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Présentation de la commune de Châteaulin

Dossier IA29131801 réalisé en 2013

Présentation de l'enquête d'Inventaire :

L'opération d'Inventaire du patrimoine de la commune de Châteaulin s'est effectuée dans le cadre d'une convention dont les partenaires sont la Région Bretagne et le Parc Naturel Régional d'Armorique. Elle s'est déroulée, pour ce qui est du travail de terrain, entre mai et octobre 2013. Le travail en archives municipales et départementales ainsi que celui d'analyse des données et de structuration de la présente base de données ont été réalisés entre mai 2013 et mars 2014. Les éléments issus de l'enquête de 1967 ont été intégrés au présent dossier électronique (enquête qui n'abordait que partiellement la commune). L'étude thématique réalisée par le Service de l'Inventaire sur le canal de Nantes à Brest est aussi lié à ce dossier. Le recensement du patrimoine, première étape du travail de l'Inventaire, avant l'analyse historique et architecturale, a permis de comptabiliser 696 éléments bâtis. Le recensement du bâti antérieur aux années 1950 a été exhaustif -lorsque les lieux étaient accessibles ou visibles. Pour le bâti postérieur à ces années et antérieur aux années 1980, le recensement a été traité soit par lot soit par typologie. Ces données sont accessibles sur le site internet de Géo-Bretagne.

(http://kartenn.region-bretagne.fr/mviewer/?x=-456463&y=6140855&z=13&l=Sites%2520r%25C3%25A9gion%252CRecensement%2520local&lb=osm1).

L'analyse de ces données peut être faite de la manière suivante : Le patrimoine du 16e siècle représente 0.14% des éléments recensés. Le patrimoine du 17e siècle représente 1.30% des éléments recensés. Le patrimoine du 18e siècle représente 2.75% des éléments recensés. Le patrimoine du 19e siècle représente 30% des éléments recensés. Si on intègre les éléments datables en limite 19e-20e siècle ce chiffre atteint 45%. Le patrimoine du 20e siècle représente 49.70% des éléments recensés. Plus de 90 % des éléments recensés relèvent du domaine privé. Il a été estimé que environ 21 % du patrimoine recensé a été rénové ou modifié plus ou moins fortement lors de mise au goût du jour. Ces modifications concernent essentiellement les charpentes, les pentes de toit, les ouvertures ou les enduits. En conséquence, 5.60% des éléments recensés ont été considérés comme ayant un faible intérêt patrimonial. Le bâti recensé a été jugé en bon état à 95.85%. Ce chiffre n'est pas une surprise dans la mesure où il s'agit de logement et que le constat de bon état ne prend pas en compte les intérieurs du bâti. Lors du recensement, les ruines, nombreuses sur la commune, n'ont pas été prise en compte. Leurs photos illustrent le dossier traitant de l'architecture rurale. Enfin, si beaucoup d'éléments présentent un environnement jugé de faible qualité c'est en raison d'une implantation proche des axes de circulation dont la fonction routière prime sur tout le reste. Pour ce qui est des thématiques, le patrimoine religieux représente 1,30 % des éléments recensés et le patrimoine scolaire, le patrimoine ferroviaire et celui de l'architecture du génie civil représentent chacun 1,70 %.

Synthèse historique de la commune de Châteaulin:

Châteaulin doit sa fondation a sa situation géographique exceptionnelle. D'abord site d'occupation romaine sur l'éperon rocheux, sa position géo-stratégique est confirmée aux fils des siècles. Le château, érigé au 10e siècle sur le même éperon haut de 50 mètres, permet une protection de la vallée de l'Aulne et de l'arrière pays suite à la destruction de l'abbaye de Landévennec par les vikings. Si le pouvoir politique est transféré à Quimper au 11e siècle, la fonction défensive du château de Châteaulin est maintenue jusqu'à ce qu'il soit incendié par les Anglais en 1373. Au château était associé un Parc-au-Duc, soit une enceinte délimitée par un muret de schiste qui traversait les territoires de Lothey, Saint-Coulitz, Gouézec, Briec, Cast et Châteaulin (Vieux-bourg, Prat-Aval, Quimill, Pen-ar-feunteun, Toul-ar-rado, Runs ar puns, Pen ar ros, Stanguivin, Kerluan, Pennarpont). Ce parc, construit sous Jean Le Roux au 13e siècle, était le plus grand de Bretagne. Il avait pour fonction de regrouper les landes, forêts et terres dont Jean Le Roux était propriétaire foncier mais était probablement aussi une réserve animalière. Une fonction de haras aurait pu être attribuée au parc. La fonction et les dimensions de cette enceinte intriguant, le nom de mur du diable lui a été donné. Des vestiges sont visibles à Pen-ar-feunteun ou encore à Run ar puns.

