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Moulin à marée du Lindin, puis atelier de réparation de bateau, actuellement maison, 16 rue du Pont du Lindin (Sarzeau)

Dossier IA56131952 réalisé en 2017

Fiche

Dossiers de synthèse

Précision dénomination moulin à marée
Parties constituantes non étudiées digue, étang
Dénominations moulin, atelier, maison
Aire d'étude et canton aire d'étude de la région Bretagne - Sarzeau
Adresse Commune : Sarzeau
Adresse : 16 rue du Pont du Lindin

Le Lindin est l'un des deux moulins à marée attesté sur la commune de Sarzeau avec celui de Banastère, pour sa part disparu avant le XVIe siècle. Grâce aux travaux de l'Association La Maison Forte et le patrimoine de Rhuys, on sait que le moulin du Lindin existait déjà au milieu du XIIIe siècle mais qu'il est assurément antérieur. Notons que la presqu'île de Rhuys présente une concentration exceptionnelle de moulins à marée très anciens, dont certains pourraient être liés à une motte féodale et remontant à une période comprise entre l'an Mil et le XIIIe siècle (Le Lindin donc mais aussi Pen Castel, Ludré, Le Hézo, voire Banastère, Caden ainsi que celui de L'Epinaye sur la commune de Surzur aux marges de la presqu'île). Cette situation semble alors directement liée à la présence sur ce territoire des siècles durant de seigneuries puis d'une abbaye puissantes.

Il est fort possible que le Moulin du Lindin a été créé après l'an Mil et qu'il dépendait alors de la forteresse du même nom. La seigneurie de Lindin – Bernon est d'ailleurs la plus ancienne de la presqu'île de Rhuys puisque attestée dès 878 dans le cartulaire de Redon. Comme le moulin à marée voisin de Pen Castel, situé à 5 km sur la commune d'Arzon, celui du Lindin serait une réalisation soit féodale, soit templière. Par la suite il est vraisemblable que le moulin du Lindin eut dépendu de la seigneurie de Kerallier dont le manoir n'est qu'à 500 mètres environ.

Si des doutes demeurent quant à l'identité de ses fondateurs, on sait qu'il appartenait à l'Abbaye de Saint-Gildas de Rhuys en 1367, sans que l'on sache comment ce moulin en est devenu la propriété. Peut-être était-ce le don d'un grand seigneur de la lignée des Malestroit qui sont en rapport avec la presqu'île de Rhuys dès 1229 (année lors de laquelle l'un d'eux, Payen II, est enterré dans l'abbaye) et au siècle suivant. A la même époque, une autre noble lignée, celle des Beaumanoir de Leslay, entretient également une relation étroite avec l'abbaye au point d'y posséder elle aussi une sépulture Un seigneur de cette dynastie aurait également pu faire une telle donation. Ce qui est certain, c'est que les moines de l'Abbaye détiennent le monopole de la mouture dans l'ouest de la presqu'île de Rhuys dès 1367 (déjà possesseurs du moulin du Lindin, ils obtiennent cette année là celui de Pen Castel, en échange de celui des Lices à Vannes -dit aussi « de la Garenne »- suite à un accord avec le Duc de Bretagne). En conséquence, certains mouteaux, c'est à dire les personnes tenues de faire moudre leurs grains dans un moulin bien précis, étaient contraints d'effectuer de longs parcours en charrette, tels que les paysans du village de Kercambre au sud de la presqu'île situé à plus de 10 km du Lindin.

On remarquera une très grande similitude dans la gestion du moulin du Lindin et de celui de Pen Castel. Tous deux sont d'ailleurs régis par le même contrat de fermage (ou ferme), daté du 28 octobre 1745, établi pour 9 ans et précisant les droits et devoirs du meunier. Par ce contrat, les meuniers s'engageaient en premier lieu à bien servir les mouteaux. Alors qu'en général le loyer dont devait s'acquitter un meunier se versait en une ou deux fois par an, ce document stipulait qu'il devait être versé par quartier tous les trois mois et par avance pour ces deux moulins. Le meunier du Lindin effectuait couramment son paiement en grain pour une quantité annuelle totale de 14 tonneaux et 5 perrées de froment (petite mesure alors en usage à Vannes et à ses alentours), soit un tonneau de moins qu'à Pen Castel. Faute de paiement, le contrat de fermage précisait que le bailleur pouvait ordonner l'expulsion du loueur sans sommation ni formalité. En outre, l'autorité de l'abbaye se réservait le droit de résilier le bail en cas de partage de ses biens, là encore sans contrepartie vis à vis du Meunier. Au loyer, s'ajoutait une rente féodale (ou convenancière) annuelle d'un montant de 6 livres pour chacun des deux moulins. Par ailleurs, le meunier devait entretenir le moulin et ses mécanismes (bâtisse, charpente, roues, meules) afin de pouvoir le restituer à tout moment tel qu'il était en début de bail tandis que, dans le cas du Lindin, les périodes de chômage devaient servir au curage des vases de l'étang. Toutes ces conditions devaient être acceptées par le meunier et ses ayants droits sans garantie de parvenir au terme du bail.

