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Pont dit "passerelle Saint-François" (Plouguiel - Tréguier)

Dossier IA22011469 réalisé en 2008

Conçue sur le principe des ponts suspendus à fil de fer imaginé par l’ingénieur Marc Seguin, la passerelle Saint-François a été mise en service en 1834. Un bac ou "passe-cheval" est attesté à cet endroit au 15e siècle : il servait notamment de revenu au couvent des Frères Mineurs de Saint-François installé sur la rive opposée à Plouguiel.

La passerelle permet de franchir le Guindy et de relier les communes de Tréguier et de Plouguiel. D’une largeur de seulement 2 mètres pour 49 mètres de longueur tablier, il s’agit d’un pont piéton. Comme le pont Canada qui permet de franchir le Jaudy, la passerelle est financée par monsieur Ozou, négociant à Tréguier, contre une exploitation à péage d’une durée de 54 ans et 11 mois. En 1873, la passerelle est rachetée par le Conseil général des Côtes-du-Nord qui souhaite rendre son franchissement gratuit. En 1954, la passerelle a fait l’objet de travaux de restauration par la société des constructions Edmond Coignet.

Fermée en 2004 en raison de son mauvais état sanitaire, la passerelle a été reconstruite par l'entreprise Freyssinet entre 2012 et 2013 avec le soutien de la Fondation du patrimoine. La passerelle piétonne Saint-François accueille désormais la « voie verte/cyclable » reliant Tréguier à Perros-Guirec.

(Guillaume Lécuillier, 2018).

Appellations passerelle Saint-François
Dénominations pont
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Tréguier
Hydrographies Guindy le
Adresse Commune : Tréguier
Lieu-dit : Saint-François
Cadastre : 2004 AD non cadastré ; domaine public
Adresse
Précisions oeuvre située en partie sur la commune Plouguiel

Par Ordonnance du 13 février 1833, Louis Philippe, Roi des Français, autorise la construction d’un passerelle suspendue sur le rivière le Guindy :

Article 2 :

Il sera pourvu aux frais de construction et d’entretien de cette passerelle au moyen de la perception d’un péage qui sera concédé par adjudication publique

Article 4 :

Il sera perçu un droit de péage d’après le tarif suivant :

- Pour chaque personne chargée ou non chargée, 3 centimes

- Cheval ou mulet avec son cavalier, valise comprise, 8 centimes

- Âne ou ânesse chargé, 4 centimes

- Cheval, mulet, bœuf, vache ou âne employé au transport des engrais et à la rentrée des récoltes ou allant au pâturages, 3 centimes

- Mouton, brebis, bouc, chèvre, cochon de lait, et chaque paire d’oies ou de dindons, 2 centimes

Un cahier des charges imposé pour l’exécution des travaux est établi et Louis François Ozou, associé à la veuve Barthélémy Desjars et fils, négociant à Guingamp, concessionnaires, lancent les travaux. Qui en est le constructeur ? Peut-être le précurseur des ponts suspendus à fil de fer, l'ardéchois Marc Seguin, petit-neveu des frères Montgolfier et fondateur de nombreuses entreprises avec ses frères.

En 1849, les concessions des ponts de Tréguier (avec le pont Canada) sont vendues par licitation à messieurs de Gomincourt, inspecteur des Douanes à Tréguier et Hovius, négociant à Saint Malo.

Les problèmes d’accès, d'abord de l'élargissement des voies d'accès, font l’objet de procédures en particulier avec le sieur de La Baronnais. Côté Tréguier, où l’accès longe le Guindy par un chemin étroit et scabreux, décision est prise de transiter par les propriétés en amont, tracé devenu l’actuelle impasse Saint François.

Dès 1867, le Conseil Municipal de Tréguier réclame au Conseil Général la suppression du péage, qui sera effective le 1er février 1873 par le rachat des deux ponts pour 195 000 francs par le Conseil Général.

Un premier pont en bois est construit au Pont Noir en 1889, 500 mètres en aval, rapidement remplacé en 1893 par un pont en fer. Dès lors se pose la question de la pérennité de la passerelle. Le 21 septembre 1904, le sous-préfet demande l'avis du maire de Tréguier sur la suppression du passage sur la passerelle. La réaction est immédiate, avec une pétition des commerçants et habitants pour le maintien : « La suppression aurait le désavantage de transformer la petite rue Saint François en un affreux cul de sac […]. Ce coin isolé redeviendrait un endroit mal famé, à vrai dire un coupe-gorge ». Il faut noter que la rue Saint François était restée très commerçante, la population de Plouguiel et des alentours ayant gardé l’habitude de cheminer par la passerelle pour accéder à Tréguier. Même les lavandières de Tréguier pétitionnent : leur lavoir rive droite du Guindy est exposé au nord, et « elles demandent le maintien pour la facilité qui leur est donnée de faire sécher leur linge et offrent au besoin la couverture inutile de leur lavoir pour arranger le tablier du pont. » De l'autre côté de la passerelle, la lande de Plouguiel est plus au soleil !

La passerelle reste en place et les travaux d’entretien sont partagés entre les communes de Plouguiel et Tréguier. Le 28 avril 1908, un rapport du conducteur-voyer fait état de l’étroitesse des puits de visite aux ancrages des câbles : 40 cm par 40 cm, difficile pour un homme de descendre à 4 mètres de profondeur.

