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Présentation du patrimoine industriel en Ille-et-Vilaine

Dossier IA35000705 réalisé en 1998

Fiche

Dossiers de synthèse

Œuvres contenues

L'activité industrielle de l'Ille-et-Vilaine a été générée dès son origine par son milieu environnant. Les rivières ont été le lieu d'implantation d'activités ancestrales qui y ont trouvé, non seulement une force motrice sans cesse renouvelée, mais aussi une composante de leur processus de fabrication (tanneries, moulins à tan, à papier, à foulon, à grain, forges...). La richesse minérale du sous-sol armoricain a également conditionné l'implantation de nombreuses activités telles que les briqueteries, les verreries, les usines de chaux, ou encore les carrières et les ardoisières, et, bien évidemment, les mines. Les forêts du département ont par ailleurs fourni le combustible et la matière première pour l'industrie du bois - un secteur qui regroupe au premier rang les scieries, puis les usines de menuiserie, les usines de meubles et la construction navale (doc. 9) . L'industrie textile, quant à elle, a su tirer parti des produits de l'agriculture du département : le lin et, surtout, le chanvre, utilisé notamment dans la confection de toiles à voiles. Jusqu'au XXe siècle les cours d'eau fournissent ainsi un potentiel énergétique important à l'ensemble des usines hydrauliques. Ce n'est qu'à l'extrême fin du XIXe siècle que la force hydromécanique traditionnelle est dépassée par la vapeur, employée simplement comme source énergétique complémentaire. L'utilisation des moteurs auxiliaires semble avoir été privilégiée en Ille-et-Vilaine, avant le développement de l'électricité.

L'étude de l'histoire industrielle du département retracée, d'une part via les archives et les travaux historiques et, d'autre part, à travers son architecture, fait apparaître un décalage notable entre le tissu ancien et ce qui subsiste aujourd'hui. Ce manque de concordance soulève le paradoxe qui existe entre l'histoire et les témoignages architecturaux, lesquels ne sont pas forcément représentatifs de l'ensemble de la réalité. En effet, l'enquête de terrain révèle plus un état actuel du patrimoine industriel que le reflet exact d'une histoire économique passée, comme l'atteste l'industrie textile, qui n'est quasiment pas représentée. De même, alors que sur le plan historique une désindustrialisation est observée au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, la cartographie réalisée à partir des témoignages in situ fait apparaître cette période comme la plus faste au niveau des implantations industrielles avec cent treize sites, contre quatre-vingt-neuf au cours du premier quart du XXe siècle et quatre-vingt-quinze après 1925 (doc. 4 à 8). Une conjugaison de facteurs concomitants explique en partie cette désindustrialisation, qu'il s'agisse de handicaps financiers, économiques et politiques, ou encore naturels. La déficience financière endémique a en effet touché presque tous les secteurs d'activité dont la majorité ne reposait souvent que sur des capitaux familiaux, surtout dans l'industrie minérale et sidérurgique, conjuguée à la pauvreté des gîtes et à leur absence de régularité. Mis à part le textile, on retrouve dans cette cartographie une diversité industrielle qui a toujours prévalu en Ille-et-Vilaine, de même qu'une homogénéité dans l'implantation des usines, avec quelques zones de concentration en milieu urbain comme à Fougères. En outre, on remarque pour les périodes les plus anciennes un déterminisme géographique le long des rivières et à proximité des gisements de matières premières.

Les tanneries, l'industrie minière et les industries du feu telles que la verrerie ou la métallurgie comptent, avec la meunerie, parmi les activités les plus anciennes du département, nées pour la plupart à l'époque moderne. Tandis que la majorité d'entre elles s'est éteinte à partir du XIXe siècle et au cours du XXe, d'autres se sont converties ou modernisées pour survivre, telles les minoteries ou encore les fonderies et usines de construction mécanique qui ont succédé aux forges. À compter de la seconde moitié du XIXe siècle, l'industrialisation des minoteries - complétée au XXe siècle par les activités des distilleries et des laiteries - ainsi que le développement des carrières - qui ne va cesser de s'intensifier au cours de cette période dans les deux bassins granitiques situés au nord - vont faire de l'industrie agroalimentaire et extractive deux secteurs phares du département. Par ailleurs, l'industrie maritime joue un rôle économique non négligeable en bord de Rance et sur le littoral, où la construction navale est en pleine activité à Saint-Malo et à Saint-Servan dès la fin du XVIIe siècle. Cette branche industrielle est aujourd'hui représentée par la superbe cale sèche, datée de 1908, du chantier naval de la Landriais, au Minihic-sur-Rance, ou encore, dans la ville corsaire, par l'important chantier Gec-Alstom-Leroux-Naval, site qui accueillait vers 1930 une sécherie de morues. La ville de Rennes apparaît davantage comme une plaque tournante commerciale au coeur du département - quoique s'y trouvent quelques entreprises de renom telles que l'imprimerie Oberthür - ; c'est Fougères qui, en réalité, fait figure de ville industrielle d'Ille-et-Vilaine.

Situation historique, topographique et géologique

Le département d'Ille-et-Vilaine tire son nom de sa rivière principale, la Vilaine, ainsi que de son affluent, l'Ille. Situé dans la partie la plus orientale de la Bretagne, il joue un rôle de transition entre cette dernière et la Normandie. L'Ille-et-Vilaine se divise en quatre arrondissements : Rennes, chef-lieu de la région et du département, Saint-Malo, Fougères et Redon, qui comptent au total cinquante et un cantons comprenant trois cent cinquante-trois communes (doc. 2).

Bien que d'une unité relative, le département offre une assez grande variété paysagère car généreusement arrosé par de nombreux cours d'eau. Le territoire est en effet drainé dans sa partie septentrionale par deux fleuves côtiers, la Rance à l'ouest, et le Couesnon à l'est, puis, dans sa partie méridionale, par la Vilaine. Le relief présente un plateau légèrement accidenté par un moutonnement de collines s'organisant sporadiquement de part et d'autre du bassin de Rennes situé au centre du département. La frange littorale nord est l'une des composantes de la diversité du paysage qui oppose notamment l'Armor à l'Argoat. Cette bordure maritime de moins de 70 km de côtes, ouverte sur la Manche, offre deux types d'espace. Une vaste étendue plane dessine un long cordon formé par un ancien golfe et par les marais de Dol qui s'ouvrent sur la mer. Des falaises granitiques abruptes s'étendent de la baie de Cancale à Saint-Briac, en passant par l'estuaire de la Rance dont le bassin, situé en majeure partie dans les Côtes d'Armor, décrit de merveilleux paysages mêlant espaces champêtres et espaces maritimes qui pénétrent l'intérieur des terres, comme en témoignent les anciens chantiers de construction navale et, surtout, les moulins à marée.

