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Manoir de Mézobran (Minihy-Tréguier)

Dossier IA22132711 réalisé en 2018

Les archives de la seigneurie de Mézobran [Mézaubran, voire Maëzoubran] dans la paroisse de Minihy-Tréguier sont conservées aux Archives départementales des Côtes-d’Armor sous les cotes E 2366, E 2367 et E 2368. D’autres éléments se trouvent sous la cote 2 G 259. Selon Yannick Botrel (Les justices seigneuriales de l’évêché de Tréguier, 2002), la seigneurie de Mézobran constituait une mouvance et proche fief des Régaires et disposait d’une moyenne ou basse justice. Elle possédait des prééminences dans l’église-cathédrale de Tréguier. En 1768, la seigneurie dispose notamment du manoir de Kerrivoalan (édifice recensé) et du lieu noble de Kergonan. Jacques Briand qui habite Convenant Quellec à Minihy-Tréguier a réalisé un excellent travail de recherche sur la généalogie foncière de Convenant Quellec, exploitation agricole dont l’histoire est étroitement liée à celle du fief de Mezobran à qui elle a longtemps appartenu.

Le toponyme "Maizo bran" est mentionné sur le cadastre de 1835. L’institut national de l'information géographique et forestière (IGN) a retenu le toponyme "Mézobran". Les archives de la seigneurie mentionnent "Mezobran" (sans accent) ou encore "Maëzoubran" que l’on traduirait en français en "domaine du corbeau". La seigneurie devrait son nom "à des moines pilleurs qui auraient, d'après la légende, établi leur quartier général sur le site afin de rançonner les bateaux"1.

Outre de nombreuses exploitations agricoles situées dans, et hors de la paroisse de Minihy-Tréguier2, la seigneurie de Mézobran disposait d’un moulin à eau fonctionnant grâce à l’énergie des marées (moulin situé à 600 mètres au nord-nord-est). Cette installation hydraulique, nommée sur le cadastre ancien "Milin Mor Maizo Bran", littéralement le "moulin mer de Maizo Bran", a quasiment disparu à l’exception de sa digue de retenue. Le cadastre ancien révèle également la présence de deux routoirs (parcelles n° 565 et 566 : "tachen ar goas") et d'une pêcherie aménagés au fond de l’anse de Mézobran et alimentés par le ruisselet traversant le domaine. La pâture désignée comme "Paluden naissant" sur le cadastre appartient à la commune de Minihy-Tréguier mais est revendiquée par le marquis d’Argentré propriétaire du domaine en 1835.

La seigneurie de Mézobran appartient en 1412 au dénommé Jean de Lisle dont les armes sont "de gueules à dix billettes d’or [meuble d'armoiries à quatre angles droits, fait en forme de carré long], 4.3.2.1." ; en 1535 à Raoul de Lisle (L’Isle, "en Enes" ou "an Inizi"). En 1588, elle appartient à Isabelle de Lisle dite "douarière de Coataliou-Trégonan" après le décès de son époux Yves Le Guales. Les armoiries d’alliance conservées dans le manoir (aujourd’hui intégrées dans une niche) semblent correspondre au mariage d’Isabelle de Lisle et de Yves Le Gualès.

François Le Gualès [Le Goalès], époux de Anne Poënces est dit seigneur de Mézobran en 1589 alors que débute les Guerres de la Ligue : il est sénéchal de la ville de Tréguier. La famille Le Goalès blasonne "de gueules à un croissant d'argent, ramparé [accompagné] de six coquilles de même, trois en chef et trois en pointe".

Un siècle plus tard, la seigneurie appartient toujours à la famille de Le Goalès. La chapellenie Saint-Joseph de Mézobran a été fondée en 1662 par Rolland Le Gualès, chevalier et seigneur pour desservir la chapelle du manoir et la chapelle située dans l'église-cathédrale de Tréguier.

Marie Le Goalès à qui appartient la seigneurie, épouse le comte de Bourg (Marie-Eléonor du Maine) en 1675 dans la chapelle Saint-Joseph.

