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Moulins à eau et à vent sur la commune de Matignon

Dossier IA22009446 réalisé en 2006
Aires d'études Communes littorales des Côtes-d'Armor
Dénominations moulin
Adresse Commune : Matignon

Deux moulins à eau et un seul moulin à vent ont été repérés et étudiés sur la commune de Matignon. La 1ère mention manuscrite de "moulin à eau de la mer" en St-Germain est datée de 1435 : "moulin à bled et à fouler". Les deux moulins cités sont celui du moulin de la mer et du moulin de la Gourdonnaye. Le 20 mars 1520, sont cités pour fermage, le moulin de la mer, le moulins de la Gourdonnaye, ceux du Tertre en St-Cast, du Tertre en Pléboulle, les moulins des Hauts Champs et de la Villerouault en Plévenon. En 1583, les moulins de la mer et du Tertre aux Chats sont affermés pour 4 ans (AD 22 2 J 5). En 1703, un pont et une chaussée avec un plan du moulin de la mer sont repérés. En 1731, la roue est déclarée comme vieille et caduque (AD 22 2 J 195-197). En 1767, le descriptif et l'état des lieux des bâtiments du moulin à eau de la mer sont les suivants : "Les bâtiments servant de demeure au meunier, sont construits en pierre sous couverture de tuiles. Les choiseaux de la roue ont besoin d'être remplacés. La couverture n'est pas bonne mais peut encore durer quelque temps. Il faut une porte neuve à l'écurie, deux volets de bois au logement du meunier. Les deux meules pourront encore servir quelques années. Le surplus est en assez bon état. Il est indispensable de curer l'étang (très envasé) dans la longueur de la chaussée entre la rivière et le chemin du moulin. Le meunier n'a point de four et il en demande un très éloigné des maisons. Dépend du moulin un petit pré joignant et faisant partie de l'étang et un autre petit pré devant l'étang, sur lesquels il y a quelques saules" (AD 22 2 J 198). Les sources archivistiques permettent de dater les premiers moulins à mer de l'anse de St-Jean, qui ont pu être reconstruits plus récemment comme le moulin de la mer au cours du 18ème siècle et le moulin de Roche Noire à la fin du 19ème siècle (moulins repérés). Il faut aussi citer le moulin à eau du Clos sur la rivière du même nom, cité en 1484, encore visible sur le cadastre de 1825 (A 647), avant d'être détruit (non daté). Son meunier s'appelait Dagorne en 1731, et "depuis que le moulin est au chômage en raison du bief non curé, le meunier a emporté un morceau du mécanisme au moulin de la mer où il demeure. La roue est hors d'état de servir et doit être remplacé. Le marbre est vieux et caduque mais peut encore servir" (AD 22 2 J 195-197). En 1767, "le moulin du Clos situé sur la même rivière que celui du moulin de la mer, construit en pierre sous couverture de chaume, est en bon état, excepté la couverture, très mauvaise, par faute de bois" (AD 22 2 J 198). En 1798, "le moulin à eau du Clos est en chômage depuis l'entrée en jouissance d'avril 1794 du meunier René Barré et de Françoise Nicolas, son épouse, en raison des réparations locatives non effectuées par l'ancien meunier insolvable du moulin de la mer" (AD 22, 1 Q 405). Les premiers moulins à vent de la commune de Matignon en St-Germain sont datés de 1515 : le moulin à vent du Pavée jumelé avec le moulin à eau du Clos (AD 22 2 J 211-212 "Trémereuc en Matignon"). En 1700, la tourelle du moulin à vent du Pavée est en ruine, jumelée avec le moulin à eau du Clos "en état de mouldre" (AD 22 E 166/2). En 1733, la tourelle n'existe plus sur le Haut St-Jean. Le moulin à vent de la Vigne en Bellevue est repérable sur le cadastre de 1825. Ce moulin est désaffecté et à l'état de ruines aujourd'hui.

