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Moulin de Kergrist et son logis (Ploubezre)

Dossier IA22132147 réalisé en 2014

Ensemble bâti remarquable de la vallée du Léguer constitué par le moulin de Kergrist (datable du 17e siècle, ruiniforme), son barrage sur le Léguer (vestiges) et son grand logis (reconstruit en 1758). Datable du début du 20e siècle, une carte postale montre un site entretenu et des arbres émondés. Le chemin creux venant de la chapelle Saint-Fiacre en contournant le site de Runfao abrite en son point le plus bas une petite fontaine. Le site est parcouru par plusieurs chemins de randonnée. Une passerelle permet de franchir le Léguer vers Tonquédec.

Dossier d’Inventaire mis à jour en août 2019 par Guillaume Lécuillier (visite sur site réalisée le 30 juillet 2019 dans le cadre du stage de Master 2 de Vincent Delbruel sur les "Moulins du territoire du Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion-Trégor Communauté"). La restauration du logis n'a pas évolué depuis 2014.

AppellationsMoulin de Runfau, Moulin de Kergrist
Dénominationsmoulin, logis, dépendance
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion
HydrographiesLe Léguer
AdresseCommune : Ploubezre
Lieu-dit : Kergrist

Le moulin à eau de Kergrist appartient à la seigneurie homonyme depuis les années 1540. C'est également un lieu de franchissement du Léguer vers Tonquédec avec le "pont de Runefau" qui figure sur le cadastre de 1826. Implanté au plus près du Léguer, le moulin est vraisemblablement datable du 17e siècle : il est actuellement ruiniforme. Des graffitis et inscriptions pieuses (croix, monogramme du Christ) sont cependant visibles à proximité de la cheminée et sur les piédroits de la porte percée dans le pignon ouest. Côté nord subsiste le contrefort du pignon est. Le moulin a servi à l'alimentation électrique du château de Kergrist dans la première moitié du 20e siècle. Il semble avoir été remanié à cette époque.

Le logis du moulin a été reconstruit en 1758 (millésime porté sur un linteau de fenêtre au nord) par Jonathas Le Lan en remployant notamment une porte gothique en arc brisé à archivolte (au nord) et une cheminée (remontée au premier étage) du 16e siècle. Ce dernier (vers 1709-1785), alors âgé de 50 ans, avait épousé Périne (Pétronille) Le Goff en 1751 à Ploubezre. Sur une pierre du logis - toujours au nord - on peut lire l'inscription suivante : "FAIT FAIRE PAR JONA / THAS LE LAN ET PERIN / ELE GOF GABRIEL LE LAN". Cette construction soignée témoigne de l’aisance financière de son commanditaire.

Le logis du moulin de Kergrist avait été photographié en 1969 lors du pré-inventaire de la commune de Ploubezre. Le site est également connu par une photographie datant du début du 20e siècle prise depuis la rive de Tonquédec et devenue une carte postale.

Période(s)Principale : 17e siècle, 3e quart 18e siècle
Secondaire : 19e siècle, 20e siècle
Dates1758, porte la date

Si le logis est en cours de restauration et bâchée (situation en 2014 - état inchangé en 2019), le moulin de Kergrist est en revanche ruiniforme (il s’est effondré sur lui-même). On peut cependant encore voir la cheminée et identifier l’avancée dans la façade sud. Le barrage situé en travers du Léguer (figuré sur le cadastre de 1826) subsiste à l’état de vestiges : le déversoir (partie supérieure du barrage) a été emporté par les eaux. Le bief ou (canal d’amenée) du moulin est complètement ensablé. La vanne de décharge du bief est encore en place. Le mur de soutènement en pierre de taille de granite du canal de décharge est visible.

Construit en pierre de taille (en totalité pour l’élévation nord) et en moellon de granite, le logis du moulin est à étage et à double orientation. Il présente au nord une élévation ordonnancée de type ternaire avec porte axiale et petites baies surnuméraires. La large porte en arc brisé et moulurée, surmontée d’une archivolte (comportant autrefois des armoiries à ces extrémités), donne accès à la grande pièce est (sans doute cloisonnée à l’origine). Cette porte monumentale est doublée par une porte en arc plein cintre - légèrement surbaissé - donnant accès à la pièce ouest.

