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Pont-aqueduc sur le Guindy (Plouguiel - Minihy-Tréguier)

Dossier IA22011470 réalisé en 2008

Aménagée à l'initiative de l’évêque Adrien d'Amboise, évêque de 1604 à 1616, pour approvisionner la ville de Tréguier, la conduite d’eau était alimentée par une fontaine située au lieu-dit Créven à Plouguiel1. Indispensable à la vie des hommes et des animaux : l’eau sert à l’alimentation, au nettoyage et aux activités artisanales et industrielles. A l’extrémité de ce réseau mesurant plus de 2700 mètres se trouvait la « pompe » ou « fontaine publique » de la place du Martray2.

Ce grand projet – « dont le public tirait une grande commodité » - a été financé par les revenus d’octroi de la communauté de ville : taxes sur le vin sortant de la ville en charrette ou navire, droit de lestage et de délestage des navires ou droit d’ancrage par exemple. « Nobles bourgeois et habitants de la ville » se réunissaient au cloître de l’église Notre-Dame Coatcolvézou pour traiter des affaires publiques. Le registre des délibérations communes de la ville de Tréguier du 1er janvier 1624 nous apprend que le syndic n’a pas « denier » (c’est à dire d’argent) pour « subvenir aux frais de la continuation du dessein de la pompe », sur quoi « il a été admis qu’il empruntera denier pour y subvenir d’où il en pourra trouver soit à rente constituée ou à intérêt et continuera le dessein ayant reconnu des deniers de ce qui a été fait et rapporté sur le dit registre3 ». C’est la dénommée Aliette de Trogoff, fille de Charles de Trogoff et de Jeanne du Halgay (du Hallay ?) qui prête à intérêt devant notaires la somme de 800 livres au procureur syndic, Jacques Le Goff, seigneur de Tromicquel pour « subvenir aux offres et employés à la conduite des œuvres publiques et par exprès de la pompe de ladite ville ». Elle ne sera remboursée qu’en 1629 par la communauté de ville.

Si la carte de Bretagne de 1630 conservée par la Bibliothèque nationale de France4 figure la ville de Tréguier « enclose » par les murs des couvents et dominée par le clocher de l’église cathédrale, elle représente aussi le pont-aqueduc du Guindy qui semble faire partie intégrante de la ville.

Le manque d’entretien de la conduite d’eau et de l’aqueduc sont signalés dès 16385 - la pompe ne coulant plus - puis aux États de Bretagne réunis à Saint-Brieuc en 1659 attendu que « quelques communautés de cette province emploient leurs deniers d’octroi consentis par les états à un autre usage qu’à celui pour lequel ils leur a été consentis6 ». « La longueur de la conduite et les endroits par où elle passe a causé beaucoup de réparation [au point] qu’il a été nécessaire aussi d’y établir un fontainier » précise un mémoire de Béchameil de Nointel, intendant de Bretagne en 16957. Plusieurs arrêts du conseil du roi sont rendus au 17e siècle pour fixer le montant de la somme allouée à l’entretien annuels des fontaines de Tréguier : de 300 livres (3 mai 1681), 700 livres (18 décembre 1691), 500 livres (28 décembre 1694) à 1300 livres (28 août 1670).

Sur le tracé de la conduite, sur une parcelle nommée « Parc Runangoff », peut être toujours observé un édicule en maçonnerie ressemblant à une fontaine - à l'origine à fronton triangulaire et crossettes saillantes – destiné à abriter un système de purge afin de chasser l’air de la conduite d’eau (il est immédiatement à l’ouest de l’enceinte de l’ancien abattoir public municipal construit en 1908). Ces édicules, à l’origine au nombre de quatre, sont nommés « casemate » ou « repos » (1638). Dans la ville, rue Saint-François se remarque également un regard de visite de la conduite. L’élément le plus remarquable de ce réseau d'eau est le pont-aqueduc qui permettait à la conduite de franchir le Guindy. Situé à cheval sur les communes de Plouguiel et Minihy-Tréguier, cet ouvrage d’art est constitué de huit arches en arc plein-cintre. Il a été aménagé à proximité immédiate d’un moulin à eau dit « Moulin de l’Évêque » pour la raison qu’il appartenait avant la Révolution au « seigneur évêque » de Tréguier.

Le tracé de ce réseau d'adduction d'eau est connu par l’exceptionnel plan de Charles Symon daté de 16108 et conservé dans le fonds des Archives communales de Tréguier sous la cote 1Fi8. Le cadastre de Tréguier établis en 1834 figure également le tracé de la conduite avec précision.

