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Moulin à mer du Grand Traouïero

Dossier IA22007359 réalisé en 2006

Fiche

  • Vue générale
    Vue générale
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  • Parties constituantes

    • digue
    • bief
    • forge
Parties constituantes non étudiées digue, bief, forge
Dénominations moulin
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Perros-Guirec
Adresse Commune : Trégastel
Lieu-dit : la Chaussée
Cadastre : 1819 B 1219 ; 1989 D1514

Le moulin à marée du Grand Traouïèro Reconstitution des différentes étapes de la vie du moulin : - 1375 : situé dans la vallée du Grand Traouïero ou "Trov Meur", la Grande Vallée, l'édification du moulin à marée de Trégastel fut une conséquence indirecte de la Guerre de Succession (1341-1364), qui ravagea le pays et divisa les seigneurs bretons, parmi lesquels le chevalier Bryant de Lannyon. Celui-ci fut récompensé pour sa loyauté (ses manoirs avaient été détruits) par une charte du roi de France Charles V, qui lui octroya en 1375 le droit de mouture et de pêche sur l'ensemble de la chaussée du futur moulin à était autorisé à construire. - 1509 : inventaire des biens du chevalier Bryant de Lannion : renable des moulins à mer accordé à Prigent Le Dret et à Yvon Coz, meuniers (baux à ferme). Le moulin existerait depuis au moins 1472. - 1566 : Edit de Moulins : principe d'inaliénabilité du domaine royal - 1762 : inventaire du Cruguil : droits sur les garennes et moulins à mer (aveu). Il est précisé "droits de pêcherie et sècherie de congres du 1er mai à la Sainte Croix de septembre, les isles étént entre Millau et le Port Blanc, aux costes des paroisses de Perros, Trébeurden, Trélévern, Trévou, Trévignec" - 1764 : date gravée sur le linteau de reconstruction du moulin - 1846 : rehaussement de la toiture - 1872 : classement de la chaussée en voirie par arrêté préfectoral - 1900 : achat du moulin par Le Brozec - 1914-1918 : le moulin est réquisitionné par l'armée pour fournir de la farine aux soldats - 1918-19 : travaux d'aménagement pour la réalisation de la voie ferrée (élargissement et sur-évélation de la chaussée) - 1925 : conflit entre Isidore Etienne, carrier et l'administration des Domaines - 1931 : inscription du site à l'Inventaire - 1932 : décès du dernier meunier Toussaint Le Brozec - 1937 : apport des terrains et du moulin dans le capital de la SA Etienne - 1941 : transaction entre l'Etat et le carrier Etienne concernant la propriété de l'étang et de la chaussée - 1945 : inscription à l'Inventaire des abords de l'étang (loi de 1930) - 1970 : vente du moulin appartenant à la Sté des Granits Etienne et projet de commerce (crêperie). Un projet de musée des ATP aurait été proposé - 1986-1980 : achat du moulin par la commune de Trégastel et réfection de la toiture en ardoises - 1978-80 : marées noires et nettoyage du site - 1980-2000 : ré-aménagement intérieur du moulin et ouverture au public, projet de restauration du mécanisme du moulin (prosition de l'amoulangeur Jean Peillet). Selon la tradition orale, l'étang était encore l'objet au milieu du 20ème siècle d'une pêche collective à l'époque estivale, le meunier ne disposant pas d'un droit de vente du poisson.

Période(s) Principale : 15e siècle

Le moulin à marée du Grand Traouïero est situé au fond du port de Ploumamanc'h, entre la chaussée du Port et l'étang des Traouiero. Le moulin à marée du Grand Traouïero est établi sur un champ de failles. La digue et le moulin ferment le bras de mer de la partie maritime de la vallée du Grand Traouïero, où coule le ruisseau de Kerougant. L'étang en aval de la vallée couvre 3 ha, encombré de chaos granitiques au contraire de la vallée, en amont des carrières. La hauteur de la chute d'eau est de 3 mètres.

Énergies énergie hydraulique

Le moulin du Grand Traouïero mériterait d'être restauré dans son état d'origine.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • Histoire du moulin à marée de Trégastel

    Synthèse d'après le texte de Hervé Le Goff (Les Cahiers du Trégor n° 13, 1985, p. 16) et les travaux de l'association pour la sauvegarde du moulin de la vallée de Traouiero.