L'Ille-et-Vilaine appartient à la partie orientale du Massif armoricain, unité géologique formée presque exclusivement de terrains primaires variés (doc. 3). Du nord au sud, la constitution du sous-sol suit, à grands traits, les lignes dessinées par le relief. La partie méridionale, au sud de Rennes, s'organise en plateaux correspondant à l'affleurement des sédiments de l'ère primaire composés en majorité de grès et de schistes durs et en minorité de schistes tendres disposés en bandes alternées selon un axe légèrement incliné sud-est nord-ouest. Tandis que les roches les plus dures, grès armoricain et schistes durs, forment les crêtes des plateaux, les schistes tendres, agressés par l'érosion, forment les vallées. La partie septentrionale est marquée par une alternance de larges bassins de schistes tendres et de vastes plateaux composés de roches cristallines. Ces plateaux granitiques s'ordonnent suivant deux grandes zones géographiques : d'une part, le bassin du Coglès, limité par un vaste triangle ayant comme pointes Louvigné-du-Désert, Saint-Marc-le-Blanc et La Fontenelle, et, d'autre part, la région de Lanhélin et de Saint-Pierre-de-Plesguen. La composition du sol de l'extrémité nord-est du département se distingue par la présence des marais de Dol, ancienne extension du golfe du Mont-Saint-Michel, correspondant à des tourbes et à des argiles marines de l'ère quaternaire au milieu desquelles émerge le Mont-Dol fait de granulite. Sporadiquement se présentent des roches sédimentaires enrichies en minéraux divers tels que l'antimoine, l'or, le plomb, le zinc, l'argent, le wolfram, le cuivre, mais aussi le fer, dont la partie méridionale du département constitue un important gisement qui se poursuit au nord de la Loire-Atlantique. Cette richesse minéralogique offre donc la possibilité à l'Ille-et-Vilaine d'exploiter industriellement les produits de son sol et de son sous-sol.

Les moulins et les tanneries : deux activités ancestrales

En parfaite osmose avec le paysage hydraulique, les moulins à eau ont trouvé, par centaines, un terrain d'élection près des rivières. Le moulin, élément essentiel de l'industrie traditionnelle du monde rural, constitue le moteur de l'économie médiévale. Déjà très répandu à la fin du Moyen Age, comme en témoignent les moulins de Saint-Hélier à Rennes, de Gailieu et de la Bouëxière à Bourg-des-Comptes, le moulin du Port à Guipry ou encore les Grands Moulins de Pont-Réan, il s'imposera jusqu'au XIXe siècle.

Avec la meunerie, les métiers du cuir comptent parmi les activités traditionnelles les plus anciennes en Bretagne. Ces métiers sont aussi très courants à l'époque médiévale dans la plupart des villes du département, comme à Vitré ou à Fougères, mais, aujourd'hui, les seuls témoignages en sont des reconstructions du XIXe siècle. Cette activité semble favorisée par la présence des forêts, riches en châtaigniers et en chênes dont on extrait le tanin, par l'importance du réseau hydrographique qui apporte l'eau nécessaire aux différentes opérations, ainsi que par le grand nombre des élevages bovins qui fournissent les peaux. La statistique industrielle de l'Empire, menée en 1812 à l'initiative du ministre de l'Intérieur, dénombre cent six tanneries dans le département, concentrées essentiellement à Rennes, à Fougères, à Vitré et, ultérieurement, à Bain-de-Bretagne. En Ille-et-Vilaine, les peaux de veau corroyées ont l'avantage d'être plus légères et plus faciles à maroquiner que celles qui sont préparées dans le reste de la France. Marseille offre un débouché commercial excellent : c'est par son port que les peaux transitent vers l'Espagne et les pays orientaux. Au cours des vingt dernières années du XIXe siècle, la concurrence des cuirs américains, qui envahissent l'ensemble des marchés européens, se fait de plus en plus sentir en dépit d'une légère relance impulsée par l'industrie de la chaussure à Fougères. La poudre de tan est peu à peu remplacée par les extraits tanniques fabriqués à partir du châtaignier dans les usines Rey à Montreuil-sur-Ille et Roy et Cie à La Guerche-de-Bretagne. Créée en 1891, l'usine de Montreuil-sur-Ille - toujours en place, avec ses deux cheminées - a participé, avec les sept autres établissements Rey implantés en France et à l'étranger, au succès de l'une des plus grandes affaires internationales spécialisées dans la fabrication d'extraits tanniques. En plus de la diminution progressive du nombre des tanneries, on assiste à une augmentation de la production, signe d'une forte modernisation et d'un notable développement industriel des établissements subsistants, comme l'illustre la manufacture de cuirs lissés Zwingelstein et Cie. Fondée en 1896 à Rennes, cette manufacture - la première à avoir introduit le tannage rapide - est considérée au début du XXe siècle comme l'une des plus importantes de Bretagne ; sa renommée devient très vite nationale. Après la Seconde Guerre mondiale, le déclin des tanneries se confirme, accentué par la crise de l'industrie de la chaussure fougeraise et par l'essor des nouvelles matières synthétiques.

L'industrie de la chaussure (doc. 10)

Née dans la seconde moitié du XIXe siècle, l'industrie de la chaussure à Fougères a donné une nouvelle impulsion au travail du cuir. Mais ses débuts véritables se situent à la fin de la seconde Restauration et dans une branche dérivée de l'industrie textile. C'est vers 1829-1830 que commence la fabrication du chausson de tresse en laine, laquelle vient compléter celle du sabot en bois, très développée à l'orée de la forêt de Fougères. L'activité croît ainsi jusqu'en 1849 ; puis, à partir de 1850, en raison d'une fabrication assez grossière, elle est progressivement devancée par celle des chaussons de tissu, en feutre cousu d'abord à la main puis mécaniquement. Alors que la confection du chausson de laine était simple, assurée par une ou deux personnes, celle du chausson de feutre nécessite des opérations bien distinctes annonçant celles de la chaussure en cuir. Parallèlement, la fabrication des chaussures avec tiges de peausserie en remplacement du feutre fait son apparition - prémices de l'industrie de la chaussure en cuir ; poumon et moteur économique de la région fougeraise, elle procura du travail à la population durant près d'un siècle.

À l'instar du textile, cette industrie distingue les travaux de préparation réalisés à domicile des travaux d'assemblage des différentes pièces montées en atelier avec des machines perfectionnées. En 1872, la ville de Fougères et ses environs emploient plus de cinq mille ouvriers aux travaux de cordonnerie, soit près de la moitié de la population (onze mille habitants). Malgré une mécanisation relativement tardive, la nouvelle organisation du travail, à l'origine d'une démultiplication des tâches, entraîne une augmentation de la productivité et du nombre des salariés qui, en 1906, atteint le chiffre de douze à quatorze mille répartis dans trente-cinq usines. En 1897, sur les trente-quatre établissements en activité, six d'entre eux seulement sont mécanisés et ont adopté la machine à vapeur ou le moteur à gaz. Cette mono-industrie de la chaussure à Fougères, autour de laquelle se cristallise toute l'activité économique de la ville, induit la création de diverses industries connexes - de cartonnage, de talons en bois et en cuir (usine Le Bris et Nicoul), de formes (usine Trégis), d'emporte-pièces ou encore de modèles. De 1900 à 1914 l'industrie de la chaussure connaît son âge d'or, avec Fougères pour capitale. Mais la persistance du caractère mono-industriel de la ville qui tourne autour de ce seul marché entraîne son déclin à partir de 1950. Les trente-deux usines de chaussures dont les bâtiments subsistent sur la commune de Fougères s'assimilent à l'architecture traditionnelle ; elles sont pour la plupart en schiste et percées de grandes baies encadrées de briques ou de pierres de taille en granit, telles l'usine de talons Le Bris et Nicoul et celle de la Plaisance. Quelques-unes se distinguent de ce modèle local par une architecture plus monumentale, plus soignée, plus rythmée, en granit ou en béton armé, et parfois décorée de mosaïques, ainsi qu'en témoignent les usines Feuvrier, Barbier ou encore Morel et Gâté.

