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Moulin à marée de Buguéles, Morlan Bras (Penvénan)

Dossier IA22012605 réalisé en 2008

Fiche

Appellations Moulin mer du Vorlan, Ar Velin Vor
Destinations moulin à marée, demeure
Dénominations moulin
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Tréguier
Adresse Commune : Penvénan
Lieu-dit : Morlan Bras
Cadastre : 1981 A 115-1360

L'utilisation de la marée pour actionner un moulin semble remonter au 12ème siècle. On en trouve beaucoup le long des côtes bretonnes, le long des rias et exceptionnellement entre des pointes rocheuses et des cordons de galets, comme le moulin mer de Buguéles, appelé le moulin mer du Vorlan ou de l'Île Baïllanec. Sur la carte marine du SHOM, le Moulin Mer est situé entre l'Île des Genêts et l'île Ozac'h ('île du maître') et à la terre par la chaussée appelée 'Chaoser ar Velin Vor'. Le ruisseau qui alimente le moulin est appelé localement 'Ruzellenn ar Velin Vor'. Le moulin de l'île Baïllanec (Île des Genêts) a été édifié en 1498 par le seigneur de Keralio de Plougrescant. Il aurait fonctionné jusqu'au milieu du 18ème siècle, avant d'être détruit, hors la chaussée. En 1836-37, un armateur et commerçant de Tréguier entreprit de construire un second moulin sur le même site, moulin que nous connaissons aujourd'hui. L'étang du moulin a pu servir de pêcherie. L'anse de Buguéles devant le moulin représente le port historique de Buguéles.

Période(s) Principale : 4e quart 15e siècle
Principale : 2e quart 19e siècle
Dates 1498, daté par travaux historiques
1837, daté par source

Le moulin à marée est placé au milieu d'une digue comportant deux ouverture en pertuis. Le premier orifice laisse entrer l'eau à marée montante, tandis que le second sur lequel se trouve la roue à pales, la libère quand la mer redescend. Le moulin à marée du Vorlan est édifié dans l'anse appelée 'Morlan Bras', dans un site inscrit. Les différents éléments qui le composent sont formés d'une première digue sur laquelle est édifié le moulin lui même, d'une deuxième digue et des deux îles avec leurs cordons de galets qui délimitent l'étang. Le moulin est adossé au milieu de la face aval de la 1ère digue. La 1ère digue mesure 70 mètres de longueur et environ 6 mètres de largeur. Elle est construite en moellons de granite posés à sec, sauf près de l'entrée du coursier face aval, où on décèle l'utilisation de mortier. Sa forme est rectiligne avec des murs verticaux. Elle rejoint les deux berges en pente douce. Le système d'admission et de retenue se trouve au niveau de la 2ème digue (difficile d'accès). Il est formé d'une grande porte, à ouverture verticale, sur toute la hauteur de la digue, d'où l'on aperçoit un autre vannage. Cette digue est doublée plus en amont du cordon de galets par une sorte de barrage, faisant pont (le 'Pont des Druides'), équipée d'une porte à marée. Le bâtiment du moulin est de plan rectangulaire (6 mètres par 6 mètres), avec un appentis en béton, à l'origine, dont les murs ont été refaits en moellons de granite. Cet appentis a été construit en 1960 sur la digue, accolé à la façade Nord-Ouest du moulin. La maçonnerie du moulin est en moellons de granite rose posés avec mortier. Le bâtiment est composé d'un soubassement, légèrement taluté et évasé, d'un rez-de-chaussée et d'un étage sous combles. Les ouvertures d'origine n'ont pas été modifiées par les propriétaires. Elévation Sud : deux fenêtres au rez-de-chaussée. Poterne dans le soubassement, au centre. Elévation Nord : fenêtres dans l'appentis. Elévation Ouest : porte cochère dans l'appentis. Elévation Est : trois fenêtres rectangulaires, dont deux au rez-de-chaussée, un étage sous combles, une poterne rectangulaire dans le soubassement pour le passage de l'arbre de la roue. Un chien assis est repérable sur le versant Sud de la toiture. Le bâtiment est équipée d'une cheminée sur le pignon Ouest. Une petite jetée permet d'accéder à la digue. Le système moteur n'existe plus : seul le coursier latéral, très étroit, le long de l'élévation Est, est encore visible. Les vannes et la roue motrice ont également disparu.

