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Poudrerie de Pont-de-Buis puis usine d'explosifs (Pont-de-Buis-lès-Quimerch)

Dossier IA29001814 inclus dans Arsenal de Brest, Intra et extra-muros (Brest) réalisé en 2004

Fiche

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AppellationsPoudrerie de Pont-de-Buis
Dénominationsusine de produits explosifs, poudrière, édifice logistique
Aire d'étude et cantonBretagne Nord
Hydrographiesfleuve de l' Aulne
AdresseCommune : Pont-de-Buis-lès-Quimerch

Création du premier moulin à poudre en 1688 sur l'initiative de Desclouzeaux, intendant de la Marine à Brest. En 1690, trois moulins permettent la fabrication de 78 milliers de poudres par mois. Le premier directeur connu, Gilbert de La Forêt, commande en 1694 deux étuves à sécher aux forges de Paimpont (Ille-et-Vilaine), fait construire sa demeure et aménage un quai le long de la Douffine. Au 18e siècle, l'établissement couvre une superficie de 36 152 mètres carrés. En 1775, la ferme générale des poudres devient régie des poudres, Lavoisier étant temporairement régisseur. La poudrerie est attaquée par les Chouans en 1795. Acquisition de nouveaux terrains à partir de 1841, suivis d'aménagements de la Douffine, de la création de nouveaux ateliers et de la modernisation complète des installations fabriquant des explosifs et des poudres de chasse. Terrains, immeubles et matériels sont évalués en 1865 à 1 052 848 Francs. Construction de nouveaux ateliers entre 1871 et 1914 et modernisation des procédés de fabrication. En 1881, construction de la maison (détruite) du directeur. Durant la première Guerre Mondiale, la production, assurée par 5500 ouvriers et ouvrières, atteint 50 tonnes par jour. Entre 1947 et 1966, commandes off-shore. L'explosion de 1975 fait trois morts et détruit la plus grande partie des installations. Reconstruction et développement de la fabrication des poudres de chasse et de la pyrotechnie.

Période(s)Principale : 4e quart 17e siècle
Principale : 18e siècle
Secondaire : 19e siècle
Secondaire : 20e siècle
Dates1688, daté par travaux historiques
Auteur(s)Auteur : Maître d'oeuvre inconnu ingénieur militaire attribution par travaux historiques
Personnalité : Louis XIV personnage célèbre, commanditaire attribution par travaux historiques
Personnalité : Vauban personnage célèbre attribution par travaux historiques

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Mursschiste
ciment
moellon sans chaîne en pierre de taille
béton armé
Plansplan rectangulaire régulier
Couverturestoit à longs pans
Typologiesl'église de Pont-de-Buis (1910-1914: architecte, Chaussepied Charles) est dédiée à Sainte-Barbe, patronne des poudriers. Les gargouilles en forme de fûts de canon rappellent l'histoire de la paroisse
États conservationsrestauré

Usine en activité (filiale de NobelSport).

Statut de la propriétépropriété privée
Intérêt de l'œuvrevestiges de guerre, à signaler
Éléments remarquablesensemble fortifié

Annexes

  • "La poudrerie de Pont-de-Buis" in L'Expansion du 25/02/2004 (www.lexpansion.com)

    "Depuis quatre siècles, au rythme des guerres et des révolutions, on produit de la poudre dans ce coin de Bretagne. Modernisée, l'usine fournit désormais les chasseurs.

    L'intendant de marine Desclouzeaux, qui, sur ordre de Louis XIV, fonda en 1688 la poudrerie de Pont-de-Buis-lès-Quimerch, reconnaîtrait sans doute le ciel plombé et le crachin lancinant qui habillent toujours de gris ce bourg finistérien. Mais il serait certainement surpris de voir que, trois cent quinze ans plus tard, l'usine est toujours là, vivante et plus moderne que jamais. La poudre qu'on y produit n'est plus destinée à la marine royale, bien sûr, ni même à l'armée, mais aux chasseurs et aux adeptes des clubs de tir.

