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Port de Talbert (Pleubian)

Dossier IA22133421 réalisé en 2018
Dénominationsport
Aire d'étude et cantonBretagne
AdresseCommune : Pleubian
Lieu-dit : Talbert
Précisionscommune fusionnée après inventaire Commune inventoriée sous le nom de Pouldouran

Dans les anses naissent des ports... Au début du 20e siècle, les gabarres, canots goémoniers, petits borneurs échouent dans la petite grève du Sillon de Talbert, à marée haute, bateaux creux ou pontés. Ce petit havre sert pour l'hivernage mais aussi pour embarquer les précieux chargements de sable, de maërl et de goémon, qui seront livrés aux cultivateurs jusqu'en amont de l'estuaire du Trieux.

Scène d’échouage de bateaux goémoniers au Sillon de Talbert (fin 19e siècle)

Les petits sloops viennent de livrer leur tas de goémon, arrachés des rochers. Les cultivateurs s’empressent de charger, avec l’aides marins. Ceux sont les femmes qui coupent et les hommes qui font la manœuvre et déchargent. Faudacq a travaillé sur du papier quadrillé, avec des crayons de couleur, rehaussé d’aquarelle. Femmes, hommes, bateaux et chevaux sont traités de la même façon, se confondent avec le dur labeur et l’environnement de la grève.

Faudacq décrit la scène dans le journal "L'Illustration" du 7 et 14 février 1874 : "les amendements et engrais de mer en Bretagne" Toute une population où l'élément féminin domine est là, bravant avec acharnement l'embrun des lames, pour ramasser quelques paquets de goémons. Ce faible butin, péniblement conquis sur l'Océan, est déposé en petits tas sur le sommet du sillon ; là, il sèche. On le réunit ensuite en masses plus considérables destinées au brûlage.

Le port de Talbert, à la petite grève (Faudacq)

Sur la dune de sable et de galets du Sillon, les algues brunes sont mises à sécher en petits tas, pendant quelques jours. Les goémoniers utilisent des fourches et des crocs pour tirer les goémons et les rassembler. Les attelages sont fortement sollicités pour ces transports à la grève, qui empruntent les « men karr », ces chemins empierrés qui engagent les charrettes aux grandes roues ferrées (Hastell karr) pour ensuite traverser le "chouk" ou dos du Sillon, afin d’éviter de couper le fragile cordon de galets. Celui-ci sert de barrage naturel contre l’océan. L'Île Blanche, sillon fossile, parallèlement au Sillon a pu servir de carrière de galets au cours des siècles. La petite grève du Sillon de Talbert représente un port refuge et d'hivernage, où borneurs, canots de pêche et goémoniers se reposent le temps d'une marée.

1/ Bateaux de travail en hivernage au port de Talbert, 1er quart 20e siècle.

Le bateau, gréé en sloop, au premier plan, canot creux, immatriculé T.474, est "L'Henriette", construit en 1901 à Paimpol, armé à la petite pêche. Il appartint successivement à Pierre-Marie Le Bideau, Hyppolite Meudal, Pierre Querro, marins de Pleubian, puis à Henri Lostec de Tréguier.

2/ Port du Sillon de Talbert, 1er quart 20e siècle. On peut remarquer le petit sablier goémonier 7 197, "Néréide", construit en 1899 à Plougrescant, avec ses panneaux de cale ouverts. Il fut vendu par François Cloarec de Plougrescant à Yves Marie Bideau, puis à Pierre Mevel.

Le sloop borneur avec mât de flèche "Reder mor" à François Moullec, perdu à Bréhat avec son chargement de pomme à cidre. "L'Audacieux" de Yves Héméry et le "Louis-Marie", borneur de 25 t à Tallec, construit par Yvon Le Guen de l'Armor-Pleubian sur l'îlot Castel Yar. Jean Kerleau, charpentier de marine avait changé la quille, l'étambot et les bordés du fond à même la grève.

Il y a aussi le sloop de 40 tonneaux “Frère et Soeur”, racheté par Fanc Guillou, patron armateur à Dahouet, port régulièrement fréquenté par les Armoricains. Ce sloop livrait du sable et du maërl pour le Légué, du charbon en provenance de Saint-Malo pour les ports du littoral trégorrois. Le sloop à tape-cul “Servanig” de 60 tonneaux dont le patron armateur était Auguste Le Saux, était également armé au bornage.

Aujourd’hui la petite grève du Sillon de Talbert fait partie de la réserve naturelle régionale du Sillon de Talbert. Toute navigation et échouage sont interdits. Les activités y sont réglementées.

Les bateaux sont interdits d’échouage sur ce site afin protéger la flore de cette zone humide et le cordon dunaire fragilisé par les tempêtes et les usages goémoniers. Cependant, le cordon dunaire subit une fréquentation excessive.

Les dessins, aquarelles, gravures de Louis Marie Faudacq (1840-1916) et les cartes postales du 1er et du 2ème quart du 20e siècle (collection particulière) illustrent de façon caractérisée les scènes goémonières au Sillon de Talbert, mais apportent également des informations sur l’évolution géomorphologique du site naturel.

Période(s)Principale : Epoque contemporaine

La petite grève du Sillon de Talbert, protégée des courants et des vents violents du Nord-Ouest par le Sillon de Talbert et l’archipel d’Ollone, des vents d’Est par les îles de Bréhat et Maudez et de nombreux cordons de galets, offrent un abri pour les bateaux de travail et un site naturel pour les oiseaux hivernants et /ou nicheurs. Cette grève en fond de baie est enserrée entre le cordon dunaire et la pointe de Pen Vir. Le marais de Mer Melen prolonge cette baie vers l’Est. Cependant, la grève s’envase et son fond herbeux remonte. Les anciens enrochements concassés du Sillon ont été disposés en parallèle du Sillon côté petite grève. En 2018, le cordon dunaire s’est rompu et la mer a provoqué une forte brèche au tombant de la dune sableuse du Sillon de Talbert, où la mer s’engouffre.

Références documentaires

Bibliographie
  • GUILLOU, Francis. CHORON, Chantal. LE BRETON, Georges. RANNOU, Julien. Pleubian et la Presqu'île Sauvage en cartes postales et photos anciennes. Saint-Brieuc : Imprimerie briochine, 1991.

  • PRIGENT, Guy. LEVASSEUR, Olivier, BOELL, Denis-Michel. Faudacq, œuvres marines. Éditions Apogée, 2003, 111 p.

Documents audio
  • Témoignages : Yves Le Saux, Jean Kerleau, Bernard Padel, Francis Guillou, Joël Briand, Jean Le Ner.

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