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Présentation de la commune de Saint-Cast-le-Guildo

Dossier IA22000792 réalisé en 2002

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Située sur la Côte d´Emeraude dans le département des Côtes d´Armor, Saint-Cast-le-Guildo figure parmi les grandes stations balnéaires nées dans le sillage de la mode des bains de mer à la fin du 19e siècle. Offrant de remarquables points de vue en direction du Cap Fréhel et de Saint-Malo, pointes, grèves et plages de sable fin contribuèrent dès cette époque à la renommée d´une station qui depuis s´exerce sans relâche au jeu de la séduction [fig. 1 à 5]. Marqué du sceau de l´urbanisme et de l´architecture balnéaire, le littoral conserve précieusement le souvenir d´une élite de villégiature issue des grands centres urbains de l´époque [fig. 6, 7]. Une lecture attentive du paysage architectural de la commune appelle néanmoins à nuancer l´importance du phénomène balnéaire dans la genèse de ce même paysage. Longtemps rythmé par les usages d´une population majoritairement paysanne, le territoire se caractérise en effet par une forte emprise de la ruralité dont le patrimoine bâti actuel constitue le témoignage le plus significatif [fig. 8 à 11].

Esquisse géographique

Saint-Cast en 1856, pop. 1511 habitants.

Saint-Cast en 1886, pop. 1592 habitants. Notre-Dame-du-Guildo en 1886, pop. 993 habitants.

Saint-Cast en 1946, pop. 2330 habitants. Notre-Dame-du-Guildo en 1946, pop. 879 habitants.

Saint-Cast-le-Guildo en 1999, pop. 3187 habitants.

C´est le 21 décembre 1971 que les communes de Saint-Cast et de Notre-Dame-du-Guildo fusionnèrent pour donner naissance à une commune de 2263 hectares, limitée au nord et à l´est par la Manche, à l´ouest par la baie de la Fresnaye, au sud-ouest par la commune de Matignon. Vingt-quatre kilomètres de côtes offrant une succession de sites naturels remarquables s´étendirent désormais de Port Saint-Jean, au nord, à l´embouchure de l´Arguenon, au sud [fig. 12, 13].

Légèrement affecté par le plissement hercynien, le territoire communal présente un caractère peu accidenté, si ce n´est à proximité immédiate du littoral où l´altitude décroît sensiblement au voisinage des plages et des pointes. La surface du sous-sol formée au cours du Briovérien, il y a 600 millions d´années, est principalement composée de roches magmatiques dans la région du Guildo et de roches sédimentaires dans la partie septentrionale de la commune. En dehors de ces familles de roches, l´histoire géologique de la commune a légué une curiosité fortement ancrée dans la mémoire collective, connue sous le nom de pierres sonnantes [fig. 14]. Gisant sur l´estran à l´embouchure de l´Arguenon, ces pierres se présentent sous la forme de gros blocs d´amphibolite (silicate double de calcium et de magnésium), roche dense et vibrante dont la particularité est d´émettre un son argentin quand elle frappée par un galet de même nature.

Les ressources locales en matériaux de construction restent donc assez limitées par la présence de schiste micacé et de gneiss au nord, et de granite au sud-est. Ces gisements de schiste micacé ont fait très tôt l´objet d´extraction pour fournir les matériaux nécessaires à la construction d´édicules et d´édifices dans la commune et le pays circonvoisin [fig. 15, 16]. Communément appelé pierre de Saint-Cast, ce schiste ardoisier de couleur grise était exploité dans des carrières principalement situées à proximité du bourg. Leur production fournissaient de larges et belles pierres plates employées, outre pour la construction, pour les dallages, les croix et les pierres tombales proposés selon Gaultier du Mottay à un prix très avantageux sur le marché [fig. 17, 18]. Soutenue par une croissance démographique à la fin du 19e siècle, confortée par l´action des promoteurs immobiliers dans la 1ère moitié du 20e siècle, l'industrie extractive castine connut un regain d´activité dont témoignent indirectement les matrices cadastrales des propriétés bâties tenues à jour de 1882 à 1911 en mettant en exergue un intense mouvement de construction qui affecta alors l'ensemble du territoire communal.

Du point de vue économique, l´agriculture fut jusqu´à une période récente la principale activité et la principale ressource de la population. Les plans par masse de culture datés de l´An XII (1803-1804), les relevés cadastraux de 1826, ainsi que les informations fournies par Ogée et Jollivet permettent une reconstitution fidèle du paysage agricole et donnent, par la même occasion, de précieuses indications sur la qualité et la répartition des terres. En guise de présentation, Ogée nous dit de Saint-Cast qu´elle « offre à la vue de très beaux coteaux, sur lesquels sont situés les moulins à vent du Chesne et d´Anne, d´où l´on découvre de fort loin des terres assez bien cultivées, mais dont une partie est couverte par les sables de la mer ». A titre d´exemple également, Jollivet indique pour la seule commune de Saint-Cast en 1854, la présence de 1121 hectares de terres labourables, de 40 hectares de terres sous prés et pâturages, de 7 hectares sous bois, de 16 hectares sous vergers et jardins et de 161 hectares sous landes et terres incultes pour une superficie totale de 1422 hectares. Le paysage, qui présentait alors un caractère humanisé, était constitué d´un bocage relativement dense, de landes réparties majoritairement sur le littoral et de terres labourables parsemées ici et là de futaies localisées dans la majeure partie des cas au voisinage d'un manoir ou d'un château. Fortement marqué par les usages d´une agriculture vivrière produisant alors beaucoup de froment, ce paysage subit de profondes mutations dans la 2e moitié du 20e siècle. Provoqués par l´avènement d´une agriculture intensive dans les années 1960, soutenus par le développement du tourisme dans les années 1970, les bouleversements économiques entraînèrent, tant sur la frange littorale (La Ville Norme, Le Biot, la Chapelle, la Baillie) qu´à l´intérieur des terres (Saint-Eniguet, l´Aubenière, la Corbinais), une mutation fonctionnelle de l´habitat traditionnel reconverti pour la circonstance et dans la plupart des cas en dépendance agricole et résidence secondaire [fig. 19].

Histoire

Les vestiges de la période préhistorique mis au jour depuis la fin du 19e siècle ont permis de mettre en évidence l´ancienneté du peuplement humain sur cette partie du littoral. Haches en pierre polie, menhir de Bois-ès-Lucas, chambres sépulcrales des Hautes-Roches et de l´Isle datant du néolithique ; dépôts de haches à douilles, probablement destinées à des usages commerciaux, tumulus du Champ-Pucelot de l´âge du bronze ; vestiges de l´âge du fer à l´instar de l´éperon barré de la pointe de la Garde et du souterrain de Lesrot constituent autant de signes révélateurs de la sédentarisation de populations au cours de périodes marquées par des innovations techniques déterminantes et par le développement de l´agriculture et de l´élevage.

Placé à un passage guéable à marée basse sur le tracé d´une voie romaine reliant Alet (Saint-Servant) à Corseul, le site du Guildo a été occupé dès l´époque romaine. Tessons de céramique sigillé, tessons de poterie commune, débris de briques et de tuiles à rebord répartis de façon relativement homogène sur la frange littorale (la Chapelle, la Mardreux, le Val d´Arguenon) ont été mis au jour en grandes quantités. La villa des Quatre-Vaux, classée Monument Historique le 25 mai 1938, demeurait ainsi jusqu´à sa disparition dans les années 1980, le témoignage le plus significatif de l´épanouissement de la civilisation gallo-romaine et du développement des grands domaines ruraux dans la région.

Comme dans toute la Bretagne, le haut moyen âge n´a laissé que peu de vestiges matériels dans la commune. Quelques croix palis à branches courtes ou pattées du moyen âge [fig. 16] semblent attester de l´ancienneté de la christianisation du territoire. Selon Bernard Tanguy, bien que les origines du bourg de Saint-Cast paraissent obscures et étroitement liées à la présence d´un château, le nom même de la commune suggère des origines liées à une fondation religieuse, voire érémitique. La tradition veut, en effet, que saint Rieul, compagnon de saint Cast au monastère de Landoac, gouverné par saint Jacut, soit venu le premier s´établir sur le territoire au 6e siècle. Empruntant à partir de la pointe de la Garde le vallon qui porte aujourd´hui son nom (le Val Saint-Rieul), il aurait bâti son ermitage sur la butte puis aurait partagé son apostolat avec saint Cast venu le rejoindre peu de temps après.