En 1757, la seigneurie échoue en copropriété entre Marie-Antoinette-Charlotte du Maine, comtesse du Bourg, veuve de Louis de Lostange, comte de Beduer et Alexandre-Marie de Saint-Maurice, comte de Montbarré [Montbarrey], colonel au régiment de grenadiers de France.

La seigneurie est vendue en 1762 à Madeleine-Marie-Agathe-Renée de La Bigotière, veuve de Olivier-Joseph Le Gonidec de Traissan (1702-1755), conseiller au Parlement de Bretagne.

Armand Mériadec Le Gonidec, comte de Traissan hérite de la seigneurie. Il épouse Marie Charlotte Joséphine de Morant. Leur fille, Victoire Le Gonidec de Traissan qui a épousé Louis Joseph du Plessis d'Argentré hérite de Mézobran en 1812. Leur fils, Charles hérite de Mézobran, il a épousé Marie Thomas de Bosmelet.

Charlotte du Plessis d'Argentré hérite de Mézobran en 1897, elle épouse Paul du Réau de La Gaignonnière en 1903.

Suite à l’incendie du manoir en 1920, Paul du Réau de La Gaignonnière le vend à Claude Adam (né en 1862) qui exploitait la ferme (qui comptait selon le recensement de 1906 six "domestiques" dont trois "laboureurs"). Sa fille, Anne Marie Adam (1897-1924, enterrée au cimetière de Minihy) s’est mariée le 5 juillet 1920 à Jean-Baptiste Le Goaziou.

1http://www.infobretagne.com/minihy-treguier.htm2http://www.cvtquellec.fr/histoire/composition/art1.htm
Parties constituantes non étudiéesétable, remise agricole, puits
Dénominationsmanoir
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
AdresseCommune : Minihy-Tréguier
Lieu-dit : Mézobran

Le manoir de Mézobran comporte des éléments datables de la fin du 14e siècle ou du début du 15e siècle comme des remplois d’anciennes baies gothiques.

Le logis a été en partie reconstruit dans la première moitié du 16e siècle (vers 1520, pour le mur de refend en pierre de taille, les portes et la cheminée dont la hotte en glacis sous arc mouluré est typique) et au milieu du 16e siècle (recomposition probable vers 1540-1560 illustrée notamment par le décor de la porte principale, les chapiteaux des colonnes de la galerie servant de remise, les lucarnes ou encore le puits au décor renaissance).

Le manoir a continué d’évoluer au 17e siècle (avancée sud et escalier en vis en bois datable de la première moitié du 17e siècle notamment). Lors de sa réutilisation comme bâtiment de ferme, le manoir a perdu certaines de ses caractéristiques architecturales.

Selon Jacques Briand qui a étudié le fief de Mézobran, le logis manorial a été touché par un incendie en 1920.

Le manoir de Mézobran est inscrit au titre des Monuments historiques depuis 1926. Il a fait l’objet de couvertures photographiques en 1966 (pour les Monuments historiques), 1973 et 1974 (dans le cadre du pré-inventaire). Entre 1973, date du passage des chargés d’études d’Inventaire et 2019, le manoir a connu une importante restauration tendant à lui redonner son état d’origine.

Période(s)Principale : 1er quart 15e siècle, 1er quart 16e siècle, 2e quart 16e siècle, 1ère moitié 17e siècle
Secondaire : 19e siècle, 3e quart 20e siècle, 4e quart 20e siècle

Cet ensemble bâti ancien, à la fois résidence seigneuriale et exploitation agricole est situé à 1600 mètres au sud-sud-est du bourg de Minihy-Tréguier. Le manoir est implanté en bordure du Jaudy sur des terres naturellement fertiles. Ses habitants disposaient d’eau douce grâce à une fontaine (aujourd’hui déplacée) et à un puits.

L'ensemble manorial - à l’origine entièrement clos de mur - se compose de plusieurs chemins bordés de talus-murs (certains sont plantés, d’autres non), d’un logis principal en équerre (amputée de sa métairie détruite à la fin des années 1970), d’une cour fermée d’un portail au nord (portail reconstruit), d’une chapelle (située dans la parcelle n° 568), d’un colombier (détruit, situé sur la parcelle "ar prat", littéralement le pré) et deux dépendances figurant sur le cadastre de 1835), l’une à usage d’étable, l’autre de remise. Son domaine s’étend actuellement sur 34 hectares (superficie calculée à partir du Géoportail).

