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Moulin à marée du Lac, actuellement maison, Passage du Lac (Carnac)

Dossier IA56007231 réalisé en 2017

Fiche

Dossiers de synthèse

Précision dénomination moulin à marée
Appellations Moulin du Latz
Parties constituantes non étudiées digue, étang
Dénominations moulin, maison
Aire d'étude et canton Bretagne - Quiberon
Adresse Commune : Carnac
Lieu-dit : Passage du Lac

Les recherches de François Richez l'ont conduit a proposer une existence du moulin du Lac antérieure à 1541, une donnée qui est mentionnée dans une sentence de 1689 (ADM E2496).

F. Richez relève que ce moulin dépendait à la fois au niveau féodal de la Seigneurie de Largouet sous Auray et de la la Seigneurie du Latz en Carnac sur le plan domanial, il n'est donc pas évident de savoir a qui il appartenait. F. Richez a donc établi la liste des propriétaires successifs de la Seigneurie de Largouet entre 1521 et 1715 dates auxquelles le moulin appartient respectivement à Claude de Rieux et Charles René de Cornulier. Pour la Seigneurie du Latz, cette liste est dressée entre 1426 et 1885 et commence par Jean Garric, comte du Latz et les époux Montfort-le Rouzic.

F. Richez indique qu'à partir de 1885 il faut distinguer les propriétaires du moulin de ceux du château. En 1922, le moulin est vendu à Marie Gestalin le 12 mai, puis à Mathurin Audic le 9 décembre. En 1955, suite au partage des biens de Mathurin Audic, le moulin revient à François Audic. Le 4e de ses 8 enfants sera le dernier meunier du moulin. En 2000 suite à son décès, le moulin revient à l'un de ses fils.

En ce qui concerne les meuniers du moulin du Lac, le premier connu est Ollivier Coutin. Le 5 octobre 1654 il est cité dans une déclaration de récolte. Le 3 décembre 1663, Laurent Kerrio est cité comme le « moulinier », il est sous la tutelle de son frère, François Kerrio. Vers 1678 Guillaume le Goff, est le meunier du moulin du Lac, c'est le gendre de Laurent Kerrio. Le moulin passe ensuite aux mains de la famille Le Boulh.

En 1776, Pierre Le Goff reprend le moulin après s'être occupé du moulin de Kermalvezin, non loin de Carnac. Une de ses filles est mariée avec Marc Quer, qui est d'abord charpentier au Latz, puis meunier en 1769. F. Richez relève qu'il effectue le transport de la farine en bateau. Les fils de Pierre Le Goff, Jean et Gilles seront également meuniers au Lac. Puis ce sera au tour de Mathurine, la fille de Gilles.

En 1774 c'est Bernard Hulbron qui s'occupe de faire tourner le moulin, Gildas Hulbron de 1786 à 1792, puis son fils Julien Hulbron entre 1786 et 1822. Suite à une succession, c'est Pierre Marie Le Goff qui reprend le moulin entre 1798 et 1830, il n'a pas de lien avec la lignée des Le Goff évoquée plus haut. Sa femme Marie-Anne prend sa suite après sa mort en 1830. Son fils, Charles-Marie s'assure de la reprise du moulin mais le quittera pour celui de Coët-Courzo dont sa femme est originaire.

Le moulin passe alors aux mains des époux le Rouzic : François-Marie et Marie-Michelle qui prendra la suite de son mari à sa mort, parallèlement à ses activités d’ostréicultrice. Elle est restée célèbre à Carnac pour son fort tempérament. Son mari, François-Marie Le Rouzic était un descendant de Mathurine Le goff évoquée plus haut. Marie Michelle donna ensuite le moulin à bail à Mathurin-Marie Audic puis le vendit à Joseph-Marie Getalin qui lui même le vendit à Mathurin. Le moulin revint enfin à François Audic qui s'en occupa jusqu'en 1952 avant de se reconvertir à l’ostréiculture.