    Pendant trois siècles, l'histoire de la poudrerie a été rythmée par les guerres. Celles du Roi-Soleil, celles de la Révolution et de l'Empire, puis les trois conflits avec l'Allemagne.

    A chaque fois, on retrouve le même scénario : pour atteindre les niveaux de production exigés par le gouvernement, les effectifs augmentent, dans des proportions parfois vertigineuses. En 1906, on compte 400 ouvriers à la poudrerie. Dix ans plus tard, au plus fort de la Grande Guerre, ils sont quinze fois plus nombreux. Yvonne, une dynamique octogénaire, fille et femme de salariés du site, se souvient des années qui ont précédé le second conflit mondial : "Quand on a commencé à embaucher à la poudrerie, on savait que ça allait recommencer, que la guerre n'était pas très loin. Mon mari y est allé, ma belle-mère, mes copines, mes cousines, tout le monde". Dans les allées quasi désertes de ce gigantesque site de 100 hectares qui n'emploie plus que 150 ouvriers, on a du mal aujourd'hui à imaginer le grouillement de ces hommes et de ces femmes, dont le travail était particulièrement pénible. Louise, née en 1918, se souvient des mains de sa tante, "crevassées par la poudre" qu'on attrapait sans précautions et qu'on mélangeait à l'aide de simples draps, en la faisant sauter comme sur un trampoline.

    Arrivée en Bretagne à l'été 1940, l'armée nazie décida de ne pas utiliser Pont-de-Buis et mit les bâtiments sous séquestre. L'usine ne reprit sa production qu'à la Libération. Les commandes américaines lui permirent de vivre une période faste, qui s'arrêta pourtant assez rapidement. Avant que la poudrerie ne soit intégrée à la Société nationale des poudres et explosifs, en 1973, sa fermeture fut maintes fois évoquée.

    Aujourd'hui, elle n'est plus ce poumon qui faisait vivre toute une région, où chaque famille comptait un ouvrier ou un chef poudrier faisant l'admiration des siens. Progressivement lâchée par l'Etat, qui ne possède plus qu'une partie résiduelle du capital de la maison mère, NobelSport, la poudrerie de Pont-de-Buis ne fait plus rêver. Dans ce pays qui semble se mourir, où les commerces ferment les uns après les autres, serait-elle redevenue une entreprise comme les autres ?

    Le directeur du site, Gérard Delpla, un Toulousain qui a su préserver son accent chantant après vingt ans passés ici, refuse de le croire. Il aime "son usine" avec passion et vante l'esprit de famille qui y règne toujours. En 1987, dans la nuit du jeudi 17 au vendredi 18 octobre, une tempête d'une force inouïe arrache des dizaines d'arbres qui se couchent en travers des routes du site et empêchent l'accès à certains bâtiments. " Quand je suis arrivé, le vendredi matin, raconte avec émotion Gérard Delpla, tous les gars étaient là avec leurs tronçonneuses. Ils ont travaillé tout le week-end, et le lundi on a redémarré. Ça, ça vous prend là ", ajoute-t-il, la main sur le ventre.

    Cet attachement à l'" outil " vient de loin. Il découle de l'histoire d'un site où le risque omniprésent et les catastrophes intermittentes ont forgé une communauté de destin qui a transcendé dans les moments difficiles l'opposition entre patron et ouvriers. La première explosion eut lieu en 1695 et fut suivie d'une quinzaine d'autres. Francette, 83 ans, est restée marquée par l'image d'un de ses voisins, gravement brûlé, qu'on avait "ramené chez lui dans une charrette, le visage défiguré et les mains tordues". La dernière catastrophe, encore dans toutes les mémoires mais que personne n'aime évoquer, eut lieu le 7 août 1975. Le quotidien Ouest-France évoqua une poudrerie "volatilisée" par une série d'explosions au cours de laquelle trois personnes avaient trouvé la mort.