L'histoire de Châteaulin est en partie liée à celle de Landevennec. Vers 500, Saint Guenolé rencontre un ermite nommé Idunet installé sur les bords de la rivière Hamn près de la montagne Nim. Les terres confiées à Saint Idunet sont gérées jusqu'à la fin du 18e siècle par l'abbaye de Landevennec qui, bien qu'ayant cessé sa fonction curiale au 15e siècle, conserve jusqu'à la Révolution ses biens comme la pêcherie. Un prieuré, dont il ne reste aujourd'hui qu'une sculpture en haut-relief représentant un lion, était construit près de l'emplacement du presbytère actuel. Si la fonction de place-forte n'est plus, celle de ville est reconnue au 15e siècle selon Jean-Pierre Leguay.

Ainsi, la ville est bien intégrée à un réseau urbain constitué de Saint-Renan, Landerneau, Brest, Saint-Pol, Morlaix, Carhaix, Pont-Labbé, Concarneau et Quimperlé. Au 18e siècle, Châteaulin bénéficie d'une bonne économie qui lui permet d'augmenter le nombre de sa population quand Landerneau stagne. Plusieurs fonctions administratives sont exercées à Châteaulin : tribunal, prison, sénéchaussée. Axe économique central, Châteaulin bénéficie du financement des Etats de Bretagne pour réaliser la traversée afin d'obtenir une meilleure desserte. Après la Révolution française, Châteaulin devient chef-lieu de district en 1790, devenant momentanément Ville-sur-Aône, conservant ainsi un rôle administratif qu'elle possède depuis longtemps. La décision de canaliser l'Aulne apporte un espoir de développement économique et attire main d'oeuvre et population. La conséquence la plus visible en est les modifications structurelles et urbaines : création des quais, constructions neuves et élévations de façades reprenant des typologies communes. A cela s'ajoute la modification de la route royale et les obligations d'alignements qui font que l'urbanisme de la première moitié du 19e siècle est assez homogène à Châteaulin.

Le Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne revu et augmenté en 1843 indique qu' "on a tellement construit à Châteaulin depuis quelques années, que cette ville offre un aspect des plus élégants. Sa position sur le canal de Nantes à Brest, au fond d'une vallée formée d'immense collines, est pittoresque et animée. Cette ville manque encore de beaucoup d'établissements indispensables, entre autre d'un hospice et de halles convenables, enfin d'une mairie". Le Canal n'a pas l'effet escompté sur les finances de la commune mais c'est le train qui modifiera les choses. Son arrivée en 1864 permet de raccourcir les temps déplacements entre des villes qui participent au même réseau d'échange depuis plusieurs siècles : Quimper, Landerneau, Brest. Châteaulin est raccordée à l'est du département au tout début du 20e siècle. La voie express entre Quimper et Brest est le dernier mode de transport a avoir affecté le paysage, les échanges commerciaux et les déplacements de population.

Les différentes économies de Châteaulin :

La terre de Châteaulin est de qualité et apporte richesse aux paysans. L'Aulne poissonneuse permet l'implantation d'une pêcherie mentionnée dès le 12e siècle dont la disparition n'eut lieu qu'au moment de la canalisation de l'Aulne au début du 19e siècle. Les nombreux cours d'eau permettent l'implantation de moulins. En 1692, le roi accorde à Dom Mathurin Hervé, religieux, prieur de Châteaulin, la permission de faire relever ses moulins et fours banaux tombés en ruines et de forcer ses vassaux à s'en servir.Au 18e siècle, l'économie de la ville de Châteaulin était florissante. Claude Nières y fait référence en précisant que si l'économie bretonne de cette période est critiquée par ses contemporains en raison de la piètre qualité de son industrie et de son agriculture archaïque, seules quelques villes, dont Châteaulin, échappent aux critiques à l'instar de Landerneau, Saint-Malo, Morlaix, Lannion, Dinan et Lorient. Ville située sur un axe de circulation très fréquenté entre le Léon et la Cornouaille et entre l'est et l'ouest de la péninsule, il existait un bureau des douanes, "bureau port et havre", ce qui permet de connaître quelques chiffres de la production agricole ainsi que les différents produits expédiés depuis Châteaulin. La transformation de la laine et du chanvre permettait aussi à Châteaulin d'expédier des toiles de chanvres. Concernant l'élevage, Claude Nières rapporte les chiffres suivants pour le milieu du 18e :