C´est à une époque plus tardive que le nom de Saint-Cast apparaît pour la première fois dans les documents. Dès 1163, une bulle du pape Alexandre III mentionne « l´île de Saint-Cast et ses dépendances » parmi les possessions de l´abbaye de Saint-Jacut. Démembrement de la paroisse bretonne primitive de Pléboulle, la paroisse de Saint-Cast existait dès 1225, date à laquelle elle est citée dans le cartulaire du prieuré de Saint-Martin de Lamballe. Après avoir élu sa première municipalité au début de l´année 1790, le nouveau territoire communal fut augmenté du hameau du Breil en 1825, puis amputé de huit hameaux (la Lande-Moisan, la Ville-d´Est, Beaulieu, le Clos-Châtel, Sainte-Brigitte, la Brousse, le Gallais, le Bois-ès-Lucas) pour constituer la commune de Notre-Dame-du-Guildo en 1856.

La première mention écrite du Guildo remonte quant à elle au milieu du 13e siècle. Apparaissant sous la dénomination « Portus de Guelidou » en 1249, cité dans le testament de Rolland de Dinan en 1304, qualifié de « port d´aumône » en 1497, le site affiche d´emblée une vocation portuaire. Dès le 13e siècle, le village du Guildo abritait d´ailleurs un hospice pour les pauvres et les pélerins. Constitué en paroisse par ordonnance épiscopale en 1849, le quartier s´était doté d´une église construite dès 1848 à l´initiative de plusieurs personnalités dont la plus marquante fut sans aucun doute Hippolyte de la Morvonnais (1802-1854), homme de lettres et propriétaire du château du Val. Devenue paroisse, Notre-Dame-du-Guildo fut érigée en commune en 1856 pour le quart au détriment de Saint-Cast et pour le reste au détriment de Saint-Potan. Formé autour de la nouvelle église, près du village de Bellevue, le bourg se développa par la suite, rejoignant progressivement le port du Guildo en suivant l´axe principal de communication le long de l´actuelle avenue des Tilleuls.

En marge de cette histoire administrative ayant conduit à la constitution de deux chefs-lieux d´agglomération jusqu´à la fusion de 1971, la commune a été le théâtre d´une célèbre bataille gagnée contre les anglais le 11 septembre 1758 dans le cadre de la guerre de Sept Ans (1756-1763). La victoire des troupes françaises conduites sous l´autorité du duc d´Aiguillon a donné lieu en 1858 à la construction d´une colonne commémorative dressée à proximité du bourg en direction de la Grande Plage [fig. 20].

« Autre temps, autres moeurs », la fin du 19e siècle et la 1ère moitié du 20e siècle ont vu la naissance et le développement de la station. Si l´arrivée du train a permis de rendre le site plus accessible à partir de 1906 [fig. 21 à 23], l´histoire balnéaire de Saint-Cast s´enracine plus précisément dans une opération immobilière initiée par l´artiste peintre Alfred Marinier. Découvrant la beauté du site dans les années 1880, celui-ci décida de se porter acquéreur de la plus grande partie des terres avoisinant la pointe de la Garde et créa un vaste lotissement paysager qui fut à l´origine d´un nouveau site de villégiature sur la Côte d´Emeraude.

Aires d'études Communes littorales des Côtes-d'Armor
Adresse Commune : Saint-Cast-le-Guildo

Quatre sites classés et deux sites inscrits sont à signaler dans la commune. Les quatre sites classés sont les suivants : la pointe du Bay et les terrains avoisinants classés le 1er septembre 1938 ; le rivage jusqu´à la route touristique et le vallon des Quatre-Vaux en partie classé le 1er septembre 1938, en partie inscrit le même jour ; la colonne commémorative de la bataille de Saint-Cast, érigée en 1858 à l´occasion du centenaire de la bataille de Saint-Cast, classée le 4 décembre 1942 ; la pointe de l´Isle, dont la partie appartenant à la commune, classée le 17 juin 1945 et le reste, y compris les façades, élévations et toitures des immeubles bâtis, inscrit le même jour. Quant aux sites inscrits, il s'agit de la pointe de la Garde, inscrite le 13 juin 1939, et de la pointe du Châtelet, inscrite le 16 septembre 1942.

Sites de proctection site classé, site inscrit

Annexes

  • Le patrimoine architectural et mobilier :

    Résultant d´une évolution principalement rythmée par le développement pluriséculaire d´une civilisation paysanne, par l´essor du tourisme balnéaire au début du 20e siècle et la fusion de deux communes en 1971, le territoire communal présente une forte densité patrimoniale. L´importance du corpus des oeuvres repérées, la prédominance de l´architecture domestique et agricole au sein de celui-ci, appellent un certain nombre d´observations. Si l´analyse des données révèle une grande inégalité dans la répartition chronologique des oeuvres, elle laisse apparaître en revanche une grande homogénéité de l´architecture. A l´exception des croix de chemin et de cimetière, l´architecture religieuse reste faiblement représentée, témoignant indirectement des nombreuses destructions intervenues au fil des siècles.

    La chronologie des oeuvres repérées s´étend du Moyen Age à la 1ère moitié du 20e siècle, incluant une assez forte proportion d´édifices datant de la 2e moitié du 19e siècle, voire du 4e quart 19e siècle. Au sein du corpus, manoirs, châteaux et croix contribuent en nombre relativement restreint à élargir l´éventail chronologique du champ patrimonial. L´architecture médiévale ne concerne que l´architecture religieuse conservée dans la majeure partie des cas à l´état de vestiges (chapelle Sainte-Brigitte) [fig. 24]. A l´instar de la période médiévale, le 16e siècle, généralement considéré comme une grande période de construction pour la Bretagne, reste très modestement représenté sur le territoire. Si l´architecture reste souvent illustrée par des édifices à l´état de vestiges, relevant majoritairement de l´architecture nobiliaire (le Châtelet, le Bois-Bras, la Brousse, Beaulieu et Galinée), il subsiste néanmoins quelques constructions assez homogènes. L´aile ouest du château du Val (3e quart 16e siècle) et la maison dite la Tournerie, datée de l´année 1599 [fig. 25], constituent en ce sens un témoignage architectural significatif de cette époque. Les 17e et 18e siècles, davantage illustrés, offrent une plus grande variété d´édifices et semblent constituer le point de départ d´un mouvement de construction qui, dans la commune, atteindra son apogée à la fin du 19e siècle. De précieux témoignages de l´architecture rurale ont notamment été repérés et présélectionnés pour une étude ultérieure [fig. 10, 26]. D´une certaine manière, le programme fonctionnel des maisons rurales qui fera florès au 19e siècle semble d´ores et déjà fixé à cette époque. On notera également le corps de logis du château du Val construit à partir des années 1780 par l´oncle de François-René de Châteaubriand, Pierre de Châteaubriand, ainsi que le manoir de Beaulieu dont la partie du 17e siècle reste dans un bon état de conservation [fig. 27]. Quant au 19e siècle et à la 1ère moitié du 20e siècle, ils offrent une grande densité de témoignages architecturaux. L´essor démographique amorcé dans les dernières décennies du 19e siècle explique cet important phénomène de construction soutenu également par l´essor du tourisme balnéaire des années 1880 aux années 1930-1940. Si ce phénomène a été plus ou moins uniforme sur le territoire communal, il reste surtout visible dans les bourgs de Saint-Cast et de Notre-Dame-du-Guildo, ce dernier étant auréolé de son nouveau statut de chef-lieu d´agglomération à partir de 1856. La présence d´hôtels et l´utilisation fréquente de la brique dans la mise en oeuvre des édifices au Guildo, à la Touche et au village de l´Isle, le tracé linéaire de certaines voies de communication, la présence d´espaces ouverts et dégagés à l´emplacement même des anciennes stations de chemin-de-fer (la Touche, l´Isle), révèlent la forte emprise du chemin de fer dans le paysage architectural de la commune. A l´exception du pont du Guildo construit en 1864, les ouvrages d´art, jusque-là inexistants, ont fait leur apparition permettant d´associer le nom de l'ingénieur Louis-Auguste Harel de la Noë à l´histoire architecturale de Saint-Cast-le-Guildo.

    L'architecture domestique et agricole :

    Le principal caractère d´unité de l´architecture réside dans l´utilisation et la mise en oeuvre des matériaux. L´exploitation du sous-sol a conduit à l´utilisation systématique du granite et du schiste associés dans la plus grande partie des cas pour le gros-oeuvre. Certaines maisons, dans une infime proportion, sont entièrement appareillées de schiste ou présentent une façade construite dans ce matériau.

    C´est davantage le caractère répétitif des partis adoptés (plan et élévation), les modestes dimensions des constructions, la récurrence des fonctions des édifices et l´absence ou la rareté des décors qui invitent à souligner l´homogénéité du patrimoine architectural. Celle-ci est d´autant plus frappante que la répartition géographique des oeuvres s´avère également assez homogène sur l´ensemble du territoire. Le système agricole longtemps fondé sur la polyculture et l´élevage, identifiable sur les plans cadastraux à la fréquence d´un parcellaire morcelé et lanièré [fig. 28], le maintien tardif d´une petite paysannerie numériquement importante, regroupée en écarts, expliquent en grande partie cette caractéristique. Le patrimoine bâti demeure ainsi le témoignage le plus significatif d´une ruralité ayant atteint son apogée dans la 2e moitié du 19e siècle et peut, en ce sens, contribuer à fixer les limites entre la frange "terre" et la frange "mer" des zones littorales.