Les industries du feu (doc. 11)

Verrerie

Le déterminisme géographique qui dicte dans un premier temps les implantations des tanneries, des moulins hydrauliques ou des scieries vaut également pour les industries du feu comme la verrerie, qui recherche la proximité des forêts afin de s'y alimenter à moindre coût en matières premières. Mais, comme l'illustre le cas de la verrerie de la Haie d'Iré à Saint-Rémy-du-Plain, ce choix peut tourner, parallèlement à une industrialisation en cours, en défaveur de l'établissement en raison de son isolement. Aussi, à l'instar de l'industrie métallurgique, l'utilisation de la houille qui va remplacer le bois entraîne certains changements au sein des verreries. Leur implantation, qui n'est désormais plus tributaire des ressources naturelles, s'oriente alors vers des zones de distribution commerciale dotées d'axes de communication privilégiés. Ces transformations sont adoptées en Ille-et-Vilaine par la verrerie de Laignelet et la cristallerie de Redon qui recourent à la houille. La réussite ne sera complète que pour l'usine de Laignelet. Située à l'orée de la forêt de Fougères, celle-ci a conservé plusieurs logements ouvriers et une chapelle, alors que la plupart de ses bâtiments d'exploitation a disparu. Il s'agit là de l'un des rares sites industriels du département à avoir instauré un système social complet, d'inspiration fouriériste, avec la formation d'une microsociété au sein même de l'entreprise dotée de tous les éléments qui la composent : logements, école, chapelle, commerce, café, oeuvres sociales, etc. Seule la cristallerie de Fougères, qui a repris les ouvriers de Laignelet lors de sa fermeture en 1934, est toujours en activité.

Terre cuite

Les gisements de terre argileuse, nombreux et variés, expliquent la présence de briqueteries dans le département. La majeure partie de la production alimente le marché régional et sert pour la construction locale. Implantées de façon sporadique, les briqueteries n'ont pas véritablement marqué de leur empreinte l'histoire industrielle du département. Parmi elles, beaucoup sont restées fidèles au procédé traditionnel avec utilisation de fours à combustion intermittente où la cuisson s'effectue au bois, comme à la briqueterie du Globe de Châteaugiron ou à celle de Saint-Sauveur-des-Landes. Faute de ressources financières, ces briqueteries n'ont fait que très peu usage des procédés adoptés par la grande industrie tournée vers les fours à feu continu. Un four Hoffmann est encore en place à la briqueterie de Langon. Au XIXe siècle, l'industrie céramique rennaise s'est spécialisée dans la fabrication de pipes en terre, avec la création en 1810 de la manufacture Crétal qui, grâce à son développement, entraîne l'implantation en 1858 d'une seconde fabrique sur le Sillon, à Saint-Malo. L'argile employée pour ces pipes est alors extraite de la marne existant sous le sable de la plage du Sillon. Le voisinage du port de Saint-Malo procure à cet établissement de très grandes facilités, non seulement pour l'approvisionnement en matières premières de qualité supérieure, mais aussi pour l'écoulement de ses produits dont les colonies étrangères se montrent particulièrement friandes. À la fin du XIXe siècle, le goût de plus en plus affirmé du public pour les pipes en bruyère met un terme à cette industrie qui a joué un rôle notable par les nombreux emplois qu'elle a créés à Rennes et à Saint-Malo et par sa politique d'innovation ; caractérisée par la richesse et la diversité des modèles de sa production, celle-ci lui a valu une place plus qu'honorable sur le marché national et européen.

Chaufournerie

Le calcaire constitue une autre richesse minérale économiquement exploitable. Extrait en carrières à ciel ouvert, mais aussi, à partir du XIXe siècle, de galeries souterraines, le calcaire connaît au fil du temps plusieurs applications. Il est exploité pour la chaux hydraulique, la chaux grasse, la castine ou encore pour ses propriétés fertilisantes des sols. Appliquée comme engrais pour le chaulage et l'amendement des terres, la chaux trouve alors un excellent débouché dans l'agriculture. Vers 1850, l'activité chaufournière est vivement encouragée par les agriculteurs qui expriment une forte demande en chaux. Localisés à différents niveaux, les petits gisements de calcaire d'âge divers sont nombreux dans le département. Toutefois, il existe deux zones géographiques, autour de Rennes, où leur concentration est plus significative ; une au sud-ouest, l'autre au nord-est.

La première couvre le bassin sédimentaire tertiaire situé au centre du département et forme une ellipse allongée depuis le Rheu (au nord) jusqu'à l'ancienne mine de Pont-Péan (au sud) avec une concentration certaine à Chartres-de-Bretagne, comme en témoigne l'usine de chaux de Lormandière, qui fit édifier ses trois premiers fours entre 1865 et 1867. À la fin du XIXe siècle, la société des Fours à Chaux de Lormandière et de la Chaussairie Réunis constitue l'une des plus importantes unités de production de chaux en Bretagne. Le site de la Chaussairie n'a conservé qu'une partie de ses fours, inscrits sur l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques le 21 mai 1987. Quant au site de Lormandière, acquis par le conseil général en 1987, il fait actuellement l'objet d'une mise en valeur de ses sept fours industriels ainsi que de ses bâtiments d'exploitation, dont la salle des machines, construite en briques avec ossature et charpente métalliques.

La seconde zone géographique riche en calcaire se trouve à la limite du département de la Mayenne ; ce bassin, très étendu, affleure en Ille-et-Vilaine aux alentours de Saint-Aubin-d'Aubigné et de Gahard ainsi qu'à Izé, près de Vitré. On retiendra de préférence les sites chaufourniers de Quenon et du Bois Roux, situés respectivement sur les communes de Chevaigné et de Saint-Aubin-d'Aubigné. Implantés au milieu du XIXe siècle pour répondre à la demande croissante d'engrais par les agriculteurs, ces deux sites, comptant quatre et six fours, font partie aujourd'hui d'une propriété privée. L'industrie chaufournière s'est éteinte progressivement au XXe siècle ; aucune de ces usines de chaux n'a perduré au-delà de la Seconde Guerre mondiale. L´activité a subi la concurrence directe du grand gisement carbonifère de la Mayenne et, notamment, de la très importante usine de chaux et de ciment sise à Saint-Pierre-la-Cour, à la lisière du département.

L'industrie extractive : une richesse économique (doc. 11)

Granit, schiste, grès, cornéenne...

Outre le calcaire, d'autres matériaux extraits aussi divers que le granit, le gneiss, le schiste ou le grès, débités en pierres de taille ou en moellons, sont principalement destinés au bâtiment. Ils sont aussi utilisés dans les travaux d'équipement : réseaux routier et ferroviaire, travaux du génie civil, tels que la reconstruction en 1833 du parapet du Sillon de Saint-Malo, l'édification de ponts, la construction de bassins à flots et des écluses du canal d'Ille-et-Rance. Ainsi, tout au long du XIXe siècle, ce secteur industriel connaît un développement certain, lié aux infrastructures mises en place dans le département.