Dans une note de 1743, écrite par l'abbé de Villeneuve, il était indiqué que I'autorité de l'abbaye pouvait créer un moulin supplémentaire sans compensation pour les meuniers du Lindin ou de Pen Castel et ce, même en cas de perte de clientèle qui s'en suivrait.

Quelques années avant la Révolution, Armand Gouvello de Keriaval, un noble de la presqu'île de Rhuys délégué par le roi pour faire valoir ses biens, voulut remettre en cause le monopole de l'abbaye en matière de mouture dans cette partie de la presqu'île. Aussi fît-il construire un moulin à vent dit de Graheing à 750 mètres du moulin du Lindin dans le village voisin de Brillac, toujours à Sarzeau. En réponse, les moines engagèrent un procès qu'ils perdirent en 1785.

Comme Pen Castel, le moulin du Lindin restera sous l'autorité de l'abbaye jusqu'à la Révolution suite à laquelle il devînt bien national. Il fut ensuite acquis aux enchères en 1796 par un négociant vivant à Paris, Jean-Louis Kerviche, pour un montant de 170 000 francs consécutif à une mise à prix de 91 592 francs. A cette époque, le Meunier du moulin du Lindin, Marc Le Thiec, avait aussi en fermage celui de Pen Castel.

Dans les années 1880, l'activité du moulin du Lindin décline puis s'arrête comme celle de bien d'autres dans le contexte de l'invasion des céréales nord-américaines ou hongroises. Un doute subsiste sur l'identité du dernier meunier dont le patronyme était soit Chevanne, soit Le Derff.

La bâtisse d'origine s'écroula vers 1930. Elle vît par la suite ses murs bétonnés et une dalle de béton se substitua à sa toiture. Le bâtiment qui accueillait un atelier de réparation pour moteurs de bateaux dans les années 1980, inoccupé au début des années 1990, a par la suite été reconverti en habitation et a retrouvé une toiture à quatre pentes.

Période(s) Principale : 2e moitié 13e siècle, 14e siècle, 15e siècle, 16e siècle, 17e siècle, 18e siècle
Secondaire : 19e siècle

Le moulin du Lindin a fait l'objet d'une série de dessins, plans et façades, dont la datation est estimée à la fin du XVIIIe siècle, disponibles aux archives départementales du Morbihan. Ces documents nous indiquent de précieux détails sur le fonctionnement du bâtiment et son apparence originelle. En effet suite à son écroulement en 1930, le bâtiment a été remodelé de manière conséquente. Ils servent donc de base à cette description.

Le moulin du Lindin est situé au sud du golfe du Morbihan, sur la rive nord de la presqu'île de Rhuys et de la commune de Sarzeau qui présente également une façade littorale donnant sur l'océan au sud. Il est positionné à l’une des extrémités d'une digue légèrement courbe de 65 mètres environ par 6 à 7 mètres de large qu'il flanque en aval. Cette digue, surmontée de la rue du Pont du Lindin et du GR 34, se trouve à 1,5 mètres au dessus du niveau de la mi-marée contre 1 mètre en général. Comme l'indique le plan de l'étang (1Fi 131/15), elle a été construite en partie avec des vases provenant de la retenue. Ce plan indique également deux vannes d'admissions jumelées, « ou porte-mer », ainsi que le projet d'une troisième « projetée pour que la mer entre plus abondamment dans l'étang ». L'état de la digue aujourd'hui laisse penser qu'elle n'a jamais été réalisée. La porte mer était dotée d'une vanne d'admission et de retenue de l'eau de mer équipée d'une crémaillère qui permettait au meunier d'évacuer manuellement un trop plein éventuel. La retenue d'eau couvrait à l'origine 7,5 ha environ. Elle a été divisée par trois dans la seconde moitié du XXe siècle après que sa partie amont, qui appartenait à un autre propriétaire, ait été isolée de la zone de marnage par une seconde digue puis transformée en un étang d'eau douce.