    Une brève présentation de l´architecture domestique et agricole, mais aussi de l´architecture artisanale et industrielle associée à la première comme composante essentielle du monde rural (moulins et fournils), suffit à démontrer l´importance de cette ruralité.

    11 fermes et 150 maisons - ces dernières étant dotées dans la plupart des cas de bâtiments à fonction de stockage et d´élevage (comble à surcroît, porcherie) -, 7 manoirs et 4 châteaux ont été repérés. L´architecture seigneuriale contribue d´ailleurs à donner au corpus une certaine valeur patrimoniale. 3 colombiers à pieds et un colombier sur tour d´escalier ont été recensés [fig. 29]. La chronologie s'échelonne de la fin du 15e siècle (manoir du Bois-Bras) au 17e siècle (château du Val, ancien château de Galinée et manoir de Beaulieu).

    20 puits et 3 fontaines ont été repérés. Généralement appareillés en maçonnerie sur un plan carré, rectangulaire ou semi-circulaire, dotés d´une margelle de schiste surmontée d'une porte en bois, ces édicules présentent une architecture sommaire et ne comportent aucun décor [fig. 30].

    18 fournils ont également fait l'objet d'un recensement. Ouverts tantôt en gouttereau, tantôt en pignon, ils sont construits dans la majorité des cas sur un plan massé et surmontés d'un comble à surcroît. Au sein de ce corpus, le fournil situé au lieu-dit la Corbinais, caractérisé par la présence de deux fours à pains et d´un comble à haut surcroît, constitue un exemple unique sur la commune (unicum local) et est appelé, à ce titre, à faire l´objet d´une étude [fig. 31]. La construction de ces édicules date généralement de la 2e moitié du 19e siècle.

    3 moulins à vent ont été repérés. Ils correspondent au type de moulin le plus répandu sur la Côte d'Emeraude, employant pour les ailes le système des toiles tendues sur un châssis, doté d'une queue permettant d'orienter les ailes face aux vents, l´accès se faisant par deux portes opposées pour des raisons de sécurité [fig. 11]. Leur datation ne semble pas être antérieure au 18e siècle.

    Le patrimoine religieux :

    Les oeuvres relevant de l´architecture religieuse, dont la faiblesse numérique a été signalée précédemment, méritent enfin une attention particulière. Les chapelles, autrefois présentes en nombre relativement élevé (chapelles Saint-Jaguel, Sainte-Barbe, Sainte-Catherine, Saint-Eniguet, Saint-Michel et Saint-Jean-Baptiste) ont été laissées à l´abandon ou détruites. En dehors des deux églises paroissiales construites au milieu et à la fin du 19e siècle, la chapelle Sainte-Brigitte [fig. 24], bien que remaniée à partir de 1890, constitue l´unique témoignage de l´architecture religieuse antérieure à la Révolution. Cette relative pauvreté reste fort heureusement atténuée par la présence de près d´une vingtaine de croix dont la chronologie s´étend du moyen âge au début du 20e siècle. On notera tout particulièrement la présence de 6 croix palis de l´époque médiévale, généralement amputées et déplacées (le terme "palis" désigne une technique de mise en oeuvre particulière consistant à utiliser des plaques de schiste ardoisier épaisses et parfaitement plates, pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur). Si ces croix ne comportent généralement pas de décor, leur valeur patrimoniale ne fait cependant aucun doute, tant leur présence atteste de l´ancienneté de la christianisation sur cette partie du littoral costarmoricain [fig. 32]. Au chapitre des croix dotées d´une valeur patrimoniale significative, on notera la croix de la Cour datée de la fin du 16e siècle [fig. 33], ainsi que la présence d´une croix tableau à bâtière du 15e siècle portant un groupe de la Crucifixion pour décor [fig. 34] et d´une croix à haut fût datée probablement du 17e siècle [fig. 35] dans le cimetière de Saint-Cast. Bien que ce dernier ait été déplacé au début du 20e siècle, on signalera le respect de l´organisation classique des cimetières caractérisée par la présence d´une croix de cimetière au centre, ici une croix des ateliers Yves Hernot, puis des tombes des dignitaires ecclésiastiques à proximité immédiate de celle-ci, dont la tombe du recteur identifiable à l´inscription «Vénérable et discret Messire» portée sur la pierre tombale [fig. 36].

    La quasi-totalité du mobilier conservé à Saint-Cast-le-Guildo date de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Seule la chapelle Sainte-Brigitte a conservé un mobilier antérieur à la Révolution. A l'inverse, le mobilier de la chapelle Sainte-Blanche, chapelle reconstruite et agrandie dans les années 1920, conserve un mobilier hétéroclite (rouet et fuseau), lit clos servant de confessionnal [fig. 37], maître-autel du 18e siècle, orfèvrerie des 19e et 20e siècles. Dans l'église paroissiale du bourg de Saint-Cast, on trouve quelques statues en bois polychrome : une Vierge à l'Enfant du 18e siècle [fig. 38] et deux statues de facture identique, Saint-Clément et Saint-Cast, datant du début du 19e siècle. Un bénitier en granite est conservé à l'entrée de la nef. Sa provenance et sa datation ne sont pas précises. D'après un dessin de Ramé, conservé aux archives départementales d'Ille-et-Vilaine, il proviendrait de la commune de Pléboulle et non de l'ancienne église de Saint-Cast comme indiqué sur divers documents. Pour René Couffon sa datation probable serait du 13e siècle, tandis que sur la fiche de protection Monument Historique il est daté du 16e siècle. Le tableau "Les pèlerins d'Emmaüs", daté du 18e siècle, est une iconographie rare dans le département. Il est inscrit à l'inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis 1976 [fig. 39]. Concernant tout particulièrement l'orfèvrerie, un calice en argent daté de la seconde moitié du 18e siècle est à signaler [fig. 40]. L'abondance des calices de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle est révélatrice de l'essor et de l'activité de la paroisse de Saint-Cast sous les sacerdoces de l'Abbé Ménard et du Chanoine François Ribault. Le reste du mobilier est contemporain de l'église. L'homogénéité des verrières mérite une attention particulière. L'ensemble, à l'exception de deux verrières, a été exécuté par l'atelier Vermonet de Reims en 1905. Diverses iconographies sont présentes : la vie du Christ, Annonciation, Assomption, saint Lunaire, saint Cast, le Sacré-Coeur et la bataille de Saint-Cast [fig. 41]. Deux autres verrières, représentant des scènes de la vie de Joseph, ont été exécutées par l'atelier Rault de Rennes. Le mobilier de l'église du Guildo est exclusivement daté de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Beaucoup de vêtements liturgiques y sont conservés.

    L'architecture balnéaire :

    Le recensement de l'architecture de villégiature a été effectué en 1998, dans le cadre d'une étude thématique portant sur la Côte d'Emeraude, qui a donné lieu à une publication. Ce premier recensement thématique présente les maisons de villégiature identifiées dans la station balnéaire de Saint-Cast et dans sa proximité, mais également les édifices qui témoignent de l'influence de l'architecture de villégiature sur les maisons construites jusqu'en 1940. Certaines d'entre elles n'ont pas été photographiées pour des raisons techniques mais également en raison des conditions d'enquête fixées à cette date, qui ne justifiaient pas une prise de vue systématique.

    La carte des ingénieurs de la fin du 18e siècle permet d'observer un implantation caractéristique de la côte, liée à la topographie du site. Le bourg est situé sur la hauteur, comme la plupart des écarts ainsi que le château de la Vieuxville, à une certaine distance de la mer. Seul le port et le village de l'Isle sont naturellement implantés à proximité du rivage, protégé par la pointe de Saint-Cast.

    Le territoire de la commune offre deux plages de sable : la plage de Saint-Cast, sur laquelle s'est déroulé la célèbre bataille de 1758, entre la pointe de Saint-Cast et la pointe de la Garde ; la plage des Callots, à l'est, entre la pointe de la Garde et la pointe du Bay. La baie de l'Arguenon est fermée par les bouchots, comme celle de La Fresnaye. La côte nord-ouest de la pointe de Saint-Cast, dans la baie de la Fresnaye, n'est investie que dans la deuxième moitié du 20e siècle : camping et village de vacances sont situés à proximité des petites plages de la Mare et de la Pissotte et du port de La Fresnaye.

