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Patrimoine linier et chanvrier de Bretagne

Dossier IA29005674 réalisé en 2014

Le lin et le chanvre ont participé à la richesse de la Bretagne. En effet, leur culture et leur transformation ont généré une économie florissante du XVIe au XVIIIe siècle. Malgré les tentatives de mécanisation du XIXe et des années 1950, cette activité s'est éteinte, laissant de nombreuses traces dans le paysage rural et péri-urbain.

Un patrimoine, reflet du travail des hommes, réparti sur l'ensemble du territoire breton

Du littoral vers le centre de la région, la proportion des deux cultures s'inverse. Les terres limoneuses du nord de la Bretagne, soumises au climat océanique, sont propices à la culture du lin, alors que le chanvre est cultivé à l'intérieur du pays.

Le lin et le chanvre sont deux plantes à fibres dont la composition est voisine ; les méthodes pour obtenir leur filasse et la transformer en fil sont très proches. A l'intérieur de la tige, la partie centrale et les fibres qui l'entoure sont liées par un ciment, la pectine, soluble dans l'eau.Les différentes opérations de transformation sont réalisées par les paysans du territoire breton selon une organisation précise et constitue pour eux un revenu supplémentaire.

Chaque année, les graines de lin arrivent par bateaux de la Baltique au cours du printemps, stockées dans de petits tonneaux. Elles sont réparties par cabotage et semées sur la zone côtière. En juillet, le lin est arraché à la main afin de conserver la longueur de la fibre puis égrené sur un peigne à longues dents, disposées sur un seul rang.

Pour la culture du chanvre, un pourcentage des graines de l'année précédente est conservé afin d'être réemployé pour une nouvelle saison.

L'étape suivante consiste à préparer la séparation du bois des fibres. Pour dissoudre la pectine, plusieurs méthodes peuvent être utilisées. Les fagots de lin sont étendus "sur le pré" afin de laisser la pluie et la rosée opérer ce que l'on nomme le rouissage, processus encore employé aujourd'hui. Une autre technique consiste dans le fait de placer les gerbes dans des trous d'eau stagnante ou dans des bassins. Il faut entre cinq et quinze jours pour obtenir un lin "roui", de couleur brune, que l'on fait ensuite sécher.

Les différentes étapes du teillage vont ensuite permettre de séparer le bois des fibres par le broyage, le pesselage et le peignage. Au XIXe siècle, avec le début de la mécanisation, les premières usines à teiller sont construites. La filasse obtenue doit être filée, activité essentiellement féminine qui n'apparaît comme métier que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Si le fuseau est employé, c'est l'usage du rouet à grande roue qui est le plus souvent retrouvé. Le fil est alors organisé en écheveaux.

A ce stade, chaque territoire développe un savoir-faire particulier. Ainsi, le fil est blanchi dans le Léon alors qu'ailleurs on tisse la toile qui est ensuite blanchie.

L’ensemble de ces transformations a généré un patrimoine immobilier (bassins à rouir, "kanndi", maisons de tisserands, de marchands...) et mobilier (brayes, peignes, rouets, métiers à tisser, press à lin...) importants.

Jean Tanguy, historien de l'UBO, a sans doute été le premier à voir dans l'économie générée par le lin et le chanvre l'origine de la richesse du territoire. Il a ainsi lancé des pistes de recherches pour les étudiants mais également les bénévoles des associations qui ont identifié ici et là des éléments de patrimoine témoins de cette histoire. Il a ainsi pu établir une carte des zones de production de différentes toiles manufacturées : Crées (lin) dans le Léon, Bretagnes (lin) en Côtes d'Armor, Olonnes (chanvre) autour de Locronan et Noyales (chanvre) à Noyal-sur-Vilaine. Ce sont là les toiles exportées des ports autorisés bretons : Landerneau, Morlaix, Saint-Malo, Nantes, puis également Saint‐Brieuc, Lorient et Vannes.

Si le lin et le chanvre nourrissent un important commerce avec les pays étrangers, ils restent également présents dans le quotidien des Bretons : le lin sert à la fabrication du linge de maison (draps, nappes...), des chemises fines, de l'huile... tandis que le chanvre est utilisé pour les sacs, cordages, toiles rustiques et vêtements de travail. Ils sont parfois associés à la laine au cours du tissage afin d'obtenir des étoffes confortables (berlinge).

Un réseau associatif se tisse autour de cette thématique

Recherches, animations diverses ont alors mis en exergue cette thématique. De Riboul al lin (1997-2003) à Pleyber-Christ en passant par des opérations comme L'Or Bleu dans le Pays de Landerneau-Daoulas, Toiles & lin tissent des liens en Côtes-d'Armor ou le Salon du chanvre utile d'hier et d'aujourd'hui à Noyal-sur-Vilaine (depuis 1999), les manifestations pour valoriser cette histoire se sont succédées. C'est dans ce contexte que l'association Lin & Chanvre en Bretagne a été créée en 2007. Ce réseau, qui rassemble les acteurs du lin et du chanvre dans le domaine patrimonial, touristique ou économique a pour objectif de valoriser ces plantes à travers leur histoire mais aussi leur actualité ; leurs grandes qualités environnementales en font l'objet de recherches scientifiques et d'innovations.