1228 chevaux ; 2500 bœufs ; 5598 vaches ; 2506 moutons et brebis ; 983 cochons. Ainsi, produits agricoles, viande de bœuf, de cochon, animaux vivants, bidets mais aussi beurre salé étaient expédiés. Mais ce sont surtout les ardoises et les produits miniers, fer, cuivre, plomb qui étaient source d'échanges commerciaux. L'histoire de l'exploitation du schiste à Châteaulin est ancienne. Elle débute au 15e siècle et se maintient jusqu'aux années 1930. Cartographes et botanistes décrivent aux 17e et 18e Châteaulin en mettant en évidence l'omniprésence du schiste dans le paysage et l'architecture. La présence d'un filon courant le long de l'Aulne qui permet le transport par voie fluviale et, de façon concomitante, la demande exponentielle des villes et de l'étranger en ardoises et la proximité avec Brest font que Châteaulin devient un centre de commercialisation de l'ardoise extrêmement actif au 19e siècle. Cependant, au cours du 3e quart du 19e siècle, la surproduction d'une ardoise de piètre qualité, alliée à un manque de professionnalisme et à une non modernisation des outils de travail, entraîne une crise divisant par six le montant issu des ventes d'ardoises entre 1877 et 1889. En 1935, l'ardoise finistérienne représente 13 % de la production bretonne (8,8 % de la production française) alors que l'ardoise costarmoricaine en représente 53 %. En fait, à cette période c'est toute la production bretonne qui est en crise. Au début du 20e siècle, c'est une autre activité économique qui prend le dessus : la pomme de terre.C'est à Châteaulin que s'implante un des tout premiers centre français de sélection de plants de pommes de terre : le syndicat des producteurs de semences de pomme de terre sélectionnées sur pied et officiellement contrôlées de la région de Châteaulin (statuts déposés en 1926). Cette implantation est liée à la présence déjà ancienne de la production de la pomme de terre en Bretagne et dans le bassin de Châteaulin dont la production s'exporte via Port-Launay. Au cours du 19e et au début du 20e, des recherches scientifiques sont effectuées dans toute l'Europe afin de limiter les maladies qui se développent sur les plants. C'est dans ce contexte, et en raison de la qualité de la production que M. Duboys, professeur de pathologie végétale de l'Ecole nationale d'agriculture de Rennes, crée les premiers centres de sélection dont 23 en Finistère en 1922. Albert Le Bail indique dans Le Finistère agricole que "la pomme de terre et peut-être la culture essentielle du Finistère. Elle remplit un rôle mixte, utilisée aussi bien pour les hommes que pour les animaux de la ferme. Elle est également l'objet d'une grande exportation vers le reste de la France et vers l'étranger."

Rapidement, le nombre d'exploitants de pommes de terre sur le bassin de Châteaulin et aux environs augmente : 84 en 1926, 240 en 1929 et 1 000 en 1933 pour une production de 20 000 tonnes de plants commercialisés sur le territoire du syndicat de Châteaulin. La gare de Châteaulin devient le premier centre d’expédition de France et l'implantation du germoir de la société Solanum-Tourneur (1946) aux abords immédiat de la gare symbolise le dynamisme de cette économie au milieu du 20e siècle. Dans les années 1970 jusqu'aux années 1990, la baisse de la production est régulière : la concurrence européenne et la fermeture de marchés internationaux font que les agriculteurs privilégient d'autres types de productions et d'élevage. Cette économie de la pomme de terre a marqué Châteaulin par la présence d'éléments architecturaux encore visibles : lotissement créé par le syndicat (Cité Parmentier) et germoirs.