A travers ces différents meuniers, on relève une histoire du moulin très mouvante, assez dramatique aussi puisque plusieurs meuniers moururent alors qu'ils étaient au travail. Outre la dimension familiale, l'endogamie est aussi de rigueur. En effet on se marie beaucoup entre famille de meunier, notamment parce c'est une profession mal vue du reste de la population, souvent soupçonnée de voler ses moulants.

Dans son article, "Moulin et meuniers du Morbihan", Jacques Guillet a eu l'occasion d'interroger François Audic, permettant ainsi de se figurer ce qu'était la vie au moulin à l'époque. En ce qui concerne le transport du grain, en 1952, il s'effectue toujours en charrette, mais François Audic fait partie des premiers à se moderniser en achetant une camionnette vers l'année 1933.

Le cheval reste malgré tout une préoccupation centrale dans l'activité de meunerie puisque F. Audic rapporte que : « Presque tous les jours, à la belle saison, le commis sautait sur le cheval, cramponnait sa crinière et le faisait trotter dans l'eau du lac. On disait que c'était bon pour la circulation ». Chaque tournée compte environ une tonne de grain ce qui n'est pas toujours simple pour les bêtes, surtout dans la configuration du site de Carnac qui comptait une côte importante : « on entendait l'essieu grincer quand le gars rentrait de sa tournée. On lui envoyait un cheval de renfort »

Comme le témoigne la porte haute sur la façade aval du moulin, le transport du grain s'effectuait aussi en bateau, François Audic rapporte : « On faisait Crach aussi, on traversait avec des pontons. On louait un cheval et une charrette de l'autre côté au château en face, chez le commandant Muller.

Aujourd'hui le moulin a été transformé en habitation et a donc subi d'importantes modifications.

Période(s) Principale : 2e moitié 16e siècle, 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle, 1ère moitié 20e siècle
Dates 1541, daté par travaux historiques

Le moulin se situe entre l'étang du Lac et la rivière de Crach. Sur le cadastre napoléonien de 1833, le moulin se situe au milieu de la digue. Celle-ci a donc visiblement été remblayée pour accueillir des maisons et installation de chantier agricole, aujourd'hui le moulin est donc davantage situé à l’extrémité de la digue rectiligne de 200 m. Côté amont, on peut encore observer les anciens coursiers et la porte mer. En aval seul le coursier nord est encore visible. Le coursier sud se caractérise par un changement d'appareillage de la digue. Celle-ci a en effet été très remaniée et est constituée aujourd'hui d'un mélange de pierre de taille et de moellons de granit avec certaines parties qui ont été bétonnées. Les vannes ont subi des modifications, notamment la porte mer qui semble s'ouvrir à l'aide de deux treuils, visiblement modernes. Ils pourraient compléter un ancien système à clapet, le privant de son caractère automatique pour vider et remplir l'étang selon la volonté des propriétaires, contrairement à son fonctionnement initial dépendant de la marée.

Le moulin comptait deux roues : une étroite de 6,3 m de diamètre et une de 1,2 m de large et 6 m de diamètre, une association qui n'est pas habituelle. L'arbre de la roue du coursier nord est encore visible, tout comme une paire de meule qui a été laissée en décoration sur la digue. Une des deux roues s'occupait de la mouture du millet, une production assez rare et qui entraînait l'utilisation de meules plus petites. Les archures des meules étaient hexagonales, une forme qui n'était pourtant pas des plus pratiques puisque la farine se stockaient dans les coins, contrairement aux archures circulaires. D'après J-L. Boithias et A. de La Verhne, il s'agissait d'une variété de roue à simple couronne. Elle comptait une rosace en fonte avec des départs de bras en formes de U qui sont prévus et coulés d'après gabarits et dans lesquelles il n'y a plus qu'à encastrer et boulonner les bras.