Le schiste, qu'il soit tendre, dur ou encore ardoisier, est régulièrement présent sur les deux tiers du département et s'organise en larges bandes. Le schiste ardoisier a été exploité au sud, dans les arrondissements de Redon et de Vitré, comme à Riadan, Sainte-Colombe, Sainte-Marie ou à Renac, dont il ne subsiste aucune trace industrielle. Les roches cristallines, quant à elles - granit, granulite et gneiss -, ponctuent la partie septentrionale du département. Ce granit, très varié, offre une gamme étendue dans le grain, la couleur et la dureté. Les bassins granitiques, qui ont fait et font toujours l'objet de vastes exploitations artisanales et industrielles, s'organisent dans trois grandes zones géographiques : le bassin de Louvigné-du-Désert, avec son granit gris moyen à gros grains, représenté notamment par les carrières de Montlouvier, de la Beurrière et par l'importante coopérative l'Avenir - cette dernière a conservé l'ancien foyer corporatif, témoignage architectural de la diversité technique qu'autorise ce matériau (appareillage en bossage en boule ou granit poli) ; le bassin du Coglès, qui fournit du granit gris bleu ou blanc à grains moyens homogènes ; et celui de Lanhélin, qui renferme du granit bleu à bleu foncé, fin et homogène. "Si la Bretagne possède les plus beaux granits de France, la région de Lanhélin a la prétention d'extraire le plus beau granit de Bretagne. D'un bleu foncé, aux éléments fins, réguliers, sans défaut, il peut et doit non seulement rivaliser avec les granits français mais encore avec les plus beaux granits étrangers [...] " (LEBORGNE, L. Ouest-France chez les granitiers de Lanhélin, Combourg et Saint-Pierre-de-Plesguen, Ouest-France, 29 octobre 1948).

Jusqu'au XIXe siècle, le produit de cette industrie extractive reste d'usage purement régional, voire local. Les difficultés de transport, qui se limite à un acheminement par chariot sur route ou par voie d'eau, ne permettent guère une diffusion des matériaux extraits au-delà des grands centres de production. Dans la première moitié du XIXe siècle, les techniques d'extraction demeurent rudimentaires. Il faut attendre les années 1850 pour voir se mettre en place des exploitations régulières, prenant de plus en plus d'extension, entretenues par les nouveaux débouchés tels que la construction du réseau ferré du département. Malgré cette impulsion, plusieurs carrières artisanales fonctionnent toujours en coopératives. Le Service des Mines dénombre deux cents carrières environ en 1880, quatre cent deux en 1884 et six cent vingt en 1910, employant trois mille cents ouvriers. Après la Première Guerre mondiale, l'apparition de nouvelles techniques et de nouveaux outils comme les engins à air comprimé agissant par rotation, auxquels s'ajoutent les perforatrices mécaniques, relance l'industrie du granit. En plus des reconstructions postérieures au conflit, l'érection de monuments aux morts dans toutes les communes de l'Hexagone procure de nouveaux débouchés. C'est ainsi que le bleu de Lanhélin conquiert une place prépondérante sur le marché national. Au milieu du XXe siècle, les équipements techniques continuent d'évoluer, des procédés mécaniques plus performants facilitent le sciage, la taille et le polissage de ce matériau. La Chauffetière, à Saint-Pierre-de-Plesguen, est sans doute la carrière qui s´est le plus industrialisée depuis sa création en 1825. Outre la production de monuments funéraires, les carrières de granit du nord de l'Ille-et-Vilaine fournissent des plaques de granit poli destinées au revêtement des façades ainsi que des bordures de trottoirs et des pavés. Les exploitations de cornéennes, roches compactes à grains très fins, situées à Louvigné-de-Bais, à Saint-Broladre, à Fougères, à Vieux-Vy-sur-Couesnon, et les grès armoricains de Martigné-Ferchaud, de Liffré, de Paimpont, de Guichen, de Pléchâtel ou d'Iffendic fournissent des granulats de concassage.

Ardoise

Exploitées à ciel ouvert, les ardoisières consistent généralement en de petites excavations d'une vingtaine de mètres de profondeur, presque toutes ouvertes sur des terrains vagues appartenant aux communes. Hormis de rares sites qui se démarquent par une exploitation plus industrialisée - les ardoisières du Plessix, situées sur la commune de Coësmes, celles de Riadan, sur la commune de Pléchâtel - la majorité de ces exploitations reste à un stade artisanal. Les ardoisiers - part-time farmers -, parallèlement à leurs travaux agricoles, exercent un second métier assurant un complément de revenu à leur famille. Mais cette pluri-activité est à l'origine d'une exploitation non structurée qui aurait pu fournir davantage de produits si elle avait disposé de moyens techniques et financiers. La plupart du temps, le schiste ne se révèle de bonne qualité qu'à une certaine profondeur et, très souvent, les petites associations d'ouvriers qui dirigent les carrières d'ardoises les abandonnent au meilleur moment, faute de moyens suffisants pour l'épuisement des eaux. L'activité ardoisière se développe néanmoins au milieu du XIXe siècle, grâce, notamment, à la généralisation du chemin de fer. Les carrières d'ardoises de Riadan à Pléchâtel et de Rochepierre à la Couyère sont alors les seules du département à être mécanisées, recourant aux machines à bras et à vapeur pour scier le schiste et assurer l'exhaure. Mais, face à la concurrence des ardoisières de l'Anjou et de la Mayenne, la fermeture des carrières d'ardoises d'Ille-et-Vilaine se profile vers 1900. La dernière ardoisière en exploitation est celle du Plessix, qui stoppe toute activité en 1933. Créée en 1840, elle est la seule à avoir laissé quelques vestiges sur le terrain : cité ouvrière, logements individuels, salle des machines, terrils, une descenderie inclinée à 45°, un atelier de forge ; ses deux cheminées d'usine ont été détruites dans les années 1950.

Les mines : une industrie prospère jusqu'au XIXe siècle

Caractérisées par une succession de déclins et d'élans de prospérité, les mines bretonnes ont compté durant l'époque moderne et en partie au XIXe siècle parmi les plus modernes et les plus productives d'Europe. Qu'il s'agisse de gisements ferrifères, de plomb et zinc argentifères, d'or, d'étain ou de wolfram, tous ont fait l'objet d'une exploitation à plus ou moins grande échelle, donnant ainsi naissance à de très importantes mines souterraines ainsi qu'à de nombreuses minières de fer à ciel ouvert. La diversité et la qualité de ces gisements sont au coeur d'un développement technologique, industriel et social original du département, trop souvent assimilé à la seule économie agricole et de pêche pour la frange littorale. Dès 1766, une lettre écrite par l'intendant de Bretagne fait état de cette richesse minéralogique : " Aucune province n'est plus abondante que la Bretagne en mines et minéraux de toute espèce dont la plus grande partie n'est pas encore mise en exploitation [...] ." En effet, à cette date, seule la mine de plomb argentifère de Pont-Péan, concédée en 1730, est en activité en Ille-et-Vilaine. Situé à une dizaine de kilomètres au sud de Rennes, Pont-Péan possède le filon de plomb et de zinc le plus substantiel du Massif armoricain et l'un des plus riches d'Europe. L'importance de cette mine, qui emploiera un millier d'ouvriers, la qualité et les moyens mis en oeuvre pour son exploitation justifient sa mention dans la Description historique, topographique et naturelle de la province de Bretagne, rédigée entre 1734 et 1756 par le président de Robien. De même, ses aménagements hydrauliques de haute technicité, mis en place par l'ingénieur P.-J. Laurent, illustrent l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert (1765) et servent de référence aux articles consacrés aux pompes et au plomb.