    L'histoire de ce moulin remonte à 1375. Le 29 août de cette année, le roi Charles V accorda à Bryent de Lannion en considération des "bons et agréables services" que ce féal chevalier lui avait rendus, "à son bonheur et profit", dans ses guerres, et en dédommagement pour la destruction de plusieurs "manoirs et habitations que le dit chevalier et sa femme possédaient en Bretagne ", brûlés par ses ennemis, le droit de "faire édifier un moulin sur le bras de mer qui vient par l'eaue qui vient de Trob meur entre le lieu que l'on dit Toul en Carhent et la ville de Poulmanac'h laquelle eaue départ (sépare) les paroisses de Perrosz-Guirec... et la paroisse de Trégastel". Le roi complétait sa donation en accordant à Bryend de Lannion un droit de pêcherie dans l'étang d'eau de mer qui serait formé. Inventaires, testaments, aveux jalonnent son existence. Jean puis François de Lannion le possédèrent au début du 16ème siècle, Pierre et Claude de Lannion au 17ème siècle.

    La chaussée du moulin daterait du 17ème siècle et l'actuel bâtiment fut sans doute construit en 1764 (porte la date). La vie active de ce moulin s'arrêta en 1932 avec le décès de son dernier meunier, Toussaint Le Brozec.

  • Les éléments bâtis du moulin :

    Le moulin du Grand Traouïero est un moulin du type trégorrois "à cage de bois", encore appelé moulin "à pignon découvert", avec un bâti de forme rectangulaire, surmonté d'un toit à croupes (toiture à 4 pans, couverte d'ardoises). Les façades est et ouest étaient fermées à l'origine par un essentage en bois, en partie haute des murs pignons, perpendiculaire à la chaussée, avec une petite ouverture (fenêtre), (remplacées aujourd'hui par des baies vitrées sur les deux façades). Au niveau supérieur du moulin, une porte d'accès au milieu de la façade sud, ouvre vers l'intérieur. L'étage sous combles de la façade sud était percée par deux lucarnes. Sur la face aval, une porte haute de chargement des bateaux par haute mer est toujours visible. Le moulin est situé au milieu de la chaussée. Les murs porteurs regardent le large et la cage regarde la chaussée.

    Le moulin comprend un sous-sol, équipé d'un caveau central, qui recevait les deux roues extérieures à double couronne et rosaces métalliques à 8 bras, les deux poternes latérales (en plein cintre à l'est et carrée à l'ouest) et la poterne centrale, avec son arc en plein cintre (ouverture de 300 cm de hauteur x 180 cm de largeur), qui permet d'introduire les mécanismes) et le canal de roue intérieure. Cet aménagement permet de canaliser l'eau de mer. Il est donc situé au niveau de la basse mer et régulièrement ennoyé. Le rez-de-chaussée, situé au niveau de la digue du moulin est appelé en réalité le "premier cours" ou premier étage du moulin. Celui-ci comprend une "zone basse" "leur", qui repose sur un dallage en granit pour accueillir directement les meules (sans estrade : une particularité de ce moulin), dominant les trains de roues et les jeux d'engrenage de l'espace inférieur. L'aire des meules repose sur les piliers et refends du sous-sol. La partie haute en partie recouverte d'un plancher, reçoit le mécanisme de bluterie (la blutaie a disparu), le treuil de levage, la potence et la cage d'écureuil. Une échelle de meunier permet d'y accéder.

    La charpente complexe n'a pas été étudiée. A remarquer cependant les poutres transversales et les poutreaux encastrés dans les parois. La charpente classique est aujourd'hui recouverte d'ardoises depuis 1970 (couverture en mauvais état). La souche de cheminée s'élève au centre d'un des rampants.

    L'architecture générale et ses contreforts :

    A l'ouverture de la façade aval : une porte en arc surbaissé, encadrée par deux contreforts plus petits, large de 130 cm, moins inclinés que les précédents. Sur le côté est : un autre contrefort renforce la façade avec une arche pour laisser passer le flot de la roue (élément bâti actuellement endommagé, de nombreuses fissures apparentes). Un escalier en pierre, aujourd'hui disparu, donnait accès à la digue à cet étage inférieur). Entre les coursiers latéraux intérieurs et le caveau central, des murs de 66 cm d'épaisseur sont doublés de murs de décharge en plein cintre de 210 cm de hauteur à la clef et de 180 cm de largeur. Ces refends incorporent de gros blocs parallélépipédiques monolithiques, évidés, servant à la fois de piédroits aux portes et de glissières aux mécanisme de trempure. Il agissent sur le bras de levier inférieur de la trempure (ou "baskul" en breton) pour abaisser ou lever la meule supérieure. La trempure représente l'opération qui consiste à régler la distance entre deux meules.