Période(s) Principale : 15e siècle
Principale : 18e siècle
Principale : 1er quart 18e siècle
Principale : 3e quart 19e siècle

Les bâtiments des deux derniers moulins à eau, repérés, sont en ruine ou ont été en partie restaurés. Le réseau hydraulique existe encore en partie, qu'il s'agisse du bief, des ouvrages régulateurs, du bassin de retenue très envasé ou du coursier ; le pignon du moulin de la mer, côté coursier, conserve encore trace de la présence de roues hydrauliques, alors que le pignon du moulin de la Roche Noire, très remanié n'en conserve plus. L'unique moulin à vent de la commune, le moulin de la Vigne est à l'état de ruines envahi par la végétation (il ne subsiste que la tour sans charpente), mais qui pourrait être restaurée.

Murs granite
moellon
Décompte des œuvres repérés 3
étudiés 2

Annexes

  • Extrait de la revue "International Molinology" : historique de la seigneurie de Matignon, n° 72, juillet 2006

    Par Chris Gibbings, expert en molinologie.

    "La Seigneurie de Matignon était dans le Nord-Est des Côtes d´Armor englobant les paroisses de Matignon, St Germain, Pleboulle, Plevenon, St Cast, St Potan et possédant un port, appelé Port à la Duc avec un bateau servant de passage au Port à la Duc sur la rivière entre Pléboulle et Pléherel. Ce bateau est neuf".

    Les Seigneurs

    "- 1700 : Jacques, Sire de Matignon, Chastelain dudit lieu, Comte de Thorigny, Baron de St Lo, Chevalier des ordres du Roi, Lt. Général de ses armées et au gouvernement de Normandie.

    - 1733 : Jacques, Prince de Monaco en notre château de Thorigny. Il demeurait habituellement rue de Varennes à Paris que l´on appelle de nos jours "Matignon".

    - 1739 : La Seigneurie appartient au très haut, très puissant et très illustre Seigneur : Monseigneur Jacques François Léonor Grimaldi, Duc de Valentinois et d´Estouteville, Pair de France, Prince Souverain et administrateur de Monaco, Seigneur de Matignon et Beaucorps, Comte de Thorigny, Baron de St Lo, Lt. Général de la province de Normandie, Gouverneur des Isles et Citadelles de St Lo, Granville et Cherbourg, les Isles Chausey, commandant des armées du Roi à Monaco".

    Leurs possessions à Matignon

    "10 moulins à vent, deux moulins à eau et des manoirs à Matignon, St Germain, La Motte Rogon, en Pléboulle, le Château de St Cast de la Seigneurie de Beaucorps annexée depuis longtemps à Matignon.

    Les moulins étaient les suivants :

    - Paroisse de Matignon : le moulin du Pavée, entre 1474 et 1733 (1733 : "domaine de La Tourelle où il y avait anciennement un Moulin à vent")

    - Pléboulle : le moulin de Quilsoit ou Crissoué, entre 1507 et 1732 (en ruine depuis 1691, 1718 baillé, 1732 en ruine) ; le moulin du Tertre ès Chats, entre 1406 et 1939 (il figure encore sur les plans de 1884, 1901, 1939) ; le moulin de Rocheauland, entre 1700 et 1939 (il figure sur un plan de 1939).

    - Plévenon : le moulin des Hauts Champs (1518-1736), le moulin de La Ville Rouault (1518-1736), le moulin Le Duc ou Hercoit/Harcouet (en 1736, la tour existe encore), le Moulin de Tresselin (1518-1900).

    - Saint-Cast : le moulin d´Anne (1634, la tour existe encore), le moulin du Chesne 1520-1881 (démoli en 1881)

    - Saint-Germain (en Matignon aujourd'hui) : le moulin du Clos (1484, 1789, au moins), le moulin de la Mer (1435.. existe encore).

    Les moulins de 1 à 10 étaient à vent, les deux derniers à eau, avec une roue chacun, celui De La Mer était mu par-dessus."

    Le rôle du procureur fiscal de Matignon

    "Il devait établir annuellement un compte de recettes et des dépenses. Il devait débourser les sommes dues aux fournisseurs et demander régulièrement des acomptes à l´intendant du Prince. Il semblerait qu´il était libre de prendre des responsabilités, de démolir, réparer et construire des moulins, mais il en rendait systématiquement compte à l´intendant. Les extraits des lettres suivantes parlent d´eux-mêmes. Le moulin à vent était de loin son plus grand mal de tête !