Murs granite
béton
moellon
Toit tuile
Plans plan rectangulaire régulier
Couvertures toit à deux pans
Énergies énergie hydraulique
États conservations bon état, remanié
Techniques maçonnerie

Le moulin à mer de Buguéles mérite d'être signalé pour son architecture et sa situation particulière. Cependant, le site de nature fragile est privé.

Statut de la propriété propriété d'une personne privée
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • Historique du moulin à mer

    Sources : AD 22 E1845 et 11 S5 (25).

    Parmi les privilèges accordées en 1488 par lettre patente de la duchesse Anne, se trouvait le droit d'avoir un moulin à mer en une isle nommée Ballanec au rivage de Penvénan.

    Ce droit est confirmé par le Roi en 1673 (AD 22 E1845). Pescherie et moulin à mer proche l'Isle Ballanec n la paroisse de Penvénan. Ce premier moulin construit à la fin du 15ème siècle et encore existant en 1673, avait disparu en 1771 ; il n'en restait que la chaussée comme on le constate par un acte du 25 octobre 1771 (AD 22 11 S5 (25).

    Messire Jacques Magdelin gonery Arthur, chevalier seigneur de Keralio et Lezhernant, demeurant en son hôtel en la ville de Tréguier, paroisse de saint Bastien, devant nous notaires de la juridiction des seigneuries et comté de Tréguier et de la juridiction et châtellenie de Kerallio-Lezhernant, avec soumission expresse à cette dernière, déclare donner et céder à titre de simple ferme et pour le temps et respit de sept ans réputés commencés depuis le jour de la Saint-Michel dernière pour finir à pareil jour à l'expiration de sept années, à l'honorable homme Jean Lezguen époux et procureur de droit de Anne Henry, ménagers demeurant en la paroisse de Penvénan, près du village de Buguéles. A savoir : la jouissance et disposition de la coupe des goemons qui croissent sur et contre la chaussée d'une espèce d'île ou étang nommé 'étang sallé du seigneur de Kerallio et lui appartenant, situé entre l'Île Ballanec et la grande mer.

    Il était autrefois stipulé que les preneurs n'auraient pas droit de pêche dans l'étang.

    Le moulin lui même avait disparu à la fin du 18ème siècle, mais la présence de la digue donna l'idée à d'autres d'en entreprendre la reconstruction (sans que le souvenir du premier moulin soit évoqué).

    C'est un certain Ozou, armateur et négociant à Tréguier, qui semble avoir mené cette entreprise à son terme en 1836-37. Il demande une concession dans l'anse du Vorlan, pour créer un moulin à marée. Etant donné la situation de ce terrain, l'approbation est unanime. Aucun règlement d'eau n'est fixé. On établit que l'endigage ne nuira pas aux activités de pêche ou à la navigation, impossible à cet endroit. Par contre, le syndic des gens de mer demande que l'on puisse passer, de jour et de nuit, à pied, à cheval ou en voiture, et sans péage sur la chaussée (afin de charroyer des goémons). Cette clause fera partie du cahier des charges de la concession. Le propriétaire s'engage aussi à assure le passage aux piétons par tous temps sur la petite chaussée Nord (prévoir le passage pour voiture est inutile car les rochers sont trop escarpés).

    Le directeur des fortifications note que la construction d'un moulin à marée est la seule utilisation possible du site, car : à travers les bancs de galets, il y a des infiltrations continues qui rendent le désablement, même partiel, impossible, et par conséquent ce terrain sans valeur.

    Enfin, la création d'un moulin à marée est unanimement considérée comme une entreprise d'intérêt général. Il semble qu'une sécheresse ayant sévi pendant l'été 1835, ait renforcé cette opinion, et l'énergie marémotrice apparaît comme une énergie absolument fiable.

  • Description du site d'implantation du moulin

    Le moulin est implanté dans un site très particulier et unique. Un grand cordon de galets, long d'environ 1000 mètres, relie l'île Illiec à une masse rocheuse, au Sud-Est de celle-ci en décrivant un arc de cercle concave vers le large. Ce cordon de galets est privé jusqu'au pont, servant de barrage. Un deuxième cordon de galets, faisant un angle de 90° avec le premier, relie ces rochers à l'extrémité Nord de l'Île aux Oies, qui s'étend sur 300 mètres vers le Sud. L'étang a été créé en construisant deux digues : l'une orientée Est-Ouest, relie la partie Sud des îles Baëllanec et aux Oies. Le moulin est adossé contre elle, l'autre digue, orientée Nord-Sud, relie le premier cordon à l'extrémité Nord de l'île Ballanec.