Au sud, le logis se caractérise par la présence d’un avant-corps latéral à pignon et fronton triangulaire. Cette "avancée" abrite au rez-de-chaussée (et probablement ici également à l’étage) un espace intérieur destiné à accueillir la table et les bancs. Il est désigné comme le kuzh taol (littéralement le "cache table"). Une porte - située en vis-à-vis de celle du nord - donne accès au rez-de-chaussée. Plaqué contre la façade sud, un escalier extérieur donne accès à l’étage par une porte haute à linteau droit. Deux lucarnes à fronton triangulaire et crossette saillante font écho à l'avancée.

Les entourages de fenêtres du logis sont en pierre de taille de granite, à linteau en arc segmentaire (au nord et au sud pour la quasi majorité des fenêtres) surmonté pour certains d'un arc de décharge.

Au rez-de-chaussée, la pièce ouest dispose d’une porte dédiée au nord et d’une seconde porte percée dans le mur de refend donnant sur la pièce est. On peut y observer deux kuz gwele (alcôve destinée à accueillir le lit-clos) aménagés de part et d’autre de la cheminée. La pièce est abrite également un kuz gwele au nord de la cheminée. A l’étage (non accessible), le pignon oriental a reçu une cheminée ancienne provenant d’un remploi. A chaque kuz gwele correspond en façade un petit jour destiné à la ventilation du lit-clos.

Couverture à l’origine en ardoises, à pignon découvert et crossette saillante.

Mursgranite pierre de taille
moellon
Toitardoise
Étages1 étage carré, étage de comble
Élévations extérieuresélévation ordonnancée
Couverturestoit à longs pans pignon découvert
Escaliersescalier de distribution extérieur : escalier en équerre en maçonnerie
Typologiesmaison à avancée à étage
États conservationsétat moyen, inégal suivant les parties, mauvais état, menacé, vestiges, désaffecté

Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvreà signaler
Éléments remarquableslogis, barrage, moulin

Annexes

  • [Estimation et évaluation] du fonds et de la rente foncière et convenancière sur le moulin à eau de Kergrist situé en la commune de Ploubezre, procès-verbal des 14, 15, 16 et 17 prairial an 13 (juin 1805) (Archives départementales des Côtes-d’Armor, série 1Q2 81, Ploubezre)

    [Estimation et évaluation] du fonds et de la rente foncière et convenancière de 250 livres en argent due sur le moulin à eau de Kergrist situé en la commune de Ploubezre, provenant de Catherine-Vincente Kergariou, femme de Barbier-Lescoët et tenu à domaine [congéable] par Gabriel Le Lan et femme, demeurant en la même commune de Ploubezre et dont l’usufruit est donné au citoyen Yves Le Goff dit La jeunesse demeurant en ladite commune de Ploubezre. Procès-verbal des 14, 15, 16 et 17 prairial an 13 [juin 1805].

    Gabriel Le Lan est dit domanier du moulin de Kergrist.

    "[…] ...le moulin de Kergrist, domaine du ci-devant Kervegant, était chargé de 250 livres de redevances ci-devant convenancières, il nous a aussi apparu d’un bail à ferme par lui consenti à Pierre Ropars et femme, meuniers, en la date du 16 germinal an VII enregistré à Lannion le 21 de même mois, par lequel nous avons reconnu que le bail était de 9 ans et le prix du fermage de la somme de 300 francs en outre les contributions foncières sur les objets affermés et le dit preneur est chargé de plus de fournir au bailleur trois barriques de bonnes pommes à cidre, le tout sans diminution au prix du bail."