Un second filon de plomb et de zinc, qui interrompt le vaste massif granitique de Fougères, est exploité au lieu-dit la Touche, sur la commune de Vieux-Vy-sur-Couesnon (y subsistent des logements). Conjointement, un gisement d'antimoine est découvert en 1892 au Semnon, à proximité de Martigné-Ferchaud ; l'exploitation a cessé dans les années 1920, ne laissant que peu de traces. Dans le cadre des travaux de prospection du début du XXe siècle, des sondages sont effectués à Montbelleux (commune de Luitré) et sur la commune de Parcé, permettant la découverte d'un gîte de wolfram sous la butte du Haut-Montbelleux ; une concession de wolfram, d'étain et de métaux connexes y est instituée en 1905. Exploitée jusqu'en 1983, la mine de Montbelleux constitue le seul site minier du département à avoir conservé un chevalement métallique.

Les gisements de minerai de fer du département forment le prolongement occidental de la grande zone de minerai sud-armoricaine qui s'étend " [...] du Maine et de l'Anjou jusqu'à la Haute Bretagne, de la Sarthe à la Vilaine, dans des formations géologiques d'âges différents. On peut y distinguer trois bandes orientées est ouest, partant l'une de la Sarthe, la seconde de la région de Segré, la troisième de la région d'Angers, et venant toutes trois se confondre à l'ouest, dans une zone où le minerai est plus riche et plus abondant, autour de Châteaubriant. Cette région particulièrement riche intéresse le sud du département d'Ille-et-Vilaine et notamment les communes de Teillay, Saint-Sulpice-des-Landes, la Dominelais et Ercé-en-Lamée [...] " (Ille-et-Vilaine, Paris : Hachette, 1924, p. 18). C'est en effet sur ces communes que vont avoir lieu, tout au long des XIXe et XXe siècles, de nombreux travaux de recherche engendrant plusieurs exploitations à plus ou moins grande échelle suivant les niveaux géologiques des minerais. Ceux du primaire, qui s'enfoncent en profondeur, nécessitent une exploitation souterraine ; ceux du tertiaire, situés en couches superficielles, sont exploitables à ciel ouvert. Relevant de la première catégorie, la mine de fer de la Brutz à Teillay est concédée en 1920 aux Établissements J.-J. Carnaud & Forges de Basse-Indre ; elle fait aujourd'hui l'objet d'un important programme de reconversion en un espace culturel et touristique consacré à l'histoire de l'industrie minière régionale. Les minières qui appartiennent à la seconde catégorie sont essentiellement localisées sur les communes de Saint-Sulpice-des-Landes, de La Dominelais, du Grand-Fougeray, de Pléchâtel, de Martigné-Ferchaud, de Paimpont, de Dourdain et de Liffré ; à ciel ouvert, elles font appel à d'autres procédés techniques que les mines souterraines : les minerais de fer extraits ne subissent qu'un concassage et un triage à la main, qui s'exécutent habituellement près des hauts fourneaux auxquels ils sont destinés, comme à Paimpont, à Sérigné, à la Vallée et au Plessix-Bardoult.

À partir du Second Empire, l'exploitation des minières d'Ille-et-Vilaine décline en raison de l'importation du minerai de fer de Bilbao. Actuellement, seule reste en activité celle de Croppé, au sud-est de Teillay, qui appartient à la Société Minière et Industrielle de Rougé (SESMIR) dont l'usine de traitement - vers laquelle est acheminé le minerai destiné aux cimenteries - se trouve à Rougé, en Loire-Atlantique.

La métallurgie : complicité avec le milieu naturel (doc. 12)

Essaimées le long des cours d'eau pour la force motrice, les forges sont situées à proximité des minières pour l'alimentation en matière première et près des forêts pour le combustible. C'est dans ce cadre géographique et à compter du XVIIe siècle que se développent les forges au bois implantées dans les forêts du département d'Ille-et-Vilaine ; la méthode wallonne y est pratiquée, procédé indirect fournissant de la fonte issue du haut fourneau puis convertie en fer dans la forge d'affinerie. Ce procédé, amené à évoluer à partir du XVIIe siècle, est largement employé jusqu'au Second Empire, époque de la disparition progressive de la métallurgie traditionnelle au bois supplantée par l'utilisation de la houille et du coke. Les meilleurs exemples, jusqu'au début du XIXe siècle, de l'application de cette méthode sont fournis par les deux sites métallurgiques de Paimpont et de Martigné-Ferchaud : ainsi les forges de Martigné, reproduites en 1735, illustrent l'ouvrage de C.-P. de Robien, comme celles de Paimpont l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, les structures industrielles des usines à fer, complétées par d'autres installations mues par la force hydraulique, se greffent autour de l'usine, formant ainsi des ateliers de finition tels que la fenderie (ancêtre du laminoir) ou la tréfilerie. Au début du XIXe siècle, les forges de Paimpont comptent deux hauts fourneaux, deux feux d'affinerie, un feu de chaufferie découvert, deux gros marteaux, un martinet, une fenderie double et un bocard destiné à concasser le minerai.

Au milieu du XIXe siècle, la fonte en gueuse produite au bois est très prisée par les usines au coke pour la fabrication de leur fer car elle leur assure un métal de meilleur qualité. Ainsi, les entreprises de la Roche et de Martigné expédient leur fonte aux forges de Basse-Indre, près de Nantes, et de la Joie, près d'Hennebont. Jusque vers 1850, on assiste donc à la création de nouvelles forges au bois, dont celles de la Vallée (1808) et de Sérigné (1821) à La Bouëxière ; le haut fourneau des forges du Plessix-Bardoult à Pléchâtel (en parfait état de conservation tout comme la halle à charbon et les logements reconvertis en habitations) date de 1828. Dépourvu d'un réseau de voies de communication développé, le marché du département reste cependant cloisonné ; l'apparition de ces nouvelles usines métallurgiques permet de satisfaire la demande locale d'un milieu agricole en quête d'instruments aratoires.

Une reconversion au service d´un département agricole (doc. 14 et 15)

La période comprise entre 1860 et 1870 - qui correspond à une avancée technologique appréciable dans l'histoire de la sidérurgie - s'avère décisive quant à l'avenir de la métallurgie traditionnelle au bois, condamnée, soit à disparaître, soit à adopter le modèle anglais ou à se reconvertir. Ainsi les forges de Sérigné se sont spécialisées dans la fonderie de seconde fusion, et celles de la Vallée se sont lancées dans la fabrication de fers de charrues ou d'autres instruments aratoires et dans celle d'objets domestiques moulés. Tandis que les usines de la Vallée cessent leur activité à l'extrême fin du XIXe siècle, celles de Sérigné perdurent jusqu'en 1921, avant d'être relayées en 1922 par la fonderie Brisou implantée à Servon-sur-Vilaine. Aux forges de Paimpont, si les hauts fourneaux s'arrêtent en 1884, un atelier de construction mécanique continue de fonctionner jusqu'en 1954. Il n'est pas rare de rencontrer, dès le Second Empire parfois, une usine de ce type associée à la fonderie. Fondée en 1864, l'entreprise Chevalier à Redon acquiert ainsi une importance corrélative au développement des ateliers de construction mécanique créés en 1862, dans la même ville, par J. Garnier, alors directeur des ateliers de construction de machines agricoles des Trois-Croix à Rennes ; la fonderie Chevalier fournit en effet les pièces de fonte brute nécessaires à la fabrication du matériel agricole produit par l'usine Garnier ; ces deux grands sites redonnais sont toujours en place, en partie remaniés et détruits.

