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Moulin à marée du Berringue (Plouhinec)

Dossier IA56007230 réalisé en 2017

Fiche

Dossiers de synthèse

Gabriel Le Baron, fils du dernier meunier du moulin du Berringue Louis Le Baron, a travaillé avec son père jusqu'à ses 18 ans. Pour cette étude, il a accepté d'accorder un entretien qui permet de se figurer plus précisément ce qu'était la vie de meunier.

Le commerce du moulin s'organisait sans vraiment tenir compte des autres moulins à marée autour qui étaient vus comme des concurrents et avec lesquels il n'y avait pas vraiment de relations établies. Les paysans choisissaient simplement leur moulin en fonction de la proximité de celui-ci.

Le grain pouvait être amené par ces derniers eux-mêmes mais lorsque ce n'était pas possible, un des membre de la famille le Baron allait le chercher en charrette. Une tournée comptait 1 tonne de grain, tiré par deux chevaux. Ces derniers connaissaient tellement bien la route que lorsque le conducteur s'assoupissait dans la charrette - souvent après avoir été invité à boire un cidre chez les paysans qu'il visitait – ils ramenaient malgré tout le véhicule à destination.

C'était le meunier qui se chargeait de monter au grenier des paysans pour remplir les sacs de grain. Chaque sac faisait 55kg et le meunier en prélevait 5kg pour son salaire, le troc était encore courant à cette époque. Lorsque les Le Baron allaient vendre leur cochons au boucher qui passait à Plouhinec, c'était alors l'occasion d'échanger la marchandise contre de l'argent.

En plus des cochons, la famille élevait aussi des vaches qui leur servaient à produire leur beurre. Ils possédaient également des cultures de pommiers et de blé. Ils n'avaient pas de pressoir à cidre sur place et allaient pour cela chez un voisin. Ils ne possédaient pas non plus de four, aussi comme ils ne vivaient pas loin du bourg ils allaient directement chez le boulanger faire cuire leur pain. Le fait d'être propriétaire de l'étang permettait aux Le Baron d'y pêcher sans encombre, notamment la plie, ce qui n'était pas toujours possible dans les autres moulins à marée, l'étang appartenant rarement au meunier qui n'y avait donc pas le droit de pêche.

En ce qui concerne la production de farine elle-même, Louis Le Baron appréciait particulièrement le grain qui venait de Groix, qu'il estimait le meilleur de la région. Il avait aussi une astuce pour satisfaire davantage ses clients lorsqu'il s'agissait de mouture de millet. Le millet était considéré comme bon lorsqu'il était bien jaune, Louis Le Baron ajoutait donc un peu de crottin de cheval pour que la mouture soit un peu plus colorée.

Ce qui ressort également de ce récit est le rythme de travail soutenu du meunier, marqué par le travail de nuit à la lueur des lampes à pétrole et occupé le reste du temps par des activités annexe à la meunerie.

Précision dénomination moulin à marée
Parties constituantes non étudiées digue, étang
Dénominations moulin
Aire d'étude et canton Bretagne - Pluvigner
Adresse Commune : Plouhinec
Lieu-dit : Berringue

La première mention connue du moulin du Berringue date du 26 août 1415, il s'agit de la déclaration après décès de Olivier du Boys de la Salle. Ce document permet de conclure que le moulin avait été afféagé par le Duc de Bretagne à la famille du Boys de la Salle avant même 1415.

Les recherches de l'actuel propriétaire du moulin ont pu établir que le moulin était ensuite passé dans les mains de la famille de Lopriac, puis devint la propriété de la famille De Kerhoent suite à un mariage . En 1770, les époux De Kerhoent cédèrent leurs droits d'afféage à Jacques Dagorne et son épouse Hélène Pessel. L'acte qui scelle cette vente souligne que ce féage noble devient alors un « afféagement simple et roturier ».

Le père Le Tallec, recteur de Plouhinec dans les années 1970, relève qu'en 1800, le meunier du moulin de Berringue est Vincent Le Visage, et son frère, Pierre, est alors meunier du moulin - également à marée - de Kercadic. En raison de litiges sur la question de la propriété de l'étang et de la digue – questions qui se posent souvent dans le cas des moulins à marées qui sont très souvent sur les chemins de randonnées, la cellule juridique de la DDE a établi l'historique des propriétaires successifs. Le moulin de Berringue resta donc dans la famille Dagorne-Pessel jusqu'en 1813 date à laquelle les héritiers cédèrent leurs droits à leur demi-frère Jean-Marie Le Bourvellec né du remariage d'Hélène Pessel. En 1834, le moulin et son étang sont vendus à la famille Buret, puis à ses héritiers Quero en 1939.

En 1847 le moulin est vendu de la famille Langlois à la famille Gaudal afin de rétablir le moulin qui ne fonctionne plus. La famille Quero garde une partie de l'étang qui sera finalement vendu aux Gaudal en 1849. En 1852, ces derniers font une demande pour y établir un marais salant. La demande est refusée pour manque de justification sur la propriété de l'étang.