Le bâtiment est conçu selon un plan rectangulaire de 10 m par 7,2 m. Cette présence du chiffre 7 n'est pas un hasard. En effet elle se retrouve pour de nombreux moulins à marée et particulièrement dans le Morbihan, elle est à associer à la règle du nombre d'or caractéristique des travaux propre au compagnonnage. Contrairement à de nombreux moulins à marée, le moulin du Lac ne compte pas d'éperons pour résister à l'enfoncement dans la vase et renforcer le bâtiment. Ses fondations comptent cependant un léger fruit sur une petite hauteur et les murs sont très épais, il mesurent 1,3 m d'épaisseur à leur base. Par ailleurs le soubassement est réalisé en pierre de taille de grandes dimensions qui constituent une base plus solide et permettent de pas utiliser un ciment qui ne résisterait pas à l'eau de mer. Les murs se continuent en un appareil de moellons de granit. En 1936, F. Richez indique que le moulin est rehaussé de 1 m pour faire passer les cylindres. Cette surélévation est encore très nette et il est encore donné à voir la rangée de pierre plates qui devaient terminer le mur.

En 1937 un bâtiment a été construit dans la prolongation du moulin. Cette « annexe » visible sur les dessins de J-L. Rousseau en illustration a été partiellement détruite et il ne reste plus que le bas des murs qui ferment un jardin privé.

Le moulin a été transformé en habitation, il est donc difficile de savoir quelles ouvertures sont d'origine. Le doute n'est pas permis quant à la porte haute que l'on retrouve sur la façade aval et qui permettait le déchargement des bateaux. On peut encore observer deux pierres en saillie de part et d'autre de cette ouverture et à mi hauteur, percés pour recevoir un axe qui portait une poulie pour hisser les sac de grains. Sur le pignon sud, la poterne accueillant l'arbre de la roue est de forme trapézoïdale avec un linteau de pierre reposant sur des corbelets. Cette façade compte également deux petites fenêtres dont une serait idéalement placée pour surveiller la rotation de la roue.

Aujourd'hui, la façade amont compte une porte charretière assez basse, dont la hauteur est alignée avec la fin des pierres de tailles, ainsi que trois fenêtres. Le pignon sud accueille deux baies vitrées visiblement moderne ainsi qu'une petite fenêtre centrale. La façade aval, en plus de la porte haute accueille deux grandes fenêtres qui ne sont pas alignées.

Murs granite
Toit ardoise
Énergies énergie hydraulique produite sur place roue hydraulique verticale
Typologies moulin à marée
États conservations remanié

La Bretagne compte une forte concentration de moulins à marée, il s'agit pourtant d'un patrimoine méconnu. Le moulin du lac constitue donc un témoignage de cette histoire collective.

Bien que relativement remanié, le moulin du Lac a traversé les siècle. Son implantation dans une zone urbanisée, notamment près d'un camping, rend une pédagogie possible autour de cet édifice. Par ailleurs, le moulin ayant fait l'objet d'un projet d'un étudiant en architecture pour y ajouter une micro-turbine (TPFE Les moulins de la mer J-L. Rousseau, conservé à l'ENSAN), l'actuel propriétaire est sensibilisé au potentiel marémoteur d'une telle installation. Il est aujourd'hui aussi propriétaire de la digue et de l'étang du moulin et son intérêt pour le sujet laisse imaginer un projet possible.

Statut de la propriété propriété d'une personne privée

Références documentaires

Bibliographie
  • BOITHIAS, J.-L., VERNHE, A. De la. Les moulins à mer et les anciens meuniers du littoral : mouleurs, piqueurs et moulageurs. Nonette : éditions Créer, 1989.

Périodiques
  • GUILLET Jacques, Les moulins de la mer. Le chasse-marée, n°5, p.42-57

    Bibliothèque de Rennes Métropole
  • RICHEZ François, Le moulin du Lac en Carnac, La Chaloupe, 2006, n°77,

(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne ; (c) GRIEF EA7465 - ENSAB - Nadolski Claire
Claire Nadolski

Chargée d'étude (GRIEF EA7465 - ENSAB)


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