Plusieurs fontaines étaient utilisées par les habitants de Tréguier et sont mentionnées sur le cadastre de 1834 : vers l’anse Saint-Catherine au lieu-dit Keroudot ; la « fontaine de la Rive » citée par Habasque : « entourée de 30 toises murailles, et garnie en dedans de corrois et de gazon, pour empêcher la mer d’y pénétrer » (autre description datée de 1638 : « située sur le rivage de la mer près du lieu ou charge et décharge le passage du Moulin appartenant audit seigneur évêque appelé Scaff an milin avons vu une masse de terre jouxte un parc dépendant de la métairie de Kernabat appartenant au sieur Barrach dans laquelle masse, il y a une casemate construite de pierre de taille où est la retenue de l’eau de la dite fontaine […] …l’eau de la mer entre dans ledit canal deux fois le jour aux marées ; médiocre de telle sorte que la plupart du temps l’on ne se peut servir de ladite eau », le long du Gindy : « Goar an itron » (fontaine et lavoir) et à Goas Mikael (fontaine datée de 1622 portant les armoiries de la ville de Tréguier selon l’état de 1638).

En 1760 puis 1762, les états de Bretagne consacrèrent 9 000 livres au rétablissement de la conduite d’eau. Un mémoire de 1769 rédigé par l’ingénieur des ponts et chaussées précise : « presque tous les anciens tuyaux de grès que l’on a trouvé dans la partie de la conduite dont les tranchées viennent d’être ouvertes, sont de mauvaise terre cuite et hors d’état de resservir : il est indispensable de les remplacer tous partie en fer et partie en grès9 ». Les tuyaux de fer proviennent des forges de Rouen tandis que les conduites de grès viennent des poteries du Ger en Normandie. A l’origine, il s’agissait de « tuyaux de plomb enchâssés dans des sommiers et poutres de bois de chêne10 ».

Un devis de l’ingénieur Aufray de 1775 nous décrit le projet de nouvelle fontaine située « vers le bas de la place publique de Tréguier » (Place du Martray) : « cette fontaine dont le dessus est en forme d’obélisque sera composé d’un piédestal décoré avec une simple pyramide quadrangulaire terminée par un globe d’amortissement. Le corps carré du piédestal […]. Tous les parements seront exécutés en pierre de taille […]. Chaque face inclinée du piédestal sera décorée d’une guirlande de feuilles de chêne, soutenue par deux boutons plats et chaque face de la pyramide par une tablette saillante […]. La pierre de taille sera de l’île Grande, piquée à la petite pointe, les angles bien avivés, les assises de moellons seront arasées de niveau avec celles de la pierre de taille, le tout établi sur les fondations de l’ancien corps de la pompe […]. Il sera formé une espèce de petit bassin […] sous le devant du piédestal11 ».

Le Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne, nouvelle édition précise : « Jadis ces eaux, arrivées à la porte d’entrée du palais épiscopal, se divisaient en deux branches, dont l’une se rendait à un large bassin situé dans le jardin de l’évêque – en 1793, on supprima celle-ci ».

Dans les années 1870, un réservoir d’une capacité de 40 m3, alimenté par la conduite d’eau de Plouguiel est construit sur la place du Martray : ces deux becs de trop plein sont toujours visibles et devaient alimenter une fontaine (restée vraisemblablement à l’état de projet). Selon Michel Le Henaff, la conduite d’eau de Plouguiel fonctionna sans grosse réparations jusqu’aux années 1970.

De nouveaux travaux de captage d’eau sont entrepris en 1908 depuis la commune de Camlez pour alimenter la ville de Tréguier via un réservoir de 200 m3 aménagé en bas de l’allée Saint Michel. Dernière épisode de l’alimentation en eau de la ville de Tréguier, la construction d’un château d’eau en 1960 non loin de la tour-clocher de la chapelle Saint-Michel protégée au titre des Monuments historiques (il fut proposé un temps la construction du réservoir à l’intérieur même du clocher).

Remarquable témoin de la conduite d’eau de Tréguier, le pont-aqueduc du Guindy a été inscrit au titre des Monuments historiques en 1931.

Guillaume Lécuillier, mars 2018.

Notes :

1 Cette fontaine datée de 1623 – aujourd’hui disparue - avait été recensée en 1972 par Nicole Chouteau dans le cadre du pré-inventaire de Plouguiel.

2 Fontaine datée de 1626 selon différentes sources imprimées.

3 Archives communales de Tréguier, CC3 : octroi, registre des délibérations du 1er janvier 1624.

4 Gallica, la Bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France, référence : btv1b550101492.

5 Archives communales de Tréguier, CC3 : requête au roi du syndic et bourgeois de la ville de Lantreguer pour nouveaux octrois, procès verbal, 9 août 1638.

6 Archives communales de Tréguier, CC3 : octroi, 14 juillet 1659.

7 Archives communales de Tréguier, CC3 : octroi, 10 janvier 1695.

8 1610, 1606 ou 1616, un doute subsiste sur cette date qui a malheureusement été repassée à l’encre noire.