Il s'agit d'un moulin de plan rectangulaire de 16,6 par 7,3 mètres. Une largeur voisine de 7 mètres était fréquente pour ces bâtiments, en particulier dans le Morbihan. Cette récurrence du chiffre 7, s'explique par la règle du nombre d'or chère aux compagnons qui adoptaient une telle mesure pour la réalisation des pignons de nombreux moulins. Le plan de rez-de chaussée permet d'observer que le moulin servait également de logement au meunier, une fonction d'habitation attestée par la présence de la cheminée.

Le moulin fonctionnait avec deux roues verticales intérieures qui actionnaient deux paires de meules. On accédait au mécanisme par une poterne sur la façade ouest, comme l'indique le plan du sous-sol.

La façade amont visible sur l'élévation du XVIIIe présente une symétrie autour de la porte d'entrée, accessible par une marche, avec deux fenêtres qui surmontent « deux petites fenêtres à une barre de fer qui donnent jour aux roues et aux rouets ». Dans l'alignement de la porte se trouvait une lucarne qui permettait de décharger le grain directement du grenier. La reconstruction du moulin a complètement remodelé cette façade.

La façade aval n'est pas visible sur les plans disponibles. Aujourd'hui elle présente deux fenêtres de part et d'autre d'une troisième dont les dimensions évoquent une ancienne porte haute donnant au dessus de la mer, configuration que l'on retrouve aussi au moulin de Pen Castel. Cette ouverture caractéristique des moulins à marée permettait de décharger ou charger des navires en sacs de grains ou de farine à l'aide d'une poulie.

Le toit actuel, présente 4 pans conformément à ce que l'on pouvait observer avant l'écroulement de la bâtisse en 1930, mais la souche de cheminée ne se trouve plus au même endroit que sur l'élévation du XVIIIe siècle.

Énergies énergie hydraulique produite sur place roue hydraulique verticale
énergie thermique
Typologies moulin à marée
États conservations remanié

La Bretagne présente une concentration exceptionnelle de moulins à marée. Il s'agit pourtant d'un patrimoine méconnu. Par sa très longue histoire caractéristique des moulins de la presqu'île de Rhuys, le moulin du Lindin constitue un témoignage remarquable de cette histoire locale et régionale. Cependant, son caractère privé peut rendre difficile sa mise en valeur patrimoniale.

Statut de la propriété propriété d'une personne privée

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD56 1Fi 131/16, Plan du rez-de-chaussée du moulin du Lindin, dation estimée 18e

    Archives départementales du Morbihan : AD56 1Fi 131/16
  • AD56 1Fi 131/18, Plan du sous-sol du moulin du Lindin, datation estimée fin 18e

    Archives départementales du Morbihan : AD56 1Fi 131/18
  • AD56 1Fi 131/17, Profil et élevation et façade amont du moulin du Lindin, datation estimée fin 18e

    Archives départementales du Morbihan : AD56 1Fi 131/17
  • AD56 1Fi 131/15, Plan de l'étang du moulin du Lindin, datation estimée fin 18e

    Archives départementales du Morbihan : AD56 1Fi 131/15
Bibliographie
  • BOITHIAS, J.-L., VERNHE, A. De la. Les moulins à mer et les anciens meuniers du littoral : mouleurs, piqueurs et moulageurs. Nonette : éditions Créer, 1989.

  • La Maison Forte et le Patrimoine de Rhuys, Rhuys. Ses familles, ses terres sous le règne d'Anne de Bretagne à partir du Rentier de 1506-1510, Ed. Riveneuve, 2013, 694 p.

  • LE BOULICAUT Annick, Moulins et meuniers du Morbihan sous l'ancien régime, Vannes, Ed. Conseil général du Morbihan : Archives départementales, Coll. Connaissance du Morbihan, 1993, 238p

    Bibliothèque de Rennes Métropole
Périodiques
  • GUILLET Jacques, Les moulins de la mer. Le chasse-marée, n°5, p.42-57

    Bibliothèque de Rennes Métropole
  • GUILLET Jacques, Les moulins de la mer. Le chasse-marée, n°5, p.42-57

    Bibliothèque de Rennes Métropole
  • BEUNON P., Le moulin royal de Sarzeau, Vire @ Sarzeau, Bulletin municipal, 2013, n° 83, p. 14-15,

    p. 14-15
(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne ; (c) GRIEF EA7465 - ENSAB - Sonnic Ewan
Ewan Sonnic

Chargé de recherche (ENSAB-GRIEF EA 7475)


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- Nadolski Claire
Claire Nadolski

Chargée d'étude (GRIEF EA7465 - ENSAB)


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