    Les wagonnets qu'on poussait avec peine ont laissé la place à des ordinateurs qui ont automatisé le processus de production, et les salariés n'ont que peu de contact physique avec les explosifs. Mais la poudrerie de Pont-de-Buis, équipée avec les technologies les plus récentes, se tient toujours droite, dominant le village. Elle a su se diversifier en fabriquant, parallèlement à la poudre de chasse, des produits pour le maintien de l'ordre, telles les grenades lacrymogènes. Un exemple de reconversion industrielle payé au prix fort, mais qui permet à l'usine de voir loin.

    Gilles Roccia, le PDG de NobelSport, déteste la nostalgie. Aujourd'hui, les jeunes récemment embauchés habitent peut-être Brest, Quimper ou Châteaulin. Ils ne parlent plus breton et ne portent plus de sabots de bois pour éviter de provoquer la poudre en la piétinant. Mais, tout autant que leurs aînés, ils ont le sentiment d'écrire de nouvelles pages de l'histoire de Pont-de-Buis".

  • "La ferme des poudres et salpêtres création et approvisionnement en poudre en France (1664 - 1765)" par Frédéric Naulet

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    II - La fabrication de la poudre :

    1 - Les étapes de la fabrication :

    La poudre est composée de 3 éléments : le souffre, le charbon, le salpêtre.

    "La composition de la poudre dépendait de son utilisation future. La poudre ordinaire, utilisée dans l'armée, était composée de 75% de salpêtre, de 12,5% de souffre et de 12,5% de charbon [40]. Si le grain était plus fin, elle était appelée poudre fine ou poudre à giboyer, et destinée aux particuliers. Le chevalier d'Antoni donne une autre composition, moins chargée en salpêtre (71,16%) [41] mais dont ne fait pas mention Surirey de Saint-Rémy car celle-ci avait probablement été abandonnée avant la fin du XVIIe siècle. Dans le bail du 24 juin 1684 [42], il était stipulé que la poudre livrée par le fermier devait être composée de 75% de salpêtre. Cette composition resta en vigueur tout au long de notre période mais le sujet ne fut jamais clos. En 1756, Perrinet d'Orval fit des expériences au moulin d'Essonne dont Gribeauval fut chargé de dresser les procès verbaux [43]. Deux compositions retinrent son attention, toutes deux beaucoup plus riches en salpêtre (80%). La première, comprenant 15% de charbon et 5% de souffre, s'avéra meilleure que la poudre ordinaire pour les tirs à faible charge. La seconde était particulièrement curieuse puisque le souffre en était totalement absent. Elle fut jugée satisfaisante, mais uniquement pour les fortes charges. Malgré ces recherches, la fabrication ordinaire ne semble pas avoir été modifiée.

    Le mélange était mis dans un mortier, le plus souvent en bois ou parfois en cuivre, d'une capacité variant selon les époques mais en moyenne de 16 livres au XVIIe siècle puis de 20 livres au XVIIIe siècle. La poudre était battue pendant 24 heures à raison de 3.500 coups de pilon par heure. Plus cette opération était longue, plus la poudre était de bonne qualité. Pour éviter l'échauffement, et donc les risques d'explosion, un peu d'eau était rajoutée toutes les quatre heures. Après avoir été retirée des mortiers, elle était grainée puis tamisée. La partie restante, appelée poussier ou pulvérin, était remise dans les mortiers pour une douzaine d'heures. L'humidité étant la pire ennemie de la poudre, celle-ci était séchée au soleil en été ou dans un four en hiver. Après le séchage, elle était de nouveau tamisée puis mise dans des barils de 100 ou 200 livres [44]. Le chevalier d'Antoni recommandait de bien la laisser refroidir avant de la conditionner car, sous l'action de la chaleur, le souffre pouvait se liquéfier, scellant les grains entre eux, et transformant la poudre en une pâte peu utilisable [45]. D'une qualité supérieure, la poudre fine était passée dans un lissoir afin de donner un aspect bien rond aux grains. Cette machine était tout simplement composée de tonneaux attachés entre eux et tournant à l'aide du moulin".

(c) Inventaire général (c) Inventaire général ; (c) Association Pour l'Inventaire de Bretagne - Douard Christel - Lécuillier Guillaume