    Texier a remarqué en 1767 : "Il est de même de tous les moulins à vent, l´entretien coûte autant qu´ils ne produisent. Les seigneurs, persuadés de cette dépense, prennent le parti d´afféager leurs moulins."

    Les meuniers

    Leurs conditions de travail

    "Les meuniers n´avaient pas la vie facile. Ils travaillaient dans des moulins sans sécurité, sans planchers, sans échelle, sans garanties. Au moulin à vent d´Anne en 1771 on lit ceci "il faut faire deux planchers n´y ayant point et le meunier se trouvant exposé et en péril pour servir son moulin. Il faut 12 douzaines de planches et de 10 à 12 l de clous" On imagine le meunier marchant sur les poutres, sac au dos, pour remplir sa trémie."

    La confiance du Seigneur

    "Le procureur fiscal leur confiait de l´argent pour régler des fournisseurs divers. Au moulin à vent Duc en 1771, Texier a confié 32L 7s au meunier pour charrois, nourriture, boissons, fagots, barriques d´eau et réparations au four."

    4. La Banlieue

    "Tous les hommes et les femmes qui vivaient sur les terres du Seigneur étaient contraints de fréquenter le ou les moulins qui leur étaient désignés, à moins que le moulin banal était à plus d´une lieue de leur domicile. Ces sujets du Seigneur étaient nommés "vassaux", "sujets", "détraignables", "mouteaux" ou "étagers". Les meuniers aussi n´avaient pas le droit d´aller chercher des grains auprès de personnes vivant en dehors de la banlieue. En voici quelques exemples :

    1745 : Ordonnance de Police enjoignant les mouteaux de Matignon à suivre le moulin de la Mer, car il est constant que le meunier du moulin à vent de Rocheaulan et quelqu´un viennent impunément en cette ville prendre les grains des habitants, dépendants de celui de la Mer et retiennent le droit de mouture, qui appartient légitiment au meunier de celui de la mer. Le meunier a été interdit de venir chasser hors de sa banlieue."

    Le droit de Moulte

    "Comme partout en Europe, le meunier prélevait un pourcentage de la farine moulu. En Bretagne c´était un seizième, selon la très ancienne "Coutume de Bretagne", qui réglait tous les aspects juridiques de la province. Voici une ordonnance de police de 1766 : il est fait défense aux meuniers d´exiger pour leur droit de mouture plus que le 16ème partie du bled qu´ils auront moulu et de changer le bled qu´on leur aura donné, à peine de 15 jours de prison et de punition corporelle en cas de récidive.

    Leur aspect physique et habillement

    "Ces données sont très rares, voir inexistantes.

    Voici leur description lors de la séance de la cour le 7 mars 1770 :

    "A comparu un jeune homme d´environ 15 ans, de petite taille, couvert d´une veste de drap de façon, couleur de café. Sans barbe, cheveux châtain, tenant un chapeau noir à la main. Ayant prêté serment répond avoir nom Toussaint Le Monnier, fils Jan, âgé 15 ans environ, meunier de sa profession, demeurant au moulin du Tertre au Chat et confirme n´avoir pas proféré d´injures, mais bien que c´était François Dagorne. Et déclare ne savoir écrire n'y signer."

    "A comparu un homme de moyenne taille, couvert d´une veste de draps brun, commençant à porter barbe, cheveux bruns, tenant un chapeau noir en main. Répond avoir nom François Dagorne, d´environ 20 ans, meunier de sa profession, demeurant au Moulin du Tertre aux Chats. Il ne nit pas de l´avoir traité de foutu bezioux et foutu bougre. Pour la viande il répond qu´il quêtait à chercher Hoguinan Neuf suivant la coutume du pays. Il a bien signé ‘François Dagorne."