9 Archives communales de Tréguier, DD3 : travaux publics, 3 mai 1769.

10 Archives communales de Tréguier, CC3 : requête au roi du syndic et bourgeois de la ville... op. cit.

11 Archives communales de Tréguier, DD3 : travaux publics, devis du 18 juin 1775.

Dénominations aqueduc, pont, réseau urbain des eaux
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Tréguier
Hydrographies Guindy le
Adresse Commune : Plouguiel
Lieu-dit : Le Guindy
Cadastre : non cadastré ; domaine public
Précisions oeuvre située en partie sur la commune Minihy-Tréguier

Le pont-aqueduc du Guindy est un ouvrage d'art construit entre 1610 et 1626. Il faisait partie d'un ensemble d'adduction d'eau acheminant l'eau de Plouguiel à la ville de Tréguier, depuis la fontaine de Créven, aujourd'hui disparue. Cette fontaine portait la date 1623 (cf. notices de N. Chouteau et V. Maillen, dossier de pré-inventaire, 1972).

Période(s) Principale : 1er quart 17e siècle
Dates 1610, daté par source
1623, porte la date
1626, porte la date

Ouvrage d'art construit en moellon de schiste. Il est constitué de 8 arches en arc plein-cintre supportées par des piles massives pourvues d'avant et d'arrière-becs de section triangulaire.

Murs schiste
moellon sans chaîne en pierre de taille
États conservations état moyen

L'aqueduc du Guindy franchit un site exceptionnel. L'ouvrage d'art est homogène et tout aussi exceptionnel.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections inscrit MH, 1931/04/17
Précisions sur la protection

Inscription par arrêté du 17 avril 1931.

Annexes

  • Précisions sur l'aqueduc du Guindy (Guy Prigent, 2008)

    Précisions sur l'aqueduc du Guindy

    L'aqueduc du Guindy a été construit à partir de 1610 à l'initiative de Adrien d'Amboise, évêque de Tréguier dans la vallée du Guindy afin d'alimenter la ville en eau potable. Le plan en avait été dressé par Charles Symons, artiste peintre. Il a été entièrement restauré en 1809.

    Le premier réservoir ou fontaine (détruite) prend sa source à Creven et porte la date de 1623 et le dernier des réservoirs porte la date de 1626 (fontaine du Martray). Le cours d'eau est aujourd'hui tari en raison de l'exploitation d'une carrière.

    En 1993, un projet global d'aménagement des rives du Guindy et de réhabilitation des ouvrages des Ponts et Chaussées a été proposé par le Pays touristique du Trégor-Goëlo et les communes riveraines concernées (sentier d'interprétation et restauration de l'aqueduc et du viaduc). Ce projet n'a cependant pas abouti. Récemment, la commune de Plouguiel a réalisé un sentier le long du Guindy afin de faire découvrir ce patrimoine architectural et l'écosystème de l'estuaire.

    Le circuit de l'eau, long de près de 3 km, passe au-dessus du Guindy par l'aqueduc, traverse la ville pour arriver à la fontaine située place du Martray. Des reposoirs ou réservoirs, construits en pierre de taille, équipés de portes fermant à clé amènent l'eau à la pompe, par des conduits en grès et en fonte. La canalisation traverse le parc de Bilo à ciel ouvert, traverse le rues de la ville de Tréguier par des conduits souterrains (bien soudés), dont une partie fut découverte en 1970-80, à l'emplacement des puits.

    Guy Prigent, 2008.

  • Iconographie

    20082208639NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 num 1/43, Numplan 13.

    20082208973NUCB : Collection particulière

    20082208968NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Documents d'archives
  • Plan de la pompe de Tréguier fait par le soussignant Charles Symon maître peintre, 1610. Ce plan mesure 2,38 m de longueur par 0,19 m de hauteur.

    Archives communales de Tréguier : 1Fi8
  • Octroi ; perception : procès-verbal constatant l'insuffisance des crédits concernant la réparation des quais, port, pompe, collège et pavés de la ville, procès-verbaux d'adjudication pour la perception des droits d'octroi, requêtes adressées au parlement de Bretagne, réponse du procureur du roi, arrêts et lettres patentes du conseil d’état, états des recettes et dépenses, extrait du registre des délibérations du parlement de Bretagne, extrait des minutes du greffe de la chambre des comptes de Bretagne, extraits du registre de délibérations de la communauté de ville, quittances, correspondance diverse. 1611-1787.

    Archives communales de Tréguier : CC3
  • Travaux publics ; construction et réparation de la pompe : extraits du registre de délibérations de la communauté de ville (1 cahier), extraits du registre de délibérations du conseil d'état, rapport d'examen de l'ingénieur des ponts et chaussées, devis, état des journées travaillées. 1659-1775.

    Archives communales de Tréguier : DD3
Documents figurés
  • AD Côtes-d'Armor : 4 num 1/43, plans cadastraux parcellaires de 1834.

    Num plan 11, section C, 3ème feuille Archives départementales des Côtes-d'Armor
Bibliographie
  • LE HENAFF, Michel. "L’aqueduc du Guindy, mémoire d’eau à Tréguier de 1610 à nos jours". Mars 2010, 51 p. (publication électronique).

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