    Les sites d'occupation initiale sont situés sur la hauteur, à distance de la plage et des Mielles. L'habitat est regroupé en écarts (Lesrot, La Ville-Orien) qui vont être peu à peu absorbés par le lotissement progressif des terres agricoles. Les pointes sont occupées par des corps de garde (subsistant pointe de Corbière), fort (pointe de la Garde), sémaphore et fortin (pointe de Saint-Cast). Il s'agit, comme à Dinard ou à Saint-Briac, d'un site "fortifié", la plage constituant le lieu historique de la célèbre bataille de 1758, dont la colonne élevée en 1858, commémore la victoire bretonne. Le cimetière des Braves est actuellement enclavé dans un îlot non bâti. Le territoire est encore ponctué de nombreux monuments commémoratifs : le monument Laplace, le monument aux Evadés, l'oratoire Notre-Dame de la Garde. La présence du Sémaphore, à la pointe de Saint-Cast, empêche la construction des villas à proximité. Un projet d´aménagement de la pointe est réalisé en 1932 mais il n´est pas mis en oeuvre bien que plusieurs lotissements se développent après la guerre, au dessus du port. La station d´épuration est située sur cette pointe.

    L´implantation de la station balnéaire a eu une influence mesurée sur l´évolution du territoire. La paroisse de Saint-Cast compte environ 1000 communiants à la fin du 18e siècle (Ogée) et près de 1400 vers 1840 (Marteville). La progression est lente jusqu´en 1880 où la commune compte 1592 habitants (13%). Ensuite elle est régulière jusqu´en 1930 (2263 habitants) avec une croissance particulièrement importante entre 1900 et 1911 (20%).

    Le caractère résolument résidentiel et temporaire du site n´entraîne pas le développement important du bourg et des fonctions liées : l´enseignement. Saint-Cast compte quelques établissements primaires, au bourg, une école construite dans les années 20 à l´Isle, une halle aux poissons construite en 1924.

    Le développement de la station balnéaire va entraîner un lotissement progressif de la plupart des terres agricoles du littoral entre 1880 et 1914 puis entre les deux-guerres dans les secteurs éloignés du Tertre et de la fresnaye. Les quartiers balnéaires se sont développés ex-nihilo absorbant peu à peu les écarts existants mais laissant des secteurs intermédiaires.

    L´incidence principale sur l´aménagement du territoire réside dans le développement des réseaux : les réseaux viaires au niveau des Mielles, destinés à structurer le quartier, et les axes de communication entre l´ancien et le nouveau bourg et les Mielles vers 1900 : rue de la Colonne et rue du Chêne Vert, dont le tracé a été rectifié vers 1920. La voie ferrée va favoriser le développement du nouveau bourg à proximité de la station de la Tour Blanche et le long des axes parallèles : rue de Tourneuf, rue de la Fosserole et rue des Nouettes et du Moulin Bily. L´aménagement du secteur de Pen-Guen, vers 1920, va également s´accompagner de la création d´une route rejoignant Notre-Dame du Guildo.

    La pointe de Corbière reste isolée malgré l´implantation de quelques villas et de la chapelle de Lormet. L´ancien village de La Garde où résident les armateurs (voir villa Les Fusains et Villa Saint-Pierre), rue du Commandant Charcot et rue de l´Hilda (maisons à deux ou trois travées) est resté relativement préservé. Le schiste reste le matériau principal utilisé pour la construction. Des carrières de schiste micacé sont signalées dès 1886 : dans la vallée Besnault, au bas de l´Isle près du « Couvent » et à la pointe du Châtelet, à l´emplacement du camping actuel.

  • Le patrimoine maritime.

    Nous avons sélectionné certains objets symboliques de l´activité maritime de Saint-Cast et les formes d´architecture littorale et portuaire spécifiques. Tout ce qui témoigne de l´héritage maritime d´une commune, du point de vue du patrimoine immobilier et du patrimoine ethnologique, doit s´exprimer de façon homogène et cohérente, dans une approche intégrée et globale de ce patrimoine et de son territoire. C´est avec cette méthode que nous pourrons réaliser un véritable diagnostic patrimonial au niveau d'un territoire communal.

    Saint-Cast le Guildo, une ruralité littorale et maritime importante au 19e, qui va perdurer dans la 1ère moitié du 20e siècle, puis décliner. La traduction de cette maritimité en perte de vitesse, est révélée par l´absence publiquement visible de collections et de représentations figurées ou muséographiées de la Grande Pêche et du cabotage. Cependant, la pêche côtière, les activités balnéaires et la plaisance renouvellent l´identité maritime du havre-Saint-Cast. Le port du Guildo, seul port de commerce de la commune, est actuellement en déshérence. Ce port a conservé des traits de caractère dans son architecture civile et domestique, et dans les bateaux qui y stationnent, dont l´inventaire peut devenir la source d´une valorisation patrimoniale et touristique.

    L´architecture littorale et portuaire :

    Au creux des anses entre falaises et plages, naissent des ports et des vocations maritimes. Depuis le Moyen-Age, le littoral a fourni une rente halieutique variable aux habitants de Saint-Cast. Mais « qui n´arrête pas la mer, ne mérite pas la terre ». L´aménagement du havre de Saint-Cast et des rives de l´Arguenon s´échelonnera sur près d´un siècle et demi (de la fin du 19e au début du 21e siècle), pour inaugurer une architecture littorale et portuaire modeste, s´inspirant à la fois d´une tradition de pêche et de bornage, et des fonctions balnéaires et de plaisance.

    La chronologie des 18 oeuvres repérées s´étend du 2e quart du 18e siècle à la 1ère moitié du 20e siècle. 14 oeuvres sont directement liées à l´architecture littorale et portuaire du 17e au 19e siècle. Quatre corps de garde, aux fonctions de surveillance militaire et douanière témoignent de la défense des côtes et du caractère stratégique de la presqu´île de Saint-Cast. Une des oeuvres est datée du 2e quart du 17e siècle (oeuvre unique à signaler) [fig. 42]. Deux édifices évoquent la surveillance douanière des côtes au cours du 20e siècle (maison des douanes du Vallais et caserne des douanes du Guildo).

    Du point de vue de l´architecture portuaire et des choix d´aménagement du littoral, 5 oeuvres maritimes sont à étudier : le port du Vallais, le port Jacquet, la cale de la Bouvette et le port du Guildo (3e quart du 19e siècle) [fig. 43]. Nous avons inclus en dehors de ces ports, la pêcherie de l´anse du Ka, l´épi rocheux du port du Guildo [fig. 44], le muret littoral de Port Saint-Jean et le sémaphore. Le port du Guildo a conservé des caractères patrimoniaux, qui méritent d´être signalés dans leur ensemble.

    Deux oeuvres ont des fonctions et des origines commémoratives d´événements maritimes survenus au cours du 20e siècle (1905 et 1939-45). Elles sont à rapprocher des édicules commémoratifs de la bataille de Saint-Cast (1758) - la colonne (1858) et le canon de la pointe de la Corbière -, ainsi que de l´ancre située au bourg de Saint-Cast. La table d´orientation représente une collection à part, liée à la perception de la géographie littorale.

    L´habitat, caractéristique de la vie maritime des Castins n´existe pas en soi. Il est à rapprocher de l´habitat domestique rural, qui est traité dans l´architecture domestique (milieu rural essentiellement). A signaler cependant une maison de pêcheur, 22 rue du Cdt. Charcot, avec des os de mouton fichés dans le mur de façade, pour faire sécher les filets et les raies [fig. 45], plusieurs bâtiments au port du Guildo dont les fonctions maritimes peuvent être interprétées. La maison du passeur [fig. 46] et du café Dibonnet (19, rue du port), la maison d´un Cap-Hornier, avec ses deux palmiers de Chine (30 rue des quais), la maison d´un capitaine au long cours (14 rue des quais), plusieurs maisons de pêcheurs côtiers, dont deux petites maisons sans étage dans une propriété, (14 rue des Pierres sonnantes) caractérisent l´habitat littoral. Il faudrait encore signaler plusieurs maisons plus cossues de capitaines Terre-Neuvas dans le quartier du Biot et le village de l´Isle.

    Le patrimoine ethnologique maritime :

    La chronologie des 30 objets repérés s´étend de la 1ère moitié du 18e siècle à la 2e moitié du 20e siècle. Ces objets, équipements, outils de travail, représentations en 2 ou 3 dimensions de la vie des gens de mer et des littoraux, disposent d´un fort pouvoir mémoriel. Ils évoquent la longue tradition maritime et littorale castine, de la Grande Pêche et du cabotage au long cours, des pêches côtières à l´estran. L´interprétation du patrimoine ethnologique trouve son expression la plus visible dans la toponymie maritime et le parler gallo des usages de l´estran. Le collectage oral et la recherche en archives permettent de replacer les objets dans leur contexte historique et usuel. Les collections mobilières liées à la Grande Pêche et aux pêches côtières ont été découvertes dans les familles, illustrées par des photographies, étayées par des témoignages, des expressions maritimes en Gallo (du vocabulaire maritime gallèsant), une certaine représentation de la côte avec sa toponymie et son histoire.