Ainsi, depuis une dizaine d'années, sur l'ensemble du territoire breton, des associations recensent des éléments patrimoniaux liés aux différentes étapes de la transformation du lin et du chanvre, de la graine à la toile. Autant d'éléments témoins qui permettent de retracer cette histoire. C'est le cas de l'association Dourdon qui a répertorié près de 350 "kanndi" dans les communes du Pays de Landerneau-Daoulas. Des recherches sur le terrain ont permis de retrouver une cinquantaine de ces éléments pour lesquels elle a établi des fiches d'inventaire, avec relevés métrés et photographiques, descriptifs des matériaux de construction, de l'état de conservation, de l'environnement et de leur accessibilité. Un travail qu'il parait intéressant de partager mais également d'étendre à l'ensemble de la Bretagne. L'appel à projet "Participer à l'inventaire du Patrimoine Culturel en Bretagne" lancé en 2013 par la Région Bretagne a permis de s'engager dans ce travail.

Une méthodologie commune pour mener l'inventaire du patrimoine linier et chanvrier de Bretagne

Le patrimoine architectural ou mobilier est témoin des savoir-faire liés aux différentes phases de transformation et de production des fibres de lin et de chanvre. "Kanndi" du Nord-Finistère, "routoirs" des Côtes d’Armor, fours à chanvre d’Ille-et-Vilaine sont autant d’exemples d’un patrimoine foisonnant dont l’inventaire permet d’entamer une démarche de valorisation culturelle sur le long terme.

L'objectif du projet est donc de recenser des éléments patrimoniaux qui vont permettre de comprendre le fonctionnement de cette manufacture qui a évolué au fil des siècles. Il s'agit aussi d'identifier des éléments de mobilier mal connu, des constructions aux multiples usages. Au vu de la richesse de ce patrimoine, l'exhaustivité de cette recherche n'a pas été promise.

L'association régionale Lin & Chanvre en Bretagne s'appuie sur un réseau de 60 structures adhérentes, vivier important pour la connaissance des territoires. Tout au long du projet, des réunions d'information et de formation à cet inventaire ont été organisées dans chaque département, pour sensibiliser les habitants et trouver des personnes-ressources.

Des outils ont été mis en place. Des fiches de recensement élaborées au préalable par l'association Dourdon ont été retravaillées, complétées afin d'unifier les relevés (dimensions, état, photos...) et de répondre au mieux aux exigences de ce projet scientifique. Un guide méthodologique comportant un lexique (breton-français et gallo-français) du vocabulaire et des toponymes retrouvés le plus souvent dans les états de sections du cadastre napoléonien a été rédigé et est mis à disposition des personnes et associations ressources. Une salariée, une stagiaire et une bénévole de l'association ont été formées à l’enregistrement des données sur le logiciel GERTRUDE par les chargés d'étude du Service de l'Inventaire du Patrimoine Culturel de la Région.

Le croisement des connaissances des habitants, des associations et des scientifiques du Service de l'Inventaire du Patrimoine Culturel de Bretagne a permis l'enrichissement des approches et des données.

Le patrimoine lié au commerce des toiles que nous appelons le patrimoine « indirect » (maisons de négociants, enclos paroissiaux...), n'a pas été pris en compte dans ce premier inventaire mais pourrait faire l'objet d'une étude ultérieure.

L'objectif de ce projet est de partager et développer les connaissances autour du patrimoine linier et chanvrier. L'inventaire de ces éléments avec l'aide des habitants des différents territoires contribue à une meilleure lecture de l'histoire de ces plantes. Il constitue la base d'une « Route des toiles » et offre des pistes de valorisation culturelle et touristique.

Aires d'études Bretagne
Période(s) Principale : 16e siècle, 17e siècle, 18e siècle, 19e siècle
(c) Région Bretagne (c) Région Bretagne ; (c) Lin et Chanvre en Bretagne (c) Lin et Chanvre en Bretagne - Le Gall-Sanquer Andrée
Andrée Le Gall-Sanquer

Présidente de Lin & Chanvre en Bretagne


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- Salaün Lénaïg
Lénaïg Salaün

Chargée de mission de Lin & Chanvre en Bretagne


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- Roussel Juliette
Juliette Roussel

Étudiante de Master 2 Médiation du patrimoine en Europe de l'Université Rennes 2 et stagiaire de Lin & Chanvre en Bretagne


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