L'électricité à Châteaulin :

Châteaulin est la 1ère ville électrifiée de l’Ouest et la 3ème de France après Bourganeuf dans la Creuse et Mende en Lozère. L’usine hydroélectrique fut construite sur la rive gauche du canal de Nantes à Brest, à Coatigrac’h, sur la commune de Saint-Coulitz par la « Société Châteaulinoise d’Eclairage Electrique » dont Messieurs Armand Chauvel, Armand Gassis et Gustave Benoist étaient administrateurs. Construite par l'ingénieur Ernest Lamy en 1886, l’usine alimentant 300 lampes, 35 lanternes publiques via un réseau d’une dizaine de kilomètres, utilise la force motrice de la chute d'eau de l'écluse de Coatigarc'h. Le 20 mars 1887, l’usine électrique est inaugurée : 10 000 personnes y auraient assisté.

Fermée en 1946, l'usine hydroélectrique devrait devenir un centre d'interprétation des énergies douces après des travaux de réhabilitation.

Les chiffres de la population de Châteaulin (sources Archives Départementales Finistère et C. Nières, Villes de Bretagne au 18e siècle, PUR) :1667 (2000), 1696 (1400), 1770 (1700), 1774 (1475), 1789 (2314) 1801 (3172), 1811 (3102), 1836 (2968) ; 1841 (2548) ; 1851 (2849) ; 1861 (2892) ; 1872 (3339) ; 1881 (3462) ; 1891 (3677) ; 1901 (3874) ; 1911 (4271) ; 1921 (4005) ; 1931 (3615) ; 1946 (3954) ; 1962 (5169) ; 1968 (5498) ; 1975 (4711) ; 1982 (5357) ; 1990 (4965) ; 2006 (5337) ; 2010 (5213).

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Adresse Commune : Châteaulin

Références documentaires

Documents d'archives
  • Archives départementales du Finistère : 6M200
Documents figurés
  • Atlas des ports de France. Port-Launay et Châteaulin. Pl. 58 / [non-identifié]. – Paris : Imp. Dufrenoy, 1879.

    Archives départementales du Finistère : 7 Fi 126
  • Cote 49 J 1022-16 à 19 : Fonds Silguy : Projet d'aggrandissement [sic] de la prison de Châteaulin : plans des 1er et 2ème étages. (1822)

    Fonds Silguy Archives départementales du Finistère : 49 J 1022-16/19
Bibliographie
  • GUILLOU, Anne (dir.). Enfin, la nuit devint lumière : L'arrivée de l'électricité dans le Finistère. Editeur Nature & Bretagne, 1996.

    p.62
  • GESTIN, Yves. Histoire de Châteaulin et légendes castellinoises. Rassorts Lorisse, Paris, 2006.

  • GOURMELEN, Lena. Ardoise en Bretagne. Ed. Coop Breizh, Spézet, La maison du Patrimoine, Locarn, 2008.

  • Leguay, Jean-Pierre, Martin, Hervé. Fastes et malheurs de la Bretagne ducale 1213-1532. Ed. Ouest-France, 1982.

    p.26, 40, 42, 43, 56, 178, 216
  • Cornette, Joël. Histoire de la Bretagne et des Bretons, des lumières au XXIe siècle. Ed. Seuil, coll. Points Histoire, 2005.

  • NIERES, Claude. Les villes de Bretagne au XVIIIe siècle. Rennes : P. U. R., éd., 2004.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Adolphe Joanne. Itinéraire général de la France, Bretagne. Coll. Guides Joanne. 1867, Paris.

    p. 280
  • Georges Duby, Histoire de la France urbaine. Ed. Seuil, Paris, 1980-1985.

  • Marcel Roncayolo. La ville et ses territoires. Ed. Folio essais, 1990.

  • SIOC'HAN-MONNIER, Françoise. La construction et l'évolution des ports en Bretagne aux 19e et 20e siècles. Thèse de Doctorat, UHB, Rennes II, 1998.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Edouard HOSPITALIER. La physique moderne : l'électricité dans la maison. Ed. G. Masson, Paris, 1885.

    Bibliothèque nationale de France
Périodiques
  • Bourillon Florence. Changer la ville : la question urbaine au milieu du 19e siècle. In: Vingtième Siècle. Revue d'histoire. N°64, octobre-décembre 1999.

    pp. 11-23
  • Pierre, GIFFARD. "La lumière électrique au fond de la Bretagne" in Le Figaro, 26/03/1887.

    p. 2 Bibliothèque nationale de France
  • Acte du 29/07/1886 : création de la société anonyme dit Société Châteaulinoise d’Eclairage Electrique.

    Bibliothèque nationale de France

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