    Trois oeuvres du 19e siècle et du 20e siècle sont à signaler : une sirène, corne de brume de caboteur [fig. 47], une reconstitution d´un canot de type Dragous [fig. 48] et une malle de Terre-Neuvas [fig. 49]. Ces trois objets sont symboliques de l´histoire maritime de Saint-Cast. Il faudrait rajouter 8 autres oeuvres à étudier, qui associent les pêches à pied (have à chevlin [fig. 50]), les pêches côtières (rouet), la grande pêche (photographie de doris [fig. 51], malle de Terre-Neuvas, sabots-bottes [fig. 52]), le bornage (gabarre) et le cabotage au long cours (coffret de navigation [fig. 53]), le pilotage côtier (photographie) et l´aménagement littoral (échalier). Il reste un autre aspect des usages maritimes, dont témoignent ces objets dans leur utilisation, leurs règles d´usage et leur dénomination : l´usage du Gallo maritime, que nous avons essayé d´illustrer dans les notices. D´autre-part, il nous faut signaler une particularité castine, qui est tout à l´honneur de la commune, à savoir l´application d´une toponymie maritime originale pour désigner les noms de rues [fig. 54], associée à l´histoire maritime de Saint-Cast.

  • Le patrimoine maritime de la commune : un héritage culturel à géométrie variable dans le temps.

    Quelle représentation culturelle de cette maritimité ?

    L´identité maritime d´une commune littorale n´est pas figée une fois pour toute dans l´histoire de la commune et du « pays maritime ». Cette identité multiple et singulière est variable et a pu évoluer selon la qualité et la permanence des relations de ses habitants avec la mer et ses richesses (qu´elles soient biologiques, minérales ou paysagères). Il faut rappeler que la présence de la mer n´oblige pas son exploitation par les communes riveraines. Il n´y a pas de déterminisme naturel.

    Saint-Cast le Guildo, une ruralité littorale et maritime importante au 19e siècle, qui va perdurer jusqu´au milieu du 20e siècle, avant de subir des mutations importantes et rapides, après guerre, avec le développement du tourisme balnéaire, et des activités agricoles et maritimes intensives.

    Les limites de l´Inventaire.

    Evoquer le patrimoine maritime de la commune de Saint-Cast-le-Guildo, avec ses limites territoriales entre le port Saint-Jean (l´Isle Avard et la rive gauche du Kermitton) et le port du Guildo, c´est omettre l´identité d´un terroir maritime plus vaste, côté terre et côté mer (entre la baie de la Fresnaye et la baie de l´Arguenon, jusque la pointe du Décollé), qui associe dans un premier périmètre les communes voisines du canton de Matignon (avec sa façade maritime Saint-Germain).

    Pour exemple, le moulin à marée de port St-Jean, qui symbolise une forme aboutie de littoralité d´usages et d´échanges entre produits de la mer et produits de la terre, combinant le droit de pêche du meunier et sa fonction de transformation de la production agricole locale, est localisé en Matignon.

    Les découpages administratifs ignorent souvent les projets de territoire à géométrie variable, selon les activités et les hommes qui l´habitent. L´ancienne commune rurale et maritime de Notre-Dame du Guildo, aujourd´hui rattachée à Saint-Cast, et la commune de Créhen sur l´autre rive de l´Arguenon se partagent cet espace maritime de l´Arguenon, avec ses aménagements portuaires (port du Guildo), les vestiges des pêcheries, des enrochements (pour dévier les courants et faciliter la navigation), le souvenir d´activités traditionnelles, comme la pêche à pied du chevrin (par les chevrinouères de St-Jacut et de St-Cast), la récolte du goémon, l´extraction de sable, de marne, pour engraisser les champs de chaque côté des deux rives.

    Tout ce qui témoigne de cet héritage maritime, du point de vue du patrimoine immobilier et du patrimoine ethnologique doit s´exprimer de façon homogène et cohérente, dans une approche intégrée et globale de ce patrimoine et de son territoire. C´est avec cette méthode que nous pourrons réaliser un véritable diagnostic de territoire au niveau patrimonial.

    Les représentations culturelles objectives de la culture maritime locale.

    Aujourd´hui « la culture maritime » de Saint-Cast-le-Guildo s´exprime dans un certain nombre de « représentations culturelles » positives, étayées par des faits historiques (la bataille victorieuse de Saint-Cast sur les Anglais en 1758, l´ouverture des premiers hôtels pour touristes au début du 19e siècle, qui préfigure l´orientation touristique de la nouvelle station balnéaire, avec l´urbanisation massive de la côte et la naissance d´une nouvelle architecture littorale, sans oublier les manifestations, régates, jeux et sports de plage et les équipements portuaires correspondants).

    Un fait naturel « les pierres sonnantes » dans la grève proche de Notre-Dame-du-Guildo, que l´on peut assimiler au « patrimoine sonore » de Saint-Cast apporte une spécificité originale à un phénomène acoustique minéral.

    D´autres évènements ponctuent cette représentation de la maritimité de Saint-Cast : les drames de mer comme le naufrage du vapeur Hilda en 1905, de la frégate Laplace en 1950, la tempête de 1987. Il nous faut remarquer que certains de ces évènements sont commémorés, disposent d´un monument symbolique dominant la côte.

    Cependant, aucune allusion imagée et représentative et de manifestations ostentatoires ne rappellent la participation des Castins à la grande Pêche à Terre-Neuve.

    D´autres événements ponctuent la représentation de la maritimité de Saint-Cast : les drames de mer comme le naufrage du vapeur Hilda en 1905, de la frégate Laplace en 1950, la tempête de 1987. Il nous faut préciser que certains de ces évènements sont commémorés, disposent d´un monument symbolique dominant la côte et servent même de support culturel à un circuit de randonnée et de découverte de l´histoire de la commune (la bataille de Saint-Cast de 1758).

    Une maritimité en perte de vitesse.

    Cependant, certaines activités maritimes semblent avoir perdu de leur force mémorielle et de leur pouvoir d´évocation, hors présence de vestiges forts, de traces matérielles ou de représentation muséographique dans le domaine public ou privé. Nous citerons les pêches côtières (néanmoins représentées par le bateau de type Dragous, reconstruit à l´identique en 1987 et l´existence de quelques doris), la grande pêche à Terre-Neuve, le cabotage, la récolte du goémon, l´extraction de minéraux marins, la pêche à pied ou encore la défense côtière, le sauvetage en mer.

    Les traces matérielles de ces activités ont pratiquement disparu : les batteries, fortins, corps de garde ont été rasées ou transformées. Les aménagements portuaires sont récents ou offrent peu d´intérêt architectural. Les édifices de signalisation maritime sont contemporains. Les traces des pêcheries en pierre (écluses) sont enfouies sous la vase, les lavoirs ont été comblés, la station de sauvetage détruite (comme le baromètre à mercure). Seul l´habitat domestique à la fois rural et littoral (par sa situation foncière et géographique, par la double activité de ses occupants « cultivateur-pêcheur ») offre un intérêt particulier, en raison de son bon état de conservation et d´une typologie particulière d´architecture simple, avec escalier extérieur, la réserve du cochon, et l´étable à vache, maisons alignées en rangées avec des façades communes.

    Cependant, les collections mobilières liées à la grande pêche et aux pêches côtières peuvent être découvertes dans les familles, illustrées par des photographies, étayées par des témoignages, des expressions maritimes en Gallo (du vocabulaire maritime gallèsant), une certaine représentation de la côte avec sa toponymie et son histoire.

    Le patrimoine ethnologique.

    Le patrimoine ethnologique englobe autant les objets matériels, symboliques de l´activité humaine que l´ensemble des savoirs, savoir-faire et des représentations culturelles des communautés locales. C´est ce patrimoine que nous avons essayé de recueillir de façon orale, écrite et illustrée au niveau du patrimoine ethnologique : - des traditions orales : lexique, glossaire des termes maritimes associés au bestiaire maritime, aux activités de pêche, (pêche à pied, pêche d´estran, pêche côtière et grande pêche) et de cabotage, toponymie maritime et littorale ; - de la cartographie maritime (évolution de la cartographie maritime, des représentations topographiques et toponymiques du territoire côtier : carte des ingénieurs géographes du 18e siècle à nos jours) ; - des usages littoraux passés et présents, des savoir-faire, des connaissances techniques ; - de la représentation imagée de ce patrimoine

    Avec les questionnements suivants : quels usages la commune a-t-elle de son patrimoine ? Comment se le représente-elle ? Comment le donne t-elle à voir, à comprendre ? (l´ethnologie du présent redéfinit le rapport au patrimoine). L´ethnologie permet d´évaluer une culture littorale, d´en donner les clés d´interprétation, d´en montrer les valeurs d´usage et les valeurs symboliques. Elle contribue ainsi à comprendre les mutations de la société littorale et ses enjeux.

