du 19e siècle) et Kergariou qui deviennent ensuite propriétaires.

Le volume, les éléments stylistiques et la mise en œuvre permettent de dater les parties les plus anciennes du manoir de Coadélan du 14e siècle. Des études architecturales et dendrochronologiques donnent une datation peu après 1300 pour les poutres de chêne de la cuisine (vers 1305-1327) tandis que la partie sud du logis et la salle basse datent des années 1362-1390.

Le logis se compose d'un bâtiment d’environ 35 mètres de longueur flanqué au nord et au sud de deux tours. Au rez-de-chaussée, le manoir comprend, du nord au sud, trois pièces : la cuisine (doté d'un passe-plat double), la salle basse et la chambre froide sur cave semi-enterrée ; à l'étage : une chambre de service, la salle haute sous charpente apparente (dotée d'une grande cheminée et d'une crédence) et la grande chambre. La porte d'entrée, qui débouche à l'ouest à l'extrémité de la salle basse, est flanquée par la tour d'escalier en vis hors-œuvre. La façade orientale du manoir, tournée vers l'étang, comporte un second escalier en vis distribuant chaque niveau, de la cave à la galerie en passant par les chambres.

La tour nord, de forme carrée et à trois niveaux est la plus ancienne ; elle pourrait remonter au 13e siècle. De part et d'autre de la salle haute se trouvaient deux galeries transversales en bois distribuant les chambres latérales. La galerie, chauffée par une cheminée, permettait également l'accès à une étuve ou "bain de vapeur" aménagée dans la tourelle d'angle sud à la discrétion du seigneur (cette dernière est chauffée par un four et alimentée manuellement en eau par les domestiques de l’extérieur via un petit bassin) . Selon Gwyn Meirion-Jones, la galerie se prolongeait sur l'extérieur en hourd ou "galerie d'agrément".

Le manoir a évolué jusqu'au 17e siècle : vers 1660, on construit la tour sud qui comprend au rez-de-chaussée une chapelle. De lourds travaux de restauration sont entrepris par Vincent Le Chevoir notamment par l’insertion d'un plafond dans la salle haute par deux charpentiers de Plouer ou encore la réfection de la maçonnerie. Si la salle basse devient salle à manger, la salle haute devient le salon. A partir de la fin du 17e siècle, le manoir semble être désaffecté : il devient résidence secondaire de Marie-Jeanne Le Chevoir qui habite le manoir de Bonabry à Hillion puis à Lamballe. Le manoir est restauré au 18e siècle pour Jean du Bouillé-Turquant, marquis de Resnou sous la direction de Gilles Ranou, "architecte et entrepreneur de bâtiment". Le domaine est ensuite abandonné à un métayer ou à un fermier.

Le manoir de Coadélan (parcelle cadastrale ZK 20) a été inscrit au titre des Monuments historiques le 22 janvier 1927. Henri Frotier de la Messelière l'a dessiné depuis l'ouest-sud-ouest en 1929. Il a malheureusement connu un incendie en 1988 qui a détruit une partie de la charpente de la tour orientale. Il a été restauré par la famille Riou avant de passer entre les mains de la famille Francès qui le possède toujours au début du 21e siècle.

Période(s) Principale : 13e siècle, 14e siècle
Principale : 17e siècle
Techniques sculpture
menuiserie
Statut de la propriété propriété privée, Le propriétaire a refusé la mission photographique (2012).
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections inscrit MH, 1927/01/22
Précisions sur la protection

Manoir de Coatelan (cad. ZK 20) : inscription par arrêté du 22 janvier 1927.

Annexes

  • Iconographie

    19802201339ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

Références documentaires

Périodiques
  • MEIRION-JONES, Gwyn - JONES, Michael - GUIBAL, Frédéric. "Coadélan en Prat, Côte d'Armor". Mémoires de la société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, Actes du congrès de Lannion, Tome LXXXVI, 2008.

    p. 437-477

Liens web