L'industrie métallurgique du département se décline également sous d'autres formes, plus ponctuelles, comme l'attestent l'usine de lits en fer Boursin et Wessbecker implantée à Vitré ainsi que l'usine de limes localisée à Betton. La construction automobile - en pleine expansion dans les années 1960 avec l'arrivée de Citroën dans la banlieue de Rennes - fait son apparition dès la fin du XIXe siècle à Redon, à Vitré et à Rennes où, au début du XXe siècle, les sociétés Quinton et Lepeltier emploient à elles deux une centaine d'ouvriers. Si l'on en croit les annuaires des années 1920, l'usine Quinton est considérée comme la plus importante manufacture de voitures de luxe et de commerce de la région.

Le textile : symbiose entre agriculture et industrie

Par son climat maritime et tempéré, par la diversité de ses sols, le département réunit les conditions idéales pour la culture du chanvre et du lin. À l'époque moderne, le chanvre s'épanouit dans les vallées de la Vilaine et de ses affluents qui arrosent l'ensemble du bassin de Rennes. La grosse toile de chanvre écrue appelée canevas est alors expédiée dans les Flandres, par Saint-Malo, ainsi qu'en Angleterre. Jusqu'au XIXe siècle, où elle commence à décliner, l'industrie textile représente pour l'Ille-et-Vilaine une activité prospère qui occupe une grande partie de sa population et s'insère dans un réseau complexe de transferts et de services intra-régionaux. Une phase de repli s'amorce au siècle des Lumières, engendrée non seulement par une réglementation abusive menée par la politique de Colbert - toute forme évolutive est gelée - mais encore par la fréquence des guerres. La production se relève sous le règne de Louis XVI, jusqu'aux événements de 1789.

L'organisation de l'industrie textile offre deux aspects. Les protofabriques et les manufactures royales ou privilégiées représentent la grande industrie, concentrée en un même lieu et employant un certain nombre d'ouvriers placés sous une même direction ; leur fabrication, alors qualifiée de régulière, est localisée essentiellement à Rennes et à Châteaugiron - n'y subsiste aucun témoignage architectural- et, dans une moindre mesure, à Fougères. A l'opposé figure la petite industrie textile, la plus nombreuse, disséminée dans les campagnes. Organisée en une sorte de micro-économie, avec ses caractéristiques propres - fondement de son originalité mais aussi de sa disparition inéluctable au XIXe siècle -, cette fabrication textile rurale est assurée par des cultivateurs et des tisserands qui y trouvent une source de revenus complémentaires. Ils s'adonnent aux préparations nécessaires (rouissage, teillage ou broyage) que doivent subir le chanvre et le lin une fois parvenus à maturité. La filasse obtenue est alors mise en quenouille puis filée au rouet par les épouses, les enfants, voire les domestiques des agriculteurs. Apprêté, le fil est ensuite transformé en toile par les tisserands.

Cette production rurale est déjà spécialisée. Sous l'Ancien Régime, et jusqu'à sa disparition, elle est principalement tournée vers la fabrication de toiles pour les voilures des vaisseaux et navires ; la qualité du chanvre filé à la main est unanimement reconnue et appréciée sur le plan national. D'autres productions secondaires sont destinées au service de la marine : toiles à hamacs et à fonçures, de cargaison, tentes, sacs. Un peu partout dans le département se constituent des petits pôles industriels locaux, lesquels baptisent de leur nom les toiles confectionnées : les Vitré, Pertre, Fougères, Saint-Georges, Noyales, etc. La répartition des tâches et l'organisation de cette industrie rurale sont parfaitement relatées dans ce texte de 1851 (AD 35 : 9M 16) :

" L'industrie qui occupe et qui retient dans les campagnes une aussi nombreuse population pour la culture, la préparation et l'emploi du chanvre permet au père de famille de travailler près de son foyer, au milieu de ses enfants, à la fileuse, au tisserand, de ne pas abandonner le pays qui l'a vu naître, au vieillard et à l'enfant de se rendre encore et déjà utiles. [...] En effet, dans les cantons ruraux [...] presque tous les fermiers sont tisserands : après avoir récolté la plante textile, l'avoir dépouillée et convertie en filasse, la famille la met en oeuvre : le père travaille à son métier, la mère file tout en vaquant à ses autres occupations et les petits enfants dévident les trames. On a souvent dans chaque maison deux ou trois métiers et on occupe alors un ou deux ouvriers. Les jeunes filles réunies dans des veillées utilisent les longues soirées d'hiver. [...] "

Le déclin de l'industrie textile

Les guerres de la Révolution et de l'Empire portent un coup terrible à l'industrie textile en lui enlevant une grande partie de ses débouchés (l'exportation maritime vers Cadix ou les Antilles est désormais très difficile). De même que le retrait de la marine marchande - l'industrie des toiles n'a plus alors pour seuls clients que les corsaires malouins et la marine de l'Etat - annonce son déclin et sa disparition, devenus inévitables face à l'introduction de la mécanisation autour de 1840 et à la concurrence croissante, comme celle des lins filés provenant notamment de Russie, d'Italie et de Prusse. Les autorités, pourtant, mettent tout en oeuvre afin de maintenir le plus longtemps possible en activité la fabrication des toiles à la campagne et lui conserver ainsi un niveau satisfaisant : durant la dernière décennie de la Monarchie de Juillet, elle utilise trois à quatre mille métiers battants, sa production annuelle atteignant un chiffre d'affaires de trois millions de francs alors que celui des manufactures ne s'élève qu'à un million. Dans ces conditions, et grâce aux commandes de la marine de l'Etat, la production rurale des toiles en Ille-et-Vilaine persiste jusqu'à la fin du Second Empire, et même au-delà, jusqu'au début de la Troisième République. Puis, à la fin du XIXe siècle, cette industrie subit les conséquences d'une modernisation extérieure qui l'oblige à disparaître ou à se reconvertir.

Face à l'essor du chemin de fer, à la multiplication des axes de communication terrestre et devant l'extension de la navigation à vapeur, l'usage de la toile à voiles diminue fortement. De plus, les matières premières jusqu'alors utilisées sont renouvelées : le coton tend à supplanter le chanvre et le jute est substitué au chanvre et au lin dans beaucoup d'articles à bas prix tels que les toiles à sacs, les cordes, les ficelles. La disparition de la fabrication rurale est suivie dans un deuxième temps par la baisse de la production mécanisée, fortement menacée par la concurrence des grandes usines textiles du Nord auxquelles sont concédées de nombreuses adjudications. Après avoir marqué le département plusieurs siècles durant, l'industrie des toiles de chanvre et de lin n'existe plus, au début du XXe siècle, que de façon sporadique. En raison de son activité majoritairement à domicile, aucune trace industrielle n'en subsiste, si ce n'est l'usine d'Iné, filature mécanique implantée à Fougères dans la seconde moitié du XIXe siècle. En 1861, elle se compose d'ateliers de teillage et de filature de lin et de chanvre, et d'ateliers de tissage de toiles actionnés en 1876 par deux machines à vapeur ; fermée vers 1898, elle sera reconvertie en usine de chaussures. Bâtie en schiste, largement éclairée par une quinzaine de travées de baies à arc surbaissé encadrées de briques, l'usine d'Iné illustre le modèle type de l'usine de chaussures fougeraises - là où le travail minutieux effectué dans les ateliers exige un éclairage maximal.

