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Rue Colvestre (Tréguier)

Dossier IA22133193 réalisé en 2017

Fiche

De tous temps, cette rue s’appela la rue Colvestre sauf pendant une courte période lorsqu’elle prit le nom de "rue de la Marie"1. Longue de 100 mètres, la rue Colvestre démarre au nord-ouest de la place du Martray, devant le portail ouest de la cathédrale Saint-Tugdual, pour s’achever au carrefour des rues des Perdreries et de Saint-François. Elle est rejointe au sud par la venelle dite de la "Maison des Trois Avocats" (nommée ainsi en 1817) venant de la venelle Kercoz.

Elle constitue l’un des axes majeurs de la ville de Tréguier menant, du "cœur ancien" au bâti relativement aggloméré (ensemble cathédrale, maisons de la place du Martray et de la rue Renan et port sur les rives du Jaudy…) vers Plouguiel (via un bac sur le Guindy) et vers la campagne à l’ouest via la rue des Perdrix (Perdreries), la rue du Champ Lainé et le chemin des Moulins à Minihy-Tréguier franchissant le ruisseau de Goas Michael… (il s’agit des toponymes relevés sur le cadastre de 1834). La rue Colvestre semble être la poursuite - vers l’ouest - de la "Grande rue", actuellement rue Renan.

La rue Colvestre concentre un nombre important de maisons et demeures construites en pierre (numéros 4, 5, 6, 8, 9, 15, 18, 24) ou en pan de bois (numéros 1, 3, 7, 12, 14, 16, 17, 26) voire, associant les deux modes de construction (numéros 10, 13, 20 et 22 à l’origine). Plusieurs maisons sont dites "prébendales" sans que l’on puisse identifiée avec certitude lesquelles. Trois demeures : "hôtels" ou "manoirs urbains" ont pu être étudiés aux numéros 10 ("manoir de Kergnec'h"), 13 ("maison dite des Trois Avocats") et 22 (maison dite "Maison de Jean V"). C’est dans cette rue, à l’emplacement de la maison située actuellement au numéro 11, connue sous le nom d’"Hôtel de Tournemine", qu’aurait débuté le procès de canonisation de Yves Hélory de Kermartin alias Saint-Yves le 23 juin 1330. Cette maison doit son nom à Guillaume de Tournemine cité comme trésorier de la cathédrale de Tréguier (fils de Geffroy de Tournemine, seigneur de La Hunaudaye et frère de Geoffroy II de Tournemine, évêque de Tréguier de 1296 à 1310)2. La maison à pan de bois située au numéro 7 semble correspondre à l’ancien auditoire de justice comme le suggère sa charpente datable du 15e siècle et la profondeur (selon une description, ce bâtiment était long de 42 pieds 6 pouces soit quasiment 13 mètres de profondeur). A proximité immédiate se trouvait une geôle. Les maisons à pan de bois de la rue Colvestre – en dépit de leur inégal état de conservation et d’authenticité constituent des témoins précieux pour l'histoire de la maison urbaine dans le Trégor, à la fin du Moyen-Age.

Plusieurs bâtiments sont datables du début du 17e siècle comme la maison située au numéro 11 doté d’un escalier rampe sur rampe ou la maison au numéro 26 datée de 1628 (escalier en vis en bois). Ces reconstructions pourraient être consécutives de destructions survenues lors d’un épisode des guerres de la Ligue en Bretagne (1588-1598). Selon Nicole Chouteau, quatre maisons auraient ainsi brulé durant cette période dans la rue. Les rez-de-chaussée de certaines maisons abritaient dès l’origine des boutiques visibles à leur étal comme au numéro 15.

La maison située au numéro 9 est connue comme la maison de la famille Ansquer, négociant en vins et en cidres. De cette activité subsiste une vitrine rue Colvestre mais aussi un vaste entrepôt ("Constructions / métalliques / P. Lucas / Saint-Potan, C[ôtes] d.[u] N.[ord]") accessible depuis le venelle Kercoz. A l’intérieur de cette maison (vraisemblablement datable du 17e siècle à sa porte moulurée en arc plein cintre et à l’une de ses cheminées) subsistent de nombreux vestiges de cette activité : cuves pour le stockage du cidre, instruments et outils destinés à l’embouteillage du cidre, casiers à bouteilles marqués "Joseph Ansquer / Vins Tréguier", tonneaux, bouteilles vides, bouchons et opercules neufs… Eclairé par deux lucarnes en bois, l’étage de comble abrite une alcôve avec armoire / étagère destinée à recevoir un lit.

Selon Nicole Chouteau, on dénombrait en 1875 dans cette rue : six auberges, un hôtel et treize commerçants.

1Mairie située au numéro 5 avant son transfert dans l’ancien palais épiscopal en 1923. Selon Nicole Chouteau, cet immeuble aurait été reconstruit en 1828 et rehaussé d’un étage en 1862.2Voir, LA BORDERIE, Arthur (de) et alii, Monuments originaux de l’histoire de saint Yves publiés pour la première fois, Saint-Brieuc, 1887 [désormais : Monuments], Saint Yves - Enquête de canonisation. Ceux qui l’ont connu témoignent. Ceux qu’il a guéris racontent, éd. et trad. par LE GUILLOU, Jean-Paul , Imp. Teck Impressions, Saint-Brieuc, 1989 et id., Saint Yves de Tréguier. Enquête canonique sur la vie et les miracles d’Yves Hélory de Kermartin qui fut instruite à Tréguier en l’an 1330, Paris, L’Harmattan, 2015.
Dénominationsrue
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Tréguier
AdresseCommune : Tréguier
Adresse : Rue Colvestre
Période(s)Principale : Moyen Age, Temps modernes
Secondaire : Epoque contemporaine
États conservationsbon état
Statut de la propriétépropriété de la commune

Références documentaires

Documents d'archives
  • États de section de Tréguier, 1835.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3P 362
Documents figurés
  • Tableau d'assemblage et plans parcellaires de la commune de Tréguier, 1834.

    Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3P 362/1-4
Bibliographie
  • CHOUTEAU, Nicole. Les rues de Tréguier du 18e siècle à nos jours. Éditions Art, Culture et Patrimoine, Tréguier. 1995, 76 p.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)