    Pour ne pas rester dans le domaine de l´évocation et de la transcription historique, nous avons sélectionné certains objets symboliques d´une activité maritime, pour illustrer notre propos ethnographique et historique.

    Pour exemple : un rouet fabriqué à partir des bois d´épave du Hilda, un coffre de marin Terre-Neuvas, un couteau trancheur, une maquette de bateau.

    Nous avons aussi sélectionné quelques formes d´architecture littorale : formes portuaires du Port du Vallais, du Port Jacquet et du port du Guildo, corps de garde, murets littoraux, maison de pêcheur, grenier à sel.

    Littoralité et maritimité : des concepts scientifiques et ethnographiques.

    Définition des littoraux et des gens de mer :

    C´est justement cette dépendance et cette relation utile des riverains aux richesses de la mer et de son exploitation, qui caractérisent les notions de « littoralité d´usages » et de « maritimité », et permettent de qualifier et d´évaluer les relations des littoraux avec la mer. Les populations littorales étant considérées par le seul critère de situation, pour leur état de résident à proximité de la mer et de ses rivages. Cependant, la présence de la mer ne conditionne pas automatiquement son exploitation par ceux qui vivent sur la bande côtière.

    L´indice INSEE de l´emploi maritime (à l´inverse de l´activité agricole) n´est pas suffisant pour caractériser le phénomène de littoralisation de Saint-cast et sa perte de maritimité, au sens sociologique de ces deux termes. Les retraités de la marine sont bien plus importants en nombre que les actifs de ce secteur.

    Les littoraux forment des groupes sociaux singuliers, qu´ils soient strictement « gens de mer », vivant de la seule exploitation des ressources marines (marins-pêcheurs, marins du commerce), avec leurs lieux de résidence sur le littoral mais leur espace de vie et de travail en mer, ou ripuaires (de ripa, rive) qui travaillent et vivent sur le rivage (pêcheurs à pied, aquaculteurs, professions qui servent le navire, pilote, charpentier, calfat, ou celles de la filière pêche). Le 3e groupe de population est formé de ceux qui vivent des activités tertiaires, comme le tourisme mais également les administrations et le monde des agriculteurs côtiers. Plus difficiles à classer sont les pluri-actifs, qui combinent plusieurs activités d´opportunité, plusieurs métiers, comme agriculteurs-marins, que l´on retrouve ainsi dénommés au 1er quart du 18e siècle, dans l´enquête de Lemasson du Parc sur les côtes bretonnes en 1726 (Paroisse et bourg de Saint-Cast : 17 pêcheurs, dont 4 pêcheurs laboureurs, 2 parquiers, 2 tisserands-pêcheurs). Dans son procès-verbal Lemasson du Parc précise que « Presque tous pêcheurs de mer et de pied, et presque tous laboureurs, hors le temps de la moisson et de la culture des terres », et deux cent ans plus tard dans l´état civil de la commune de Saint-Cast pour certains Castins terre-neuvas, cette dénomination de « marins-cultivateurs » est reprise par l´officier d´état civil.

    Ces marins Terre-Neuvas embarqués pendant des campagnes de 10 mois, avant la guerre 1914-18 et pour une durée de 7 mois ensuite (de mars à octobre), pouvaient participer pendant l´hiver à des taches rurales et agricoles ponctuelles et plus spécialisées (fabrication du cidre, des tonneaux, des fagots de bois). Ils n´en étaient pour autant des « paysans », mais se considéraient comme des marins et des gens de mer à part entière ; dont l´épouse tenait « son clos de misère », avec quelques arpents de terres, à l´écart des cultivateurs (collectage oral auprès de Michel Duédal, Jules Ohier).

    A Saint-Cast, nous avons remarqué que les pêcheurs côtiers habitaient dans les quartiers urbanisés proches du port (et de leurs outils de travail), alors que les pêcheurs Terre-neuvas étaient disséminés dans la campagne environnante, dans les écarts, en groupes sociaux distincts, avec leurs lopins de terre, cultivés par leurs femmes. Les capitaines de navire (de pêche ou de commerce) habitent le village de la Garde, le Biot dans des maisons cossues à deux étages. L´habitat des pêcheurs à la côte se caractérise peu d´un habitat rural homogène, avec la cour, la souille à cochon construite en pierres plates de Saint-Cast. Parfois un os de mouton fiché dans le mur sert à crocher les raies, à sécher les filets. Le pêcheur hauturier, absent pendant une certaine période habite souvent dans de petites maisons à 1 étage, desservies par un escalier extérieur, qui sert de « chambre d´hôte », pour le navigateur.

    Histoire et géographie maritimes.

    Un littoral ressources.

    Le territoire maritime de Saint-Cast-le-Guildo s´étend de la baie de la Fresnaye à la rivière de l´Arguenon (véritable estuaire, avec sa partie maritime). La morphologie de ce territoire géographique découpe et morcelle un linéaire côtier de 24 km, en autant de falaises, de pointes rocheuses et de plages ouvertes aux vents dominants (de nord ouest et de nordet), où niche dans des anses, des ports, havres naturels, privés d´infrastructures portuaires. Et c´est bien là son paradoxe maritime : Saint-Cast, jusqu´à la fin du 19e siècle ne dispose pas de véritables ports, avec digues, jetées, quais, terre-plein, môle et rampes d´accès. Les voies charretières menant à la mer sont rares et ne permettent pas de développer un commerce important avec l´intérieur des terres.

    Seules les productions littorales de l´agriculture, des carrières, et de la pêche, peuvent transiter par le petit port du Valais ou du Guildo. C´est avant tout un littoral d´exploitation des richesses côtières, des pêches côtières et d´estran, des ressources minérales, des vases marines et du relief schisteux (carrières marines dont l´exploitation est attestée depuis le 5e siècle).

    Un littoral stratégique [fig. 55 à 58].

    Cependant, la presqu´île de Saint-Cast offre aussi un littoral stratégique, entre le Cap Fréhel et la pointe des Décollés, entre le Cap et les Ebihens, avec ses nombreuses pointes, aux noms évocateurs, à l´est de la pointe de Saint-Cast, dominé par le sémaphore : la pointe du Malouin, la pointe du Grouin, la pointe du Châtelet, la pointe de la Corbière, la pointe de l´Isle (port Pérou), qui surveillent les plages de la baie de la Fresnaye ; à l´ouest : le port du Vallais et le port Jacquet, la pointe de la Garde (port de la Bouvette), la pointe du Bay et la pointe de Tiqueras.

    La baie de la Fresnaye représente l´avant-port de Saint-Malo, à l´est de Fort la Latte, dont les canons protègent les flottilles en relâche ou sur le grand départ vers Terre-Neuve (la morue séchée), l´Espagne (Cadix pour les toiles de Bretagne) ou les colonies espagnoles (les mines d´argent du Chili). Le commerce triangulaire amorcé au début du 17e siècle va permettre l´équipement de la côte de Penthièvre en batteries, fortifications, corps de garde, équipements de signalisation et de surveillance douanière sur les nombreuses pointes rocheuses, qui prolongent le territoire littoral. Corps de garde avec magasin à poudre sur le Grouin de St-Cast, avec batteries qui croisent ses feux avec ceux de l´île des Ebhiens, pour défendre la baie de la Fresnaye des corsaires ennemis, fort sur la pointe de la Corbière (disparu), corps de garde de la Corbière (figures de trois corps de garde et guérites), et de la pointe du Châtelet (4 murs actuellement visibles en ruines, sans charpente), poste des douanes de Port Jacquet, du Guildo.

    Un nouveau paysage littoral balnéaire.

    Les deux grandes plages de Saint-Cast, orientées à l´est, protégées de la houle d´ouest par le Cap Fréhel vont changer la vocation première de la commune.

    Après avoir procuré aux Castins une rente halieutique précaire et mouvante, le littoral-ressources va transformer à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle ses friches littorales, ses landes (lotissements de la pointe de la Garde) et ses dunes (les Mielles), en production paysagère et en rente immobilière. Une nouvelle économie va apparaître : le tourisme, qui va modifier les rapports sociaux locaux et entraîner de nouvelles représentations du patrimoine et de son usage. De nouveaux usages du foncier maritime vont apparaître, avec les premières occupations du Domaine Public Maritime à titre privé (1890) : les plages vont accueillir les premières cabines de bain, un plongeoir, un toboggan flottant, des clubs de gym avec agrès, un casino, les premières courses de chevaux, de nouveaux projets ostréicoles.