    "La maison principale construite en maçonnerie, ayant sa façade au nord en pierres de taille ainsi que ses ouvertures, ayant de long, non compris la partie en avant-corps saillante sur la façade arrière au midi, 14 mètres 29 centimètres, de largeur à trois pignons entiers 5 mètres 1 centimètre et de hauteur réduite, fondation comprise 5 mètres 52 centimètres ; au rez-de-chaussée, deux cuisines séparées par un vestibule et le pignon en refend, éclairées par trois fenêtres et un jour en taille, dans chacune des dites cuisines une cheminée complète aussi en taille. Et sur ledit vestibule deux portes de même. Au premier étage, deux chambres séparées par le pignon au refend et éclairées par six fenêtres et deux petits jours et fréquentées [distribuées] par un escalier en grosse taille sur massif en maçonnerie pratiqué à l’extérieur dudit édifice, les dites deux chambres planchéiées ; au-dessus de ces dernières un grenier pratiqué [accessible] par un escalier de charpente en échelons, ledit grenier sous mauvais plancher, le comble en charpente et bois de sciage sous couverture d’ardoise. Le tout en bon état.

    Joignant et attenant le pignon couchant de la maison principale est un édifice construit en maçonnerie ayant ses ouvertures en pierres de taille, n’ayant qu’un rez-de-chaussée, doublage et grenier au-dessus dudit édifice ayant de long 5 mètres 14 centimètres, de largeur à un pignon entier 4 mètres 71 centimètres. Pour fréquenter le rez-de-chaussée, une porte et pour éclairer une fenêtre et un jour, le tout en taille. Le grenier barasé [?] et terrassé ; le comble en sciage et rondins, sous couverture de genêt, le tout en état.

    Joignant le pignon levant de la maison principale, une soue à porc construite en maçonnerie sous couverture en chaume, en mauvais état.

    Le Ty Coz ou ancienne maison principale aussi construite en maçonnerie sous couverture de genêt, presque en ruine.

    Une crèche joignant le pignon nord dudit Ty Coz aussi presque en ruine.

    Au midi dudit Ty Coz les ruines d’un édifice.

    Le jardin au midi de la maison principale ayant ses murs ou murets au cerne [illisible : ?] en l’endroit des édifices […] le dit jardin cerné au levant par prat ar Milin, du midi et au couchant par un verger appelé la Rosière de Runefau, et du nord par les édifices dépendants dudit moulin. Dans ledit jardin un appentis et un four en vétusté.

    Prat ar Milin, sous-sol de pré, ayant un muret bout au nord et [illisible : ?] côté de la rivière [….] borné au levant par la rivière, du midi par Parc au March, du couchant par un pré dépendant de la métairie de Runefau et avec partie de la Rosière de Runefau et au nord, par le placître ou cour dudit moulin. Le tout dénué de bois foncier.

    Parc an March, sous verger […]. Le tout sans bois foncier.

    La petite île en jardin potager […] cernée par les différentes branches de la rivière.

    La cage à moulin [sic] construite en maçonnerie ayant une partie en avant corps, ses ouvertures en grosse taille, ayant de long en chacune de ses cottières [sic] 7 mètres 80 centimètres, largeur à deux pignons dont l’un a son aiguillon en rempote [?], 5 mètres 20 centimètres hauteur réduite 4 mètres 22 centimètres. Ladite cage à moulin fortifié par un contrefort ; le comble du [illisible] moulin en fente et sciage sous couverture d’ardoise. Le tout en mauvais état.

    Ledit moulin est à deux tournants, son [sic] mécanique et ses meules se trouvent dans un état médiocre.

    Le déversoir et la bonde de décharge se trouvent totalement en ruine.

    L’écurie joignant le moulin, construite en maçonnerie ayant ses ouvertures en grosse taille et ayant de long 6 mètres 82 centimètres, de largeur à deux pignons dont un raiz [rez, sic], 3 mètres 57 centimètres ; la dite écurie ayant son rez-de-chaussée et grenier au-dessus dont l’âtre est en terrasse ; le comble en charpente et rondins sous couverture de genêt. Le tout en mauvais état."

    Gabriel Le Lan, domanier du moulin a acheté le moulin de Kergrist et ses dépendances (nue-propriété du fonds et rente convenancière) dans le cadre des ventes de bien nationaux pour la somme de 3500 francs le 17 fructidor an 13 à la succession de Kergariou-Kervegant. Les enchères avaient été ouvertes à 3000 francs.

    Par arrêté testamentaire de 1793, Jonathas Kergariou "léga pour prix de vingt années de services et de peines, une pension viagère de 366 francs" à Yves Le Goff.

    Transcription : Guillaume Lécuillier, 2019.