Omniprésence des industries agro-alimentaires (doc. 13)

Meunerie

L'agriculture constitue la ressource essentielle de l'économie du département. Elle a joué un rôle prépondérant dans la reconversion de certaines branches d'activité, telles l'industrie métallurgique, qui s'est spécialisée dans la fabrication d'instruments aratoires, et l'industrie chimique, qui développa la production d'engrais. La meunerie a participé pleinement à l'essor de l'industrie agro-alimentaire : en témoignent les nombreuses transformations de moulins en minoteries industrielles dans la seconde moitié du XIXe siècle. La statistique impériale de 1809 - enquête nationale menée à l'initiative du ministère de l'Intérieur - dénombre sept cent vingt-cinq moulins à eau et cent soixante-seize moulins à vent, soit un total de neuf cent un établissements en Ille-et-Vilaine. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, ils ne sont plus que trois cent deux dont vingt et un moulins à vent. L'enquête de terrain, qui a permis le repérage de deux cent onze moulins, n'a sélectionné que les moulins hydrauliques et les moulins à marée, qui font figure d'exception au plan national, comme ceux de Quinard et de Beauchet établis sur la Rance. Seul le moulin à vent du Tertre, situé au Mont-Dol, a fait l'objet d'une notice individuelle à titre de cas représentatif. Ce choix restrictif trouve son explication dans la structure architecturale même du moulin à vent qui n'autorise pas d'évolution technologique interne et donc pas d'industrialisation.

La diminution progressive du nombre des moulins au cours du XIXe siècle est due à la mutation de certains d'entre eux en minoteries et à leur adaptation à un système industriel de production de masse au détriment des petits moulins qui n'ont pas su ou pas pu évoluer par manque de crédits. L'apparition des broyeurs à cylindre et le développement des moteurs énergétiques sont autant de facteurs qui expliquent la disparition des moulins artisanaux, également tributaires du réseau hydraulique. Bien souvent établis sur de modestes cours d'eau à faible débit, les moulins souffrent régulièrement des périodes d'étiage, comme celui de Trégueneuc, situé à Quédillac, ou celui de la Roche, à Mézières-sur-Couesnon. Le moulin ne fonctionne donc que quelques mois par an et, dès lors, ne peut en aucune façon concurrencer les minoteries qui, dotées de machines à vapeur puis de moteur à gaz pauvre, produisent en continu et vers lesquelles se tourne désormais la clientèle. Sur les quarante-quatre moulins étudiés, quarante et un sont actionnés par l'énergie hydraulique ; deux autres, datés du premier quart du XXe siècle, implantés en milieu urbain, à Châteaugiron et à Saint-Aubin-du-Cormier, utilisent un moteur à gasoil. Quant au moulin du Tertre, qui a conservé ses ailes et tout son mécanisme intérieur, il a recours à l'énergie éolienne. Sur ces quarante et un moulins hydrauliques, treize ont conservé leur roue verticale, à aubes pour la plupart, trente-trois ont conjugué énergie hydraulique et énergie thermique, et vingt ont été électrifiés. Certaines de ces minoteries sont toujours en activité, dont celle d'Epron à Nouvoitou, les Grands Moulins de Martigné-Ferchaud ou ceux de Rennes, qui présentent une très belle architecture ; élevée sur trois étages, la minoterie rennaise se compose de trois corps de bâtiment accolés, en schiste pourpre et en briques, avec ossature métallique pour le bâtiment d'eau central.

Laiterie, fromagerie et distillerie

L'industrie agro-alimentaire est également représentée par les laiteries et les fromageries, ainsi que par les distilleries de cidre. Ces branches industrielles se caractérisent à leurs débuts par des structures artisanales dues pour la plupart à des initiatives locales et à des capitaux familiaux. Aussi, ces entreprises sont de petite taille et ont peu de chance d'évoluer ou de se moderniser. Quelques groupes laitiers se sont pourtant distingués de ce schéma général, grâce à certains pionniers qui ont structuré progressivement l'industrie laitière en la faisant passer d'une organisation familiale à une échelle industrielle : la famille Delisse, initiatrice de l'actuelle Compagnie Laitière Normandie Bretagne et Fromagerie Entremont à Montauban-de-Bretagne, illustre parfaitement ce parcours ; le groupe Bridel trouve son origine dans une vieille affaire de négoce de beurre fermier créée au cours du XIXe siècle ; enfin, la famille Ravalet, fondatrice en 1873 de la première entreprise laitière du département, donne naissance au groupe Triballat implanté à Noyal-sur-Vilaine. Selon une enquête de 1902, le département d'Ille-et-Vilaine constitue le premier centre producteur laitier français, en dépit d'une industrialisation très limitée.

Le pommier occupe aussi une large place dans l'agriculture du département et, dans les villes comme dans les campagnes, le cidre étant la boisson ordinaire des habitants. Au XIXe siècle, ainsi que la production laitière, la fabrication du cidre est régulièrement assurée dans toutes les fermes et, bien souvent, le produit de la vente apporte un appoint non négligeable dans les paiements du fermage ; le cidre de Loïc Raison à Domagné est de notoriété nationale. Au cours du XIXe siècle, le bon fonctionnement des brasseries semble dépendre en partie de celui des cidreries. La brasserie Graff et Richter, dont le processus de fabrication est importée d'Alsace à la fin du XIXe siècle, est la seule brasserie ancienne toujours en activité dans le département ; implantée à Rennes en 1872 et reconstruite sur son site actuel en 1927, elle est aujourd'hui connue sous le nom de Brasserie Kronenbourg et possède une salle de brassage renfermant trois belles cuves en cuivre.

Une architecture industrielle influencée par un art de bâtir régional

L'importance de l'industrie traditionnelle implantée en milieu rural induit un type d'architecture qui répond à un art de bâtir régional, avec une majorité de constructions édifiées à partir des matériaux locaux : schiste et granit. Cette architecture vernaculaire concerne les moulins et les minoteries, les tanneries, les verreries, les forges, ou encore les usines de chaussures de Fougères presque toutes érigées en schiste, avec des encadrements de baies en briques ou en pierres de taille en granit. Au regard des sites inventoriés et en fonction des modèles architecturaux génériques qu'ils ont adoptés, il apparaît que les contraintes techniques ont entraîné une certaine uniformité dans la construction industrielle, par secteur d'activité. On remarque en effet, par branche industrielle, une constance non seulement dans les grandes lignes architecturales, mais aussi dans la disposition des bâtiments, où chaque implantation est le résultat d'un impératif fonctionnel.