    En 1929, se fait jour la nécessité d´édifier une digue de défense, le long de la plage, à cause des ravages, que fait subir la mer au boulevard qui longe le rivage. Mr Brilhaut, architecte, en établit le projet en 1931. Le nouveau boulevard de la mer avec ses promenoirs en terrasse, ses rotondes, ses balustrades est terminé en 1934. Les infrastructures hôtelières vont se développer entre les deux guerres et aboutir au classement de la station en 1969, avec la construction d´un casino, d´une école de voile et la réalisation du nouveau port de pêche et de plaisance. Certains terrains du bord de mer échapperont à une urbanisation qui devient excessive ; la pointe de la Garde est acquise par la commune en 1949, qui y aménage un belvédère avec parking, et y élève un oratoire : Notre-Dame-de-la-Garde (figure Notre-Dame-de-la-Garde et Pen-Guen), en souvenir d´avoir été épargné par la guerre. Cette opération exemplaire n´évitera pas que d´autres terrains en bord de mer soient aménagés pour des golfs, des campings, des centres hippiques, et que les talus soient arasé.

    Le littoral perd peu à peu son caractère « sauvage » et banalise ses aménagements. Une architecture balnéaire s´insère entre les maisons rurales et de pêcheurs, prend possession de la côte et de la « vue sur mer ».

    Une histoire commémorative.

    De la bataille de Saint-Cast aux naufrages du Hilda et de la frégate Laplace, les Castins ont su honorer leurs morts et les victimes d´évènements maritimes dramatiques, par des édicules réalisés à cet effet, par des ex-votos, par monuments commémoratifs et des croix.

    Les usages maritimes passés et présents.

    Ce dossier rassemble 14 collections, dont 9 objets consacrés spécifiquement à la Grande Pêche et 5 objets au cabotage ou au long cours. 2 collections sont à signaler : une corne de brume et une malle de Terre-Neuvas. 4 oeuvres méritent d´être étudiées : un coffret de navigation du 18e, une paire de sabots-bottes, une photographie du dernier quatre-mâts-goélette Terre-Neuvas français « Zazpiatbak », une photographie du dernier trois-mâts Terre-Neuvas français « Lieutenant René Guillon ».

    La grande pêche à Terre-Neuve engage les hommes valides depuis le 16e siècle sur la Côte Nord en Bretagne, en particulier dans les cantons littoraux du Goëlo et du Penthièvre jusqu´à la Rance. Saint-Cast-le-Guildo et les communes environnantes participent de cette épopée qui va durer 5 siècles, avec son apogée au milieu du 19e siècle, au départ de Saint-Malo. En 1664, parmi les armements à la grande pêche, le « Petit Pierrot » de Saint-Cast, de 55 tonneaux, patronné par Pierre Loranz. En 1788, Le port de Saint-Malo envoie à Terre-Neuve 60 bateaux de 50 à 200 tonneaux, armés par des équipages de 20 à 80 hommes.

    Le commerce triangulaire du 17e siècle se renouvelle au 19e siècle avec les ports du sud de la France et du Portugal.

    Ce dossier rassemble 12 collections, outils, embarcations et objets représentés, dans la base Palissy, symboliques des activités littorales, côtières et d´estran, et une collection dans la base Mérimée (pêcherie).

    Le bornage.

    Le bornage fait partie du transport maritime, à moins de 40 milles des côtes, par un navire, jaugeant souvent moins de 100 tonneaux. Les modestes aménagements portuaires de Saint-Cast, au port de Vallais et du Guildo offraient un havre d´échouage aux navires, assurant le commerce des céréales, du bois, de la marne, des toiles, des primeurs, des huîtres, du poisson frais ou salé, et surtout de la pierre de Saint-Cast, fort prisée par les constructeurs. Le transport de la marne par des gabares ou chalands fait partie du bornage, quoique limité à l´estuaire de l´Arguenon. Le cabotage fait partie du commerce au long cours avec les pays d´Europe et d´Amérique du sud. Il dépendait davantage de Saint-Malo que des ports castins.

    Les pêcheries.

    Au 18e siècle, les pêcheries, fondations submergées, héritées des droits féodaux du Moyen-Age, sont encore nombreuses dans la baie de l´Arguenon ou de Quatre Vaux, avant de péricliter au siècle suivant (dernières traces dans la baie de Quatre Vaux vers 1945, sources J. C. Ménès et J.-P. Bihr). Les Jaguens plus nombreux en nombre de pêcheurs et les Castins se partagent âprement le territoire de la grève. 4 bouchots ou parcs de clayonnage en bois dépendent du territoire de St-Cast entre le port de la Mare et le port des Quatre Vaux. Dans la baie de la Fresnaye, St-Cast possède 6 pêcheries et un parc de pierre dit « l´écluse Gonien ». Les Jaguens disposent en 1726 de 30 pêcheries entre la baie des Quatre Vaux et la baie de Beaussais sur Lancieux, mais 10 paraissent abandonnées. Ces écluses servaient aussi de viviers. Elles sont affermées par les moines et les seigneurs aux pêcheurs locaux. En 1732, la plupart seront détruites par ordre de la Marine. La Révolution va permettre à de nouveaux détenteurs de gérer ses pêcheries.

    Au 19e siècle, les pêcheries à poissons sont moins nombreuses en raison de la loi de 1852 sur les droits de pêche et l´essor de la grande pêche à Terre-Neuve. Les dernières pêcheries fonctionneront jusqu´à la fin du 19e siècle.

    Les pêches côtières.

    Jusqu´en 1930-40 et les débuts de la motorisation, les pêcheurs côtiers vont exercer leurs métiers à bord de différentes embarcation à voiles (boucadas, dragous, glaos, maquereautiers, sloops et doris), munies de gréement différents selon leurs fonctions et leur taille.

    Les pêches côtières : pêche au chalut à la côte (dragous), pêche aux maquereaux aux plombs (lignes de crin), pêche au maquereau d´affare (chevlin ou chevrette, frai de crevette grise, ramené par les « chevrinouères » en baie de l´Arguenon), drague aux praires, puis aux coquilles St-Jacques, casiers pour les homards et araignées, cordes bouettées à la pestiche (gros vers de vase) ou aux manceaux (pieds de couteaux), sennes aux lançons et aux mulets en doris.

    Au 19e siècle, les marins de Saint-Cast sont sous la tutelle du Syndic des gens de mer de Plévenon, qui dépend du quartier maritime de Saint-Brieuc. Les élus locaux, justifiant du grand nombre d´inscrits maritimes de la commune, demandent régulièrement le transfert du syndicat à Saint-Cast. Mais c´est de St-Jacut, dont vont dépendre en 1860, les pêcheurs de Saint-Cast. Dans les années 1960, c´est la station de St-Jacut de la mer qui aura ce privilège de « régner »sur les trois cantons de Ploubalay, Plancoët et Matignon. Ce qui correspond à la rivière maritime du Frémur, de la baie de Lancieux, de la baie de l´Arguenon et de la baie de la Fresnaye.

    Jusqu´en 1922, il existe une station de pilotes lamaneurs à Saint-Cast. Ces pilotes font concurrence aux pilotes malouins pour le pilotage des navires qui fréquentent le port de Saint-Malo. Avant la seconde guerre, il n´y a plus que trois pilotes, dont Ange Fromont.

    La pêche à pied .

    La pêche aux poissons plats à l´aide de foëne et de grépinette, la pêche aux coques, la pêche aux manceaux (solen), la pêche aux chevlin, aux crevettes (havenet), aux huîtres, aux moules, aux petits crustacés (Figures d´outils de pêche : havenet et applet).

    Coupe et récolte du goémon : le droit de coupe est réservé aux familles possédant des terres cultivables. Il est transmis héréditairement. Seul Le goëmon d´épave est libre de prise.

    C´est le conseil municipal qui décide de la date d´ouverture et de cession de chaque campagne dans une période arrêtée par le préfet (de février à mai).

    La période de l´après-guerre va voir apparaître de nouvelles mutations dans la population maritime et les métiers. Le déclin de la grande pêche, le développement de la Marine Marchande jusqu´à la fin des années 1970, le renouvellement des pêches côtières et de nouveaux acteurs maritimes, parfois étrangers au milieu pêche et au terroir local.

    Les pêcheries traditionnelles vont être remplacées dans les années 1960 par les boucholeurs de moules et les ostréiculteurs dans la baie de la Fresnaye et la baie des Quatre-Vaux, initiées par des populations extérieures, venues des Charentes, alors que les Castins choisissent de pêcher de façon intensive la coquilles St-Jacques à l´aide grandes dragues et les araignées de mer au chalut.

    L´estran, comme carrière.

    L´extraction de la marne : cette activité occupait à la mauvaise saison d´hiver les cultivateurs des paroisses environnantes de l´Arguenon depuis Corseul jusqu´à St-Jacut, de Ploubalay à Matignon, du Guildo à Saint-Cast, par des chemins défoncés. Par la rivière de l´Arguenon, les gabares, menées aux avirons par des inscrits maritimes temporaires, remontaient jusqu´à Plancoët des chargements de marne. En ce temps, les populations plus éloignées réclamaient la canalisation de l´Arguenon jusqu´à Jugon. Ce projet fut d´ailleurs étudié avant l´arrivée du chemin de fer.