En 1856 les époux Gaudal achetèrent un terrain où ils firent construire un moulin à vent. En 1878, l'ensemble du domaine (moulins à marée et à vent, étang, chaussée, dépendances et maison de meunier) furent vendus à Hyppolyte de Mauduit et son épouse Madame de Solminihac qui la vendit au décès de son mari à la famille Le Février.

C'est en 1892 que le domaine passa dans les mains de Louis Le Baron, père du dernier meunier du moulin du Berringue s'appelant également Louis Le Baron. Il cessa son activité vers 1960, ne soutenant plus la concurrence face à l'arrivée des concasseurs individuels, mais dût vendre entre temps le moulin à Jean-Pierre Le Cahérec. En effet il avait voulu racheter les parts de ses cinq frères sur l'héritage de son père, mais son activité ne permit pas d'honorer complètement cet achat. Aujourd'hui le moulin est resté dans la famille Le Cahérec, au nom de De Saint-Pern suite à un mariage. La fin de l'activité du moulin est aussi à associer avec l'arrivée très tardive de l'électricité dans la commune de Plouhinnec dans les années 1960.

L'activité du moulin fut marquée par une interruption lors de la seconde Guerre Mondiale pendant laquelle la famille Le Baron fut contrainte de se cacher sept mois en Ille-et-Vilaine. Après cette interruption le bâtiment subit plusieurs réparations et les mécanismes furent remplacés en partie.

Aujourd'hui il ne reste plus que quelques vestiges du moulin. Celui-ci menaçant de s'écrouler, les propriétaires ont préféré l'abattre plutôt que de risquer un accident.

Période(s) Principale : 15e siècle, 16e siècle, 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle

Le moulin de Berringue se situe entre la rivière d'Etel et l'étang de Berringue. Il est placé en symétrie de la maison du meunier, à l’extrémité d'une très courte digue qu'il borde légèrement sur l'aval. La digue est réalisée en pierre de tailles de granit. La maison du meunier à côté a été remaniée.

Il ne reste donc presque rien du moulin mais les photographies disponibles dans le livre de J-L Boithias et A. de La Verhne, et le dessin de Gabriel Le Baron, fils du dernier meunier, permettent de se figurer comment était le bâtiment.

Le moulin comptait trois roues verticales extérieures. La roue du pignon ouest servait à la mouture du millet et entraînait donc une paire de meules plus petites (environ 1m de diamètre). Les deux autres servaient à la mouture du froment pour la consommation humaine et la mouture du grain pour les bêtes. Le premier type de farine subissait donc un traitement supplémentaire en passant dans une bluterie. Les roues ne comptaient que 24 pales conformément aux moulins de cette partie de la Bretagne. Élément notable, le coffrage des roues étaient nonengonal alors qu'habituellement il est plutôt rond et dans certains cas octogonal mais ce n’était pas une configuration souhaitée puisque la farine se retrouvait envoyée dans les coins.

De plan rectangulaire, le moulin était de dimension semblable à la maison du meunier. Construit en moellons de pierre, les angles étaient chaînés en pierre de taille. Sa façade aval comptait deux éperons à chaque angle pour prévenir l'enfoncement dans la vase. Il accueillait deux portes hautes, une pour le millet et l'autre pour la mouture des deux autres roues ou permettant de décharger les bateaux qui venaient de Belz et de Saint-Cado. Sur d'anciennes photographies on peut encore voir deux corbeaux qui accueillaient un mécanisme de levage pour faire monter le grain.

La façade amont, quant à elle, accueillait deux portes qui correspondaient également aux deux types de moutures (millet, froment / farine à bétail). Le moulin était couvert d'un toit à croupe en ardoises. La charpente intégrait des mécanismes de mouture : les treuils « à manivelles », qui permettaient le levage des meules, étaient montés dans un châssis posé sur un platelage reliant deux entraits de ferme entre eux.

Murs granite
Énergies énergie hydraulique produite sur place
Typologies moulin à marée
États conservations vestiges

La Bretagne compte une forte concentration de moulins à marée, il s'agit pourtant d'un patrimoine méconnu . Les ruines du moulin du Berringue constitue donc un témoignage de cette histoire collective mais son caractère privé rend sa mise en valeur patrimoniale difficile.

Statut de la propriété propriété d'une personne privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • AP Saint-Pern (de) Hervé

    Archives Privées
Bibliographie
  • BOITHIAS, J.-L., VERNHE, A. De la. Les moulins à mer et les anciens meuniers du littoral : mouleurs, piqueurs et moulageurs. Nonette : éditions Créer, 1989.

Périodiques
  • GUILLET Jacques, Les moulins de la mer. Le chasse-marée, n°5, p.42-57

    Bibliothèque de Rennes Métropole
(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne ; (c) GRIEF EA7465 - ENSAB - Nadolski Claire
Claire Nadolski

Chargée d'étude (GRIEF EA7465 - ENSAB)


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