Selon les états de section du cadastre de 1835, les parcelles sont désignées comme "parc an graouen, labour" (n° 883), "parc an graouen, taillis" (n° 884), "ar chlos, labour" (n° 885), "ar chlos, jardin" (n° 886), "bâtiment" (n° 887), "jardin" (n° 888 et 889), "maison, bâtiment et cour" (n° 890), "cour et vague [barré]" (n° 891), "ar stang, pâture" (n° 892), "ar stang, taillis" (n° 893), "loguel an stang, labour" (n° 894), "parc an poutec, taillis" (n° 895), "parc an poutec, labour" (n° 896), "hent coat mesquelic, pâture" (n° 897).

Construit en moellon de schiste, de dimensions variables suivant les époques (à l’origine enduit pour les parties les plus anciennes), le corps de logis en équerre est flanqué au nord d’une tour d’escalier (en partie tronquée dans sa partie haute). Il comporte dans son état actuel quatre pièces au rez-de-chaussée.

La façade nord conserve les parties supérieures de grandes baies gothique (quadrilobes et trilobes). Ces ouvertures ainsi que l’aspect ramassé du premier étage témoignent très certainement de l’existence d’une salle basse sous charpente à l’origine.

Réalisée en pierre de taille de granite, la porte principale en arc brisé et à large chanfrein est surmontée d’une archivolte ornée d’une accolade (arborant un décor de feuilles denticulées) et surmontée d’un fleuron, servant de base à des pinacles aux motifs renaissant faisant pilastre. Un larmier orné de modillon protège l’archivolte. Le décor de cette porte correspond à une période de transition entre gothique et renaissance. Les fenêtres à linteau droit orné d’une accolade semblent contemporaines de cette porte. Les lucarnes à fronton triangulaire de la façade nord comportent des motifs en losange de style renaissance.

Soigneusement construit en pierre de taille de granite, le mur de refend de la salle basse principale reçoit une cheminée monumentale encadrée de deux portes. L’une - au sud de la cheminée, la plus haute - donnant sur un vestibule et, via quelques marches sur une salle basse décrochée en élévation avec un bloc de chambre légèrement plus haut. La seconde porte - au nord - donnant accès à une cave à usage de cellier et souillarde. Ce sous-sol, accessible par un escalier droit, accueille une grande auge et un système d’évacuation d’eau. Un second escalier – en vis – donne accès au sous-sol. Les deux portes comportent un linteau orné d’une grande accolade. Une corniche sculptée en granite règne sur la partie sommitale : on y retrouve une frise de végétaux ponctuées de pampres et grappes de vigne. A l’instar des sablières en bois des églises et chapelles, cette corniche devait à l’origine être peinte.

Au sud, la façade du logis est marquée par une avancée abritant un escalier vis en bois. Entre le logis et cette avancée se trouve une porte à linteau en accolade doublée d’un jour étroit (s’agit-il à l’origine d’une ouverture à usage défensif ?) qui donne accès à un vestibule situé entre la salle basse principale et le bloc de chambre accessible par quelques marches d’escalier.

L’aile nord – aujourd’hui très restaurée – comprenait à l’étage une salle haute à deux travées de fenêtre et cheminée armoriée, édifiée sur une galerie servant de remise. La galerie comprend cinq colonnes aux chapiteaux sculptés dans le registre renaissant. La façade ouest a été modifiée par l’ajout d’ouvertures.

Situé dans la cour, devant le logis, le puits à margelle circulaire comporte un décor géométrique de style renaissance similaire à celui des deux lucarnes.

Mursschiste maçonnerie enduit
moellon
Toitardoise
Plansplan régulier en L
Étages1 étage carré
Couverturestoit à longs pans pignon découvert
Escaliersescalier demi-hors-oeuvre : escalier en vis avec jour en maçonnerie
escalier dans-oeuvre : escalier en vis en maçonnerie
escalier dans-oeuvre : escalier droit en maçonnerie
escalier dans-oeuvre : escalier en vis avec jour en charpente
États conservationsbon état, restauré
Techniquessculpture
Statut de la propriétépropriété d'une personne privée
Protectionsinscrit MH, 1926/01/20
Précisions sur la protection

Manoir de Mézobran (cadastre ZE 73) : inscription par arrêté du 20 janvier 1926.