    L´architecture littorale et portuaire.

    Les voies maritimes :

    Il y a moins de 150 ans, l´estran était utilisé comme voie de passage (guet de l´Arguenon), pour faciliter le déplacement des populations du littoral, pénalisées par le mauvais état et la longueur des routes intérieures, d´une rive à l´autre, et de la baie de la Fresnaye à la baie de Lancieux. La traversée en direct de Saint-Cast à Lancieux par Saint-Jacut était plus rapide et plus raisonnable qu´il n´y paraît. Le conseil d´arrondissement de Dinan du 18 octobre 1871 « recommande l´amélioration du balisage dans les baies du Guildo et de Lancieux, suivant un projet présenté le 13 juillet 1871. Plusieurs membres signalent comme utile l´établissement entre la côte de St-Cast et celle de St-Jacut, de balises au moyen desquelles les piétons pourraient éviter les inconvénients de s´enfoncer dans les vases mouvantes ».

    Ce qui tendrait à prouver que le balisage littoral n´a pas une fonction exclusivement maritime, pour la navigation, mais fournit encore des repères pour les usagers de l´estran.

    Néanmoins, il n´existe pas de signalisation lumineuse pour éclairer ces ports et leur accès depuis le large. Les communes ne veulent pas participer à l´entretien de ces feux qui seraient pourtant forts utiles à la navigation. Les seuls amers diurnes d´entrée de port sont le calvaire du moulin du Chêne (1881) et la tour Blanche, détruite en 1913. Il faudra attendre la construction du nouveau port de Saint-Cast dans les années 1970 pour qu´un fanal éclaire la digue de Saint-Cast.

    Les ports sont aménagés au cours de la 2e moitié du 19e siècle, sur l´insistance des communes littorales, soutenues par les pétitions des pêcheurs côtiers et des commerçants. Leur architecture donne priorité à l´économie. Ce qui vaut au port du Vallais une succession d´ouvrages mal adaptés à sa situation de port d´échouage sans véritable voie d´accès aux routes commerciales (1886). La cale de la Bouvette n´offre pas non plus des conditions de sécurité pour haler et échouer les navires sur la cale. Seul le port du Guildo va bénéficier entre 1864 et 1920 d´aménagements spécifiques, articulant la construction de ponts, de quais, de terre-plein, de dessertes routières et de voie ferrée. En 1905, l´ingénieur Harel de la Noë va inaugurer un quai sur voûtes, qui servira de modèle à d´autres ports des Côtes du Nord (Lannion). Cet ensemble portuaire, qui a su jusqu´à aujourd´hui conserver ses traits de « port de caractère », mériterait d´être classé et aménagé pour éviter son envasement (double épi rocheux), et servir à la nouvelle plaisance de randonnée.

  • Approche lexicale du gallo maritime

    En parler castin ou jaguin, un bateau est un "bat", avec un accent sur le "a". Tout en précisant que le Gallo local est une langue de tradition orale et rarement écrite. Le Gallo de Haute-Bretagne fait partie du domaine linguistique des parlers romans de l'Ouest (Bulletin officiel de l'Education Nationale du 30 avril 1988). Il emprunte des mots au Latin et au Breton. Le terme "gallo" vient du mot "gall", qui signifie français, issu d'un radical celtique "gal", évoquant un "thème de nom de peuple". Il est attesté dés le 14e siècle, à la date de 1358, lorsque Charles de Blois, duc de Bretagne, s'adresse à Georges Gicquel : "Nostre general recepveur en Bretaigne guallou, salut". Le Gallo possède des caractères significatifs lui donnant une couleur originale qui apparaissent dans le vocabulaire de la mer, avec des variantes de la vallée de la Rance à Fréhel, et sur la côte est de la baie de Saint-Brieuc. Certaines contrées ont développé un vocabulaire maritime particulièrement riche : c'est le cas du parler jaguin et du parler castin, son proche voisin littoral.

    Quelques traits phonétiques.

    Ainsi une bâsse est une roche qui ne découvre pas ou peu. Phonétiquement, le "a" est vélaire. Le son "eu" : la breume : la brume. Les diphtongues "aï" et "aou" : une plaïe : une plie, les catacaoux : les crabes verts. La triphtongue "iaou" : les conguériaoux : les congres. La chute de consonnes finales : la mé : la mer, un homa : un homard. A retenir aussi le phénomène d'interversion observé aussi dans la toponymie du littoral : Ferhel : Fréhel, Quatervaoux : Quatrevaux.

    Quelques traits morpho-syntaxiques.

    Une alternance significative de nombre : "et - iaou". Maqueret - maquériaoux = maquereau (x).

    Quelques traits lexicaux et ethnographiques.

    Le terme "fainer" s'applique quant les pêcheurs partent de "bonne houre" (de bonne heure) pour la pêche aux maquereaux. Après avoir bien tiré sur leur pipe pour faire honneur au coucou, au parent, comme ils l'appellent, ils disent : "Quand le coucou chante avant que nous soyons embarqués ; les maquereaux sont en route pour venir nous trouver". Mais s'ils l'entendent alors qu'ils sont à jeun, c'est un mauvais présage : "Nous pouvons nous en aller ; car nous sommes bien "fainés" (ensorcelés). Nous avons ouï le parent chanter et nous n'avons pas déjeuné". Remarquer que ce verbe est issu du latin fascinare, de fascinum, qui signifie enchantement, sortilège.

    La "marée des gâpâs". La marée des gâpâs désigne la grande marée d'équinoxe du mois de septembre car elle coïncide avec la fin des battages. On utilise aussi la marée gâpâillouse. Anciennement connue puisque le chroniqueur Dubuisson-Aubenay observe en 1636 : "La marée des gâpâs qui est à dire la marée des pailles parcequ'alors on commence à battre et vanner le blay d'aoust précédent." La marée des gâpâs correspond au moment où les cultivateurs vont à la marée après les foins, et en profitent pour prendre un bon bain et se libérer du poussier qui couvre leurs vêtements de travail. Ces fanes de céréales partaient à la mer avec le vent et se mélangeaient avec l'obione et le varech. Elles pouvaient se recueillir pour servir comme amendement. La marée des gâpâs est communément nommée de la sorte de Fréhel à la vallée de la Rance. Ce qui tend à prouver une certaine unité culturelle et linguistique de la côte d' Emeraude (Traité de langue gallèse, écriture et grammaire de R. Deguillaume, UTL Dinan, 1999).

  • 20022214873NUCB : Carte postale ancienne, 1er quart 20e siècle - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 16 Fi.

    20022214874NUCB : Carte postale ancienne, 1er quart 20e siècle - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 16 Fi.

    20022214875NUCB : Carte postale ancienne, 1er quart 20e siècle - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 16 Fi.

    20022215047NUCB : Plan cadastral, 1826 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 3 P plan.

    20022215046NUCB : Plan cadastral, 1826 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 3 P plan, 164/1.

    20022214877NUCB : Carte postale ancienne, 1ère moitié 20e siècle - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 16 Fi.

    20022214878NUCB : Affiche, septembre 1906 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 85 S 130.

    20022214834NUCB : Carte postale ancienne, 1ère moitié 20e siècle - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 16 Fi.

    20022215049NUCB : Plan cadastral, 1826 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 3 P plan.

    20022215226NUCB : Photographie vue aérienne, milieu 20e siècle - - Coll. Part.

    20022215292NUCB : Photographie de chevlinouères sous le château du Guildo - - Coll. Part.

    20022215269NUCB : Photographie, 1er quart 20e siècle - - Coll. Part.

    20022215311NUCB : Carte EPSHOM, 1930 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 1 Fi 176.

    20022215312NUCB : Carte EPSHOM 1930 - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 1 Fi 176.

    20022215313NUCB : Carte de Cassini, 2e moitié 18e siècle - Archives départementales des Côtes-d'Armor - 2 Fi.

    20022215332NUCB : Carte de Bellin, 18e siècle - Archives départementales des Côtes-d'Armor - Fi A VOIR.

Références documentaires

Documents d'archives
  • A.D. Côtes-d'Armor : 2 Num 1/12.

  • A.D. Côtes-d'Armor : 2 Num 1/15.

  • A.D. Côtes-d'Armor : 3 P plan, matrice cadastrale des propriétés bâties. Commune de Notre-Dame-du-Guildo (1882-1911).

  • A.D. Côtes-d'Armor : 3 P plan, matrice cadastrale des propriétés bâties. Commune de Saint-Cast (1882-1911).

Bibliographie
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    p. 259-326
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  • OGÉE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. nlle éd. [1778-1780] rev. et augm. Rennes : Molliex, 1845.

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  • OGEE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. Rennes : Deniel, 1853, 2.

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