    L'ensemble du site est une zone de hauts fonds, ponctuée de très nombreux îlots granitiques, reliés entre eux par des tombolos (flèches de galets).

    A basse mer, l'eau se retire de l'Île Illiec. Actuellement, les portes des deux digues sont toujours ouvertes et l'eau circule librement dans l'étang, qui se remplit à chaque marée. Auparavant, l'eau pénétrait dans l'étang par la digue Nord uniquement et ressortait par le coursier du moulin, dans la digue Sud. C'est le seul moulin connu où l'admission de l'eau et sa sortie se faisaient par des ouvertures pratiquées dans deux digues distinctes. Le pont situé au Nord-Ouest de l'étang et en amont de la première digue Nord est appelé localement le 'Pont des Druides'. Ce pont, récemment restauré (rejointoyé), servait autrefois à faire passer les meules de goémon au-dessus du bief. Il est construit en moellons de granite et mesure une quinzaine de mètres de longueur pour une hauteur d'environ 1, 50 mètre. La vanne ou porte à marée est toujours ouverte. La digue Nord s'appuie sur le cordon de galets dans sa partie frontale. Elle est constituée d'un mur en moellons, long d'un quinzaine de mètres, dont le pertuis est aujourd'hui ouvert en permanence. La porte à marée a disparu.

    Il semble qu'aujourd'hui, une dépression à l'extrémité Nord du 2ème cordon (à sa jonction avec le rocher) permette des échanges entre la mer et l'étang. Cependant, l'étang s'envase et augmente la partie herbus ou schorre au détriment des sables.

  • Les moulins à marée du Trégor

    Les moulins à mer du Trégor-Goëlo sont aujourd'hui peu nombreux à faire tourner les marées meunières. Cependant, c'est moins leur bâti spécifique qui les différencie que leur situation par rapport à leur environnement maritime. Seuls subsistent encore les belles architectures des deux moulins côtiers de Ploumanac'h et de Trégastel (Petit et Grand Traouiëros), situées dans une anse très abritée, sur la côte de Granite Rose, du moulin de Buguéles (Penvénan), le seul moulin à être construit sur une digue artificielle et en partie sur un cordon littoral naturel de galets, du moulin insulaire de Bréhat (moulin entièrement restauré avec son mécanisme) et des deux moulins d'estuaire, Traou Meur sur le Jaudy ou rivière de Tréguier, avec ses deux bassins (moulin transformé en comptoir maritime) et Traou Meur sur la rivière du Trieux (entièrement restauré, transformé en maison d'habitation).

    Ces moulins à marée méritent une visite particulière, tant pour comprendre leur fonctionnement que pour découvrir l'ingéniosité de leurs concepteurs, qui ont su choisir le relief adapté à ce type de construction, que les coups de butoir de la mer, faisaient sans cesse vibrer. Face à ces forces naturelles que le moulin se devait d'apprivoiser, l'architecture lithique employée donne la préférence au murs porteurs en granite, tournés vers le large, avec un fort empattement sur un sol solide, des arcs-boutants si nécessaires, des murs pignons perpendiculaires à la chaussée, alors que l'essentage en bois dans la partie haute, donne au sud le pignon découvert. La toiture en forme de pavillon à quatre pans offre moins de prise au vent, avec une couverture à l'origine en chaume ou plus rarement en tuiles, afin d'éviter trop de poids sur la charpente, remplacée par des ardoises au 19ème siècle. Cette cathédrale de pierres sur la mer offre ensuite sa roue au frisson des vagues et des eaux vives, qui viennent alimenter son énergie et libérer son bief.

  • 20082210954NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 num 1/38, Numplan 11.

    19712205284ZB : Conseil Régional Bretagne

    19712205285ZB : Région Bretagne

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales des Côtes-d'Armor 11 S 5 (25) . Demande de concession de l'anse du Vorlan, pour l'édification d'un moulin à mer, Ozou, 1836.

    p.
Documents figurés
  • AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/38, plans cadastraux parcellaires de 1834.