Annexes

  • Le moulin à marée de Mézobran d'après les états de section du cadastre de 1835

    Le moulin à marée de Mézobran appartient en 1835 au "marquis d’Argentré" habitant à Vitré : il est nommé "milin mor maizo bran". Les états de section du cadastre permettent d’énumérer : "stang ar milin mor, l’étang" (n° 576), "la chaussée du moulin, vague [barré] labourable" (n° 577), le "moulin" (n° 578), le "jardin" (n° 579), un(e] "bâtiment [barré] maison" (n° 580), "ar jardin, labourable" (n° 581), "ar jardin, lande" (n° 582). En amont, un routoir (parcelle n° 592) et une mare (parcelle n° 593) appartenant au même propriétaire mais exploités par la famille Bourdon avec le Convenant Traouoas.

    (Guillaume Lécuillier, 2019).

Références documentaires

Documents d'archives
  • Seigneurie de Maëzoubran - titres : aveux. Paroisse du Minihy-Tréguier, familles Du Bourg et Le Gualec.

    Séquentiel : 242.

    Cote : 2 G 259.

    Dates : 1608-1747.

    Nombre éléments : 3 pièces.

    Métrage conservé : 0,01.

    Ancienne cote 1 : G art. 230.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 2 G 259
  • E 2366 (Liasse) - 1 cahier in-folio, papier, 26 feuillets ; 7 pièces, papier.

    1768-1785 - Titres généraux : aveu fourni à Jean-Marc de Royère, évêque et comte de Tréguier, par Marie-Madeleine-Agathe-Renée de La Bigotière, dame de Perchambault, veuve d'Olivier-Joseph Le Gonnidec de Traissan, pour le manoir et les terres nobles de Maëzoubran [Mézobran] situés dans la paroisse de Minihy-Ploulantréguier, avec des prééminences et tombes dans la cathédrale de Tréguier, près de l'autel Saint-Yves et dans la chapelle de Saint-Sébastien, vitre au chœur au-dessus de la porte du cloître où est figuré un écusson de gueules à dix billettes d'or ; le manoir noble de Keryvoallan [Kerrivoalan] ; le lieu de Kergonnan [Kergonan] et un grand nombre de convenants (1768) ; - procédure relative à l’impunissement du même aveu terminée par une transaction en 1785.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : E 2366
  • E 2367 (Registre) - In-folio, 150 feuillets, papier.

    1767-1782 - Titres généraux : rentier et chefrentier de la terre de Maëzoubran [Mézobran] donnant pour chaque article le nom des fermiers ou colons et la date du paiement des redevances.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : E 2367
  • E 2368 (Liasse) - 22 pièces, papier.

    1662-1787 - Titres généraux : états en recettes et dépenses du revenu certain et du casuel des terres de Maëzoubran [Mézobran], au Minihy, et de Kersco-Maëzoubran en Plestin ; inventaires de titres de ces deux terres ; fondation de la chapellenie de Saint-Joseph de Maëzoubran, pour être desservie tant dans la chapelle du manoir que dans l'église cathédrale de Tréguier, par Rolland Le Gualès, chevalier, seigneur de Maëzoubran, Kerivoallan [Kerrivoalan], Kermorvan et autres lieux (1662). - Domaine : baillées à domaine congéable du convenant Philippe Urvoas, situé dans la paroisse de Lanvézéac et dépendant de la terre de Maëzoubran, etc.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : E 2368
  • Canton de Tréguier (22). Pré-inventaire de la commune de Minihy-Trégier par Nicole Chouteau et Viviane Maillen assistées de Didier Richard pour les photographies, 1973.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel) : 152
Bibliographie
  • BOTREL, Yannick. Les justices seigneuriales de l'évêché de Tréguier. Guingamp, éditions de la Plommée, 2002.

  • KULIG, Christian. WORTHINGTON, Patrick. Châteaux et manoirs. Trésors du Trégor. Saint-Thonan, 2013, 256 p.

Liens web