Profitant de la présence de l’entreprise Coignet en charge de la construction du Pont Canada actuel, un marché de gré à gré est passé le 16 juillet 1954 pour la démolition et la reconstruction de la passerelle.

En septembre 1972, l’entreprise Baudin-Châteauneuf, qui répare le pont de Lézardrieux, propose ses services pour le remplacement des suspensions, suspentes, étriers, tablier, entretoise et contreventements avec peintures. En 1991, cette même entreprise modifie quelques attaches de suspentes, étonnamment jamais protégées par une peinture !

En janvier 2004, une inspection détaillée par le laboratoire Régional des Ponts et Chaussées met en évidence de nombreux désordres qui obligent à la fermeture.

Orphelins de leur passerelle, ouvrage patrimonial emblématique de leur quotidien, les Trégorrois sont inquiets. Après maintes tergiversions sur la propriété de l’ouvrage, délaissé par le Conseil Général depuis 1890, les communes de Plouguiel et Tréguier se lancent dans la réfection totale de la passerelle. Le marché est passé en 2012 avec l’entreprise Freyssinet pour un montant de 560 000 euros. Des municipalités habituées à s’ignorer vont faire connaissance et œuvrer pour l‘aboutissement de ce projet, et l’enthousiasme populaire est tel que presque 100.000 euros de dons abondent au financement. Le 25 mai 2013 est inaugurée cette nouvelle passerelle, qui témoignera pour plusieurs décennies du lien patrimonial et affectif qui unit les deux rives par-dessus le Guindy. Piétonne depuis 140 ans, elle est un passage symbolique du GR 34 qui suit le littoral et est aussi partie intégrante du sentier européen n° 5 qui mène de la Pointe du Raz à Venise.

(Michel Le Hénaff, association Océanide, 2019).

Période(s) Principale : 1ère moitié 19e siècle
Secondaire : 1er quart 20e siècle
Dates 1834, daté par source
2012, daté par source
2013, daté par source

La passerelle Saint-François est un pont suspendu franchissant un méandre du Guindy entre les communes de Tréguier et de Plouguiel. Cet ouvrage, qui s'intègre dans un paysage de qualité, est composé d'un tablier en bois relié, par l'intermédiaire de soixante-deux suspentes métalliques, à deux câbles porteurs ou de retenue ancrés sur chaque culée par le biais de deux piles en maçonnerie. Les gardes-corps en croix de Saint-André initialement en bois ont été remplacés par une structure métallique.

(Patrick Pichouron, 2008).

La passerelle Saint-François est un pont suspendu franchissant un méandre du Guindy entre les communes de Tréguier et de Plouguiel. Cet ouvrage, qui s'intègre dans un paysage de qualité, est du type suspendu par câbles.

Sur chaque rive sont édifiées deux culées de pierres maçonnées de 11 mètres par 3,40 mètres qui s’avancent vers le lit de la rivière. A l’aplomb du front de chaque culée sont édifiés deux pylônes rectangulaires de 2 m par 0,9 m à la base, s’amincissant jusqu’à une hauteur de 5,10 m. Le passage entre ces pylônes est de 1,60 m, largeur de passage d’une charrette. L’ouverture entre ces culées est de 49 mètres et 2 mètres au-dessus des plus hautes marées.

Deux câbles toronnés de diamètre 38 mm reposent sur une selle au sommet des pylônes, selle qui est reliée à une barre de retenue côté rive, barre inclinée arrimée à un tirant passif ancré dans le sous-sol rocheux des berges. Auparavant les tirants originels étaient ancrés à une grosse pierre enfouie sous le massif des culées, mais la solidité de l’ancrage n’a pu être vérifiée lors de la reconstruction en 2012. Ces tirants non réutilisés sont toujours en place comme témoins de la construction originelle.

Avant sa reconstruction, la passerelle est quasiment toute en bois : longerons, solivage, platelage et garde-corps. La rigidité relative et le vieillissement des bois en faisaient un ouvrage ni pérenne ni sécurisant : les trégorrois l'appelaient « le pont balançant ». Les normes contemporaines des ouvrages piétons ont imposé un passage au tout métallique, qui a permis de rester dans les proportions et aspects d’origine sans alourdir la silhouette.

Les câbles accusent une flèche de 5,10 m en leur milieu. Chacun d'eux porte 31 suspentes de 10 mm de différentes hauteurs, espacées de 1,60 m, qui supportent les longerons métalliques en IPN, façon rails. Ces rails sont aussi le roulement d’une nacelle de visite suspendue sous le tablier. Sous chaque suspente, les entretoises métalliques supportent le solivage et le platelage en chêne de 2 mètres de large.

Les garde-corps métalliques sont en croix de Saint André, dont les vides sont comblés par quatre rangs de câbles inox. L’ouvrage, peint de couleur noire, s’intègre dans le paysage.

(Michel Le Hénaff, association Océanide, 2019).

Murs granite
schiste
moellon sans chaîne en pierre de taille
pierre de taille
Typologies pont suspendu
États conservations bon état, restauré
Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • Iconographie

    20082208718NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    20082208291NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 16 FI 4297.

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales des Côtes-d'Armor. Cote 3 Z, article 112.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor
  • Archives communales de Tréguier

    Archives communales de Tréguier
  • Bulletin des lois de 1833, 2ème partie - Ordonnances - N° 211 article N° 4673.

Liens web