    Les ouvertures sont en plein cintre pour laisser passer l'eau avec sur les trois côtés un linteau massif, pour soutenir le mur. Un 2ème mur dans la partie basse du moulin tombe de chaque côté : l'un extérieur est à 150 cm avec une ouverture en plein cintre, plus large et plus haute. Ces murs montent jusqu'au niveau de la digue et contribuent à la solidité du bâtiment. Ils servent aussi d'appui à des dalles de granit qui constituent le sol sur lequel reposent les meules. Pour le bon écoulement du coursier, la base de l'arc-boutant situé à l'angle du pignon concerné et qui barre ledit coursier est évidé d'une arche carrée.

    Le mécanisme :

    Deux roues verticales de 5 mètres de diamètre en chêne, avec des palettes en hêtre, entraînaient un arbre en chêne, reposant sur deux paliers en granit. Un rouet en bois engrenait avec une "lanterne". Un pignon en bois et en fer pouvait tourner sur un axe vertical en bois. Cet arbre reposait sur une poutre transversale, réglable en hauteur par un axe métallique, maintenu par un coussinet. Du côté est, cet axe entraînait directement la meule posée sur une dalle en granit pour moudre les céréales destinées au bétail. Chaque meule mesure 1, 65 m de diamètre et 0, 30 m d'épaisseur : la gisante et la courante. Elles sont plâtrées et cerclées.

    Du côté ouest, l'axe entraînait une grande couronne en fonte, conduisant 2 couronnes plus petites, solidaires des axes des meules. Ces meules reposaient sur un chantier ou beffroy (poutres de chêne), qui les surélève de 50 cm afin de recueillir la farine dans un grand bac, puisée ensuite par un élévateur à godets vers la bluterie à l'étage supérieur. Les coffres des meules ou archures sont à huit pans.

    La "cage d'écureuil" pour soulever la meule courante pour le rhabillage, reposait sur les paliers, au niveau des sablières. De grosses poutres supportaient l'étage de la bluterie.

  • Balade au pays des moulins, texte de Roger Le Doaré (ARSSAT)

    Si le Trégor est connu pour ses côtes, ses manoirs et ses chapelles, on oublie que ce fut aussi un lieu privilégié pour l´implantation de moulins de tous types, à vent, à eau, à mer puisque en 1810 on comptait 390 moulins à eau (et mer) et 44 moulins à vent pour le seul arrondissement de Lannion.

    Ce phénomène est perceptible autour du port de Ploumanac'h où se trouvent 6 moulins dans un rayon d´un kilomètre et par chance Perros-Guirec et Trégastel partagent chacun un type de chaque sorte que nous allons rencontrer au cours de notre promenade. Ce sont tous des moulins à céréales contrairement aux moulins de l´intérieur souvent spécialisés dans le lin et le papier.

    Nous verrons aussi que sans la Corniche le passage d´une ville à l´autre fut jusqu´à 1925-1930 un parcours du combattant que nous n´allons pas hésiter à revisiter en prenant le chemin des meuniers par les carrières de granite, autre richesse de notre côte.

    Le premier moulin s´appelle le Moulin Bleu (Milin Glaz) à cause de son toit en ardoise aujourd´hui. Il est plus connu sous le nom de moulin à mer du Grand Traouiëro. C´est aussi le plus ancien puisque le droit d´édifier ce Moulin fut octroyé à Bryant de Lannion par le roi de France Charles V en 1375. Construit quelques années plus tard, il fonctionnera jusqu´en 1932 à la mort de son dernier meunier Toussaint Le Brozec dont la maison est au coin de la chaussée. Il fut de nombreuses fois arrêté et laissé à l´abandon, mais à partir du 18ème siècle, son importance liée à la croissance de la population, n´est plus contestée. Il possédait deux roues latérales à aubes dont les vannes sont encore visibles aujourd´hui. Il produisait en 1810 une dizaine de quintaux par jour. Une visite ultérieure du moulin permettra d´approfondir le fonctionnement de ce type de moulin qui fonctionnait en moyenne 6 heures par jour.

    Sa chaussée fut pendant des siècles la seule route unissant Trégastel à Ploumanac'h.

    Le deuxième moulin situé en Ploumanac'h appelé le Moulin Rouge (Milin Ruz) à cause de la couleur de ses tuiles, ou moulin du Petit Traouiëro pourrait dater de 1476. Ces deux moulins à mer ont sans doute connu la même histoire car ils dépendaient tous les deux du seigneur du Cruguil en 1509. Pourtant leur période d´activité ne semble pas concomitante, même si en 1588 on remarque que les deux versent des fermages . Ni les cartes de Cassini de 1777, ni le cadastre de 1829, ne mentionnent ce moulin, sa chaussée et sa digue. En 1831 un certain Perrot, futur maire de la commune de Perros-Guirec, effectuait la demande d´édifier un moulin qui fut réalisé en 1839 pour moudre du grain jusqu´en 1898. En 1888 il fut acheté et agrandi par le boulanger Pierre Geoffroy et recouvert de tuiles. Il fut ensuite vendu pour 7000f en 1896 à Bruno Abdank, propriétaire du château de Costaeres qu´il venait de construire en 1893. Ingénieur de surcroît, celui-ci va transformer le moulin, en usine à glace en utilisant le procédé "Pictet" à anhydride sulfurique qui lui permit d'atteindre 450kg de glace à l´heure pour la conservation du poisson. Ce moulin possédait aussi deux roues latérales à aubes dont l´une est encore visible aujourd´hui. Les deux moulins à mer avaient la caractéristique d´être à pignon ouvert (c´est à dire avec une 1/2 façade en bois sur les côtés).