Les forges profitent ainsi d'un environnement géographique favorable à leur fonctionnement et l'organisation de leurs bâtiments répond à un choix stratégique destiné à limiter tout effort de manutention et à recevoir une alimentation énergétique. On observe cette même distribution concertée au sein des tanneries, où les ateliers sont établis au fil de l'eau en fonction des besoins. Les briqueteries et les verreries bénéficient autant d'un milieu naturel privilégié, à proximité des matières premières et du combustible. Comme elles, les fours à chaux profitent de cet atout ; les sites chaufourniers sont aussi le lieu où l'on modèle le site si besoin est, en intervenant par exemple directement sur l'excavation ou sur les levées de terre pour y créer des rampes d'accès (Chevaigné). Malgré la présence parfois insolite, au détour d'un bois ou à l'orée d'une forêt, d'édifices remarquables dotés d'une puissance massive, tels que ces fours à chaux ou les hauts fourneaux, la construction industrielle du département conserve, jusqu'à la fin du XIXe siècle, un caractère vernaculaire et ne subit guère de véritables métamorphoses. Ce n'est réellement qu'à partir du XXe siècle que le paysage industriel apparaît sous un nouveau jour, avec le développement croissant du machinisme et des nouvelles sources énergétiques. L'emprise parcellaire des sites usiniers, affranchis des sources énergétiques naturelles, s'étend progressivement ; ils se situent dès lors sur des axes de communication privilégiés et se voient régulièrement dotés d'un embranchement ferroviaire (distilleries à Antrain ; l'Hermitage ; usine de produits chimiques Delplace à Dol).

En plus de cette nouvelle dimension, l'architecture industrielle se transforme en adoptant les nouveaux matériaux que sont le métal et le béton. D'abord employé timidement comme simple matériau de substitution, le métal se diffuse ensuite et apparaît dans les ossatures et dans les charpentes (Blanchisserie du Progrès à Rennes). La part belle est faite au béton, qui se répand dans la construction industrielle en raison de ses capacités et de ses qualités techniques (usine de confection Brohan à Rennes). Ce matériau est davantage employé dans l'édification des distilleries, des usines d'engrais ou de produits chimiques, des usines de menuiserie et des scieries. Les matériaux synthétiques et le métal en couverture, d'une importance relative, sont généralement associés à cette nouvelle génération d'établissements. Les sheds à charpente métallique concernent moins d'une trentaine d'établissements industriels, essentiellement des usines de chaussures à Fougères. La fonctionnalité de l'usine devient exacerbée et donne alors naissance à une architecture dont la simplicité formelle est poussée à l'extrême. Elle repose sur des volumes géométriques primaires qui s'adaptent à un équipement industriel interne et se dégage du répertoire architectonique traditionnel, même si quelques rares initiatives patronales souhaitent affirmer le prestige de leur entreprise par une volonté d'ostentation et parfois un retour au classicisme (imprimerie Ouest-Eclair ; usine de pelleterie J. Louisil). La technique de l'aggloméré, qui substitue le parpaing à la pierre, se développe. Le caractère industriel des nouvelles constructions est d'autant plus visible que la souplesse mécanique de ces matériaux est à l'origine d'une enveloppe qui s'adapte à la fonction de chacun des ateliers. La technologie interne, déjà lisible pour les constructions antérieures, est encore visible ici comme l'illustrent les bâtiments des colonnes de distillation. Mais le minimalisme architectural vers lequel tendent ces nouvelles usines va de plus en plus limiter cette lecture (usine de construction mécanique Helbert). Les zones industrielles constituent le point d'aboutissement d'une architecture entièrement déshumanisée qui consiste en un volume simpliste d'essentage de tôle où les longues chaînes de production ne constituent plus à elles seules que le coeur et le fondement intrinsèque de l'usine.

Architecture industrielle, urbanisme et patrimoine

La construction industrielle est aussi une architecture mimétique. Ce constat est surtout valable en milieu urbain où de nombreux ateliers se fondent dans le tissu de la ville, rejetés en fond de parcelle ou dissimulés derrière une façade d'immeuble. L'interpénétration des architectures civiles et industrielles est également attestée sur les sites où se juxtaposent logements patronal et ouvriers, et usine. Ainsi, les traces de l'industrie sur l'environnement ne se limitent pas à la seule présence de ses bâtiments d'exploitation mais encore à l'édification de cités ouvrières, qui constituent au sein de l'urbanisme des ensembles distincts et autonomes (Fougères). Le paysage, qu'il soit rural ou urbain, est ainsi fortement imprégné de l'architecture des usines qui n'est pas seulement assujettie à un rôle fonctionnel, mais qui traduit tout autant l'expression d'une culture de la modernité. L'architecture industrielle d'Ille-et-Vilaine est avant tout une architecture du travail, la plupart du temps dépourvue d'esthétique, mais témoignant magnifiquement du site vécu.

Le nom des architectes des usines étudiées est rarement mentionné hormis quelques-uns à l'origine d'établissements plus ostentatoires comme l'imprimerie Ouest Eclair, édifiée à Rennes dans les années 1910 par les architectes E. et R. Guillaume, ou encore l'usine de chaussures Morel et Gâté à Fougères, réalisée en 1927 par l'architecte vitréen L. Gauvin et dont les mosaïques sont signées Odorico.

Actuellement, six édifices industriels bénéficient d'une protection au titre des monuments historiques : le moulin à marée de Beauchet, situé à Saint-Père, inscrit sur l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1986 ; le bâtiment administratif de la mine de Pont-Péan, inscrit en 1985 ; les trois moulins à vent dits les "Mondrins", implantés à Cherrueix, et le moulin à vent du Tertre, situé au Mont-Dol, tous quatre inscrits en 1977. Une démarche de protection est en cours pour la dernière chaudière à vapeur en activité du département, qui en comptait près de mille en 1910 : une chaudière Babcock et Wilcox, datée de 1937, provenant de l'usine de menuiserie Rossignol à Argentré-du-Plessis et destinée à intégrer le site minier de Teillay en cours de réhabilitation.

Introduction extraite de : GASNIER, M. Patrimoine industriel de l'Ille-et-Vilaine. Paris : Editions du Patrimoine, 2002. 286 p. (Indicateurs du Patrimoine).

Aires d'études Ille-et-Vilaine

Le repérage du patrimoine industriel d'Ille-et-Vilaine relève d'un partenariat entre l'Université de Haute Bretagne Rennes II et la direction régionale des Affaires Culturelles de Bretagne. L'étude s'inscrit dans le cadre des recherches menées au plan national par l'UMR22 (CNRS) et mises en oeuvre dans les services régionaux de l'Inventaire. Débuté en 1998, le repérage du patrimoine industriel d'Ille-et-Vilaine s'est achevé en 2000. Deux cent cinquante quatre notices architecture (Mérimée) associées à un dossier de documentation ont été mises en forme (doc. 1), ainsi qu'un dossier collectif, ce dossier généralités, et trente-deux notices Palissy relatives à des machines de production. Quatre-vingt-dix-neuf des trois cent cinquante trois communes du département sont concernées par cette étude avec une concentration industrielle notable à Fougères, capitale mondiale de la chaussure et ville industrielle principale du département. Parmi les deux cent cinquante quatre établissements étudiés, cent soixante neuf n'abritaient plus aucune activité industrielle au moment de l'enquête et quarante-quatre s'inscrivent dans un dossier collectif plus conséquent. Ce dernier permet, dans un secteur d'étude donné, d'effectuer une sélection raisonnée d'un grand nombre d'édifices choisis en fonction de leur représentativité. Ainsi, le choix du dossier collectif est allé de soi pour dégager les principales caractéristiques des deux cent onze moulins repérés au cours de cette enquête. Les quarante-quatre moulins hydrauliques étudiés sont ainsi répartis dans quatre familles principales.