    9. Les Baux

    "La "coutume" en Bretagne stipulait que les fermiers avaient jusqu´à trois ans pour régler les arriérés. Passé ce délai, le seigneur pouvait saisir leurs biens et les envoyer en prison. A chaque nouveau bail a eu lieu une prisée des tournants, moulants et ustensiles du Moulin, pour en fixer la valeur mobilière, appelée "renable". Les meuniers devaient acquitter cette somme lors de leur entrée en jouissance, la somme leur étant rendue à la fin du bail, si le moulu était jugé bien entretenu. Le meunier était en principe seulement responsable du mécanisme intérieur et des réparations dites « menues". Mais souvent ils devaient entretenir, réparer, remplacer la charpente, la couverture, la queue et les ailes, le seigneur mettant gratuitement le bois nécessaire à leur disposition. Le Seigneur était responsable de la maçonnerie. En 1729, au moulin à vent des Hauts Champs, un moulin construit avec une cabine en bois posée sur un socle (masse) en pierre, il est spécifié "le Duc ne se charge que des réparations de la masse, le reste étant un problème de boisage." Il y a même un cas où le seigneur pouvait diminuer le remboursement de la caution en fonction de l´épaisseur des meules après usage.

    Mais en réalité (voir "réparations") les meuniers n´entretenaient pas leur moulin et ce sont les artisans du seigneur qui assuraient des grosses réparations. Comment cela se réglait financièrement, on ne le sait pas, les textes sont muets.

    Dans beaucoup de cas, les baux étaient renouvelés auprès des mêmes meuniers s´ils étaient bons payeurs."

    Le marbre

    "En 1746, "la pierre ou caillou sur lequel tourne l´arbre. Ces sortes de pierre se pêchent au village de la mer et sont difficiles à trouver. Et la polir et la placer dans un oreiller en bois". Les dimensions des pièces : nous n´en avons pas, sauf :

    - que deux arbres, dans deux moulins à vent différents, avaient 16 pieds de long, 18 pouces d´épaisseur à la tête et 13 pouces au milieu.

    - que le moulin à vent Le Duc en 1794 avait 20 pieds de hauteur de maçonnerie et 2 1/2 pieds d´épaisseur.

    - l´échelle du moulin à vent Le Duc en 1756 est de 10 pieds de long (3m 30).

    - la queue du moulin à vent d´Anne en 1790 est de 49 pieds de long.

    - la queue du moulin à vent le Duc en 1746 est de 42 pieds de long."

    Les meules

    "Les meules n´étaient pas d´extraction locale. Elles venaient de Rouen dans les grands ports, où il y avaient des négociants. Dans le cas de la seigneurie de Matignon, le Port de St Malo était le plus proche. La pierre venait toujours "de Brie" ou "de Champagne" et était livrée en quartiers ou pierres, qui étaient ensuite assemblées avec du plâtre. L´oeillard était fait avec de la pierre d´une carrière voisine de la seigneurie".

  • 20062212457NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 2 J Art. 197.

    20062212458NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 2 J Art. 197.

    20062212452NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 Num 1/15.

    20062212453NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 Num 1/15.

    20062212460NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, Bi.

    20062212533NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 16 Fi.

    20062212532NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 16 Fi.

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Côtes d'Armor. Série J J . Art. 197. Plan du moulin du Clos ; plan d'un fournil, 2ème quart 18ème siècle.

  • Extrait de plan cadastral, 1825. AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/5, plans cadastraux parcellaires de 1825.

    Documents consultables sur le site Internet http://archives.cotesdarmor.fr
Bibliographie
  • BOITHIAS, J.L. ; LA VERNHE (DE), A. Les moulins à mer et les anciens meuniers du littoral. Nonette : Editions Créer, 1980.

  • RIVALS, Claude (avec la collaboration de Chris Gibbings. Le moulin à vent et le meunier dans la société française traditionnelle. Ivry : Edition Serg, 1976.

  • SIMONNET, Gérard (avec la collaboration de Chris Gibbings) La France des moulins. Paris : Albin Michel, 1988.

Périodiques
  • GIBBINGS, Chris. L'industrie des moulins à la seigneurie de Matignon. International Molinology, The International Molinologiacl Society, juillet 2006.

  • CLEMENT, Jacques-Henri ; LE GAL La Salle, Jean-Pierre. Moulins à eau des versants côtiers du Penthièvre. In Les amis du Vieux Lamballe et du Penthièvre. Lamballe : Association Les amis du Vieux Lamballe et du Penthièvre, 2006, n° 33.

    p. 230