    Le troisième moulin est le moulin à vent du Crac'h ou du Creac'h, parfois appelé du Randreuz comme le moulin à eau proche et dépendant également du seigneur du Barach. Il date de 1727 et fournissait jusqu´à 30 quintaux par jour. Son architecture est dite à coquetier ou à petit pied. Son emplacement lui aurait permis de fonctionner jusqu´à 240 jours par an. Abandonné comme tous les moulins de ce type avec l´avènement de minoteries à vapeur puis électriques au 20ème siècle, il sera remis en état grâce aux fonds d'un généreux donateur en 1986 et offert à la municipalité de Perros-guirec.

    Le quatrième moulin est le moulin à eau de Randreuz, qui dépendait du seigneur de Barach, lequel obligeait 69 ménages perrosiens à utiliser ce moulin suivant une carte de distribution des moulins bien précise pour l´ensemble des administrés. Certains, sans doute peut attiré par ce moulin lointain, furent punis d´amende par ce seigneur qui n´a pas laissé un heureux souvenir dans la région. Ses activités cessèrent en 1887. A partir de cette date, ces ruines de plus en plus fantomatiques dans ce décor fabuleux, furent le théâtre de légendes effrayantes qui lui valu le nom de "Moulin du Pendu" ou "Moulin hanté".

    Le cinquième moulin est tout aussi inquiétant pour les mêmes raisons et s´appelle officiellement "Lost Logoden" (le moulin de "La Queue de Souris") ou "Moulin du Diable". Situé à Trégastel, il est dit appartenir au Comte de Lannion. Ses meuniers se sont succédés sans succès et les carriers ont finalement utilisé la force motrice de l´eau du bief pour forger les outils de perce dés le début du siècle dernier. La carrière proche est en effet l´une des plus importante extractrice de granit à cette date. Ce granite dit des Traouiëros avait une telle réputation qu´il fut choisi pour les 52 sarcophages de Douaumont.

    Le sixième moulin est un moulin à vent classique dont on ignore l´histoire, sauf que le lieu Creach ar Kann peut évoquer le combat d´un comte de Lannion contre des brigants implantés sur ses terres pendant les guerres de la ligue (?). Il serait logique que le moulin lui appartînt comme le Moulin du Logoden, compte-tenu de l´importance de la famille de Lannion à Trégastel où il existe deux autres moulins de ce type, l´un au Guidern, l´autre à Kerlavos mais associé, cette fois, au Manoir du même nom. Quant au granit de Kerlavos, ce lieu fut exploité pour un gisement d´aplite, l´un des plus beaux et rares granites du monde rouge et orangé.

  • 20062209572NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 Num 1/18, Numplan.

    20062209395NUCB : Collection particulière

    20062209448NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Bi.

    20062209452NUCB : Collection particulière

    20062209435NUCB : Collection particulière

    20062209455NUCB : Collection particulière

    20062209451NUCB : Collection particulière

    20062209450NUCB : Collection particulière

    20062209447NUCB : Collection particulière

    20062209449NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Côtes d'Armor. Série E3013. Inventaire du Cruguil : droits sur les garennes et moulins à mer de Trégastel (avue de 1762). Bail à ferme des mouloins à mer de Trégastel.

  • AD Côtes d'Armor. Série E3049. Baronnie du Vieux-Chastel, seigneurie du Cruguil. Renable des moulins à mer de Perros et Trégastel et du éterrouër de la garenne", appartenant à la seigneurie de Cruguil, comte de Lannion, 1509.

  • AD Côtes d'Armor. Série E3049. Baronnie du Vieux-Chastel, seigneurie du Cruguil. Renable des moulins à mer de Perros et Trégastel et du éterrouër de la garenne", appartenant à la seuigneurie de Cruguil, comte de Lannion, 1509.

Bibliographie
  • BOITHIAS, J.L. ; DE LA VERNHE, A. Les moulins à mer et les anciens meuniers du littoral. Nonette : Editions Créer, 1980.